‹ Traité des poisonsChapitre 2 sur 109 · GÉNÉRALE · texte numérisé non relu

GÉNÉRALE

RAR ALLÉE VOLS ÈS LEVELS ÉLEVÉE VS SE PARLE LE LE SELLE UE VIE LS UE LE CHAPITRE TI, CLASSE III. Des Porsons AcRes.

Br9. On à donné le nom de poisons dcres à ceux qui ont une saveur plus ou moins caustique, et qui, appliqués sur la surfacé du corps, excitent une inflammation accompagnée souvent de phlyctènes, de la chute de l’épiderme, et qui se termine ordinairement pär suppuration. Introduits dans l'estomac, ces poisons produisent des phénomènes locaux analogues à ceux dont nous avons déjà parlé à l’article des corrosifs , malgré l'opinion de plusieurs physiologistes qui ont prétendu établir des différences tirées des lésions que présentent les tissus après la mort. Cette vérilé sera mise hors de doute lorsque nous nous occuperons des généralités relatives aux substances vénéneuses de cette classe, après avoir fait leur histoire particulière,

De l'Ellébore blanc;

813. L’elléb ore blanc où varaire ( veratrum album), polygamie monœcie de L,, fâmille des joncoïdes, parait être le véritable ellébore des anciens.

Caractères. Fleurs mâles : corolles à six pétales, que

plusieurs botanistes regardent comme un polygone à six divisions égales, colorées : six étamines. Îl en est de même des fleurs hermaphrodites , qui ont de plus trois ovaires distincts, portant des styles courts, et se changeant en capsules oblongues , à deux valves à plusieurs gaînes membraneuses disposées sur deux rangs; la capsule s'ouvre dans chaque loge par une suture ‘intérieure : tige haute d’un mètre, droite, simple et cylindrique, terminée par une panicule de fleurs d’un blanc verdàtre, et dont les corolles sont droites où médiocrement ouvertes : feuilles fort grandes , ovales, lancéolées, sillonnées par des ner- * vures nombreuses et parallèles : racine épaisse , charnue, fusiforme , jaunâtre en dehors, blanche en dedans, d’un goût âcre, amer et désagréable : elle excite de l’ardeur dans la gorge.

Action de l'Ellébore blanc sur l'économie animale.

Expérience 1°. À une heure de l'après-midi, on a fait avaler à un petit chien 2 gros et demi de racine sèche parfaitement pulvérisée. Au bout de cinq minutes, l’animal a commencé à vomir, et un quart d'heure après l’ingestion de la substance vénéneuse ;‘il avait déjà vomi six fois des matières mucoso-bilieuses d’une couleur jaunâtre. À deux heures un quart, il se plaignait , et faisait des inspirations excessivement profondes ; sa bouche était remplie d’écume. À trois heures, il marchait avec difliculté; ses pas étaient chancelans, et en tout semblables à ceux des personnes ivres de vin. Le lendemain, à midi et demi, il n’avait plus de vertiges , et il pouvait marcher librement. Le jour sui-

vant, à ent heures, il a très-bien mangé, et depuis lors sa santé a été parfaitement rétablie.

Expérience n°. À une heure, on a détaché et percé d’un trou l’œsophage d’un chien assez fort, et on a intro-

DE L'ÉLLÉBORE BLAWGC. ‘11e

duit dans son estomac 2 gros de poudre de racine sèche d’ellébore blanc contenus dans un cornet de papier; on à lié l’œsophage. À deux heures, violens efforts pour vomir; une heure et demie après, abattement, plainte : cependant l'animal marchait librement. À huit heures du soir, il avait des vertiges très- forts : il est mort deux heures après. La membrane muqueuse de l'estomac était d’un rouge assez vif dans toute son étendue, sans aucune trace d’ulcérauion; celle qui tapisse le duodénum et le jéjunum était un peu rouge ; nulle altération sensible dans les autres organes. W'epfer dit avoir administré à un petit chien âgé de trois semaines un scrupule d’ellébore blanc mêlé à du lait : Panimal le vomit aussitôt, eut des déjections alvines et quelques mouvemens convulsifs; une heure après, 1] paraissait mort. On l’ouvrit au bout d’une demi-heure : le cœur et le diaphragme se contractaient; l’intérieur de Pestomac était un peu rouge. ( Werren, Ciculæ aquaticæ Historia et noxæ, Pag. 210.) | fe R Expérience 1u*. On administra à un chat un celystère préparé avec demi-once de teinture d’ellébore blanc, et on eut soin de boucher le rectum pendant six minutes pour empêcher l'expulsion de la liqueur : la respiration devint difficile, et, huit minutes après, lPanimal rendit une écume muqueuse; au, bout de 20 minutes, il tomba sur le côté gauche; sa gueulé était ouverte ei remplie d'écume; sa langue sortait comme celle d’un chien qui a chaud; la respiration était fréquente et haletante ; vingt minutes après, elle devint plus rare ét plus faible. Alors l'animal € éprouva des tremblemens et des convulsions, qui durèrentune heure six minutes, et auxquels succédérent lemprosthoïonos et la mort. La sensibilité fut très-vive ; et la pupille demeura contractée jusqu’à ee moment. On fit l'ouverture du cadavre immédiatement après la mort : le cœur, l’œsophage et les

rausceles se contractaient encore lorsqu’ on les i ROUE. For OD=

rA DES POISONS ACRES.

servait le mouvement péristaltique des intcstins ; cependant on ne pouvait pas déterminer la contraction des muscles em irritant les nerfs. L’estomac, les intestins grèles et la vésicule du fiel étaient remplis de bile. Les vaisseaux du cœur et du cerveau étaient gorgés de sang, qui se coagulait à l'air. (Schabel.) (1).

Expérience 14°. On injecta dans le rectum d’un jeune lapin 2 gros de teinture de veratrum album, qui commençait à moisir : il en rejeta aussitôt la moitié; peu de temps après, il devint triste, la respiration fut difficile, et il fit des efforts pour vomir; au bout de vingt-une minutes, lassitude et respiration plaintive : il resta une heure dans cet état. Cinq heures après Papplication de la teinture, les batiemens du cœur étaient singulièrement ralentis : au lieu de deux cent cinquante par minute, on n’en observait que soixante-dix ; il ne faisait que trente inspirations par minute au lieu de quarante-huit; la température de l’anus était de 24° + o 1h. R., tandis qu'elle était de 31° au commencement de l'expérience. Alors, laanimal reprit des forces et de la gaîté; la respiration et les battemens du cœur devinrent plus accélérés ; la chaleur tarda plus long-temps à se rétablir. La même expérience , répétée sur un autre lapin, fournit des résultats analogues. (Schabel.)

Expérience v°. Un petit morceau de racine de veratrum album , enduit d'huile, fut introduit dans le rectum d’un chat : au bout d’un quart d'heure, respiration diflicile, vomissement écumeux, déjections alvines abondantes. La racine fut rejetée; le rectum était enflammé et paraissait sortir. (Schabel.)

D (1) Dissertutio inauguralis de effectibus venent radicurs

veratré albi et hellebori nipri. Aucior Andreas Sclubel. Æubingæ, Mart. 1817.

- Expérience vw. A huit heures du matin, on a fait une incision à la partie interne de la cuisse d’un chien de moyenne taille, et on a saupoudré la plaie avec 20 grains d’ellébore blanc pulvérisé; on a réuni les lambeaux par quelques points de suture, et l’animal a été muselé afin d’empècher qu'il ne portàt la langue sur la partie opérée. Six minutes après, il à vomi, s’est couché sur le ventre et a poussé quelques plaintes; à huit heures trois quarts il avait déjà fait plus de quarante fois des efforts violens pour vomir, et il avait rejeté quelques matières mucoso-bilieuses ; il avait des vertiges tels qu'il lui était impossible de faire deux pas sans tomber : il conservait l’usage de ses sens et pe poussait aucune plainte; ses paupières étaient souvent agitées d’un mouvement comme convulsif. À neuf heures, 31 lui était impossible de se tenir debout; les battemens du cœur, forts, précipités, tiréguliers, ne paraïssaient point en rapport avec l’état de stupéfaction dans lequel l’animal était plongé; il faisait souvent des mouvemens de déglutition. À neuf heures et demie, les paupières et les battemens du cœur étaient dans le même état; les inspirations étaient profondes ; il n'y avait point de mouvement convulsif, et l'animal était tellement abattu qu’on l'aurait cru mort. À dix heures, les pupilles commencaient à être dilatées. À une heure, son état n’était point changé : on l'a secoué; il a fait un léger mouvement et est retombé de suite; ses pupilles étaient très-dilatées, et le clignotement . des paupières allait en augmentant. Il est mort à troïs heures de l’après-midi. On l’a ouvert une heure après : il n’y avait dans le cœur qu’un léger mouvement d'oscillation ; le sang contenu dans les deux ventricules était fluide; les poumons, gorgés de sang, un peu moïns crépitans que dans l'état naturel, étaient tachetés de quelques plaques noires ; l'intérieur du rectum offrait plusieurs plaques rougés ; la -membrane muqueuse de l’estomac était un peu enflamméé

ainsi que la plaie. Des résultats analogues ont été obtenus avec deux autres animaux, excepté que, dans un cas, le canal digestif n’était le siége d'aucune altération. Expérience vu°. On a répété la même expérience sur un. chien trés-fort, en saupoudrant la plaie avec to grains de racine d’ellébore blanc finement pulvérisée : vingt minutes après, il a commencé à faire des efforts pour vomir, et il a vomi dix fois dans les vingt minutes qui ont suivi. Trois heures après , 1l souflrait beaucoup, et il avait des vertiges très- forts qui se sont calmés pendant la nuit. Le lendemain matin, il marchait assez bien ; il ne se plaignait plus. Le jour suivant, il a mangé un peu et s'est échappé. Expérience vi. M. Emmert appliqua 2 gros de teinture d’ellébore blanc sur le tissu cellulaire qui sépare des muscles abdominaux du péritoine d’un chat. Cinq minutes après , l'animal ne pouvait plus marcher; il se leva et retomba aussitôt ; la respiration devint fréquente et haletante ; il vomit à plusieurs reprises ; on pouvait distingucr à l’œil les battemens du cœur. An bout d’un quart d'heure, il faisait quatre-vingt-dix inspirations par minute, tandis que, cinq minutes après, on n’observait que quarante-huit inspirations. Les battemens du cœur devinrent plus faibles et plus rares ; les pattes se roïdirent; il y eut, des convulsions ; la gueule était ouverte; la respiration devint beaucoup plus difficile, et la mort eut lieu au bout de vingt-sept minutes. (Schabel, ouvrage cité. }: Expérience 1x°. M. Emmert appliqua sur une plaie faite à la partie postérieure du cou d’un chat, un gros et demi de teinture d’ellébore blanc. Quatre minutes après, il se manifesia un violent vomissement de matières écumeuses, et muqueuses, qui continua pendant une demiheure. A la dix-neuvième minute, la respiration se ralentit et ne s’accéléra que vers la trente-quatrième : alors elle était difficile ; l'animal haleta comme un chien qui a -

couru ; il tourna autour de la chambre en chancelant ; enfin, il tomba et resta comme attaché sur la terre. Au bout dé deux heures quarante minutes, la respiration devint plus rare; on ne Comptait que quarante inspirations par minute. Il eut des convulsions qui empèchèrent de compter les battemens du cœur. Au bout de cinq heures onze minutes, on pouvait à peine les sentir; la pupille, contractée, conservait encore de la sensibilité; la respiration, beaucoup plus difficile , était réduite à dix-sept par minute. Huit heures après , l'animal était froid ; les mouvemens du pouls ne se faisaient plus sentir; la respiration était extrêmement rare : on introduisit alors un instrument de fer dans la moelle allongée, et on procéda à l'examen anatomique. Le thermomètre, placé dans la cavité du ventricule gauche du cœur, ne marquait que 18°. Les gros vaisseaux étaient gorgés de sang noir; les poumons, remplis de sang, étaient lourds et parsemés de taches fauves ; l'estomac et les intestins, contractés, contenaient de la bile et du mucus; les muscles se contractaient avec force dès qu’on les irritait. Le cerveau était sain. (/bidem.)

Expérience x°. Un petit morceau de bois, contenant - 3 grains d'extrait d’ellébore blanc, fut appliqué sur un des muscles de la patie d’un chat, isolé des parties environnantes au moyen de la dissection et d’une carte. L'animal périt au bout de 64 minutes, après avoir éprouvé des symptômes analogues à ceux dont nous avons parlé. Le cerveau était le siége d’un épanchement séreux très abondant. (Jbidem.) |

Expérience xi°. L'application du même poison sur le tendon d'Achille d’un chat ne détermina aucun symptôme d'empoisonnement. Il en fut de même lorsque l’extrait fut Re sur le nerf tibial. ( Jbidem.)

Expérience xu°. On frotta la peau de deux lapins, préalablement débarrassée de ses poils, avec un gros de

poudre d’ellébore blanc mélé à de l’axonge , où avec 2 gros d'extrait de la même racine. On n’observa qu’une légère rougeur à la peau. (/bider.)

Expérience xi*. La membrane pituitaire des narines d'un chat fut frottée avec 3 grains d'extrait d’ellébore blanc ; on empêcha l'animal de se lécher; au bout de huit minutes, il éternua avec force, vomit Pod deux heures, et mourut au bout de seize heures. (/bidem.)

Expérience xiv°. M. Emmert introduisit dans la cavité de la plèvre droite d’un lapin un gros de teinture d’ellébore blanc; la respiration devint difficile, et l’animai mourut au bout de quatre minutes. On l’ouvrit sur-lechamp : l'aorte ‘était remplie de sang veineux, qui se coagula par son exposition à l'air. Le poumon droit était d'un fauve obscur; la vésicule du fiél était remplie de bile. Le mouvement péristaltique était encore vif; mais en irvitant le nerf phrénique, on n’excitait aucune contraction du diaphragme. Vingt-cinq minutes après la mort, le corps était roide. (Jbidem.)

Expérience xx°: On ouvrit la plèvre d’un chien entre la cinquième et fa sixième côte droite, et après y avoir introduit 2 grains d’extrait d’ellébore blanc, dissous dans un demi-gros d’eau, on rapprocha les bords de la plaie. Trois minutes après, l'animal vomit , à plusieurs reprises , des matières écumeuses ; le corps était entièrement agité ; Ja respiration tantôt fréquente , tantôt rare. Au bout de quatorze minutes, la langue était livide et sortait de Ja gueule ; les pattes postérieures étaient paralysées ; ke tremblement continuait; il y eut des vomissemens bilieyx pendant six minutes. Trente-huit minutes après, il eut un tournoiement semblable à celui qui a été observé par Arremann sur les animaux auxquels on a enlevé une grande partie du cerveau : il mourut au bout de quarante minutes. L'ouverture cadavérique fut faite immé-

DE L'ELLÉBORE BLANC. g diatement après. Il n’y avait aucun signe d'irritabilité, si ce n’est un léger mouvement péristaltique. La vésicule du fiel, l'œsophage, l'estomac et les intestins grêles étaient remplis de bile; les poumons offraient une couleur rosée ; la veine cave et les cavités droites du cœur étaient gorgées de sang coagulé. (Jbidem.)

Expérience xvi°. On introduisit dans la cavité du péritoine d’un gros chat 2 grains d'extrait d’ellébore blanc, mélés avec de la mie de pain et sous forme de pilules. On réunit les bords de la plaie : la mort eut lieu au bout d’une heure vingt-huit minutes, et fut précédée de vomissemens violens, de convulsions , d’opisthotonos et d’une grande difficulté de respirer. Les lésions cadavériques furent les mêmes que dans l’expérience précédente. On trouva les pilules entières, et seulement attaquées à leur surface. (Jbidem.)

Expérience xvn°. Après avoir coupé les deux cartilages supérieurs de la trachée d’un chat, on injecta 3 grains d'extrait d’ellébore blanc, dissous dans 15 gouttes d’eau. La majeure partie fut rejetée par les efforts de la toux ; on nettoya la plaie et on réunit ses bords. La toux cessa, la respiration devint fréquente et pénible ; au bout de quatre minuütes , l'animal vomit une écume muqueuse et rendit des excrémens. La difficulté de respirer et les efforts pour vomir continuèrent : l’animal tomba, la gueule ouverte et la poitrine sifflante; il eut pendant onze minutes des convulsions et l’emprosthotonos, et périt au bout de trente-cinq minutes. La trachée contenait un mucus écumeux. Le poison avait été entièrement absorbé par les brons ches du poumon gauche , dans lesquelles on pouvait facilement le distinguer à la vue et au goût, tandis qu’on ne remarquait rien de semblable dans le poumon droit. Tout le trajet des intestins était enflammé , les poumons excessivement épaissis et lourds, la vésicule du fiel remplie de bile.

Les autres organes n’avaient point été attaqués. (Zbidem.}

Expérience xvinr°. Courten rapporte avoir vu mourir subitement un chien dans la veine jugulaire duquel il avait injecté 2 gros d’une décoction d’ellébore blanc. Viborg et Schéel présentent une série d’expériences dont les résultats sont semblables, Ils introduisirent dans la veine jugulaire d'un mauvais cheval 6 grains d'extrait gommeux d’ellébore blanc, dissous dans deux onces et demie d’eau. Au bout de trois minutes , le pouls était vif, fréquent et tendu ; la respiration diflicile ; il chancelait et tombait ; alors la respiration et le pouls devinrent insensibles , et les muscles étaient flasques ; l'animal s’étendit par terre et mourut.

Plusieurs chevaux, plusieurs vaches dans la veine jugu- Jaire desquels on introduisit 25 à 30 gouttes d’une teinture ( faite avec une partie de racine et 8 parties d'alcool } dissoute dans 2 onces et demie d’eau, présentèrent les symplômes suivans : Au bout de deux ou trois minutes, la respiration devint diflicile, le pouls petit, vif, fréquent; les douleurs se firent sentir dans l’abdomen ; sept minutes après, vomissemens et déjéctions alvines ; mais au bout d’une heure, toutes les douleurs avaient cessé.

Expérience xix*. Desirant connaître quelle était la quantité de poison absorbée dans ces différentes expériences, on introduisit entre les muscles et la peau de la cuisse d’un lapin, 10 grains d'extrait d’ellébore blanc parfaitement desséché. Au bout d’un quart d'heure, l'animal devint inquiet , et la respiration lente; une heure après, il était triste, languissant et ne changeait plus de place. A cette époque, on retira le poison de Ja plaie, et après l'avoir fait sécher, onvit qu’il pesait 8 grains et demi. L’animal périt au bout de trois heures trente-cinq minutes. La plaie était salie par l’extrait et un peu enflammée.

:(Schabel. )

Expérience xx°. À six heures du matin, on a fait prendre à un chien robuste le liquide obtenu en traitant une once d’ellébore blanc par l'eau bouillante : ‘ce liquide avait été filtré et rapproché. L'œsophage a été lié: cinq minutes après, l’animal a fait des efforts pour vomir. À sept heures, 1l commençait à éprouver de la faiblesse dans les extrémités postérieures ; sa marche était vacillante, Ces sympiômes ont augmenté, et l’animal est mort à onze heures. On l’a ouvert le lendemain. L’estomac contenait une assez grande quantité de mucus épais ; il était peu enflammé, La membrane muqueuse du rectum était d’un rouge assez vif; les poumons offraient des taches livides , denses, peu crépitanties.

Expérience xxi°. À huit heures du soir, on a appliqué sur le tissu cellulaire de la cuisse d’un petit chien faible 3 gros de poudre de racine d’ellébore blanc, dont on avait parfaitement séparé les parties solubles, en le faisant bouillir à plusieurs reprises dans de l’eau. Quatre jours après, J'animal n'avait éprouvé que les symptômes inséparables de l'opération. Il est mort le sixième jour, et il a été impossible de découvrir aucune altération cadavérique.

Expérience xxn°. La même expérience a été répétée sur un autre petit chien, avec trois gros de la même poudre que l’on n'avait pas fait bouillir assez de temps dans l’eau pour la priver de toutes les parties solubles : l'animal est mort au bout de trente-six heures, et il n’a commencé à éprouver les symptômes de l’empoisonnement que dix heures après l'application de la substance vénéneuse.

Expérience xxiue. Deux aiguilles enduites, l’une d’un quart de grain d’extraït a/coolique d’ellébore blanc, l’autre d’un demi-grain d'extrait aqueux de la même plante , furent introduites dans un des muscles de la cuisse de deux mians. L'animal soumis à l’action de l’extrait alcoolique, après avoir fait d’inutiles efforis pour vomir pendant qua-

torze heures, vomit enfin, et eut des déjections alvines fréquentes. Le surlendemain, il était parfaitement rétabli. On lui appliqua de nouveau une aiguille enduite de trois quarts de grain du même extrait. Aussitôt après il eut. des vomissemens répétés, et il mourut au bout d'une héure quinze minutes, au milieu des convulsions. * L'animal soumis à l’influence de l'extrait aqueux n’é- ‘prouya aucun symptôme d’empoisonnement, même lorsque la dose d'extrait fut portée à 2 grains. ( Schabel.) Expérience xx1v°. Dans le dessein de constater si les astringens conseillés par un médecin danoïs s’opposaient aux effets délétères de l’ellébore blanc, on précipita 3 gros * de teinture de la racine de cette plante, par un excès d’infusion aqueuse de noix de galle; la liqueur surnageant le précipité fut administrée à un chat. Au bout de sept minutes, la respiration devint accélérée et dificile; la langue était pendante et l'animal couché sur le côté. Dix minutes après , vomissemens , cris, convulsions, pouls intermittent, respiration irrégulière et rare, mort au bout de vingt-cinq minutes. Les poumons contenaient une très-grande quantité de matière liquide. (Jbidem.)

OBSERVATIONS

1°. Ettmuller dit, dans la préface de son ouvrage de chirurgie, que cette racine, appliquée à l’abdomen , occasionne un vomissement violent (1).

(1) L'expérience xnr£ ( voy. p. 7 ) est en contradiction avec ce fait. 11 est pourtant extrêmement probable que l'observation d’Ettmuller est exacte : en effet, la racine d’ellébore blanc renferme un principe âcre; elle rubélie la, peau , l’ulcère, et peut par conséquent être facilement absorbée : or dès le moment quel’absorptiona lieu, les symptômes d’empoisonnement doivent se manifester.

20, Schreder a observé le même phénomène daus un cas où cette racine fut employée sous la forme de suppositoire.

3°. Helmont rapporte qu’un prince royal périt au bout de trois heures pour avoir pris un scrupule de ce poison, qui détermina des convulsions.

4°. Administrée à cette même dose , la racine d’ellébore,

a occasionné des spasmes, la suffocation , la perte de la voix, et le froid de tout le corps. (Vicar, Histoire des Plantes vénéneuses de la Suisse, p. 165. J: Verdon an née 1776.)

59, Un tailleur, sa femme, ses enfans et ses ouvriers mangent de la soupe dans Roule on avait mis de la racine d’ellébore blanc en place de poivre. Bientôt après, ces individus

‘sont saisis d’un froid général, et le corps se couvre d’une sueur glacée; leur faiblesse est extrême; ïls sont presque insensibles , et leur pouls peut à peine être senti. Au bout de deux heures, l'aîné des enfans, qui‘n’avait pas quatre ans, commence à vomir copieusement, mais avec beaucoup d’efforts; les autres individus ne tardent pas à être dans le même cas. Vicat, appelé à ce moment, leur fait prendre une grande quantité d’eau tiède avec de l'huile, et peu de temps après il leur administre du thé de mauve miellé, ce qui leur procure du soulagement et le rétablissement complet. (dem, p. 166.)

6°. Z'héophraste dit que les vignes dans lesquelles il croit de l’ellébore bianc donnent un vin qui fait uriner.

7°. Plusieurs auteurs assurent que la racine d’ellébore

blanc, séchée, pulvérisée, et respirée par le nez dans l’intention d’exciter l’éternuement, a causé des fausses couches, des pertes qu’il n’a pas été possible d'arrêter, des saignemens de nez, des suflocations et des morts subites,

DeTE llébore noir.

814. L’ellébore noir (Aelleborus niger) appartient à la polyandrie polygynie de L. et à la famille des renonculacées de Jussieu.

Caractères. Calice persistant, composé de cinq ou six folioles larges, arrondies, ouvertes, roses d’abord, devenant blanches en s’épanouissant, et ressemblant à des pétales : cinq nectaires ou plus appelés pétales par quelques botañistes , plus courts que le calice, en forme d’entonnoir ou de cornet, avec limbe irrégulier, oblique, comme labié : siyle en alènes un peu arquées en dehors : ovaires se transformant après leur fécondation en autant de capsules comprimées, ovales, oblongues, et offrant à leurs extrémités deux carènes , l’une courte et plus, arrondie, l’autre plus allongée et terminée en pointe; chaque capsule est une espèce de follicule s'ouvrant d’un seul côté : semences rondesat , tachées à la suture opposée qui tient lieu du placenta : fleurs grandes, du diamètre de deux pouces, solitaires ou placées deux à deux sur des hampes cylindriques, simples ou fourchues, naissant avec les feuilles : feuilles grandes, radicales, portées sur un pétiole au moins égal à la hampe, divisées au sommet en sept ou huit lobes disposés en pétales oblongs, dentées en scie, pointues, d’un vert brun et coriâces : racines composées d’une couche courte, épaisse, d’où partent plusieurs fibres noirâtres , souvent hérissées d’un duvet brun.

Action de la racine d'Éllébore noir sur. l'économie |‘ animale.

Expérience 1°. On a fait avaler à un chien de moyenne taille et à jeun, 2 gros 48 grains de cette racine. Au bout

d'un quart d'heure, il a-eu une selle verdâtre ; demi-heure après, il a vomi sans effort; ces vomissemens se sont renou- velés quaire fois dans l’espace d’une heure. Le lendemain, il a mangé avec appétit, et il était parfaitement rétabli.

Expérience u*. À une heure, on a introduit 2 gros et demi de racine d’ellébore noir en poudre dans lesiomac d’un chien très-fort, dont l’œsophage avait été préalable-. ment détaché et percé d’un trou ; on a pratiqué la ligature de ce conduit afin d'empêcher l'expulsion du poison. Deux heures après, l’animal faisait des efforts violens pour vomir. Le lendemain, à midi, il était abattu, soufirait beaucoup et continuait à faire des efforts de vomissement; il marchait librement et conservait l’usage de ses sens. À huit heures du soir, il avait des vertiges; sa marche était chancelante; il avait de temps en iemps des mouvemens convulsifs. Il est mort dans la nuit.

Autopsie cadavérique. L’estomac était distendu par une assez grande quantité de matière pultacée dans laquelle était suspendue une partie de la poudre ingérée ; la membrane muqueuse offrait quelques points d’un rouge foncé ; dans le reste de son étendue sa couleur ne paraissait pas altérée; elle était ulcérée dans quelques endroits; ces ulcères, longitudinaux et courts, se trouvaient principalement sur les plis qu’elle forme à l’intérieur du ventricule. La membrane musculeuse était rougeâtre; la tunique séreuse, d’une couleur rose dans toute son étendue, était recouverte de vaisseaux fortement injectés en brun noirâtre. L'intérieur du duodénum, du colon et du rectum était très-rouge; les autres portions du canal intestinal ne paraissaient point altérées (r).

(1) L'inflammation du rectum est constante lorsque les animaux qui ont pris de la racine d’ellébore noir ont survécu quel-

Expérience n°. On introduisit dans l’anus d'un cor beau 5 grains d'extrait d’ellébore noir dissous dans une très-petite quantité d’eau. Deux minutes après, l'animal eut des déjections alvines tellement fréquentes et abondantes qu'il ést à présumer que le poison fut presqu’entiè= rement expulsé. Néanmoins, la respiration se ralentit et

devint difficile ; l'animal vomit et mourut au bout de trentetrois minutes , au milieu de fréquentes convulsions. (Schabel, ouvrage cité. ) Ç

M Erpériense IVÉ. On introduisit dans la cavité du péritoine d’un sansonnef un grain d'extrait d’ellébore noir dissous dans 10 gouttes d’eau. L'animal périt au bout de cinq minutes. Un hochequeue, soumis à la même expérience avec un demi-grain de ce poison, ne vécut que vingt-deux minutes. (Jbidem.) (

Expérience v°. Cinq grains d'extrait d'ellébore noir farent introduits par l’épiglotte dans la trachée d’un corbeau, La respiration devint difficile, et l'animal marchait ävec peine. Au bout de la seconde minute, il reprit la gaîté, et parut n'avoir rien éprouvé jusqu’à la quatrième minute , où t! tendit le cou et éternua avec force. Alors il tomba, ouvrit le bec , etexpira au milieu des convulsions. À l'ouverture du cadavre, on ne découvrit aucune trace du poison ni dans la trachée-artère, ni dans les bronches. Les poumons étaient infilirés de sang veineux, et présentaient çà et à des plaques noirâtres. L'œsophage était rempli de mucus ; les autres organes ne paraissaient

pas altérés. ({bidenz. }

ques heures a son administration : Z’zcaf a donc été induit ex errenr en annonçant que ce poison enflammait les entrailles, excepté le seul rectum. (Histoire des Plantes vénéneuses de

Li Suisse, pag-6g:)

DE L'ELLÉBORE Noïr. | LE

Expérience vi. À deux beures de l'après-midi, on a saupoudré avec 2 gros de racine d’ellébore noir pulvérisée une plaie faite à la partie interne de la cuisse d’un fort chien. On a réuni les lambeaux par quelques points de suture. Au bout de six minutes , l'animal a vomi des matières liquides blanchâtres, et il n’a pas cessé de faire de violens efforts de vomissement pendant la premiére heure qui s’est écoulée ; ces efforts étaient tantôt infructueux, tantôt suivis de l’expulsion d’un peu de bile jaunâtre., A deux heures quarante-cinq minutes , il était en proie à des vertiges tels, qu’il lui était impossible de faire deux pas sans tomber; ses pattes de derrière, excessivement faibles, ne lui permettaient pas de se tenir un instant debout ; il poussait des cris plaintifs; ses pupilles n'étaient pas plus dilatées que dans l’état naturel. Il est tombé ensuite dans un état d'insensibilité générale, et il est mort à quatre heures et demie. La membrane muqueuse de l’estomac et celle du rectum étaient un peu rouges ; les poumons offraient plusieurs portions d’une couleur rose, et d’autres qui étaient livides, noirätres, gorgées de sérosité ; ils étaient assez crépitans ; la plaie était fort peu enflammée.

Expérience vui°. On a répété l'expérience sur un petit chien jeune, avec 6 grains de la même poudre. Il n’ÿ avait aucun symptôme apparent au bout de huit heures. Le lendemain, vingt heures après l'opération, l’animal était couché sur le côté et dans un grand état d’abattement ; il était insensible aux impressions extérieures ; on pouvait le déplacer comme une masse inerte , et il lui était impossible de se tenir «debout. Il est mort trois heures après. On n’a point trouvé de lésion sensible dans le canal digestif ni dans les poumons.

Expérience vin. Après avoir ouvert l’abdomen d’un lapin, on pratiqua la ligature de l'aorte an - dessus de la division de l’artère iliaque. Alors on appliqua sur une plaie

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