Les faits ane exposés nous permettent de conclure
1°. Que la Belladona et son extrait jouissent de propriétés vénéneuses très-énergiques ;
2°, Qu'ils exercent une action locale peu intense ; mais qu'ils sont absorbés , portés dans le torrent de la circulation , et qu'ils agissent sur le système nerveux, et partisit ‘ement sur le cerveau ;
3°. Qu'ils déterminent dés symptômes communs à quelques autres poisons , qui sont insuflisans pour caractériser cet empoisonnement, malgré ce qui a été avancé par plusieurs auteurs ; |
°, Que ls extraits du commerce varient singulière- Le par rapport à leur énergie , suivant la manière dont ils ont été préparés , et que les plus actifs sont ceux qui ont été obtenus en faisant évaporer, à une très-douce chaleur, le suc de la plante fraiche ;
59. Que leur action est beaucoup plus intense lorsqu'ils ont été injectés dans les, veines que lorsqu'ils ont été appliqués sur le tissu cellulaire, et, à plus forte raison ; que dans le cas où ils ont été introduits dans l’es- Lomac ;
6°. Que ces préparations paraissent agir sur l’homme comme sur les chiens.
(1) Gazette de Santé, 11 thermidor an 13, p. 308.
Du Datura stramonium.
037. Le datura stramonium est une plante de la famille des solanées, rangée par Linnæus dans la pentandrie monogyuie.
Calice grand, tubuieux, ventru, à cinq angles et à cinq divisions, persistant à sa base : corolle fort grande, monopétale , en forme d’entonnoir, d’une couleur blanche ou violette, à tubeinsensiblement dilaté, plus long que le calice, à limbe à cinq plis et à cinq dents acuminées : cinq étamines : un style à stigmate épais et à deux lames : ovaire supérieur , arrondi, creusé de quatre sillons; le fruit est une capsule à quatre valves, arrondie, hérissée de pointes courbes , droites et épaisses ; quadriloculaire inféricurement, biloculaire supérieurement, et contenant un très-grand nombre de semences réniformes dont l’embryon est presque circulaire et placé dans le milieu du périsperme : tige haute de neuf à douze décimètres, ronde, creuse et très-branchue : feuilles pétiolées, glabres, larges, anguleuses et pointues. Cette plante aime les terrains gras et humides ; on la trouve sur le bord des chemins et dans les lieux cultivés.
Action du Datura Stramonium sur l’économie animale.
Expérience 1°. À neuf heures et demie du matin ,on a introduit dans l'estomac d’un carlin robuste et de moyenne taille, une demi-once d'extrait aqueux de datura stramonium préparé chez un pharmacien et dissous dans 6 gros d’eau distillée : on a lié l’œsophage. Au bout de six mifutes , l’animal a fait des efforts pour vomir et a été trèsagité ; il courait dans le laboratoire, et cherchait à s'évader eu poussant des cris plaintifs. Une heure après, il s'était
DU DATURA STRAMONIUM. 263 déjà efforcé douze ou quinze foïs à vomir; ses extrémités postérieures faiblissaient un peu, mais il conservait encore Ja faculté de marcher librement; sa respiration était accélérée par intervalles ; les battemens du cœur étaient forts et fréquens , et il continuait à se plaindre. À dix heures trois quarts, il était un peu assoupi ; la faiblesse des pattes postérieures augmentait, et il conservait l'usage des sens. À onze heures, les extrémités postérieures ont fléchi, il est tombé sur le côté ; mais il s’est relevé aussitôt ; sa marche .était déjà un peu vacillante. À quatre heures et demie, continuation des plaintes , vertiges excessivement marqués. TLest mort dans la nuit. :
Ouverture du cadavre, L'estomac contenait environ 6 onces d’un fluide sanguinolent; la membrane muqueuse, d’un rouge vif dans toute son étendue, offrait sur les plis qu’elle forme près du pylore un très-grand nombre de bandes noires , longitudinales, larges d'environ une ligne, et qui n'étaient autre chose que du sang extravasé entre cette tunique et la membrane soujacente; celle-ci était d’un rouge cerise dans les endroits correspondans à ces bandes ; le rectum, sans. altération, était tapissé d’une matière noire, filante. Les poumons, d’un rouge foncé dans plusieurs parties, étaient gorgés de sang noir, fluide. Les ventricules du cerveau ne contenaient point de liquide; les vaisseaux veineux extérieurs de cet organe étaient injectés et distendus. : :
Expérience u°. À huit heures du matin , on a pratiqué une incision à la partie interne de la cuisse d’un petit chien robuste; on a mis en contact avec le tissu cellulaire 2 gros d'extrait aqueux de datura stramonium presque solide, et on a réuni les lambeaux par quelques points de suture. À cinq heures du soir, l'animal n’avait offert aucun phénomène remarquable. Le lendemain matin , on l'a trouvé mort. La blessure était peu enflammée. Les
poumons présentaient des taches d’un rouge livide, gorgées de sang noir liquide. Les ventricules du cœur ren- “férmaiïent aussi du sang fluide et noir. Le canal digestif était sain. Le cadavre était roide, contracté et très-froid.
Expérience ii°. On a répété la même expérience à six heures du soir, et l’on a employé 2 gros d’extrait légèrement humectés : l'animal est mort dans la nuit. Le jour suivant, à cinq heures du matin, on a soumis à la même expérience un petit carkin assez robuste. Les 2 gros d’extrait étaient récemment préparés et délayés dans un gros et demi d’eau distillée. Une demi-heure après l'opération, l'animal a poussé des cris plaintifs , il s’est agité et a parcouru plusieurs fois le laboratoire ; ses pupilles étaient dilatées. A six heures et demie, ïl était dans le même état; les batiemens du cœur étaient forts , fréquens et assez réguliers ; il conservait le libre usage des sens et du mouvement, À neuf heures, il poussait encore des cris aigus : ses extrémités postérieures étaient très-faibles : aussi sa démarche était-elle lente et très-incertaine ; sa tête, lourde, était inclinée et touchait presque le sol ; la dilatation des pupilles était portée aussi loin que possible; cependant il voyait et entendait bien ; les battemens du cœur continuaicnt à être forts et fréquens. Un quart d'heure après , les vertiges avaient augmenté et les cris persistaient ; J'animal n'avait point évacué. It est mort à onze heures trois quarts. On l’a ouvert à midi dix minutes. Les membres étaient flexibles. Le cœur contenait un très-grand nombre de eaillots noiïrâtres (le cadavre était cependant irès-chaud). Les poumons n’offraient point d’altération sensible. Il en était de même du canal digestif. Les ventricufes du cerveau étaient vides , et il n’y avait point d’engorgement dans les vaisseaux de cet organe. Le membre opéré était un peu enflammé.
Expérience :v°. On a injecté dans la veine jugulaire