La conclusions que nous pouvons tirer de ces
xpériences sont entièrement analogues à celles que nous avons exposées à la fin de Particle sur la Delladona , plante qui appartient également à la famille des solanées : le datura parait cependant exciter plus fortement le cerveau , et déterminer une action générale plus intense.
Disslabes
939. Le tabac (nicotiana tabacum ) est une plante de la famille des solanées, rangée par Linnæus dans Ja .pentandrie monogynie.
Caractères. Calice d’une seule pièce, en godet, découpé en cinq segmens aigus et légèrement velu : corolle monopétale, en entonnoir, d’une couleur rose purpurine ou ferrugineuse, à tube deux fois plus long que le calice, à limbe plane, ouvert en godet, et à cinq divisions égales, courtes et pointues : cinq étamines rapprochées du stigmate avant. la fécondation, formant comme
DU TABSAC. ea Op une espèce de couronne, mais qui s'éloigne lorsque cet organe a été fécondé : capsule ovoïde, conique , creusée de quatre stries, à deux loges; s’ouvrant au summet en quatre parties, et contenant un grand nombre de semences très-fines : l’embryon des graines est courbé, placé dans l'axe du périsperme : fleurs en panicule à l’extrémité des rameaux : tige de quatre à cinq pieds, cylindrique, forte, grosse comme le pouce , légèrement velue et pleine de moelle : feuilles grandes, ovales , lancéolées , sessiles, et même prolongées sur la tige de l’un et l’autre côté de leur insertion; leur sommet est aigu, leurs bords légèrement ondés, leur surface velue et à nervures trèsapparentes , leur couleur un peu jaunâtre ou d’un vert pâle. La racine est fibreuse , rameuse, blanche et d’un goût fort àcre.
Action du T'abac sur l’économie animale.
Expérience 1°. À huit heures du maun, on a introduit dans l’estomac d’un chien robuste et de moyenne taille, 5 gros et demi de tabac räpé, et on a lié l’œsophage ; quelques minutes après, l'animal a fait des efforts pour vomir. À deux heures un quart , il marchait avec beaucoup de lenteur, éprouvait de légers vertiges et offrait un tremblement continuel dans les extrémités postérieures ; les organes des sens paraissaient jouir de toutes leurs facultés ; la respiration était un peu accélérée. A quatre heures dix minutes, il était couché sur le côté et ne pouvait plus se soutenir sur ses pattes; cependant il faisait de temps à autre des efforts infructueux pour se relever ; sa tête était lourde et offrait un tremblement continuel ; sa physionomie portait l'empreinte de la stupeur ; les muscles des vertèbres cervicales étaient agités de légers mouvemens convulsifs; les membres étaient
flasques ; les organes des sens paraissaient moins impressionnables que dans l’état naturel. La respiration était excessivement profonde, gènée et accélérée ; les battemens du cœur étaient fréquens et un peu forts. . Il est moït à cinq heures : on l’a ouvert le lendemain. Les poumons étaient livides dans toute leur étendue; leur tissu était plus dense que dans l’état naturel, et ils s’enfonçaient un peu dans l’eau. Le cœur renfermait quelques caillots de sang noir. L’estomac contenait une grande parue du tabac ingéré ; il n’offrait que quelques points rougeâtres ; le reste du canal digestif était sain. Le cadavre était flasque.
Expérience n°. À deux heures, on a introduit dans l'estomac d’un chien de moyenne taille une once de tabac râpé, et on a lié Pœsophage. Quelques minutes après, l'animal a fait des efforts pour vomir. À quatre heures, il n'éprouvait aucun symptôme remarquable; il est mort dans la nuit. La membrane muqueuse de l'estomac était d’un rouge vif dans toute son étendue ; les autres portions du canal digestif paraissaient saines. Les poumons étaient livides, gorgés de sang, beaucoup plus denses que dans l'état naturel, et offraient un très-grand nombre de taches noires. La majeure partie du tabac se trouvait dans l'estomac.
Expérience ru°. À huit heures un quart, on a appliqué sur le tissu cellulaire de la partie interne de la cuisse d’un chien de moyenne taille, 2 gros de tabac râpé et 2 gros d'eau. Dix minutes après, l’animal a vomi. A huit heures et demie, il faisait des efforts infructueux de vomissement, et il commençait à éprouver de très-légers vertiges ; ses extrémités postérieures offraient un tremblement assez marqué ; sa physionomie paraissait étonnée. À neuf heures moins un quart, le tremblement était devenu général, le train postérieur était un peu faible, la démarche très-vacillante, Cinq minutes après, l'animal s’est eouché
DU TABAC. 20g sur le ventre; ses extrémités postérieures étaient relevées, les antérieures fléchies , et 1L cherchait à se redresser en faisant des mouvemens en tous sens et en frappant le sol avec la tête ; il continuait à trembler. Quelques instans après, il s’est couché sur le côté, et il était dans un grand état de relâchement. A neuf heures vingt minutes, ses membres étaient agités par intervalles de mouvemens convulsifs assez foris ; les organes des sens étaient impressionnables comme avant l'expérience; la respiration n'était point gênée. Il est mort à neuf heures quarante minutes.
Expérience 1v°. À deux heures, on a appliqué sur le tissu cellulaire de la partie interne de la cuisse d’un carlin robuste, 16 grains de tabac rapé et 2 gros d’eau. Dix minutes après, l'animal a vomi deux fois. À six heures, il commençait à éprouver de légers vertiges et un tremblement dans les extrémités postérieures ; il est mort dans la nuit. Les poumons étaient d’une couleur rouge foncée et présentaient cà et là des taches livides ; leur tissu était un peu plus dense que dans l’état naturel. Il n’y avait aucune altération dans le canal digestif, Le membre sur lequel on avait opéré était peu enflammé. |
Expérience v°. Desirant connaître si la partie active du tabac râpé réside dans la portion soluble dans l’eau ou dans celle qui y est insoluble, on a recommencé l’expérience précédente avec 4 gros de cette poudre que lon avait traitée à huit reprises différentes par une grande quantité d’eau bouillante , afin de l’épuiser complètement. Avant de réunir les lambeaux de la plaie par la suture , on y à introduit 4 gros d’eau. Quarante-huit heures après, lanimal : n'avait éprouvé aucun symptôme remarquable ; il est mort à la fin du troisième jour; on ne lui avait point donné d’alimens, et il était faible.
Expérience vi. On a fait bouillir pendant une heure une once de feuilles sèches de tabac avec 6 onces d’eau;
le liquide a été filtré et réduit à trois onces et demie au moyen de l’évaporation ; on l’a introduit dans l'estomac d'un chien robuste de moyenne taille , et on a lié l’œsophage. Trois minutes après, lanimal a fait des efforts pour vomir, qu'il a renouvelés plusieurs fois pendant la première heure ; il a expiré trois heures après l’ingestion du liquide dans l'estomac, et il avait éprouvé les sym- ptômes rapportés dans l’expérience troisième. On l’a ouvert le lendemain. L’estomac était légèrement enflammié ; le canal intestinal ne paraissait pas altéré. Les poumons offraient un très-grand nombre de plaques d’une couleur livide et très-larges ; leur tissu était plus dense que dans l’état naturel et gorgé de sang.
Expérience vu. L'infusum de tabac, préparé avec 5 onces d’eau et une demi-once de feuilles sèches, n’a déterminé aucun accident chez un chien robuste et de moyenne taille.
Expérience vi. M. Brodie injecta dans l'intestin rectum de plusieurs chiens et d’un chat, depuis une jusqu'à 4 onces d’une forte infusion de tabac : ces animaux devinrent insensibles, immobiles , et périrent tous en moins de dix minutes; les battemens du cœur n'étaient plus sensibles une minute avant la mort; l’un d'eux seulement vomit. On ouvrit les cadavres immédiatement après la mort: le cœur était très-distendu et ne se contractait plus ; dans un cas seulement, après avoir incisé le péricarde, les oreïllettes et les ventricules, irrités par l’instrument, commencérent à se contracter avec force, et la circulation put être prolongée pendant une demi-heure au moyen de l’insufilation de l’air dans les poumons.
Expérience 1x°. Huit onces de decoctum de tabac ont été administrées sous forme de lavement à un chien fort : ce decoctum avait été préparé en faisant bouillir une once de tabac à fumer dans 9 onces d’eau. Trois minutes après,
DU TABAC. | 2% l'animal a rejeté le liquide et a vomi. Pendant la première demi-heure, il n’a point cessé de faire des efforts violens et infructueux pour vomir; du reste il n’a éprouvé aucune autre incommodité. Le lendemain, sa santé paraissait rétablie. [l est certain que cet animal aurait succombé s’il eût gardé le lavement plus long-temps.
Expérience x°. M. Brodie appliqua sur la langue d’un jeune chat une goutte d'huile empyreumatique de tabaë (à 1). Sur-le-champ tous les muscles éprouvèrent dés convulsions violentes et la respiration fut accélérée. Cinq minutes après, l’animal devint insensible, se coucha sur le côté, et offrit de temps en temps de légers mouvemens convulsifs. Un quart d'heure après , il paraissait rétabli. On recommença l'expérience, et Panimal mourut au bout de deux minutes. On ouvrit sur-le-champ le thorax : le cœur se contractait régulièrement et avec force ; le sang était d’une couleur foncée. On introduisit un tube dans la trachée-artère, afin d’insuffler de l'air dans les poumons : Îles contractions du cœur furent plus fortes et plus fréquenies, et ne diminuèrent point pendant six minules que l’insufilation fut continuée ; la langue et le cerveau n'offraient aucune altération. |
Expérience xi°. On injecta dans l'intestin rectum d’un chien une goutte de la même huile tenue en suspension à la faveur d’un mucilage dans une once et demie d’eau. Deux minutes après, l’animal devint faible et fit de vains eMorts pour vomir. Vingt-cinq minutes après, il paraissait rétabli. On renouvela l'injection : il éprouva sur-lechamp les symptômes rapportés dans l'expérience x°, et mourut au bout de deux minutes et demie.
(1) Cette huile avait été obtenue en distillant les feuilles de tabac à la température d'environ 80° R., et en la séparant de l’eau sur laquelle elle se trouve après la distillation.
Notre ami M. Macartney , savant professeur à l'Ecole de Dublin, a bien voulu nous communiquer, pendant son séjour à Paris, les expériences suivantes , qu'il fit il y a quelque temps.
Expérience xu°. On enleva la partie supérieure du crâne et une portion des membranes du cerveau d’un lapin. Lorsque le sang cessa de couler, on appliqua sur la surface de l’encéphale quelques gouttes d'huile empyreumatique de tabac, Demi-heure après, l'animal n'avait éprouvé aucun symptôme remarquable ; alors on le fit périr en mettant sur la langue deux gouttes de la même huile.
Expérience xii*. On introduisit dans les hémisphères du cerveau d’un autre lapin, environ un demi-scrupule de ce poison, qui n'avait produit aucun effet trente minutes après. L'animal fut tué sur-le-champ par l’application de trois gouttes de la même huile sur la langue.
Dans d’autres expériences, Îles animaux éprouvèrent des convulsions et moururent en peu de temps lorsque l'huile fut portée jusqu’au pont de Varole ; mais ces accidens dépendaient d’un effet mécanique, car ils avaient également lieu lorsqu'on introduisait seul l'instrument à l’aide duquel l'huile empyreumatique avait été portée d’abord.
Expérience xiv°. Le nerf sciatique d’un lapin fut isolé des parties environnantes , et touché à plusieurs reprises avec ce poison; il n’en résulta aucun accident. Dans une autre expérience, ce nerf fut isolé, coupé transversale ment, et chacune des extrémités plongée dans un petit vase de plomb contenant une certaine quantité de cette huile empyreumatique. Une heure après, l’animal n'avait éprouvé aucune incommodité , tandis qu'il fut tué surle-champ par l'application d’une ou deux gouttes du poison sur la langue. /
Les mêmes résultats furent obtenus avec l'huile essen-
DU TABAC. à 273 tiélle d'amandes amères. M. Macartney fit ces expériences à l'appui d’un très-grand nombre d’autres qu’il se pro= pose de publier, et qui prouvent que la sensibilité des nerfs réside dans les extrémités des branches, et que le cerveau , qui est l'organe de la perception, ne jouit, dans l’état habituel de santé, d'aucune sensibilité.
Expérience xv°. À midi, on a appliqué sur le tissu cellulaire de la partie interne de la cuisse d’un petit chien un gros d'extrait aqueux de ricotiana rustica. Six miputes après, l'animal a poussé des plaintes et a vomi des matières jaunâtres, À midi vingt minutes, nouveau vomissement, continuation des plaintes. Au bout de deux minutes, efforts infructueux pour vomir. À une heure, les battemens du cœur étaient aussi accélérés qu'avant l'application du poison. Le lendemain, à trois heures de l’après-midi, il a refusé les alimens; tous ses muscles étaient affectés d’un léger tremblement ; il était un peu abattu. Il est mort dans la nuit. La membrane muqueuse de l'estomac était de couleur à-peu-près naturelle ; mais elle offraii, près du pylore, deux taches noires de la grosseur d’une forte tête d’épingle , dont le centre était ulcéré ; les poumons présentaient plusieurs taches livides contenant, dans leur intérieur , du sang noirûtre. |
Expérience xvi*. On a répété la même, expérience avec un gros 6 grains du même extrait. Au bout de quinze minutes, l'animal a vomi plusieurs fois, et il s’est plaint. Trente-six minutes après l’application de la substance vénéneuse, il a éprouvé des vertiges très-considérables ; il a été plongé dans un état d’insensibilité générale, et il est mort dix-huit heures après l'opération. Il a été impossible de découvrir la moindre trace d'’altération dans le canal digestif, les poumons et le cerveau.
Ie £ 18
bn DES POISONS NARCOFICO-ACRES.
OBSERVATIONS
1°. Une femme appliqua sur la tête de trois de ses enfans qui avaient la teigne, un liniment préparé avec de la poudre de tabac et du beurre: peu après ils éprouvèrent des vertiges, des vomissemens violens et des défaillances ; ils eurent des sueurs copieuses. Pendant vingtquatre heures ils marchèrent comme s'ils eussent été ivres. (Ephémér. des Cur. de la Nat., dec. 11, an 4, p.46.)
2°, Le decoctum des feuilles appliqué sur des parties affectées de la gale, occasionna des vomissemens violens et des convulsions. ( VanvermonD, Recueil périodique, DVI. D. 07.)
3°. On lit dans les Ephémérides des Curieux de la Nature, qu’un individu tomba dans un état de somnolence et mourut apoplectique pour avoir pris par le nez une trop grande quantité de poudre de tabac.
4°. Le célèbre Santeuil éprouva des vomissemens et des douleurs atroces au milieu desquels il expira, pour avoir bu un verre de vin dans lequel on avait mis du tabac d'Espagne.
94o. Les faits que nous venons d'exposer nous portent à croire,
1°. Que les feuilles de tabac, entières ou réduites en poudre, telles qu’on les emploie journellement dans le commerce, sont douées de propriétés vénéneuses énergiques ;
2°, Que leur partie active paraît résider dans la portion soluble dans l’eau, qui est absorbée et portée dans le torrent de la circulauon ;
3°, Que leurs effets délétères paraissent dépendre d’une action spéciale sur le système nerveux, et qu’elles déterminent presque constamment un tremblement général, qui s'observe rarement lorsqu'on emploie d’autres poisons ;