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Après avoir exposé en détail les phénomènes pro

(3) Dictionnaire des Sciences médicales, tom. 1, p. 388.

duits par chacun des poisons de cette classe, nous allons indiquer d’une manière générale les symptômes et les lésions de tissu auxquels ils donnent lieu : par ce moyen mous pourrons établir des données générales sur leur : mode d'action et sur le traitement qu’il faudra employer pour combattre leurs effets.

Symptômes produits par les Poisons dcres.

879. Peu de temps après l’administration de ces poisons, on épronve une saveur âcre,- piquante, plus ou moins amère, une chaleur brûlante et beaucoup de sécheresse dans la langue et dans toutes les autres parties de Ja bouche, une constriciüion plus ou moins douloureuse dans la gorge. Bientôt après on ressent des douleurs aiguës dans l’estomac et dans les entrailles , qui ne tardent pas à étre suivies de nausées et d’évacuations abondantes par haut et par bas. Ces évacuations ont quelquefois lieu sans effort; mais le plus souvent elles sont excessivement pénibles, et les animaux s'efforcent à les provoquer lors même que leur canal digestif a été entièrement vidé. Le pouls et les battemens du cœur sont forts, fréquens et assezréguliers ; la respiration est un peu accélérée, et on n’aperçoit aucun changement notable dans la manière dont s’exécutent les sensations et les mouvemens. Quelques heures après, on observe des phénomènes qui. annoncent une lésion du système nerveux. Presque toujours les animaux sont tourmentés par des vertiges ; leur marche devient chancelante, leurs pupilles sont dilatées, ils tombent dans un état de grande insensibilité, la respiratiôn et la circulation se ralentissent, et ils expirent sans pousser la moindre plainte, À pre ils éprouvent des convulsions plus ou moins violentes, leurs membres se roidissent, ils poussent des cris plaintifs et périssent.

SÉNÉRALITÉS 135 Lésions d2 tissu produites par les Poisons äcres.

8804 Lorsque les substances vénéneuses de cette classe ont été introduites dans l’estomac à assez forte dose pour faire périr les animaux , on découvre après la mort des altérations plus où moins profondes , dont l'intensité dépend, en général, de [a nature du poison ingéré, et de l’époque à laquelle les animaux ont succombé.

1°, Les diverses parties de la bouche , lœsophage, l’estomac et le canal intestinal sont enflammés ; tantôt la membrane muqueuse seule offre, dans toute son étendue , une couleur rouge de feu ; tantôt cette couleur est d’un rouge cerise ou d’un rouge noir : alors il n’est point rare de voir les tuniques musculeuses et séreuses participer à celte inflammation , et l’on découvre une quantité plus ou moins considérable de taches noires semblables à des escarres, ou de zones longitudinales d’un rouge foncé, qui dépendent de l’extravasation du sang noir entre les tuniques ou dans le chorion de la membrane muqueuse. Quelquefois on trouve de petits ulcères près du pylore; mais le plus. souvent l’inflammation se borne à l’arrière-bouche, à l'estomac et aux gros intestins : phénomène qui parait tenir à ce que le-poison a été plus long-temps en contact avec ces parties qu'avec les autres... Il est aisé d’apercevoir que les lésions dont nous venons de parler ont le plus grand rapport avec ‘celles qui sont développées par les poisons corrosifs (tom. 1). En effet, nous n'hésitons pas: à avancer qu'il y a identité parfaite entre les altérations du canal digestif produites par les poisons de ces deux classes lorsqu'ils sont introduits dans l’estomac.

2°, Les poumons présentent assez ordinairement des lésions plus ou moins profondes; leur couleur est quelquefois violette; mais, en général, elle esi d’un rouge plus foncé que dans l'état naturel; leur tissu est plus serré,

130 DÉS POLSONS ACRES.

dense, gorgé de sang, et moins Rp du moins dans quelques-unes de leurs parties ; il n’est point rare d'y rencontrer une sérosité sanguinolente. Ces phénomènes peuvent tenir aux efforts répétés et infructueux de vomissement : nous pensons cependant qu’ils sont souvent le résultat d’une action spéciale de la substance vénéneuse sur les poumons : l’ellébore nous parait être principalement dans ce cas. \

39. Les ventricules et les oreillettes du cœur sont plus ou moins distendus par du sang différemment coloré, suivant l’époque à laquelle on ouvre les cadavres. Dans une multitude de circonstances, ce fluide se trouve coagulé une ou deux heures après la mort, et presque constamment il est dans cet état au bout de quinze ou dix-huit heures. Ce fait d'anatomie pathologique, dont nous garantissons l'exactitude, est loin de confirmer Popinion des auteurs qui ont avancé que, dans l’empoisonnement par les substances végétales, le sang restait fluide pendant longtemps : à la vérité, ils ont principalement voulu parler des substances narcoliques ; ; mais nous verrons, en faisant l’histoire de ces poisons, que leur assertion est tout-àfait dénuée de fondement.

4°. Le cerveau et les méninges n’offrent point de lésion notable dans l’empoisonnement par les substances âcres ; néanmoins on remarque quelquefois un engorgement des vaisseaux veineux qui rampent à la surface externe de ce viscère.

5°. Les autres organes ne nous ont paru éprouver aucune altération sensible de la part des substances vénéneuses de eelte classe,

88r. Appliqués sur la surface cutanée ou le tissu cel!ulaire, ces poisons produisent des phenomènes locaux que nous avons déjà exposés page 1° de ce volume; et lorsque la mort arrive, on découvre à l’intérieur les lésions précé

GÉNÉRALITÉS, 137 demment énnmérées, excepté que le canal digestif est rarement aflecté.

882. 11 résulte des considérations établies jusqu'à présent, 1° que, dans un cas d’empoisonnement , le médecin-légiste sera souvent fort embarrassé pour déterminer, d’après la simple lésion des organes intérieurs, si le poison ingéré appartient à la classe des âcres ou à celle des corrosifs ; 2° que, dans le cas où l’analyse chimique aura prouvé que l’empoisonnement n’a 'pas élé produit par un des poisons corrosifs, et que tout porte à croire qu’il appartient à la classe des dcres, il sera impossible de décider, par le seul examen des lésions cadavériques , quel est le poison qui les a déterminées, ces lésions étant à-peu-près les mêmes ; 3° enfin que lon pourra, en ayant égard aux symptômes et suitout aux inflammations intenses développées par les substances àcres , ne point confondre l'empoisonnemenit qu’elles causent avec celui qui est produit par les narcotiques, et même par les narcotico-äcres : en effet ces derniers n’enflamment pas les tissus ou du moins ne Géveloppent qu’une inflammation légère. |

Action générale des Substances äcres sur l'économie animale.

883. I paraît naturel de s'élever à des considérations générales sur le mode d'action des poisons renfermés dans une classe, lorsqu'on a fait leur histoire particulière dans des monographies, et que l’on a décrit les lésions et les symptômes généraux auxquels ils donnent lieu. Il est évident qu'il n’y a aucun inconvénient à suivre cetie marché orsque les individus qui composent la classe réunissent un jrès-grand nombre de raractères communs, et que leur action physiologique est à peu-près identique. Les généralités sont même alors indispensables, par la facilité qu’elles

offrent à faire retenir une multitude de faits importans, Mais la classe dont nous nous occupons se trouve-t-elle dans ce cas ? Nous ne le croyons pas. Combien de substances n'y voit-on pas réunies qui exercent évidemment un mode d'action difiérent! Quel rapport y a-t-il, par exemple, entre l’ellébore, le garou et l’iatropha curcas ? Ces deux dernières substances n’agissent - elles pas en déterminant une vive inflammation, tandis que la première, rapidement absorbée, porte une atteinte funeste au systéme nerveux, et ne produit qu'une inflammation légère ? Si nous avons réuni dans le même cadre des objets aussi disparates, c’est parce qu'ils se trouvent dans la classification proposée par Vicat, adoptée par Fodéré , et que nous avons senti l’extrème difficulté qu’offriraitun nouvel arrangementfondé sur le mode d'action des poisons; et ce n’est que lorsque nous aurons multiplié les expériences dans divers climats de l'Europe, que nous hasarderons de proposer un essai de classification. Ces considérations nous dispensent de donner à cet article toute l'étendue qu'il pourrait comporter : nous nous Dornerons aux propositions suivanles :

1°. La majeure partie des poisons àcres détermine une viveirritation locale suivie de l’inflammation plus ou moins intense des parties sur lesquelles ils ont été appliqués, et la mort a lieu par lirritation sympathique du système nerveux, sans que le poison ait été aborbé; presque toujours Jes animaux meurent dans l’abattement et dans un état d’insensibilité générale. Dans ces cas, les phénomènes de l’empoisonnement se développent plus rapidement lorsque le poison est introduit dans l'estomac que lorsqu'il est appliqué sur le tissu cellulaire. Le garou, l’iatropha cur- Cas, eic., paraissent agir ainsi.

2°, Quelquefois, après avoir enflammé les tissus, la substance vénéneuse est lentement absorbée, portée dans le torrent de la circulation; et ses effeis dépendent et de

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