‹ Traité des poisonsChapitre 3 sur 109 · IX · texte numérisé non relu

IX

faite à la cuisse un scrupule d'extrait d’ellébore noir; on en réunit les lambeaux au moyen d’un point de suture recouvert d'emplâtre agglutinatif. Au bout de quelques minutes , le sentiment et le mouvement volontaire des extré-. mités postérieures avaient cessé, et quelques heures après , la chaleur animale était égale à celle de l’atmosphère. Six heures après, on frappa violemment la tête : dès-lors, la respiration cessa; il sortit de l'aorte divisée par la Higature du sang veineux; le cœur battait cinquante fois en une minute et demie. (Schabel.) ë

Expérience 1x°. À sept heures du matin on a introduit dans l’estomac d’un gros chien le liquide obtenu en traitant une once d’ellébore noir par l’eau bouillante : ce liquide avait été filtré et rapproché ; l’œsophage a été lié. Dix minutes après, l'animal a fait des efforts pour vomir ; il a eu une selle solide. À huit heures trois quarts, il éprouvait des vertiges légers. À midi, les efforts de vomissement s'étaient souvent renouvelés ; l'animal ne se soutenait qu’avec la plus grande difhiculté; il était presque insensible. IL est mort à trois heures. La membrane muqueuse de l’estomac était légèrement enflammée; l’intérieur du rectum offrait une couleur rouge-cerise; il n’y avait qu’une légère altération dans les autres parties du canal digestif ; les poumons présentaient çà et là des plaques livides, denses et peu crépitantes. |

Expérience x°. 8 onces d’une décoction faite avec du cidre et une once de racine d’ellébore noir en poudre furent administrées à un chien très-robuste et de moyenne taille. Presque à l'instant même, l’action du poison fut manifeste. L’immobilité fut le premier symptôme , et on remarqua en même temps un ralentissement trèssensible dans la circulation ; les mouvemens du cœur devinrent très-rares : cet état dura à-peu-près une minute. Alors la circulation s'accéléra progressivement, et sur-

passa même l’état naturel; mais la mobilité ne semblait être rendue qu'aux extrémités. Le tronc avait conservé absolument la même position que dans le commencement de l'expérience, et il ressemblait assez à une masse inerte à laquelle étaient attachées des parties animées. L'animal roidissait alternativement les pattes antérieures et les postérieures ; sa queue était aussi dans un mouvement presque continuel, et sa tête , après de longs et vains efforts, parvint enfin à se porter en arrière contre le dos. Ces différentes attitudes dépeignaient assez les douleurs atroces auxquelles l'animal était en proie ; mais elles démontraient aussi ses pénibles contorsions pour tâcher de vomir : il y parvint en effet, mais une seule fois , après laquelle il retomba dans un état d’'immobilité absolue. La circulation devint par degrés moins rapide, et la mort survint presqu'immédiatement (vingt minutes après l’administration du poison).

Ouverture du cadavre. Elle fut pratiquée à l'instant même. Tout le canal digestif était enflammé, depuis l'œsophage exclusivement jusqu’à l'extrémité du rectum. L’estomac était distendu et rempli d’une grande quantité d’un mélange d’os et de viande, et d’une partie du poi-. - son liquide non encore absorbé. Les plis de la membrane muqueuse de ce viscére étaient dans un état d’inflammation très-intense, d’une couleur rouge - cramoiïsie bien manifeste , mais sans aucune trace de corrosion ; le duodénum présentai® les mêmes caractères ; mais ce qui est assez singulier , l’extrémité pylorique de lestomac offrait des traces d’une inflammation beaucoup moins vive que dans les deux organes précédens. Les intestins étaient trés-enflammés; mais l’inflammation diminuait progressivement jusqu’au rectum. La vessie ne contenait point d'urine; sa membrane interne était considérablement épaissie et d’une couleur rouge.

20 DES POISONS ACRES, La poitrine m'offrait rien de particulier ; cependant le veniricule droit du cœur contenait un peu de sang, et le poumon gauche était légèrement engorgé par cefluide. (M. Caventou , Journal universel, avril 1818, p. 127.) Expérience xi°. À cinq heures du matin, on a saupoudré le tissu cellulaire de la cuisse d’un petit chien avec 2 gros de poudre de racine d’ellébore noir, épuisée par l’eau bouil- Jante; on a réuni les lambeaux de la plaie par quelques points de suture. Trois jours après , l'animal n'avait offert d'autre phénomène que l'abattement qui accompagne constamment cette opération. Il est mort au cinquième jour. Le membre opéré était à peine enflammé, et il n’y avait aucune lésion dans les organes intérieurs.

Expérience xu°. À deux heures et demie, on a introduit dans l'estomac d’un chien très-fort 4 gros d'extrait aqueux d’ellébore noir solide alcalin, préparé en faisant macérer à froid de la racine sèche d’ellébore noir dans de l’eau aiguisée de sous-carbonate de potasse (cet extrait fait la base des pilules toniques de Bacher) :on a lié l’œsophage. A huit heures et demie du soir, l'animal éprouvait quelques vertiges, sa marche était chancelante, et il se plaignait un peu. Îl est mort le lendemain à neuf heures du matin. La membrane muqueuse de l'estomac était d’un rougecerise dans toute son étendue ; il n’y avait point de lésion sensible dans les intestins. Les poumons, gorgés de sang dans quelques parties, étaient d’une couleur foncée, noïrâtre, et plus denses que dans l’état naturel. Les ventricules cérébraux ne contenaient aucun fluide; les vaisseaux veineux qui parcourent la surface externe de cet organe étaient gorgés de sang noir; la pie-mère fortement injectée.

Expérience xim°. Desirant connaître si l’ellébore noir est moins actif que le blanc, on prit deux chats de même force ; on enfdnça dans les muscles de la cuisse de l’un d'eux une aiguille contenant un tiers de grain d'extrait

alcoolique d’ellébore blanc : il éprouva les douleurs et les symptômes ordinaires. Au bout de cinquante minutes, il ne respirait plus que cinq fois par minute. À septheures, la température du ventre était de 16°; celle du rectum de 18°. Le surlendemain on ie trouva mort.

On opéra de la même manière sur l’autre chat, en employant un demi-grain d'extrait alcoolique d’ellébore noir : l'animal périt au bout de vingt-cinq minutes, au milieu des convulsions {Schabel.) (x).

Expérience xiv°. Dans le dessein de constater si les asiingens empêchaient les effets délétères de l’ellébore noir, on a dissous 4 scrupules d’extrait aqueux de cette plante dans 4 onces d’eau, que l’on a filtré et précipité par un excès de teinture de noix de galle : Le précipité obtenu pesait 44 grains; on en a appliqué six grains sur une plaie faite à la cuisse d’un chat, et on n’a observé aucun phénomène notable. Deux gros du liquide surnageant le précipité furent introduits dans l’œsophage : l'animal tomba aussitôt, et rejeta une grande quantité d’écume ; sa respiration dévint profonde et lente. Au bout de sept minutes on administra un gros de teinture de noix de galle étendue d'une assez grande quantité d’eau : onze minutes après, l'animal vomit les alimens qu’il avait pris une heure auparavant; la respiration fut de plus en plus diflicile; le corps se re-

(1) Cette expérience est loin de démontrer la supériorité ni même l’égalite d'action de l’ellébore noir : en effet, 1l a été employé à la dose d'un demi-grain, tandis que l'autre n’a été appliqué qu’à la dose d’un tiers de grain ; d’ailleurs, l’ellébore noir était récent et très-actif, tandis que, d’après M. Schabel, le blanc avait moins de force que d’autres échantillons plus frais. La résistance vitale offerte par ces deux animaux peut encore différer assez pour que l’on ne doive tenir aucun €ompte d’une expérience aussi peu coucluante.

froidit, devint flasque; le péristhotonos se manifesta, et la mort eut lieu au bout de dix- -sept minutes. L'estomac était tout plissé; il n’y avait point de changement dans les autres

organes. (Schabel.)

1°. Morgagnifaitmention d’un individu qui pritunedemidrachme d’ellébore noir, et qui succomba huit heures après. IL éprouva des douleurs et fut pris de vomissemens. Tout le canal digestif était enflammé, l’inflammation était plus intense dans les gros intestins que dans les petits; plusieurs portions de ces derniers offraient alternativement un état de constriction et de relâchement ; il n’y avait point de gangrène; quarante - deux heures après la mort, les membres étaient encore flexibles. |

2°. Un domestique, dans une métairie près St.-Brieux, éprouve un malaise depuis deux ou trois mois. Plus inquiet sur l'avenir que gêné des douleurs présentes, il se décide à faire quatre lieues pour aller consulter Pierre Tanguy, dit le mouton, un de ces ignorans malheureusement trop répandus , qu’on appelle vulgairement guérit tout. Il en reçoit trois substances que l’on a reconnues être, l’une la racine du sceau de Salomon , l’autre les feuilles du lierre terrestre, et la troisième a paru être la racine de l’ellébore noir. Cet homme fait bouillir ces ingrédiens dans du cidre, jusqu’à réduction d’une pinte de liquide: il en boit un verre, et, par curiosité , son maitre en avale une même dose. Trois quarts d'heure après, les symptômes d’empoisonrement commencèrent à se manifester, d’une manière alarmante, Maïs ces malheureux étaient loin de prévoir les funestes effets dont leur trop aveugle confiance allait les rendre victimes. En effet, l’un d'eux (le domestique), n’en-

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trevoyant sans doute dans les douleurs déchirantes qu'il ressentit qu’une crise salutaire propre à chasser là maladie, crut devoir la seconder en prenant un deuxième verre du breuvage qu'il avait préparé. Mais, loin de se calmer, les accidens n’en devinrent que plus graves. Bientôt les vomissemens , suivis de délire, les contorsions les plus violentes, accompagnées d’un froid excessif que rien n’a pu diminuer ; la mort enfin, furent les tristes résultats de l'administration de ce prétendu spécifique.

Il est À remarquer, dans cette circonstance, que la violence des symptômes et des accidens suivit une marche assez régulière, et qui coïncida parfaitement avec les quantités différentes de liquide prises séparément par les deux individus. Aussi le maître ne mourut-il que deux heures et demie après en avoir pris un seul verre, tandis que le domestique , qui en avait pris le double , Succomba trois quarts d'heure plus tôt.

L'ouverture cadavérique fut faite seize heures après la mort des individus. Elle présenta les mêmes altérations dans les deux cas, mais d’une manière beaucoup plus marquée chez le domestique, qui avait pris une plus grande dose de liquide.

Les poumons étaient gorgés de sang : la membrane muqueuse de l’estomac se trouvait dans un état d’inflammation considérable , d’une couleur brune-noiratre , et réduite à un état presque gangreneux; l’œsophage et, ce qui est assez remarquable, les intestins n’offraient rien de particulier. (Observation rapportée par M. Ferrary, pharmacien à St.-Brieux. Journal universel, avril 1818, p.121.)

MM. Caventou et Cloquet, chargés d'examiner cette observation , pensent que l'ellébore noir n'était pas la seule substance active de ce breuvage, et qu'il pourrait bien y avoir été ajouté quelqu'autre corps de nature métallique, également susceptible d’empoisonner.

815. Dans la première édition de cet ouvrage, qui parut long-temps avant le Mémoire de M. Schabel, nous avions tiré des expériences qui nous étaient propres les conclusions suivantes : |

1°, Les racines pulvérisées d’ellébores noir et blanc, appliquées sur le tissu cellulaire, sont rapidement absorbées, portées dans le torrent de la circulation, et déterminent des vomissemens violens et diverses lésions du système nerveux auxquelles les animaux ne tardent pas à succomber, et qui paraissent analogues à celles que les narcotiques développent;

2°, Leur effet local se borne à produire une inflammation légère, incapable d’occasionner une mort prompte ;

3°. Elles agissent de la même manière lorsqu'on les introduit dans l’estomac ; mais, dans ce cas, leurs effets sont plus tardifs et moins intenses ;

4°. Il peut même arriver alors qu’elles ne fassent pas périr les animaux auxquels on a laissé la faculté de vomir : dans le cas contraire, la mort est constante à certaine dose;

59, La racine d’ellébore blanc est plus active que celle d’ellébore noir; |

6°. C’est dans la partie soluble dans es: que résident les propriétés vénéneuses de ces deux espèces de racine d’ellébore.

7°. L’extrait alcalin, qui fait partie des pilules toniques de Bacher, est aussi très-actif (1).

816. Les expériences récentes etnombreuses de M. Schabel l'ont conduit à admettre les résultats suivans :

«1°. Les propriétés délétères des racines d’ellébore blanc et noir ont le plus grand rapport entr'elles. (f’oy. la note de la page 21 de ce vol.)

(1) L’eau disullée de la racine d’ellébore noir agit aussi sur le système nerveux.

» 2°, Files paraissent résider principalement dans la substance résineuse (1), et ne sont point neutralisées par l'infusion de noix de galle. Wiborg et Schéel ont attribué leurs propriétés émétiques à la partie résineuse, et leurs propriétés narcotiques à la matière gommeuse, résultats qui ne sont point d'accord avec les expériences de l’auteur.

» 3°. Les racines d’ellébores blanc et noir agissent nonseulement sur les animaux, mais encore sur les végétaux. Leur action déléière s'exerce sur les mammifères , les oiseaux, les reptiles , les mollusques, les insectes , et pro- ‘bablement sur tous les autres animaux.

» 4°. Elles sont plus énergiques si on les introduit dans les vaisseaux sanguins, ou si on les applique sur les membranes séreuses , ou sur les organes pourvus de vaisseaux sanguins : dans ce cas, elles sont absorbées et transportées, par le moyen de la circulation, des parties infectées dans les autres parties du corps, en sorte qu’elles n'exercent pas leur influence à l’aide du système nerveux. Il n’y a qu’une très-faible déperdition du poison employé, c’est-à-dire, que la quantité absorbée pour produire la mort est peu considérable.

» 5°. Leur action est moins violente si elles sont introduites dans le canal alimentaire, très-forte si elles sont appliquées sur des plaies saignantes, ou sur la membrane muqueuse des voies aériennes, et nulle lorsqu'elles sont placées sur l’épiderme, les organes fibreux, ou sur les nerfs.

» 6°. La mort qu’elles déterminent chez les animaux des classes supérieures arrive presque toujours par le même mécanisme ; l'intensité de leurs effets est en rap-

(1) Suivant M. Schabel, la racine d’ellébore noir fournit b,20 d’extrait alcoolique ou résineux, et 0,38 d'extrait aqueux. La racine d’ellébore blanc déjà ancienne donna 0,40 d’extrait alcoolique ou résineux , el 0,54 d'extrait aqueux.

26 DES POISONS ACMRES.

port avec la quantité employée. Données à grande dose, elles tuent rapidement, après avoir occasionné la dyspnée et des convulsions. La marche et la durée de l’aftection qu'elles produisent sont également subordonnées à la dose.

» Le plus souvent la mort a lieu en une demi-heure ou une heure; quelquefois elle n’arrive qu’au bout de plusieurs heures, tandis que, dans d’autres circonstances, quelques minutes suflisent pour la déterminer.

» Peu de temps après avoir administré ces poisons aux animaux des classes supérieures , la respiration devient pénible et lente; les battemens du cœur se ralentissent, et peu de minutes après l’envie de vomir se manifeste; l'animal vomit des matières bilieuses et muqueuses ; il salive, et présente tous les phénomènes que l’on observe ordinairement dans les grandes douleurs de ventre. Il chancelle, vacille comme s’il avait des vertiges et s’affaiblit de plus en plus: on remarque un tremblement dans les muscles des extrémités postérieures d’abord, puis, et seulement dans certaines circonstances , dans ceux des pattes antérieures. Il arrive tantôt que la respiration et la circulation sont plus rares et plus irrégulières ; tantôt , au contraire, ces fonctions sont accélérées , et alors la respiration est douloureuse ; les animaux halètent comme les chiens qui ont très-chaud ; la langue est pendante; la faiblesse des muscles augmente à un tel point que la démarche devient impossible, etl’animal reste étendu par terre. À cette époque, les efforts pour vomir cessent le plus ordinairement; les convulsions se déclarent, augmentent de temps à autre, et ne tardent pas à être suivies de l’opisthotonos , de l’emprosthotonos et de la mort.

» Dans certaines circonstances, la respiration et les mouvemens du cœur deviennent plus rares; ceux-ci sont intermittens , tandis que la respiration est pénible ;, la chaleur intérieure et extérieure diminue, phénomène qui

DE L'ELLÉBORE NOTR. 7 est de la plus haute importance pour les physiologistes. Plus tard, la sensibilité diminue, lanimal languit et reste couché, la respiration est rare et faible, et de temps à autre, on aperçoit quelques signes de vie qui s'éteint par degrés. Quelquefois, surtout chez les oiseaux, ces poisons agissent comme purgatifs ; ils déterminent rarement l’éternuement; la pupille est resserrée ou dilatée,

» Si, après l’empoisonnement, Ja santé se rétablit, ce qui, d'après Ledélius, peut arriver même chez les per-. sonnes qui ont éprouvé des convulsions, la respiration, le pouls et la température du corps reviennent peu à peu à leur état naturel.

» Chez les animaux qui n’ont pas été tués instantané ment par ces poisons, on trouve les poumons lourds, gorgés de sang, recouverts d’une membrane denseet offrant plusieurs taches brunes ; quelquefois ils sont emphysémateux ; la trachée-arière et ses grandes ramifications ne aies point altérées.

» Les vaisseaux biliaires et la vésicule du fiel sont remplis de bile ; on trouve encore une assez grande quantité de cette liqueur dans les intestins grèles. Le foie est souvent gorgé de sang ; la membrane muqueuse de l’estomac est d’une couleur rouge ; on observe quelquefois une rougeur analogue dans quelques parties des intestins. Je n'ai jamais pu confirmer le fait annoncé par M. Orfila, savoir, que l’ellébore noir enflamme l'intestin rectum : plusieurs expériences faites par M. Orfila lui-même sont en opposition avec ce qu'il avance (1).

(1) Nous persistons à croire que l’eilébore noir détermine Vinflammation du rectum lorsqu'il est introduit dans l’estomac. Si M. Schabel n’a pas observé cette lésion, cela tient à ce que les animaux sur lesquels il a opéré sont morts quelques minutes après l'ingestion du poison; tandis que, suivant nous,

LT Re DES POISONS ACRES.

:» On rencontre souvent dans les gros troncs veineux et dans les cavités droites du cœur, une grande quantité de sang noir; il yena aussi épis dns lc ventricule te

» Si on ouvre les animaux peu de temps après Ja mort, on voit que le sang est fluide et qu’il se coagule par son exposition à l'air. Les autres organes nous ont paru sains.

» L’irritabilité des muscles volontaires et involontaires , et de ceux qui ont été touchés par ces poisons, est encore assez marquée. Les nerfs ont conservé assez de force pour transmettre les impressions qu'ils ont reçues.

» Nous n'avons jamais remarqué que les corps des animaux soumis à l'influence des racines dont nous parlons eussent une tendance plus marquée à la putréfaction.

» Il résulte de tout ce qui précède que les propriétés délétères des racines d’ellébores noir et blanc ont quelques rapports avec celles de l’hydro-chlorate de baryte et de l’emétique ; que leur mode d'action diffère cependant, surtout de la dernière de ces substances, parce qu’elles agissent avec plus de promptitude, qu’elles produisent moins de déjections alvines, et qu’étant appliquées ailleurs que sur l’estomac, elles excitent plus vite et plus constamment le vomissement. En effet, d’après M. Emmert, aucune des substances vireuses ou médicamenteuses employées

elle ne se développe que dans le cas où les animaux ont survécu quelques heures à son administration (Toxicologie, t. u, p. 9, 17° édit.). Qu'il nous soit permis de relever encore M. Schabei lorsqu'il dit que nous sommes en contradiction avec nous-mêmes. Parmi les expériences rapportées dans notre article sur l’ellébore noir (1€ édit), la ue et la v° sont les seules qui aient été terminées par la mort apres l'introduction de ce poison dans l'estomac : or, dans l’une et dans l’autre, l’intérieur du rectam était d’un rouge cerise.

DE LA BRYONE 2g “jusqu’à ce jour ne détermine aussi promptement le vomissement que les racines d’ellébore appliquées sur des plaies saignantes (Schabel) ».

817. L’ellébore fétide peut aussi déterminer la mort. On lit dans le London-Chronicle, 1768, n° 1560, qu’un enfant périt pour avoir pris de la racine de cette plante dans de la pulpe de pomme. On a vu aussi, après son emploi, des individus perdre les cheveux, les ongles, et même l’épi-

, derme qui recouvre tout le corps. ( Oxford Magazine,

pour le mois de mars 17959, pag. 99.)

De la Bryone.

818. Le genre bryonia appartient à la famille des cucur« bitacées.

Caractères. Fleurs monoïques ou dioïques : calice court,

monophylle, campanulé, à cinq dents : corolle adhérente au calice, campanulée ou presqu’en rosette, dont le Iymbe est à cinq divisions ovales et veineuses. {leurs mâles : trois étamines, dont deux soudées ensemble par les filets. Æeurs femelles : un style à trois divisions : stigmates échancrés : ovaire inférieur , ovoïde, qui, lors de sa maturité, est une baie sphérique ou ovale, lisse en sa superficie, renfermant un petit nombre de graines.

Bryonia dioica (couleuvrée, bryone blanche ). Tiges longues d'environ deux mètres, grèles, grimpantes, cannelées et un peu velues : feuilles aliernes, pétiolées, anguleuses, palmées, cordiformes, hérissées de poils rudes au toucher, offrant à leur base une longue vrille roulée en spirale : racine fort grosse, fusiforme, marquée en dehors par des cercles, charnue , succulente, rameuse, d’un blanc jaunâtre, d’un goût âcre, amer et désagréable : fleurs petites, d’un blanc sale, et marquées de lignes verdâtres : baies rondes et d’un rouge vif dans leur maturité, Cette

; 30 ù DES POISONS ACRES.

plante est commune dans les haies. La racine de bryone renferme un suc très -àcre, amer, soluble, que l’on peut lui enlever en l’exprimant et en le traitant par l’eau : il . reste alors une matière féculente, douce, nullement cor- : rosive. | |

Action de la racine de Bryone sur l’économie animale.

Expérience 1°. À six heures et demie du matin, on a appliqué 2 gros 48 grains de poudre fine de racine sèche de bryone sur le tissu cellulaire de la partie interne de la cuisse d’un chien de moyenne taille. L'animal est mort au bout de soixante heures, sans avoir paru éprouver d’autre symptôme qu’une douleur assez vive. A l'ouverture du cadavre, on n’a remarqué aucune lésion dans le canal digestif; les poumons étaient sains; le membre opéré offrait une inflammation assez étendue qui s'était terminée par suppuration.

Expérience 1°. À dix heures du matin, on a introduit dans l'estomac d’un petit chien robuste une demi-once de racine sèche de bryone finement pulvérisée, et on a lié l’œsophage. À deux heures, l'animal ne paraissait pas incommodé. Le lendemain matin, on l’a trouvé mort. Le sang qui remplissait les ventricules du cœur était coagulé;

les poumons, peu crépitans, étaient d’une couleur rougeâtre, et contenaient une assez grande quantité de sang ; l'estomac, très-rouge à l'extérieur, renfermait presque toute la poudre ingérée; la mémbrane muqueuse, d’un rouge vif, présentait çà et là des plaques noirâtres, nullement ulcérées ; l’intérieur des gros intestins était très-enflammé ; les autres parties du canal digestif étaient à peine ulcérées.

Expérience im°. On a répété la même expérience, à cinq heures du matin, avec 3 onces d’eau que l’on avait fait infuser, pendant deux heures, sur 4 gros de racine de bryone pulvérisée. À six heures du soir, l'animal n’avait éprouvé

DE LA BRYONE. | 35 d'autre symptôme qu'un grand état d’abattement; il cherchait peu à se mouvoir ; cependant il n’avait point de vertiges. Il est mort dans la nuit. On l’a ouvert le lendemain à neuf heures du matin : le cœur était distendu par une assez grande quantité de sang en partie coagulé, en partie fluide; les poumons, un peu rouges, contenaient du sang fluide ; la membrane muqueuse de lestomac était d'un rouge cerise dans toute son étendue; il en était de même de celle qui tapisse l’intérieur du rectum. Les autres intestins, excepté le commencement du duodénum, étaient presque dans l’état naturel.

OBSERVATIONS

1°. «Jefus appelé dans le mois dernier pour porter secours à une femme en couche dont l'enfant était mort, et à qui un chirurgien de village avait ordonné, pour empêcher la sécrétion du lait, une tisane composée d’environ une once de racine de bryone pour un litre d'eau, et un lavement fait avec une décoction concentrée de la même racine,

» À mon arrivée, quatre heures après qu’elle eut pris ce fatal remède, elle n’était déjà plus. L’inspection des matüères qu'elle avait rendues par le bas, dans lesquelles les bonnes femmes croyaient apercevoir des morceaux du délivre d’une couche antérieure, me fit reconnaître la membrane interne de l'intestin rectum. IL fut impossible de faire l'ouverture du cadavre. » ( Fait communiqué par M. J. L.S. D. B. Gazeite de Santé, 11 septembre 1816).

29. Plusieurs observateurs attestent que l'administration de la bryone a été suivie de vomissemens violens, accompagnés de défaillances, de vives douleurs, de déjections alvines séreuses abondantes, de soif, etc.

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