PEU
386 DES POISONS NARCOTICO-ACREÉS
Agarics à voa incomplète.
De la Fausse-Oronge (agaricas muscarius Z..; agarieus pseudo aurantiacus de Bulliard),
Son chapeau atteint quatorze à dix-huit centimètres de diamètre ; il est d’abord convexe, et ensuite presque horizontal , d’une belle couleur écarlate, plus foncée au centre, un peu rayé vers le bord, et taché de peaux blanches qui sont des débris de la volva; cette volva ne le recouvre pas entièrement à sa naissance, et forme quelques écailles le long du pédicule ; celui-ci est épais à sa base, puis cylindrique , plein , blane, fong de huit à douze centimètres ; les James sont blanches , inégales, recouvertes , dans leur jeunesse, d'une membrane qui se rabat sur le pédicule et forme son collier.
Action de la Fausse-Oronge sur l’économie animale.
Expérience. On fit prendre dun chien de moyenne taille trois de ces champignons mèêlés avee de la pâtée. Trois heures après , l'animal, qui n'avait point été incommodé, éprouva des tremblemens et de la faiblesse dans les extrémités. Cet état durä environ quatre heures, pendant lesquelles il se plaignait parfois; enfin il tomba dans la stupeur; sa respiration était lente et profonde , et il poussait de temps en temps des cris plaintifs ; tantôt il se roulait par terre; tantôt if tournait comme autour de lui et avee des frissonnemens subits qui ressemblaient à des secousses électriques. Cet état dura huit à neuf heures sans que l’animal eût lamoindreévacuation. On lui fit avaler du vinaigre, qui, loin de diminuer les symptômes, Les aggrava. Onze ou douze heures après l'apparition des premiers accidens , on
DES CHAMPIGNONS VÉNÉNEUX. 387 Jui donna 3 grains de tartrate de potasse autimonié dans deux cuillerées d’eau, ce qui ne le fit point évacuer. Au bout de deux heures, on lui administra un peu d'huile d'olives, et il vomit, cinq heures après, une partie des champignons ; il vomit de nouveau des morceaux de champignons mêlés de mucus blanchâtre, et il fut complètement guéri en peu de jours, au moyen d’une certaine quautité de lait.
1°, M. Paulet, qui fit cette expérience, rapporte plusieurs cas d’empoisonnement par la fausse-oronge. Les malades éprouvérent des nausées, des vomissemens, des défaillances , des anxiétés, un état de stupeur et d’anéantissement, et un sentiment d’astriction à la gorge. Ils n’eurent ni coliques ni douleurs vives. On leur administra plusieurs grains d'émétique et de l’eau chaude ; ils évacuèrent par haut et par bas, rendirent les champignons avec des matières sanguinolentes , et furent lentement rétablis par les adoucissans : quelques-uns éprouvèrent des douleurs abdominales, et furent traités par les fomentations,émollientes et par les opiacés. |
29, Plusieurs soldats français mangèrent, à deux lieues de Polosck en Russie, des champignons que l’on croit être des fausses-oronges; quatre d’entre eux, fortement constitués , se crurent à labri des accidens, parce que la plupart de leurs camarades étaient déjà en proie à des accidens plus ou moins graves; ils refusèrént constamment de prendre l'émétique. Le soir, les symptômes suivans se manifestèrent : anxiété , suffocation, soif ardente , tranchées excessivement intenses, pouls petit et irrégulier, sueurs froides générales, altération de la physionomie, teinte violacée du bout et des ailes du nez ainsi que des lèvres, tremblement général, météorisme de l'abdomen, déjections de
matières fécales très-fétides. Ces accidens augmentérent : d'intensité ; on les porta à l'hôpital. Le froid et la couleur livide des extrémités, un délire mortel et les douleurs les plus vives les accompagnèrent jusqu’au dernier moment : l'un succomba quelques heures après son entrée à lhôpital; les trois autres eurent le mème sort et périrent dans Ja nuit. r'
Ouverture du cadavre. Le premier présenta les phénomènes suivans : évacuation de matières écumeuses noirâtres, verdâtres ; abdomen météorisé ; l’estomac et les intestins étaient distendus par des gaz très-fétides ; leur surface interne offrait des marques d’inflammation et des points gangreneux ; dans plusieurs endroits, la membrane muqueuse de l'intestin grêle était détruite ; l'estomac contenait un peu de liquide noiratre. Le deuxième était à-peuprès dans le même état, à cette différence près , que lintérieur de l’estomac offrait une sorte de congestion inflammatoire près l’orilice pylorique ; le foie était prodigieusement gonflé , la vésicule du fiel remplie d’une bile épaisse et foncée en couleur. Le troisième et le quatrième présentaient les mêmes altérations que le premier, mais bien plus marquées; on apercevait de larges taches gangreneuses tant dans lestomac que dans les intestins, où la putréfaction paraissait déjà fort avancée. » (Dissertation inaugurale de M. f’adrot. Paris , 1814, p. 26.)
3°. Losel rapporte que six hommes moururent après avoirmangé de cet agaric. (Flora pruss., pag. 88,ann.1#03.)
4°. Les habitans du Kamischatka préparent, avec l'agaricus muscarius et l'epilobium angustifolium , une boisson très-enivrante qui excite quelquefois des délires mortels , accompagnés de désespoir. Les domestiques qui boivent Yurine des individus enivrés se ressentent aussi des eflets de ce champignon funeste. (Knascneminexow, ÂÆistoire naturelle du Kamitschatka , p. 209.)
Agaric à volva complète.
De lAgaric bulbeux (Agaricus bulbosus #e Bullïard),
T1 s'élève jusqu’à quinze ou dix-huit centimètres; dans sa jeunesse, il est entièrement recouvert par une volva qui se fond, persiste à la base du pédicule, et laisse souvent des plaques adhérentes au chapeau ; le pédicule est cylindrique , renflé à sa base, souvent courbé dans sa vieillesse ; le chapeau est plus ou moins convexe, mais ne devient : jamais concave ; les lames sont nombreuses, inégales, blanches , et n’atteignent qu’à deux millimètres du pédicule ; elles sont recouvertes, dans leur jeunesse, d’une membrane qui se détache du bord du chapeau et reste adhérente au haut du pédicule, sous formé de collier entier et rabattu, La plante entière est d’un blanc jaunâtre sale,
et devient brune en vieillissant; son chapeau est quelquefois visqueux.
DA l’Agaric printanier ( Agaricus Bulhostié vernus de Bulliard).
Nora. Ce champignon et le précédent répondent à quelques variéiés de l’oronge-ciguë décrite par Paulet.
Caractères. Dans sa jeunesse, il est entièrement recouvert par sa volva, qui se fend à son sommet et laisse sortir le champignon ; le pédicule est cyhnariques épais et garni de sa volva à sa base, plein , long de cinq à sept centimètres. Le chapeau est sn convexe, puis céhcave , à cause que les bords se relèvent en SAT ES Les lames sont inégales et recouvertes, dans leur jeunesse, d’une membrane qui s'étend du pédicule au bord du chapeau; cette mem
brane se détache et reste au haut du pédicule sous forme de collet entier, Cette plante est blanche, quelquefois un peu jaunâtre au sommet.
Action de l'Oronge-ciguë sur l’économie animale.
Expérience 1"°- On fit avaler à un fort chien de la pâtée contenant 5 gros d'oronge-ciguë verte divisée. Au bout de cinq heures, l'animal mangea comme à l’ordinaire, et n'avait éprouvé aucune incommodité. Dix heures après l'ingestion , il fit des efforts pour vomir; ses extrémités faiblirent ; il se coucha, s’assoupit, et mourut bientôt dans des mouvemens convulsifs. L’estomac et le canal intestinal étaient tapissés d’un mucus épais et jaunâtre ; les rides de l'estomac et l’intérieur du duodénum offraient quelques taches livides ; la vésicule du fiel était verte.
Expérience 1°. On administra à un chien deux des champignons de l’oronge-ciguë jaunätie hachés et mélés avec de la pâtée. Au bout de onze heures, l’animal, qui a'avait offert aucun phénomène remar quable, vomit. Quelques heures a près ilrendit des excrémens blancs et trembla. IL ne tarda pas à se coucher et à éprouver des mouvemens convulsifs : cet état dura plusieurs heures, ‘et fut accompagné du hoquet : des douleurs poignantes, de temps à autre , faisaient frissonner l'animal ; enfin, tous les symptômes de l’apoplexie se déclarèrent , et il continuait à avoir, par intervalles, des mouvemens convulsifs. On lui fit prendre du vinaigre à plusieurs reprises , ce qui le réveillait un peu; mais il retombait bientôt après. 11 expira trente heures après l'introduction du poison. Le canal digesuif ne rénférmait aucun atome de champignon; l’intérieur de l'estomac était tacheté de points rougeatres ; les membranes muqueuse et musculeuse des intestins é Best détruites ; il ne restait que la tunique séreuse, qui offrait,
DES CHAMPIGNONS VÉNÉNEUX. 397 dans toute son étendue, des taches d’un rouge livide, que l’on pouvait apercevoir à l'extérieur.
Expérience iu°. Une demi-once de suc qd oronge-Ccigué jaunätre, étendu d’un peu d’eau, fut donnée à un gros chien. Il fit presque aussitôt de violens efforts pour vomir, et il en rendit une partie. Il éprouva un véritable cholera et des convulsions avec un abattement de forces considérable, et il mourut vingt-quatre heures après l'ingestion de la substance vénéneuse. L'intérieur de l estomac offrit aussi quelques Bas rouges,
Expérience 14°. Onfit HAE à plusieurs chiens le liquide provenant de la distillation du même suc. Ils n’éprouvèrent aucun symptôme ; mais le résidu de la distillation, administré, même à petite dose, fit périr tous les chiens qui en avalèrent : la mort n’eut lieu que vingtquatre heures après l’ingestion, et elle fut précédée des symptômes ci-dessus décrits. Les animaux n’éprouvèrent aucun accident pendant les dix premières heures. La tunique interne de l'estomac était parsemée de petits points rouges ; tout le canal digestif était tapissé d’une matière épaisse, visqueuse et jaunâtre.
Expérience v°. L’extrait aqueux de cette plante produisit Ïa mort en moins de vingt-quatre heures. Il en fut de mème d’un morceau de ces champignons que l’on avait fait dessécher au four. L’eau dans laquelle avaient macéré , pendant plusieurs heures, quelques-uns de ces champignons , administrée à un chien, lui occasionna un dévoiement sanguinolent et de vives douleurs. L'animal cependant fut rétabli. D’autres animaux périrent après avoir avalé les portions de champignon ainsi traïtées par l’eau.
Expérience vif. L’ingestion dans l'estomac d’une once et demie d'alcool, que l’on avait fait digérer pendant plusieurs heures sur un de ces champignons bien desséché au
four, et dont le poids était de 4o grains , occasionna |
mort. Le résidu ne jouissait plus de propriétés vénéneuses, puisqu'il fut administré à plusieurs animaux sans incon< vénient. (Paurer, Traité des Champignons. )
OBSERVATIONS
1°, Guibert, sa femme, sa fille, deux garçons étrangers et une domestique mangent à diner de l’oronge-ciguë jaunâtre préparée avec une étuvée de carpe. A trois heures äprès minuit, madame Guibert, qui n'avait mangé que de ce plat, est réveillée par un rêve effrayant et par des nausées ; elle vomit sans douleur tine partie du diner, et elle est plongée dans un assoupissement que les efforts de vomissement seuls font cesser. On lui donne l’émétique; élle évacue et se trouve soulagée. Elle fut parfaitement rétablie environ trois semaines après.
Un des garçons et la fille, qui ne furent pas émétisés ; ; moururent après avoir éprouvé les mêmes accidens ; l’autré garcon et la domestique, secourus à temps, furent rétablis au bout de trois semaines.
Guibert éprouva naturellement un véritable cholera morbus accompagné de crampes très-douloureuses, surtout aux pieds, avec rétraction des membres. Il fut sauvé. Aucun de ces individus n’éprouva de fièvre : tous, excepté Guibert, furent plongés dans un état de stüupeur éontinuelle.
29, Des symptômes analogues se manifestérent chez deux individus de Surène et deux autres de Melun, qui mangèrent le même champignon. Trois d’entre eux, qui ne furent point secourüs , périrent.
La Gazette de Santé du 18'juillet 1979 fait mention d’un empoisonnement de cinq personnes par l’oronge - ciguë jaunäire.
3°. Benoît, sa femme et leur enfant mangent, à six heures du soir, de loronge-ciguë blanche cueillie et apprètée le même jour. Le lendemain , nausées, anxiétés, défaillan.
DES CHAMPIGNONS VÉNÉNEUX. 393 ces fréquentes; le père et l'enfant vomissent abondäminent après avoir pris une forte dose d’émétique, du lait et dé la thériaque. L'enfant meurt le deuxième jour; lé père expire quelques instans après. Pen de témps avant la mort, il était dans un état d’anxiété et de stupeur remarquables, le ventre tendu, les extrémités froides, le pouls petit ct intermittent ; il avait des défaillances fréquentes , et il était de couleur livide. La mère, qui n’avait point pris d’émétique parce qu’elle était atteinte d’une hémorrhagie utérine, avait cependant déjà beaucoup voini au deuxième jour ; elle était faible, pâle, et dans un grand état d’anxiété ; son pouls, peu fébrile, était faible. On lui prescrivil une médecine ordinaire aromatisée avec l’eau de fleurs d’oranger. Trois heures après, elle avait évacué des champignons entiers et d’autres. qui étaient comme dissous dans des mucosités jaunâtres ; elle allait mieux. On lui fit prendre un lait d'amandes douces avec quelques gouttes d’éther sulfurique, et de l’eau de fleurs d'oranger ; ce qui la calma beaucoup. Le surlendemain , elle fut encore purgée, et avec succés ; l’hémorrhagie, qui s’était arrêtée, revint, et la malade éprouvait de temps en temps de Poppression et des faiblesses. On Jui admiviistra des restaurans et d’autres anti-spasmodiques ; mais elle ne se rétablit qu'avec peine, et, cinq ou six mois après, elle était encore très-pale et avait des maux de tête et d'estomac. Elle succomba à une autre maladie qu’elle eut long-temps apres.
De l’Oronge-souris (A gavicüs conicus de Picco).
g$o. Ce champignon à été décrit ainsi par Michel : Fungus è volya erumpens, pileolo leviter fastigiato , desuper murini coloris, inferne ex albo rufescente, pediculo albo cylindrico.
Champignon élancé, de forme conique, de couleur gris
de souris et comme satiné en-dessus , àvec des feuillets. blanchâtres’et une tige blanche, un peu tortueuse, qui s'élève à la hauteur de quatre à cinq.pouces, portant un chapiteau qui peut en avoir un et demi détendue, ét dont la substance intérieure étant-coupée, semble résulter de petits grains gris qui, à quelque distance, la font paraître de couleur cendrée. Ses feuillets , entre-mêlés de petites portions de feuillets, sont d’un blanc lavé d’une légère teinte jaune. La tige, d’un blanc sale, est pleine d’une substance très-blanche , et porte à sa base les débris d’une enveloppe mince qui couvrait le champignon.
Action de l'Oronge-souris sur l’économie animale.
1°. Une femme de Stupinis, son mari, trois garçons et une fille mangent, le 6 octobre. à leur diner, deux livres de ce champignon cuit avec du beurre. Vers deux heures après minuit, un des enfans, âgé de sept ans, se plaint de douleurs aiguës dans le bas-ventre : on lui administre de la thériaque. La mère, qui avait beaucoup mangé du ragoût, éprouve, un moment après, une forte cardialgie, de la suffocation, et fait de violens efforts pour vomir. Il en est de même de l'enfant aîné. Le père se trouve également attaqué avant le jour ; le second fils sur les neuf heures, et la fille, qui en avait mangé très-peu , ne commence à se plaindre que vers le soir.
Le 7 octobre, l’enfant, âgé de sept ans, était comme stupide , souffrait beaucoup du ventre, et ne pouvait prendre que de l’eau fraîche ; labdomen se météorise ; l'enfant pousse par intervalles des cris plaintifs , aigus, quoique plongé dans un état léthargique. Vers le midi, il éprouve des mouvemens convulsifs ; Îles extrémités se
roidissent, le pouls devient très-petit, et il meurt attaqué d’un spasme cynique. Son corps fut couvert de taches vio= lettes. L’estomac et les intestins étaient distendus par un gaz fétide, corrodés dans leur surface interne ; on voyait près du pylore des taches livides ; le colon contenait des vers vivans , et un reste de champignons mêlé à un fluide jaunâtre ; Le foie était très-volumineux , pâle et sans consistance. |
La mère, qui se plaignait d’anxiété suffocante, de cardialgie avec vomissement de matières verdàtres et sanguinolentes, devint jaune par tout le corps et ne pouvait pas respirer. Le bas-ventre était dans une constriction . spasmodique, le nombril enfoncé; la plus légère compression augmentait la retraction des jambes. Elle ne prit que de la thériaque, et mourut dix-huit heures après l’invasion du mal, dans une léthargie profonde et des sueurs froides. Il sortit des narines un sang ichoreux et de l’écume par la bouche ; les viscères de l’abdomen offraient des altérations analogues à ceiles du sujet précédent.
L'enfant de dix ans, qui n'avait mangé que beaucoup de raisin dans la journée, était stupide le soir ; il éprouva les accidens ci-dessus mentionnés, et mourut dans les convulsions. Le foie éiait très-volumineux. À l'ouverture de l'estomac, il s'exhala une odeur tellement infecte, qu'on renonça à l’examen des autres viscères.
La fille eut des défaillances, des vomissemens et des douleurs tensives à l'estomac ; elle refusa de prendre un vomitif; le pouls devint fréquent, petit et irrégulier; le hoquet se déclara par intervalles ; 1l y avait cardialgie forte et brülante , anxiété, un sentiment d’étranglement et une soif extrême. On la saigna : le sang était noir et livide, et elle parut soulagée. Elle ne tarda pas cependant à éprouver de la suffocation et de la difficulté d’avaler ; elle eut du délire et un épistaxis, On lui fit preudre de la manne, qui
procura des évacuations. Le troisième jour, elle expira dans un état léthargique et au milieu d’affreuses angoisses, de frissons, de süueurs froides, de eonvulsions et du délire. On reconnut les mêmes altérations de tissu qne chez la mère et l'enfant de sept ans ; la vésicule du fiel était complètement vide , etla partie du foie voisine de l’estomac molle et livide, tandis qu’elle était blanche supérieurement et antéricurement.
L'ainé des enfans éprouva des sie nerveuses avec rétraction des jambes , de la cardialgie, des vomissemens fréquens ; des palpitations de cœur et un sentiment d’étranglement. L’émétique , administré à deux reprises, procura des évacuations abondantes. On lui donna ensuite uné décoction blanche ; et d'heure en heure on hs fit préndre dix gouttés de liqueur minérale d’Hoffmann dans 2 onces d’eau thériacale, ce qni parut le soulager un peu : cependant les coliques revenaient de temps en temps ; il éprouvait de la céphalalgie , une sorte de pesant: ur d’estomac, du délire et des anxiétés qui l'obligeaient de changer souvent de place ; la fièvre se déclara ; les veux étaient enflammés. On le saigna , et il fut soulagé. La saignée fut répétée Le soir , et on administra un lavement : ces moyens firent cesser des tranchées dont il se plaignait, et la fièvre fut moins forte. Le lendemain , la langue était chargée : on lui ordonna 3 onces de manne qui proeurèrent des évaeuations salutaires. Il était faible, avait une tension douloureuse à l'estomac, eut quelques crachats teints de sang, et des aigreurs que la magnésie dissipa. On dimipua successivement la dose de liqueur d'Hoffmann, et lenfant fut rétabli. |
‘Le père, âgé de soixante ans, évacué par l’émétique, eut une dysenterie copieuse qui ne cessa qu'au troisième jour. 11 resta près de cinq jours sans parler, les yenx fixes et larmoyans . le pouls petit, tardif et languissant. I
DES CHAMPIGNONS VÉNÉNEUX. 397 se rétablit peu à peu; il digérait facilement, et avait souvent des évacuations sanguinolentes : il en était de même de son fils ainé. L'un et l’autre fürent traités par le quinquina et par le sirop balsamique. Un an après, ils se ressentaient encore des maux qu'ils avaient soufferts. ( AZemoires de la Société royale de Médecine, ann. 1580 et
1781; observation de M. Picco, p. 355. }
Agarics sans volva.
A feuillets inégaux; pédicule central; suc laiteux, ordinairement blanc, quelquefois jaune ou rouge.
De l’Agaric meurtrier ( Agaricus necator de Bulliard, vulgairement appelé Morton).
Il est d’un rouge tirant sur le jaune; sa chair est ferme ; dès qu’on l’entame , il en sort une liqueur laïteunse, âcre et caustique ; le pédicule est cylindrique, plein , nu , épais, long de huit à dix centimètres au plus: son chapeau est d'abord concave, puis plane, puis concave dans le centre ; souvent il grandit plus d'un côté que de l’autre ; quelquefois il est marqüé de zones concentriques ; il ne dépasse pas sept à huit centimètres de diamètre ; sa surface est couverte de peluchures plus foncées qui lui donnent un aspect velu et disparaissent avec Pâge ; les feuillets sont inégaux; le petit nombre de ceux qui sont entiers forme un bourrelet à leur insertion au pédicule. Il croit dans les bois à la fin de l'été.
Bulliard dit qu'il ne faut qu'une très-petite quantité de ce champignon pour produire les plus funestes accidens. On croit que le suc donne des coliques terribles.
De l’Agaric äcre (Agaricus acris de Bulliard).
Il est blane, à l'exception des feuillets, qui, selon leur âge, sont quelquefois jaunâtres ou rougeâtres ; le pédicule est nu, plein, cylindrique, charnu, long de deux à trois centimètres , et presque aussi épais; le chapeau, d’abord convexe et irrégulier , devient ensuite plane, puis concave, avec les bords sinueux et onduleux ; ce chapeau est charnu , large de huit à dix centimètres environ ; iln’offre aucunetrace de zones concentriques; les feuillets sont nombreux, inégaux, souvent bifurqués, un peu décurrens sur le
pédoncule.
De l'Agaric caustique (Agaricus pyrogalus de Bulliard),
Son pédicule est cylindrique, nu, plein, d’une couleur jaune livide et terreuse, long de trois à quatre centimètres, épais de huit à dix millimètres ; son chapeau est d’abord convexe, puis presque plane, un peu déprimé au centre, de la même couleur que le pédoncule, souvent marqué de zones concentriques noirâtres ; il atteint seize centimètres de diamètre ; ses feuillets sont nombreux, uñ peurougeätres, inégaux, adhérens un peu au pédicule . Toute la plante émet, lorsqu'on la blesse, une liqueur laiteuse, douce dans sa jeunesse, et qui devient ensuite âcre et caustique.
De l’Agaric styptique (Agaricus stypticus de Bulliard).
Sa couleur générale est celle de la cannelle plus ou moins foncée; sa chair est mollasse et se déchire difficilement ; sa superficie estsèche; le pédicule est nu , plein, continu avce le chapeau, un peu comprimé, et va en s’épanouissant à son sommet; il est long de dix à quinze millimètres ; le
DES CHAMPIGNONS VÉNÉNEUX. 399 chapeau hémisphérique , avec les deux extrémités un peu prolongées et arrondies , et les bords roulés en dessous ; son grand diamètre est de trois centimètres au plus; les feuillets sont étroits, tous entiers , susceptibles d’être détachés de la chair, et remarquables par la manière dont ils se terminent tous à une ligne circulaire qu'aucun d’eux ne dépasse.
Paulet dit que cet agaric , donné aux animaux, les incommode beaucoup et les purge, mais ne les‘tue pas.
Les Agarics poivré et laiteux (agaricus piperatus et agaricus lactifluus) sont également vénéneux.
Ilistoire de quelques autres Champignons vénéneux. De l’Oronge croix de Malte.
« Petit champignon bulbeux, à bourse, à tige droite et colletée , qui s’élève à la hauteur de trois ou quatre pouces, de couleur de chair pale , à-peu-près comme celle de veau, etdont le chapiteau est découpéen cinqàsix portions égales, représentant en quelque sorte une croix de Malte. Sa substance ressemble plutôt à celle d'une véritable chair animale qu’à la pulpe d’un champignon, n'étant recouverte d'aucune peau, comme sont presque toutes les autres. Cette substance est fraîche, un peu humide, de la même couleur en dehors qu’en dedans , a un parfum de champignon ou de mousseron extrêmement exalté. Le centre du chapiteau est marqué par un bouton ‘arrondi, un peu relevé et régulièrement circonscrit; ses lobes ont environ deux lignes d'épaisseur; ses feuillets, presque tous de longueur égale, et de la même couleur que celle du dessus du chapiteau, s'insèrent circulairement "et en rayonnant à une espèce de bourrelet sans toucher à la tige. Cette tige, d’abord pleine d’une substance moelleuse, finit par se vider en graude
partie et devient fistuleuse, Le collet et la bourse sont d'uhs beau blanc ». (Pauzerx , tom. 11, p. 316.)
M. Paulet mangea environ la moitié d’un de cés champignons ; il ne tarda pas à éprouver une grande faiblesse et à perdre connaissance. Demi-heure après, on lui administra beaucoup de vinaigre et il reprit l’usage de ses sens : il avala de l’émétique sur-le-champ et il vomit le champignon; cependant il eut pendant plusieurs jours du dévoiement, des faiblesses d'estomac et des coliques assez vives.
De l'OEu de corneille (Fungus minimus totus niger umbilicatus de Faillant). | « Chair blanche, un peu teinte de la couleur du dehors; ses feuillets sont d’un noir de jayet dont ils ont le luisant, pressés et tendres , d'environ deux lignes de hauteur, ayant dans leurs intervalles de petites portions de feuillets placés du côté des bords du chapiteau, et se réunissant autour de Ja tige sans y adhérer. Cette uge est droite, cylindrique, fistuleuse par l'épuisement de sa moelle, et d'environ trois ligues de diamètre. Se trouve dans le Nivernois ». ( Pau- LET, 1Ome II, page 196.)
OBSERVATIONS
« Un jeune vigneron n'ayant que son pain avec un peu de beurre pour son goûter, s’avisa de faire cuire ce champignon avec ce beurre, et le mangea. Quelques heures après il se plaignit d'un gonflement d'estomac et d’une douleur d'entrailles des plus vives. On lui donna une ample boisson d’eau tiède avec des lavemens émolliens qui ne le soulagèrent pas. Au milieu de la nuit il fut trouvé la bouche fermée, les veux étincelans, un regard affreux, et dans un
DES CHAMPIGNONS ARE R NEUX. Aot.
état de spasme et d’immobilité semblable à tne catalepsie. Onle saigna du pied et on lui fit prendre 6 gouttes de Aiurre de Paracelse, ce qui le fit revenir un peus imaiïs il fut très« mal toute la nuit. Le lendemain il fut abondamment évacué par bas à l’aide d’une forte dose de tartre stibié uni au tara trate de potasse (sel végétal); mais à trois heures après midi il cracha le sang à pleine bouche, et vomit un instant après un morceau de champignon noir et tel qu’il avait été pris. À cinq heures il en rendit un autre, Les ac« cidens se calmèrent; cependant le malade éprouva une fièvre qui paraissait être pute et qui dura quatorze jours ». (Lettre de M. Farnier à M. Paulet. Ouvrage cité, p. 197;
iom. IT.)
De la Téte de Méduse (Amanita fasciculosa pileis rufô fuscis de Dillen).
Il croît en touffe au An des chênes, quelquefois au nombre d’une trentaine réunis par leur base, d’abord de couleur d’un jaune sale, ensuite d’un roux plus clair. Il s'élève à la hauteur de quatre à six pouces, et porte des chapitaux qui n’ont pas plus d’un pouce et demi détendue: Ces têtes ou chapitaux , d’abord empreints comme de croûtes brunes, surtout au centre, ont leurs feuillets cou= verts en naissant d’un voile blanc, épais , ferme, qui leur donne une forme globuleuse, et qui se déchire ensuite pour se convertir en collet : ces têtes finissent par prendre la forme d’un chapeau. Les feuillets, d’abord aussi blancs que le voile, sont entremélés de petites portions de feuillets et adhèrent fortement sur la tige, où ils se términent par des nervures fines en se confondant avec sa substance , ei finis= sent par prendre une légère teinte rousse, ainsi que le voile. Les tiges, un peu renflées du bas, sont cylindriques et de quatre à cinq lignes de diamètre , teintes de la couleur dit
It 26
dessus du chapiteau et pleines d'une substance filandreuse ». (Pauzer, p. 304,tome 1.)
A six heures du soir, on a fait prendre à un chien de moyenne taille une certaine quantité de ce champignon: l'animal s’est plaint toute la nuit, et il est mort douze heures après l’ingestion de la substance vénéneuse. L’æso- , phage était tapissé d’un mucus blanc et glaireux , l'estomac ridé, phlogosé; il en était de même du canal intestinal, dont les membranes, épaissies d’une demi-ligne environ , étaient pleines d’une liqueur brune de même couleur que celle des champignons. |
Du Blanc d'ivoire.
« Petit champignon d’un blanc luisant et comme d'ivoire , à surface sèche, très-agréable à la vue , qu'on trouve en automne, surtout dans le parc de Saint-Maur. Ses feuil- Jets, de longueur inégale et bien rayonnés, finissent pour la plupart comme par des nervures implantées sur la tige. Cette tige, qui est pleine, et qui peut avoir deux pouces de hauteur sur trois lignes de diamètre, n’est ni droite ni cy- Jlindrique; elle est un peu aplatie et sillonnée du haut. Le chapiteau se creuse au milieu, et ses bords sont languetés agréablement ». (Pauzer, p. 153,t. 11.)
Ün de ces champignons, administré à un chien, a déterminé au bout de trois heures des évacuations abondantes par haut et par bas ; l’animal a refusé les alimens et a paru souflrir considérablement.
Du Luiteux pointu rougissant ( Fungus parvus piperatus : lacteum succum fundens de Micheli), Chapiteau dont le centre est élevé en pointe aiguë; Cette pointe s’efface enfin pour faire place à une cavité, #e qui arrive, en général, à tous les champignons àcres et
DES CHAMPIGNONS VÉNÉNEUX. 03 Jaiteux. Celui-ci est blanc; mais sæ chair, qui est d’abord blanche, rougit par le contact de Vair , ainsi que le suc qu'il répand quand on le coupe, et qui, de blanc qu'il est , de vient bientôt d’un beau rouge carmin: ce suc est âcre et brülant. Ses feuillets, qui sont blancs etitaillés en biseau , sont de longueur inégale. Sa tige, qui est une continuité dela substance du chapiteau, est cylindrique et pleine d’une substance moelleuse.
M. Pico ayant donné de ce champignon haché avec de la viande à un chien, l'animal périt de gangrène au bout de douze heures. |