ARTICLE IL
Des ÆAccidens consécutifs à Pempoisonnement aigu.
1115. Îl arrive souvent que des individus empoisonnés par une substance vénéneuse énergique éprouvent les accidens les plus graves, qui ne sont cependant pas suivis d’une mort prompte. L'état de ces malades s'améliore pendant quelques jours ; mais il ne tarde pas à se déclarer des symptômes fâcheux qui se prolongent pendant un temps plus ou moins long, et qui, pour l’ordinaire , se terminent d’une manière funeste. Nous allons rapporter quelques observations sur cet objet.
OBSERVATIONS
19. Marie Ladan, âgée de cinquante-trois ans, but environ une cuillerée d’eau-forte , croyant boire de l’eau ordinaire. Elle ne tarda pas à en rejeter la plus grande partie. Aussitôt hoquet , rapports abondans , nausées , vomissemens répétés. Une demi-heure après, on lui fit une satgnée du bras , et on lui adminisira de l’eau de gomme, du
Go 2 DE L'EMFOISONNEMENT |
lait. Les premiers accidens se calmèrent par degrés; mais la constipation excessivement opiniâtre dont elle était tourmentée dès les premiers jours resta la même. Au bout de dix jours de traitement et de décroissement assez marqué des symptômes , cette malade mangea, pour la premiére . fois, un peu de vermicel , et le vomit aussitôt. Depuis son FN , lle salivait beaucoup , avait une haleine d’une fétidité incroyable; mais elle ne rendait, dans les matières de ses vomissemens , aucune portion membraneuse : seulement elle croyait sentir , dans le fond de sa gorge, la présence d’un corps étranger qui la fatiguait sans'cesse, gènait la déglutition et la respiration , altérait la parole , etc. Le vingtième jour de son empoisonnement , après avoir fait beaucoup d'efforts, elle rendit, par l’anus, un long paquet membraneux d’une seule pièce , replié et roulé sur lui-même, qui représentait la forme de lœsophage et de l'estomac avec toutes leurs dimensions, et qui n’était autre chose que la membrane interne de ces organes qui avait été soulevée et décollée dans tous ses points à-la-fois ; elle avait une ou deux lignes d'é épaisseur et une couleur brie très-marquée. Les portions correspondantes au grand et petit cul-de-sac de l'estomac étaient amincies et percées de plusieurs trous. Dès ce moment, la sensibilité du canal digestif devint excessive; les vomissemens furent plus répétés , et il était impossible de lui faire garder des alimens : le lait, qui avait servi de nourriture pendant quinze jours , était vomi sous la forme.de caillots. Quelques jours après, la malade allait mieux et mangeait de la soupe, des œufs et des brioches, et ne les vomissait qu’assez rarement. Son embonpoint était singulièrement diminué; mais elle conservait beaucoup de fraicheur et pouvait marcher un peu : des tiraillemens d'estomac, une constipation des plus opiniètres et une espèce de malaise continuel s’opposaient sans cesse à son rétablissement, Ces accidens augmentèrent ;
la salivation excessivement abondante qui la tourmentait depuis son accident augmentait tous les jours; tout ce qu’elle prenait était vomi; les facultés intellectuelles étaient dans leur état naturel ; la membrane des lèvres et de l’intérieur de la bouche, saine en apparence , s’enlevait au moindre contact ; la malade s’épuisait en vains efforts pour vomir. Enfin , deux mois après l'accident , elle eut un étourdissement et mourut.
Ouverture du cadavre. Les orifices cardiaque et pylorique étaient sensiblement rétrécis; la surface interne de l’œsophage et de l’estomac , très-lisse et polie , tachetée et nuancée en rouge plus ou moins vif, n'avait nullement l’aspect ordinaire ; ce dernier organe était singulièrement diminué de volume. Le canal intestinal ne parut pas beaucoup rétréci , et tous les organes abdominaux présentèrent à-peu-près leur état ordinaire.
M. T'artra, à qui nous avons emprunté cette observation , dit que, dans des cas de cette nature / les accidens développés d’abord par l'acide nitrique décroissent insensiblement ; mais que les malades conservent une grande disposition au vomissement. Au bout de quelque temps , la membrane interne du canal digestif est frappée de mort et rejetée en entier ou par portions sous la forme de lambeaux comme pourris ou boursoufflés. Lorsque la mort tarde à arriver, les malades tombent dans le marasme, parce que la digestion ne peut plus s'effectuer ; ils sont tourmentés d’une envie pressante d’aller à la garde-robe sans
- pouvoir évacuer; et il se passe quelquefois trois mois sans qu'ils rendent, en une ou deux fois, que de très-petites masses de matières fécales, moulées en forme de pilules de quelques grains; la maigreur devient excessive , la physionomie rebutante ; ils crachotent à chaque instant, vo-
missent sans cesse des escarres ou des portions membraneuses putréfiées , d’une odeur infecte , résultats de l’ex-
foliation de l’œsophage et de l’estomac, dont elles ont quelquefois la forme. Dans quelques circonstances , cés matières sont entraînées par les selles. « La peau devient sèche , écailleuse , presque morte ,'et inerte comme dans la vieillesse. Les bals DE ubs sont éteintes ; les facultés morales sont quelquefois singulièrement dégénérées : il n’en reste, s’il est permis de parler ainsi , que le simulacre. Les ravages qui, dans l’ordre naturel , devraient être le résultat progressif de beaucoup d’années , sont celui de quelques mois : tout, dans ces sujets, offre l’image d’une décrépitude accidentelle et prématurée. L’individu existe encore ; mais il n’est séparé que par un intervalle, pour ainsi dire APRES , de la mort, qui anticipe tous les jours, et s’approprie en détail une'pertion du domaine de Ja vie (1) ».
Après la mort de ces individus , on trouve le canal digestif réduit à une petitesse extrême : il pourrait être contenu dans le creux de la main. Les intestins ont le calibre du petit doigt : quelquefois ils égalent à peine la grosseur du tuyau d’une grosse plume à éerire. Leurs parois sont très-épaisses ; leur cavité, nulle ou presque nulle, ne contient qu'un peu de mucosité. Dans quelques circonstances, l’estomac adhère au diaphragme , au foie ou à la rate. Quelquefois ces adhérences sont simples ; mais, le plus souvent, les paroïs de ce viscère ont été désorganisées et exforcé : alors l'organe qui se trouve en contact avec l’estomac, et adhère avec lui dans cette partie entièrement brûlée , lui sert de paroi, ou plutôt c’est sa membrane extérieure qui est collée contre cette lacune ou espèce de trou ; elle s’épaissit un peu , mais reste pourtant assez transparente pour que l’on puisse voir la couleur du tissu du viscère qu’elle recouvre. L'ouverture du pylore est telle-
{1) TanTRa, ouvrage cité, pag. 160.
CONSIDÉRÉ D'UNE MANIÈRE GÉNÉRALE, 653 ment rétrécie, qu'il est quelquefois impossible d’y intro duire un stylet. On voit à la face interne de l'estomac, dans le grand eul-de-sac, près du pylore et de l’orifice cardiaqüe , dans l’œsophage, l’arrière-bouche et le pharynx, des plaques lisses et vermeilles ou des cicatrices produites par la régénération de la membrane muqueuse.
2%, Adam Péteur, àgé de quarante-six ans , était occupé , depuis vingt-huit ans, à enduire la porcelaine de blanc de plomb. Il ressentit la première colique métallique en 1795 : il en fut traité et guéri à la Charité. Cinq mois après , il en eut une autre; et depuis, tous les ans ileen fut atteint. En 1802, il éprouva des douleurs qui augmenterent graduellement. Il avait remarqué, depuis six semaines, que ses bras étaient plus pesans et plus faibles ; c'est aussi depuis ce temps que les coliques avaient diminué considérablement. Ce phénomène arriva en vingtquatre heures : le malade dit que, depuis ce temps, /a colique: lui était tombée dans les bras. {1 entra à la Charité le 17 ventose an x1 (1803 ) , et il offrait l’état suivantæ
Air de vieillesse , lenteur remarquable dans les réponses,
céphalalgie légère, frisson passager , point de vomissement. Il éprouvait fort peu de coliques; le ventre était un peu déprimé ; il n'avait pas de constipation ; le pouls était plutôt rare que fréquent ; les bras étaient encore un peu mobiles ; les muscles extenseurs des mains paralysés , ainsi que ceux des doigts. Son sommeil était assez bon ; il se paomenail quelque temps pendant le jour.
Le 18, il eut'une atlique d’épilepsie (elle avait déjà eu lieu depuis son entrée à l’hospice ) ; il perdait connaissance , avait des convulsions, éeumait un peu; la langue était jaunâtre, un peu sèche et point amère. ( Zsane sudorifique , lavement purgatif des peintres, et anodin ; thériaque. }
Le 19, point d'attaque , même état. ( Fan de casse
654 DE L'EMPOISONNEMENT avec des grains et deux onces de sel de Glauber, tisane sudorifi que, lavement anodin , julep.)
Le 20, douleur dans les bras et les jambes.
Jusqu'au 13 germinal , ce malade s’estsoutenu dans une
alternative de santé, étart en général assez bien pour son état, mais se trouvant mieux certains jours que d’autres. Le mouvement revenait lentement; les coliques étaient sourdes et légères. Son traitement a consisté, pendant tout ce temps , en tisanes sutlorifiques, rendues quelquefois laxatives, lavemens anodins. potions anti-spasmodiques , extrait de genièvre, thériaque , etc. Il fut aussi purgé plusieurs fois. Le 27 , il avait eu un accès épileptique. - Le 14 germinal , stupeur , mouvemens convulsifs sur la face , toux sans expéctoration, pouls faible, petit et fréquent ; nuit pénible , révasseries légères. ( Petit-lait avec des tamarins , infusion de chicorée et de bourrackhe, bols de camphre et de nitre.)
Le 15, prostrauion des forces , Supination , soubresauts des PCT ; œil éteint, HART peau sale, terreuse, imprégnée d'une eHalets sèche et àcre. (2e prescription.)
Le 16, prostraiion extrême, convulsion des muscles de la face , soubresauts coiatèls des tendons , tremblotement universel , presque pas dé connaissance. ( £au de casse; du réste, méme prescription. )
Le 17, mème état; mais débilité encore plus grande, T1 mourut à trois Hréitée: du soir. À
Ouverture du cadavre. Maïgreur tistable ! peau terreuse, yeux pulvérulens. Les méninges étaient dans l’état naturel; le cerveau était fort sain ; les ventricules Contenaïent à peine une pelité quantité de sérosité ; le cœur, quoïque vide de caillots, était dans Pétat ordinäiré; les poumons, libres de toute adhérence , étaient un peu inégaux en volume: le gauche était plus petit et saïn ; 1e drôit plus volumineux ,
CONSIDÉRÉ D'UNE MANIÈRE GÉNÉRALE. 655 un peu ferme , et gorgé d’un sang rouge-brun; sa pesanteur spécifique était plus grande que celle de l’eau, puisqu'il se précipitait au fond. Le foie, la rate, le pancréas étaient sains; l’épiploon adhérant au péritoine , près du foie; l'estomac et les intestins dans état naturel, n’offrant aucune tache rouge, et contenant des matières alvines liquides et très-peu abondantes ; le colon était assez étroit , mais peu difhicile à dilater; les muscles d'un rouge assez foncé, légèrement poïsseux ; les os fragiles. (Mérar, Dissertation inaugurale DE 1974) |
Tatropha curcas.
NMnssruns Pelletier étCaventon établissent, dansun travail récent, que le pignon d'Inde (iatropha curcas) est com: posé d’albumine non coagulée, d’albumine coagulée, de gomme, de fibres ligneuses , d’une huile ei d’un acide par: ticulier.
Action de l'huile et de l'acide hr pignon d'Inde sur
l’économie animale.
Expérience 1°. A deux heures et demie on fit avaler àpeu-près deux grains de cette huile à un merle. Trois mi= hutes après, l’animal faisait déjà des efforts pour vomir, et il y parvint en effet, ce qui parut d'abord caimer les sym= ptômes d’irritation causés par le poison; mais bientôt après il fut dans une grande agitation qui dura jusqu’à quatre heures. Dés-lors l'animal parut se rétablir.
Expérience u°. Le même animal prit le lendemain 4 grains d'huile ; il vomit aussitôt, eut plusieurs attaques convulsives ,; et tomba dans un grand état d’affaissement , d’où il ne sortait de temps à autre que pour jeter des cris plaintifs. Il parut devenir successivement borgne et aveugle; ses yeux sécrétaient une liqueur visqueuse, et il rendait par le becet l'anus une matière épaisse et noïrâtre. Il mourut le lendemain à sept heures du matin. On l’ouvrit sur-le-
DU IATROPHA CUÉCAS. 653
champ. L’œsophage et le canal intestinal étaient enflammés.
Expérience zu°. Un chien assez robuste fut tué par une petite quantité de ce poison.
Expérience 1v°. On fit passer des mouches sous un entonnoir placé sur un plateau de verre saupoudré de sucre, imprégué d'huile de pignon d'Inde. Elles moururent toutes dans l’espace de trois à quatre heures , et on remarqua qu’après avoir sucé le sucre , elles devenaient faibles ; leurs ailes semblaient paralysées, du moins elles paraïissaient complètement immobiles.
Expérience v°. M. H. Cloquet appliqua cette huile sur Ja peau de la cuisse d’un chien depouillée des poils qui la recouvraient ; elle occasionna, au bout de dix heures, une escarre sèche et noire dans son centre, semblable à celle qui aurait été produite par un caustique minéral. Suivant le même médecin, il sufit de laisser pendant un court espace de temps un peu de cette huile sur la peau de l’homme pour déterminer une rubéfaction marquée , accompagnée de douleur. -
Experience vi*. Le principe acide odorant, retiré du iatropha curcas , tue presque subitement les corbeaux. Il irrite fortement le nez lorsqu'on l’exhale par la chaleur. Mis sur la langue, il agit comme l'huile, mais d’une manière plus prompte.
MM. Pelletier et Caventou pensent que les propriétés délétères de l'huile doivent être attribuées au principe acide odorant , puisqu'il suflit de la saponifier pour les Jui faire perüre (Journal de Pharmacie et des Sciences accessoires , n° », juillet 1818. £ssai analytique sur la Graine du Médicinier cathartique , par MM. Pelletier et Caventou).
À Mt … Du Jalap.
M, Félix Cadet de Gassicourt a publié, En 1817, une dissertation imaugurale sur le jalap dont nous allons extraire les principaux résultats.
L'analyse dela racine de jalap a prouvé qu elle est fi mée d’eau, de résine, d'extrait gommeux, de fécule amilacée, d’albumine végétale on ferment, de principe ligneux
“et de plusieurs sels. Aucun decés produits, excepté la ré-
sine, ne jouissant de propriétés délétères, nous nous bornerons à faire connaître l’action de cette substance.
»« Expériences faites avec la résine de: Jalap.
“Expérience 1°. Le 23 avril, à huit heures du matin, on introduisit dans l'estomac d’un jeune chien 9 grains de résine de jalap délayvée dans un demi-jaune d'œuf et dans une suffisante quantité d’eau. À dix heures et demie, l’ani-
. mal renditune déjection moitié solide, moitié liquide et
verte. |
À midi, on n'avait observé aucun phénomène notable, et on administra la même dose de résine. À deux heures, l'animal parut ressentir l'effet du purgatif ; il perdit sa vivacité naturelle et éprouva du frisson. Cependant, à cinq heures , il n'avait point eu de selles. Le 24, à sept heures
. du matin, il avaitren@u quatre fois des excrémens liquides et
verts. Il mängea de laffoupe avec beaucoup d’appétit.
À huit heures , sn lui fitavaler 34 grains de résine délayée dans le jaune d'œuf. A dix heures moins quelques minutes , il rendit une déjéction moitié solide, et colorée partie en jaune, partie en vert. Au bout d’un quart d'heure, il vomit une portion du purgauif et dés'alimens pris le matin, Il fut abattu le reste de la journée. Il rendit une seule déjection dans la soirée. Le 25, il mangea avec appétit; les
DÜ JALAP. 659 déjections étaient solides. Le 26, il avait repris toute sa gaité, et son rétablissement paraissait complet. Cependant les jours guivans, et de loin en loin, il rédevint triste, et rendit quelques déjections liquides. Aucun accident grave ne s'était manifesté au bout d'un mois, époque à | laquelle il fut impossible de continuer à l’observer.
Æxpérience n°. Le 25 avril, à neuf heures du matin, on introduisit dans l'estomac d’un petit chien un gros de résine de jalap délayée dans du jaune d'œuf et dans une petite quantité d’eau. Au bout de quelques minutes , l'animal vomit une certaine quantité du véhicule mêlé de résine. A neuf heures et demi il eut un autre vomissement de matière muqueuse. À dix heures trois quarts, une déjection liquide. A midi et demi, autre déjection plus hquide et plus fétide que la première. De midi à deux heures, une troisième et quatrième déjection d'une matiere verte et jaunâtre; l'animal était abattu et avait perdu l'appétit, il était plus mal que celui se fait le sujet de l’expérience précédente.
Le lendemain , à dix heures du matin, on lui fit avaler 2 gros de résine de jaläps il vomit un quart d'heure après : du reste, on n'avait observé aucun phénomënenotable à une heure de après-midi. Alorson introduisit de nouveau dans l'estomac deux gros de résine et on la l’œsophage. Une déjection eut lieu pendant l'opération. Bientôt aprèsles muscles ” de Fébdomen se contractèrent avec violence; lanimal ren dit par da bouche, et surtout par les narines, une écume ! abondante. I] resta long-témps assis; son regard était fixe : et effrayant; il voulait marchér; ses membres étaient tourà-tour roides et tremblans; il tombait, se relevait et retombait; il expira dans la soirée.
dote du cadavre. La roideur des mernbres était extrème. Les intestins étaient distendus par des gaz; la membrane interne œsophagienne était intacte jusqu’au ven-
iicule. Celui-ei contenait un liquide jaune abondant, mêlé d’un peu de résine coagulée; la membrane interne offrait une inflammation assez considérable vers la grande courbure. Le cardia ne paraissait présénter aucune particularité. On voyait dans l’intérieur des intestins une assez grande quantité de liquide et de résine. La membrane interne du duodénum était phlogosée dans quelques points ; il y en avait d’autres où cette membrane était détachée; enfin il y avaitaussi des pointsnon gangrenés. On trouva deux vers ascarides, l’un vivant, l’autre mort. La vésicule du fiel était pleine, et le conduit cholédoque gorgé de bile. Plus on avançait vers les intestins grêles , plus des ravages étaient marqués. Les autres organes paraissaient sains. Expérience ii°. Le 26 avril, à huit heures du maun, on fit avaler à un vieux chien 36 grains de résine de jalap. À dix heures, il vomit des matières muqueuses , incolores, formées en grande partie par le véhicule dans lequel on avaitadministré la résine. Au bout de quelques heures, l’animal était abattu, il avait de la soif et il éprouvait des convulsions. Les jours suivans il était dans le même état; il mangeaït peu ; ses déjections étaient solides, voilumineusés et noires, Le 29 il rendit de l’écume par la bouche; l’abattement étaii extrème. On le trouva mort le 1°! mai. Ouverture du cadavre. La membrane muqueuse de lestomac était enflammée , principalement vers la petite extrémité et près du pylore : celui-ci était sain. L'intérieur du duodénum était tapissé d’un mucus jaunâtre; la tunique soujacente offrait plusieurs granulations rougeatres, Ct une inflammation plus forte que dans les cas précédens ; cette inflammation diminuait d'intensité à mesure qu'on avançait dans Îes intestins grêles : on la retrou: vali vers la fin de l’iléon. Le rectum contenait une assez grande quantité d'excrémens solides , de la même nature que les déjecuüons dont on a déjà fait mention.
DU JALAP. G6x Expérience 1v°. Le 27 avril, à 9 heures du matin, on administra à un jeune chien un clystère préparé avec g grains de résine de jalap, un jaune d'œuf et une petite quantité d’eau. À midi, animal ne paraissait éprouver aucune incommodité ; on lui fit prendre un second clystère composé comme le premier , et qui ne produisit pas plus d'effet. Le lendemain matin, à huit heures, on lui administra un troisième clysière , contenant 24 grains de résine : au bout de cinq minutes , l'animal rendit des excrémens solides, sanguinolens à l’extérieur et jaunes à Pintérieur. Le même jour, à dix heures, on lui fit prendre un quatrième lavement semblable au dernier , et on boucha l’anus pendant cinq minutes. À midi, ce remède n’ayant pas été rendu, on en administra un cinquième, qui fut également gardé. Le 29 au matin., on trouva une déjéction liquide; à deux heures après midi, il en avait eu une autre plus consistante. Le 30 , l'animal mangea pour la première fois. A neuf * heures, on tenta de lui administrer un clystère semblable aux précédens, mais l'animal le rejeta en partie. À midi, on parvint à Jui en faire prendre un autre : deux minutes après , deux selles liquides, jaunes, sanguinolentes , urésfétides, et provoquant fortement les nausées : ces déjections se renouvelèrent d'heure en heure dans la journée ; elles étaient moins fétides et quelquefois plus sanguinolentes. Le 1°* mai , l’animal mangea ; ses déjections devinrent meilleures ; mais, par intervalles , elles étaient encore liquides et sanguinolentes. Dix jours après , on se décida à ouvrir le ventre, Les gros intestins, jusqu’à la valvule iléocœcale et la fin de l’iléon inclusivement, offraient une inflammation analogue à celle que l’on avait observée, dans les diverses parties du canal digestif, dans les expériences "ele Le système veineux était tellement replét,. surtout dans lé rectum, qu’on aurait pu linjecier. Expérience v°. Dix grains de résine de jalap délarco
662 SUPPLÉMENT. | dans un jaune d'œuf fureut injectés le 17° mai, à huit heures du matin, dans la cavité abdominale d'un chien de moyenne stature. L? animal urina plusieurs fois dans la malinée, et n "offrit du reste aucun phénomène par tuculier. Le lendemain , à neuf heures du matin , on trouva des déjecii ons liquides , uansparentes et teintes de sang. Ces évacuations continuerent pendant la journée : l'animal n'avait point mangé ; 1} ne prenait que a lait. Le 3 mai, les selles étaient un peu plus consistantes ; le À, elles étaient peu abondantes , jaunâtres ei san guinolentes. Le 7, elles devinrent noirâtres : l'animal mourut dans la journée. Le cadayre exhalait une odeur forte et suffocante; les articulations étaient roides; Lés iégumens de l'abdomen , et principalement ceux du pénis, étaient durs et résistans ; les intestins étaient très-contiractés ; la portion du pér Hoine correspondante à la face antérieure de l'estomac était enflammée ; l'intérieur du ventricule contenait une très-gande ne d’un li: juide écumeux et clair ; la membrane muqueuse était noirâtre dans une assez and étendue de la grande courbure. Les intestins renfermaient un liquide jaune ; le recium était singulièrement contracté: et dur ; il offrait, vers sa partie inférieure et antérieure, un ulcère arrondi , de. l'étendue d’une pièce de quinze sous , intéressant Îles membranes séreuse et musculeuse ; la tunique muqueuse correspondante à cette portion uicérée était simplement phlogosée ; le foie paraissait très-volumineux; la vésicule du fiel était remplie; la plénitude du système veineux était grande et générale.
Expérience Gr, Dix grains de résine de jalap délayée dans un jaune d'œuf, furent injectés, le 2 mai à dix heures du matin, dans la cavité de la plèvre : l'animal éprouva bientôt après ‘ee frémissemens, de la roideur dans lesmembres et dé Pabatitement qui Aie troisjours, pendant lesquels 118 prit fort peu d’alimens, et rendit seulement deux déjections
DU JALAP. Les GS jaunes et molles Os e montile à 5 mai. Les arüiculations n’offraient aucune roideur, La résine était coagulée et réunie à l’ou verture de la pare qu’elle obsiruait. La plèvre costale était très-rouge; la plèvre pulmonaire était enflammée et recouverte d’une matière blanchâtre, purulente, coagulée sous la forme de couenne. On voyait dans la cavité thoracique un liquide séro-sanguinolent. Le côté droit du thorax était plus malade que le gauche ; il contenait une plus grande quantité de pus liquide et de pus coagulé; le üssu du poumon droit était noirâtre, tandis que celui du côté gauche était légèrement rouge. Ce fait mérite d'autant plus d d'être remarqué, que la résine avait été injectée entre la septième et huitième côtes gaughes. C
Expérience vu°. Le 29 avril, on frictionna , avec un mclange d’un gros de résine de he et de 2 gros d’axonge, la peau de la partie interne des cuisses et du bas-ventre d’un jeune chien , débarrassée de ses poils et parfaitement rasée. Au bout de trois jours, le mélange avait été employé en totalité, et l'animal n'avait offert aucun phénomène remarquable. Le 2 mai, à sept heures du matin , on fit une nouvelle friction, et on appliqua un emplâtre fait avec de l'axonge et 2 gros de résine. Le 3 mai, on frotta de nouveau ces parties, et on fit une nouvelle application , il en fat de même le lendemain : l'animal n'avait pas encore mangé ni rendu de déjections. Le 5 gai, il avait eu une selle hiquide et jaune. On mit un fi emplatre : cette apphcation fut suivie d’une déjection alvine accompagnée d’épreintes. Le 6 mai, il y avait eu deux selles mèlées. de matières glaireuses ; à neuf heures, il y en eut une nouvelle, accompagnée de ténesme. Plusieurs auires évaeua=. tions eurent lieu dans la journée, mais elles furent liquides et sanguinolentes. L'animal était triste et abattu; . mais il semblait se ranimer par l'usage du lait. Deux jours après, les déjections n'étaient plus sanguinolentes, elles
étaient consistantes ; l’appétit revint et le rétablissement ne tarda pas à être complet. "
Expérience vui*. Un gros de résine de jalap finement pulvérisée fat appliqué sur le tissu cellulaire du dos d’un chien : on ne remarqua d'autre effet que celui que l’on observe dans les plaies simples, entretenues par un corps étranger.
Expérience 1x°. Neuf grains de résine de jalap dissoute dans du jaune d'œuf, furent injectés le 3 mai dans la veine June gauche d’un jeune chien. Le lendemain, lanimal n'avait offert aucun phénomène notable : il était rétabli quelques jours après.
Expérience x°. On recommença la même expérience le 5 mai, sur un carlin a&ez fort. Le lendemain, 1l mangea. avec appétit. Quelque temps après, on fit une nouvelle injecuüon dans la veine crurale droite : elle fut suivie de convulsions; mais les jours suivans, le rétablissement fut progressif ; l'appétit revint, les déjections furent constamment dures.
Expérience x1°. Vingt-quatre grains de résine dissoute dans du jaune d'œuf furent injectés dans la veine jugulaire d’un troisième chien, qui ne donna d’abord aucun signe d’incommodité. Les deux jours suivans, il rendit des excrémens mous et décolorés ; il perdit l'appétit , mais il ne tarda pas à se rétablir.
L'auteur de cettggissertation a cru devoir ürer de ces GR les conclusions suivantes :
1°. La résine de jalap est une substance âcre et irritante ;
2°. En contact avec les membranes muqueuses, elle produit une excitation générale, et provoque des sécrétions abondantes de la part de ces membranes et de l’appareil de la sécrétion biliaire. D’autres fois, elle occasionne les symptômes d’une inflammation locale, et le plus souvent alors les suites en sont funestes.
DU JAEAP. 665 3°. En contact avec le péritoine , la résine de jalap ” convenablement dissoute, agit d’abord comme diurétique ; la péritonite, qui est la suite de cette injection, est accompagnée d’une diarrhée abondante, puis de dysenterie, et d’une entérite qui se termine par gangrène. Les fonctions du foie participent évidemment à la perturbation générale. Injectée dans la plèvre , la résine de jalap borne ses effets aux symptômes de l’inflammation locale.
4°. Les frictions de résine de jalap combinée avec la graisse, et ses applications réitérées à forte dose sur la peau de la région hypogastrique , ont produit la diarrhée et la dysenterie.
5°. Appliquée sur le tissu cellulaire sous-cutané de la région lombaire , cette résine se borne à produire une inflammation locale.
6°. L’injection de la résine de jalap dans les veines à assez forte dose ne produit aucun effet remarquable au bout de dix jours.
De la Vauqueline. (Page 332 de ce volume.)
1°. Un demi-grain de vauqueline , soufilé dans la gueule d’un lapin, le tua en cinq minutes : les convulsions commencérent au bout de deux minutes.
2°, Un demi-grain de la même substance, introduit dans une légère incision faite au dos d’un lapin, Le tua dans l’espace de trois minutes et demie : les convulsions eurent lieu - au bout d’une minute.
3°. On satura un atome d'acide nitrique par de la vauqueline; la quantité d’alcali emp plové pouvait être évaluée à trois quarts de grain; la dissolution nitrique avait un goût sucré d’abord, maïs légèrement apre et amer un instant après. On l’administra à un lapin , qui mourut dans l’espace de quatre minutes.
4 CCG An SUPPLÉMENT. ne
4°, Desirant comparer les effets de cet alcali à ceux que pr Ha hd morphine, on fit avaler-un grain de cette dernièie sübstance à un oi , Qui ne parut pas incommodé.
4e On voulut également étudier comparativement les propriétés délétères Ne la vauqueline er de la picrotoxine {Larue active de la coque du Levant}; on administra un grain de cette dernière substance à un autre lapin; l’animal ne tarda pas à être sous l’influence du poison; huit minutes après, les extrémités postérieures étaient paralysées. Au bout d’un quart d'heure il se manifesta des convulsions différentes de celles que détermine la vauqueline. La mort n'eut lieu que trente-huit minutes apres l'introduction de la picrotoxine dans l'estomac. Il est à remarquer que cet animal ne fit entendre aucun cri, tandis que le contraire avait lieu toutes les fois que l’on admustrait la vauqueline ou lés substances qui en contenaient.
* MM. Pelletier-et Caventou, à qui hous avons emprunté ces détails, n’ont pas jugé à propos de décrire exactement les divers symptômes et les lésions cadavériques produits par la vauqueline, ces symptômes et ces lésions ayant le plus grand rapport avec ceux que déterminent la noix vo- Mique et la fève de Saint-Tgnace, et qui sont généralement connus, rene ra Expériences faites avec l'luile grasse de la noix vomique
et de la fêve de Sarnt- Ionace.
MM. Pelletier et Caventou ont prouvé que, par l’action directe de l’éther bouillant sur ces deux graines, on retire une matière huileuse grasse dont ils ont fait connaître l’action sur l’économie animale.
Expérience 1°. On administra à un chat deux grains d'huile grasse extraite de la fève de Sainte-Tgnace , et délayée, dans un peu d’eau à l’aide de la gomme arabique : trois
DE LA VAUQUELINE. 667 minutes après, l'animal fut en proie à des attaques de tétanos qui durèrent une minute, après lesquelles il mourut. |
FE æpérience 11°. La même dose d’huile retirée de la noix vomique fut délayée dans l’eau et dans de la gomme , ét donnée à un chat : on observa les mêmes symptômes : pa
“nimal poussa des cris aigus , et mourut au bout de dix minutes. |
Expérience 1°. On fit avaler à un cochon d’Inde deux grains de l’huile de fève de Saint-fgnace : l'animal n'offrit aucun symptôme CEE il en fut de mème lorsqu’on lui administra la même dose d'huile Sparte de la noix vomique,
Expérience 1v°. Des lapins soumis à l’action de cette huile périrent en très-peu de temps, et offrirent des résultats semblables à ceux qui ont été décrits dans les expériérices T° et. +
Desirant connaître si les effets de cette huile étaient dus à la vauqueline, on la traita, à plusieurs TERRES et 2000
par de Péther rectifié, qui ne tarda pas à séparer uñ tière blanche, cristalline, que l’on reconnut être cet alcali. L'huile, ainsi débarrassée de la vauqueline , n’agissait plus sur les mêmes animaux, même à des doses triples et quadruples, |
* Expériences faites avec les extraits de noïx vomique
et de five de Saïnt- Ignace.
Expérience r'°, À deux heures et demie, on fit prendre ? he
à un cochon d'Inde huit grains d'extrait de fève de’ Saint-
grace , obtenu directement par l’acuon de lalcool à 38 Driacer, | ]
degrés : cet extrait contenait l'huile grasse et l’extracuf.
Quinze minutes après, légères attaques de tétanos, qui de-
venaient plus intenses lorsqu'on touchait l’animal ; elles
durèrent deux minutes et diminuèrent progressivement , de manière qu'au bout d’une heure l'animal était comme avant l'expérience.
Cette expérience, répétée avec un autre animal de la même espèce, fournit des résultats analogues.
Expérience u°. À une heure et demie, on fit avaler à un cochon d'Inde quatre grains d’extrait de noix vomique obtenu directement par l’alcool. Au bout d’un quart d'heure, l'animal eut une attaque de tétanos ; mais : était er rétabli une heure après.
£xpérience ur. Vers le soir de la même journée, on donna au cochon d'Inde qui fit le sujet de l'expérience précédente , huit grains d'extrait de noix vomique. Un quart d'heure après il eut un accès de tétanos très - fort ; il fit des sauts très-élevés, et tomba d’abord sur le dos, puis sur le côté; il resta dans cette position fotioues en proie à des As tétaniques, et ne mourut qu’une heufe et demie après.
erience 1v°. On fit avaler au cochon d'Inde qui avait à faire l'expérience 1°, seize grains d'extrait de fève ant-Ignace : dix minutes après, l'animal eut des convulsions terribles ; il faisait des sauts brusques et très-élevés; il mourut au bout de trois minutes.
Ces expériences ont conduit MM. Pelletier et Caventou à admettre que l'extrait de noix vomique, et celui de la fêve de Saint-Ignace, agissent de la même manière; mais que celui-ci est plus actif que l’autre sous le même poids. Ils remarquent aussi qu’il a fallu une dose prodigieuse de ces poisons pour faire périr les cochons d’Inde : en effet, cette même dose suflit pour tuer les chiens, les chats, les lapins, et Les hommes les plus robustes.