‹ Traité des poisonsChapitre 80 sur 109 · Il y en a d'autres qui sont également bone et · texte numérisé non relu

Il y en a d'autres qui sont également bone et

qui déterminent une vive excitation du cerveau et de

eo

tout le système nerveux, à laquelle succède le narcotisme :

alors il y a perte des facultés intellectuelles , et lés animaux succombent à l’asphyxie, déterminée aussi par l’immobi-

lité du thorax. Il est rare que l’on découvre une inflammation dans les tissus du canal digestif : le camphre, la coque du Levant, la picrotoxine et l’upas antiar sont dans ce cas. Certes , la dénomination de narcotico-äcres ne convient pas plus à ces poisons qu'aux précédens.

3°. Quelques-unes des substances vénéneuses de cette classe sont absorbées, agissent sur le cerveau ou sur quelques autres parties du système nerveux, et déterminent des phénomènes d’excitation et de narcotisme auxquels les animaux succombent. Elles produisent en outreuneirritation locale plus ou moins intense, qui ne doit pas être regardée comme la principale cause de la mort : la belladona, le tabac, le datura stramonium , les diverses espèces de ciguë, ete., sont dans ce cas.

4°. Enfin il paraît qu'un petit nombre de ces poisons détruit instantanément la vie en agissant sur les extrémités nerveuses: du moins il est difficile de concevoir que labsorption ait pu se faire en si peu de temps: tels sont l'huile d'amandes amères , l'huile empyreumatique de tabac, l’alcool, etc.

Traitement de, l'Empoisonnement par les poisons narcotico-äcres.

1002. Les nombreuses expériences que nous avons faites jusqu'à présent pour découvrir un antidote aux divers poisons de cette classe ont été infructueuses, et nous croyons pouvoir aflirmer que, dans l’état actuel de la science, on ne connaît aucune substance qui ait la faculté de les décomposer, et de les transformer en un corps incapable d'exercer une action nuisible lorsqu'ils ne sont pas vomis. Aussi sommes-nous réduits à exposer les moyens propres à diminuer ou à faire disparaitre les accidens auxquels ils ont donné lieu.

1003. Les effets produits par la belladona , le datura stramonium , le tabac, la digitale pourprée , le mouron des champs, Varistolochia clematitis, les différentes espèces de ciguë, le laurier-rose et la rue, nous semblent devoir être combattus d’après les préceptes suivans :

10. Si le poison a été avalé depuis peu de temps, et qu nil n'ait pas occasionné des vomissemens abondans , on administrera un évacuant composé de 2 ou 3 grains de tartrate de potasse antimonié, et de 20 ou 24 grains d’ipécacuanha , dissous dans une petite quantité d’eau ; par ce moyen on en favorisera promptement l'expulsion , et l’on ne craindra pas de hâter son absorption, vu que la quantité de liquide dans lequel l’émétique a été dissous n’est pas considérable. On pourra aider l'effet du vomitifen titillant le gosier avec les barbes d’une plume.

29, S'il y a déjà quelque temps que le poison a été avalé, et qu'il soit permis de soupçonner qu'il se trouve dans le

canal intestinal, on fera prendre un éméto - cathartique composé de 2 ou 3 grains d’émétique et d’une once ou d’une once et demie de sulfate de soude (sel de Glauber ). On donnera aussi des lavemens purgatifs.

3°. Si, à l’aide de ces moyens , on parvient à faire rejeter la substance vénéneuse, et que le malade offre les symptômes d’une congestion cérébrale, on n’hésitera pas à pratiquer une saignée, qui sera faite de préférence à la veine jugulaire, et qu’on renouvellera suivant le tempérament de l'individu et l'avantage qu’elle aura procuré. Ce moyen ne nous à jamais paru nuisible, et souvent nous en avons retiré de bons effets. On devrait également y avoir recours dans le cas où l'administration des évacuans n’aurait été suivie d'aucun effet, et qu’il y aurait congestion cérébrale.

4°. On fera ensuite usage des boissons acidulées , et principalement de l’eau vinaigrée, que l’on donnera à petites doses souvent renouvelées. Ce médicament nous a paru

surtout utile lorsqu'il était affaibli et administré immédiatement après l’expulsion de la substance vénéneuse. En effer, s’il était un peu concentré, il ajouterait à l’irritation que déterminent tous ces poisons, et augmenterait l'inflammation des tissus du canal digestif, C’est probablement par la mème raison qu'il nous a semblé peu efficace vingt , vingt-cinq ou trente heures après l’émpoisonnement , lorsque déjà les phénomènes inflammatoires s'étaient manifestés. Nous sommes convaincus que Pemploi des boissons acidulées est, en général, nuisible avant l'expulsion du poison, 1° parce qu'elles ne favorisent pas le vomissement ; 2° parce qu’elles dissolvent les parties actives et facilitent leur absorption. (Voyez les détails des CHREEIUES faites avec l’opium,.$ 917.)

b°. Si, à l'aide de ces médicamens, on était parvenu à faire cesser Îles symptômes nerveux, il faudrait s’occuper sans délai de combattre lPinflammation, qui est presque toujours la suite de l'administration de ces substances vénéneuses. À cet effet, on remplacerait les boïssons acidulées par des infusions on des décoctions adoucissantes, comme l’infusion de fleurs de mauve, ce violette, où l’eau de gomme : l'application de quelques sangsues sur l’abdomen pourrait aussi être utile.

Il est rare que les substances vénéneuses dont nous parlons aient été appliquées à l'extérieur. Si cela arrivait, 1l faudrait suivre les mêmes préceptes , à l'administration des évacuans près; on devrait en outre pratiquer une ligature au-dessus de la partie empoisonnée et cautériser la plaie, afin de s'opposer à l’absorption du poison et à son transport dans le torrent de la circulation. |

1004. L'upas tieuté , la noix vomique, la fève de Saint- Ignace, V'angustura pseudo-ferruginæa , le ticunas , le woorara, Vupas antiar, le camphre ei la coque du Levant, produisant des effets différens de ceux que développent les

poisons précédens, exigent, pour être combattus, des moyens particuliers. MM. Aagendie et Deélille ont prouvé que le sel marin (muriate de soude, chlorure de sodium), dont se servent Les fndiens qui ont été blessés par l’upas, n'était pas le contre-poison de cette substance vénéneuse, soit qu’elle ait été introduite dans l'estomac , soit qu’on l'ait appliquée à l'extérieur. Les moyens qui leur ont le mieux réussi pour annuler ses effets, ainsi que ceux de la noix vomique et de Ja fève de Saint-Ignace , consistent à faire rejeter le poison le plus promptement possible, à l’aide des émétiques et du chatouillement du gosier , età s’opposer chbbitera asphyxie , qui est la principale cause de la mort,

en pratiquant la trachéotomie et en insufllant de l'air dise les poumons. La mort a été retardée chez plusieurs animaux soumis à ce mode de traitement , et elle n’a eu lieu que lorsqu on a cessé l’insufflation de Pre Dans les cas où ces poisons ont été appliqués sur des blessures faites aux membres , ils Les ont empèchés de devenir mortelles , en retirant aussitôt l’instrument qui a pénétré, en cautérisant la plaie jusqu’au fond , et en pratiquant une ligature au-dessus de l'endroit blessé. L'efficacité de ces préceptes est confirmée par un fait généralement connu, savoir, qu’une hémorrhagie dans le membre opéré empêche l’empoisonnement, parce qu’elle s'oppose au mélange du sang avec la substance délétère. Nous avons reconnu l’utilité de ces moyens dans les expériences que nous avons tentées sur l’angustura , le camphre et la coque du Levant. Un émétique, administré quinze ou vingt minutes après l’ingestion de ces poisons, a procuré des évacuations abondantes; les attaques ont été moins fortes qu’à l’ordinaire, et il a suffi de prolonger l’insufllation pendant une heure où une heure et demie pour empécher les animaux de mourir. Dans quelques circonstances , nous n’avons fait usage du vomitif qu’à la fin de la première ou de la seconde attaque, et il

nous a fallu prolonger l'insufilation pendant trois ou quatre ? heures pour obtenir les mêmes résultats. Quelquefois même les animaux seraient morts sans l’ emploi d’une potion et de lavemens purgatifs. I] est à remarquer que l’eau éthérée et l'huile de térébenthine nous ont paru exercer uneinfluence : salutaire pour rétablir entièrement la santé des animaux empoisonnés par l’une ou l’autre de ces substances vénéneuses. Nous ne pouvons quitter ce sujet sans faire sentir l'importance que l’on doit attacher à l’insufflation de Pair dans les poumons : ce moyen enge beaucoup de patience de la part du médecin ; car il n’est efficace que lorsqu’ il est employé pendant Roi heures. Nous garantissons avoir sauvé par ce moyen quatorze animaux sur vingt; et il n’est point douteux qu'ils auraient succombé asphyxiés si on ne l'eût pas mis en usage.

Champignons. Nous avons tenté les expériences suivantes pour constater la valeur du vinaigre , du sel commun, de l’éther , de l’émétique et de l’alcali volatil dans l’empoisonnement par les champignons.

Le vinaigre. 19. Cet acide végétal a la faculté de dissoudre la partie active de la fausse-oronge et de l’oronge-ciguë jaunâtre; en sorte que l’on peut avaler impunément l’un ou l’autre de ceschampignons coupés par morceaux et épuisés par cet acjde; mais la liqueur est excessivement vénéneuse. Ce résultat est conforme à ceux qu'avait obtenus M. Paulet, 2°, Ces champignons, introduits dans l’estomac avec du vinaigre, et à une dose capable de produire la mort, la déterminent plus tôt qu’ils ne le feraient si le vinaigre n’eût pas été administré, pourvu que le poison n’ait pas été vomi ; ce qui dépend sans doute de la faculté qu'a l'acide de dissoudre les parties vénéneuses dont l’absorption doit être plus facile. 3°, L'eau vinaigrée nous a paru utile dans cet empoisonnement , lorsque le champignon vénéneux a été expulsé par les évacuans.

Le sel commun (muriate de soude) dissous dans l’eau jouit, comme le vinaigre , de la propriété de dissoudre les parties actives de ces champignons, et offre par conséquent les mêmes avantages et les mêmes inconvéniens que cet acide végétal. |

L'éther sulfurique, dont on a fait un usage si fréquent dans ces derniers temps pour combattre l’empoisonnement qui nous occupe, n’est pas sans danger lorsqu'il est administré avant l'expulsion de ces champignons, car il a aussi la faculté dese charger du principe vénéneux , comme l'avait déjà observé M. Paulet ; maïs il nous a paru d’une très-grande utilité après l'emploi des évacuans. En effet, nous avons rétabli la santé de plusieurs chiens qui avaient pris une assez forte dose de fausse-oronge pour périr, en leur faisant avaler alternativement, après avoir évacué le poison, de l’éther et de l’eau éthérée , ou de la liqueur minérale anodine d'Hoifmann.

L’émétique et les éméto-cathartiques nous semblent dedevoir jouer le principal rôle dans le traitement qui nous occupe; car la mort a presque toujours lieu lorsque ces champignons ne sont pas évacués.

M. Paulet a prouvé que l’alcali volatil (ammoniaque) est plutôt nuisible que salutaire, et que l’huile, la thériaque , le beurre et le lait ne sont d’aucune utilité dans cette espèce d’empoisonnement. ( 7'raité des Champignons, par M. Paulet, tom. 11, ann. 1703. Paris.)

1005. Après avoir parlé en particulier de chacun des moyens proposés te guérir la maladie produite par les champignons vénéneux , nous devons établir les préceptes d’après lesquels l’homme de l’art pourra combattre avec succès les accidens qu’ils développent. 1°. Il favorisera l'évacuation du poison à l’aide de lémétique, et mieux encore des éméto-cathartiques, des potions, etdes lavemens purgaiifs. En effet, assez souvent les purgatifs doivent être

ÂA> DES POISONS NARCOTICO-ACRES.

préférés aux émétiques, parce que l’action de ces champignons est lente et ne se manifeste que dix ou douze heures après leur ingestion, c’est-à-dire quand ils se trouvent déjà dans le canal intestinal. Aïnsi on fera avaler au malade 3 ou 4 graias de tartrate de potasse antimonié unis à 24 grains d'ipécacuanha et à 6 ou 8 gros de sulfate de soude dissous dans lean; on administrera en outre une potion faite avec de l'huile de ricin et le sirop de fleurs de pêcher, et on fera prendre des lavemens préparés avec la casse, le séné et du sulfate de magnésie. Lorsque les champignons auront été évacués , on emploiera quelques cuillerées d’une potion fortement éthérée; et on aura recours aux, mucilagineux si le malade se plaint de douleurs et d’irritation dans le basventre. Il arrive quelquefois, dans cette espèce d’empoisonnement, que letartrate de potasse antimonié seul ne détermine aucune évacuation, « Feu madame la princesse de Conti, dit M. Paulet, lors d’un voyage de la cour à Fontainebleau , en automne, ayant aperçu dans la forêt plusieurs champignons vénéneux, les fit cueillir, les prenant pour des oronges, et obligea son cuisinier de les servir à diner, malgré tout ce qu’on puit lui dire. Elle avait à sa table , entr’autres personnes, M. l’évêque de Langres, éten mangea plus que tout le monde. Deux heures après le diner, elle éprouva des envies de vomir avec des défaillances et des anxictés , resta quelque temps sans connaissance et dans un état de stupeur et d’anéantissement qui fit craindre pour sa vie. 27 grains de tartre émétique donnés dans la journée n’avaient encore produit aucun effet , lorsque le suc de raifort, et surtout un lavement préparé avec une forte décoction de tabac, procurèrent une évacuation complète par haut et par bas (1), qui lui fit rendre des champignons tels qu’elle les avait pris. Elle rendit le sang

(1) Nous avons prouvé que la décoction de tabac, injectée

par les selles, et on craignit un moment un état inflammatoire dans les entrailles, à raison de l’irritation excessive que les remèdes avaient produite. Elle fut très-long-temps à se remettre, et le lait contribua beaucoup à son rétablissement ». 2°. Il serait imprudent d’administrer des purgatifs irritans si l” inammatinn.du bas-yéntre avait déjà fait ‘des progrès rapides : ainsi , s’il y avait beaucoup de fièvre jointe à une tension douloureuse de l'abdomen, à la cardialgie, à la sécheresse de la langue, accompagnée d’une soif éxtrême et de chaleur brûlante à la peau, dans la bouche et dans la gorge , il faudrait avoir recours à la saignée et aux autres moÿens anti-phlogistiques. Forestus parle d’une jeune personne qui avait été empoisonnée par les champignons , et qui guérit au moyen de la saignée pratiquée au Sixième jour de la maladie. 3°. Lorsque tous ces symptômes seront dissipés, on emploiera les fortifians, tels que le vin blanc, le quinquina, etc. cn Alcool et autres liqueurs spiritueuses. L'ivresse qui n’a pas été portée trés-loin se guérit d'elle-même au bout de sept à huit heures. Dans le cas où elle persisterail plus longtemps, et que l individu serait plongé dans un coma profond , il faudrait avoir recours à l’'émétique, et ensuite aux boissons acidulées, La saignée pourrait être pratiquée si le malade était jeune, robuste, et d’un tempérament sanguin bien prononcé. On emploierait. aussi les lavemens irritans, et les lotions de vinaigre sur toute la surface du corps. DR Et | Asphyxie par la vapeur du charbon et par le gaz acide carbonique. 1°, On commencera par exposer la personne asphyxiée au grand air, sans craindre le froid, qui ne peut jamais lui être contraire; on la déshabillera et on la cou-

dans le rectum des chiens, déterminait constamment des vomissemens.

TA a POISONS# NARCOTICO-ACRES.

chera sur le dos, la tête et la poitrine un peu plus éle-

vées qué Ta reste du corps, pour faciliter la respiration. 2°, On se gardera Do Re placer l'asphyxié dans un lit

chaud , et de lui donner des Jumigations de tabac par le

fondement.

. On lui administrera du vinaigre affaibli avec trois parties d’eau ou de l’eau contenant du jus de citron, et en même temps on fera sur tout le corps, et principalement sur le visage et la poitrime, des aspersions d’eau vingjgrée froide; on frottera le corps avec des linges trempés dans Ja même liqueur, dans de l’eau-de-vie camphrée, l’eau de Cologne, ou tout autre liquide spiritueux. Au bout de trois ou quatre minutes on essuiera les parties mouillées avec des serviettes chaudes , et deux ou trois minutes après, on recommencera les aspersions et les frictions avec l’eau vinaigrée froide. Ces moyens doivent être employés avec persévérance.

4°. On irritera la plante des pieds , la paume des mains et tout letrajet de l’épine du dos. avec une forte brosse de crin.

59. On administrera un lavement d’eau froide mêlée avec un tiers de vinaigre ; quelques minutes après, on en donnera un autre préparé avec l’eau froide, 2 ou 3 onces de sel de cuisine, et une once de sel d’Epsom (sulfate de magnésie).

6°. On promènera sous le nez des allumettes bien sou frées que lon allumera, afin d’irriter l’intérieur de cet organe, ou bien on fera flairer de l'alcali volaul (1) ou de l’eau de la reine de Hongrie : on pourra encore irriter le néz en remuant doucement dans les narines un petit rou- Îeau de papier ou la barbe d’une plume.

(1) On se gardera bien de laisser pendant long-temps sons le

nez le flacon contenant de l’alcali volatil concentré. (Foy. p. 501; TOM: 1%)

7%. On insufflera de l'air dans les poumons à l’aide du procédé que nous allons décrire.

8°. Si, malgré l'emploi de ces moyens, l’asphyxié continue à être plongé dans un grand état d’assoupissement, qu'il conserve de la chaleur, que le visage soit rouge, les lèvres gonflées et les yeux saïllans, on le saignera au pied, et mieux encore à la jugulaire. Ce moyen est préférable à l’émétique, dont on a quelquefois fait usage eu pareil cas, et qui a été plutôt nuisible qu’utile,

9°. Lorsque l’asphyxié sera entièrement rappelé à la vie, on le couchera dans un lit chaud, placé dans un-appartement dont les fenêtres soient ouvertes, et on aura soin d’écarter Les personnes inutiles. Alors on lui fera prendre quelques cuillerées d’un vin généreux, tel que celui de Malaga, d’Alicante, de Rota, de Madère, de Xérez; ou bien on lui donnera du vin chaud sucré, ou quelques cuillerées d’une potion anti-spasmodique.

10°, L’émétique ne peut être administré que dans le cas où la personne asphyxiée, après avoir repris connaissance, éprouve des envies de vomir, une pesanteur d'estomac, etc.; et encore vaut-il infiniment mieux alors avoir recours aux lavemens purgatifs et irritans préparés avec le sel commun et le sulfate de magnésie (sel d'Epsom).

11°. Il faut admimistrer les secours dont nous venons de parler avec la plus grande promptitude, et les continuer pendant long-temps, lors méme que l'individu parait mort. On a été quelquefois obligé d'attendre cinq ou six heures avant de tirer les malades de l’état de mort apparente dans lequel ils étaient plongés. Il faut surtout insister sur l’insufllation de Pair dans les poumons.

Procéde pour introduire de l'air dans les poumons.

1006. La nécessité dans laquelle on se trouve souvent

d’insufiler de l’air dans les poumons pour faire cesser l’as-

phyxie, a fes imaginer plusieurs moyens propres à retiplie cet objet : nous allons les faire connaître, en commençant par ceux qui méritent la préférence.

1°. Après avoir déprimé la base de la langue avec le : doigt indicateur de la main gauche, on introduit dans le larynx la plus petite extrémité du tube laryngien imaginé par le professeur Chaussier (1), et on a soin d'appuyer légérement pour placer sur l’ouverture du larynx la tranche de peau de buflé ou d’agaric; on place dans sa bouche l’autre extrémité, et on aspire les mucosités qui peuvent être contenues dans les bronches; alors on adapte à cette extrémité un petit soufllet ou une vessie remphe d'air, et même la bouche; on insuffle de Pair petit à petit, par saccades, et de manière à imiter la respiration ; en même temps on fait des frictions sur le ventre et sur la poitrine avec un morceau d’étoffe de laine. He

2°, À défaut de cet instrument, on peut insufller de l'air dans les poumons en introduisant le tuyau d’un soufflet dans une des narines, et en soufflant pendant que l’on tient l'autre narine fermée. Il vaudrait encore mieux, si on pouvait disposer d’une sonde, pousser une de ses extrémités

(1) Le tube laryngien est conique; il a sept à huit pouces de Jorg, et ressemble assez à une sonde; il est en argentou en cuivre : sa grosse extrémité est assez élargie pour recevoir le bout d’un soufflet ou d’une vessie, ou pour être mise dans la bouche; la petite extrémité, celle qui doit entrer dans le larynx, est aplatie et offre deux trous allongés. À un pouce trois lignes environ de cette extrémité, cet instrument présente une courbure arrondie où se trouve placée transversalement une rondelle que l’on a percée de plusieurs trous qui servent à fixer une lame d'agaric ou un petit morceau de peau de buffle : par ce moyen, l'ouverture du larynx se trouve exactement fermée , et l'air insufflé doit nécessairement dilater le poumon.

jusqu’au larvox, en l’introduisant par une des narines, et adapter le soufliet à l'autre extrémité.

39, Enfin s'il est impossible de pratiquer l’insufflation par les procédés que nous venons de décrire, on applique sa bouche sur celle du malade et on soufile.

4°. On évite de faire, comme. on l’a conseillé, des incisions à la trachée-artère, car lexpérience prouve que Pair dirigé par ce moyen sort par l'ouverture du larynx sans avoir dilaté les poumons.

Fleurs odorantes. On commegncera par éloigner les fleurs qui entourent le malade; ensuite on traitera la maladie qu’elles auront fait naître. L’asphyxie sera combattue par les moyens que nous venons d'indiquer; les céphalalgies, les syncopes, les névralgies exigeront l’ M be des toniques et des anti-spasmodiques.

Seigle ergoté. Si la maladie est légère, qu’il n’y ait qu'un

peu de fièvre, de l'embarras dans la tête et quelques mouvemens convulsifs, on donnera 4 ou à cuillerées d’une potion anti-spasmodique, et on fera boire de l’eau vinaigrée ou de l’eau dans laquelle on aura exprimé du jus de citron. Si les douleurs, l’engourdissement et le froid qui leur

succèdent annoncent l'approche de la gangrène sèche, on

cherchera à la prévenir. On placera le malade dans un appartement sec et chaud, et dans un lit bien propre, dont on renouvellera fréquemment les couvertures. |

Plusieurs médecins ont recommandé de faire prendre l’émétique lorsque la bouche est amère, la langue chargée , et les envies de vomir fréquentes. L” He PE prouve pourtant que ce médicament augmente li irritation , et peut

occasionner une diarrhée qui est toujours à craindre. Cependant, comme on est quelquefois obligé d’adminisirér

un vomiuf pour faire cesser les symptômes dont nous parlons, on doit avoir recours à l’ipécacuanha : alors on verse, sur un gros d’ipécacuanha, trois verres d’eau bouillante ;

FRrriet ; LOL CF NUS

dix minutes après, on passe la liqueur. Si le premier verre détermine des vomissemens abondans, on ne donne point les autres. On favorise l'effet de ce vomitif par l’eau tiède.

Dans le cas où le malade se plaindrait d’engourdissement et de froid aux membres, on lui ferait prendre des bains de jambes avec une décoction de plantes aromatiques, telles que la lavande, le romarin, la sauge, animée avec du vinaigre; au sortir du bain, on frotterait le pied et la jambe avec la main ou avec de la laine; on les couvrirait de compresses trempées dans linfusion de fleurs de sureau ou d'oranger , à laquelle on ajouterait 15 ou 20 gouttes d’alcali volatil par verre. Ces compresses peuvent également être trempées dans la lessive de cendres ou dans la décoction suivante, dont on administre trois verres par jour aù malade. On fait bouillir pendant demi-heure 4 onces de qguinquina concassé dans un litre d’eau; au bout de ce iemps, on ajoute demi-once de sel ammoniac et.deux pincées de fleurs de camomille ; on laïsse refroïdir et on passe, On peut encore donner avec succès une tisane d’infusion d’arnica ou de serpentaire de Virginie , édulcorée avec du sirop de vinaigre ou de l’oximel.

Si lengourdissement et le froid persistent, on met de larges vésicatoires sur les endroits voisins des membres engourdis; enfin si rien ne peut empêcher le développement de Ja gangrène, on applique plusieurs fois par jour sur les membres la fomentation suivante. On fait bouillir dans un litre d’eau 4 onces d’alun calciné, 3 onces de viiriol romain, une once de sel de cuisine; on réduit la liqueur jusqu’à moitié. Si la gangrène est tellement prononcée qu'il faille couper le membre, on attend que la nature ait établi une ligne de démarcation entre le vif et le mort, qui indique l'endroit où l'opération doit être faite.

L’amputation ne doit être pratiquée que dans le cas où la gangrène s’est arrêtée au milieu d’un membre, qu’elle a

DU GAZ ACIDE HYDRO-SULFURIQVE. 449 mutilé d’une manière irrégulière, en sorte que la partie saine deviendrait après la guérison un obstacle au mouvement; ou bien, lorsque les parties gangrenées ne se séparent pas assez promptement, se pourrissent et infectent le malade.

f CHAPITRE VI.

CLASSE VIS. Des Porsons SEPTIQUES OU PUTRÉFIANS.

1007. On a donné le nom de poisons septiques à ceux qui déterminent une faiblesse générale, la dissolution des humeurs et des syncopes, et qui n’altèrent point en général les facultés intellectuelles.

Du Gaz acide hydro-sulfurique (hydrogène sulfuré).

1008. Caractères. Ce gaz est incoloref transparent, doué d’une odeur excessivement féuide, analogue à celle des œufs pourris ; il rougit l’infusum de tournesol; lorsqu'on l’enflamme à l'air, il brûle avec une flamme bleuâtre, et dépose sur les parois internes de la cloche qui le contenait une certaine quantité de soufre d’une couleur jaune; mélé au chlore (gaz muriatique oxigéné) il se décompose surle-champ, cède son hydrogène, qui se transforme en acide hydro-chlorique , et le soufre est mis à nu; il est soluble dans l’eau, et précipite en jaune clair l'acide arsénieux, en noir les sels de cuivre, de plomb et de bismuth. Ces divers précipités sont des sulfures d’arsenic, de cuivre, de plomb et de bismuth; d’où il résulte que l'hydrogène de l'acide hydro-sulfurique se porte sür l’oxigène de ces oxides métalliques pour former de l’eau; tandis que le soufre et le métal résultans se combinent et donnent naissance à un sulfure insoluble. Ces propriétés sont plus que suffisantes pour distinguer le gaz acide hydro-sulfurique de tous les autres Corps.

Action du Gaz acide hydro-sulfurique sur l'économie animale,

1009. On sait depuis long-temps que les animaux périssent peu de secondes après qu’on les a plongés dans le gaz acide hydro-sulfurique, que l’on regarde par cela même comme un des corps les plus délétères. M. Chaussier a fait à cet égard une série d'expériences curieuses qu’il a insérées dans un beau mémoire publié en 1802 (1); M. Mysten a entrepris depuis de nouvelles recherches fort intéressantes sur ce même objet, que l'on doit regarder comme le complément du travail de M. Chaussier (2). Nous avons soigneusement répété les expériences de ces deux physiolosistes, et nous les avons trouvées fort exactes : c’est donc d’après leurs écrit$ que nous allons rédiger cet extrait.

Expérience 1°. Un animal quelconque périt dans l’espace de quelques secondes si on le plonge dans une aitmosphère de gaz acide hydro-sulfurique; il tarde un peu plus à mourir lorsque ce gaz est mêlé à une très-grande quantité d’air atmosphérique. D’après MM. T'henard et Dupuytren, il suffit que l'air en contienne = pour tuer un oiseau en très-peu de temps; celui qui en contient —= donne la mort à un chien de moyenne taille, et un cheval finit par succomber dans un air où on en a ajouté ——. Après la mort, on observe que les cavités nasales et bronchiques sont tapissées d’une mucosité visqueuse, brunâtre; le sang est épais et noir ; les poumons, le foie ,la rate, les reins, le cerveau , et en général tous lés organes qui reçoivent beaucoup de vaisseaux sanguins, ont une teinte brunâtre ou noirâtre; les muscles ne jouissent presque plus de leur contractilité

(1) Journal de Sédillot, octobre 1802, pag. 19. (2) Ouvrage cité, pag. 126.

DU GAZ ACIDE HYDRO-SULFURIQUE. ADt ét sont également noirâtres; la consistance est diminuée dans toutes les parties molles, qui se déchirent facilement, répandent une odeur fétide, et passent promptement à la putréfaction.

Expérience x. On injecta dans la veine jugulaire d’un carlin dont le pouls battait cent deux fois par minute, dix centimètres cubes de gaz acide hydro-sulfurique. Quelques secondes après, l’animal parut très-agité et poussa des cris aigus ; mais il ne tarda pas à se calmer : le pouls était trèsfaible et ne battait que soïxante-huit fois par minute, Huit. minutes après l'injection , l'animal avait repris des forces, et le pouls battait soixante-dix-huit fois par minute Alors on fit une nouvelle injection de vingt centimètres cubes de gaz : immédiatement après, cris, mouvemens convulsifs, renversement du torse en arrière, insensibilité du pouls, mort. On ouvrit le cadavre dans le même instant : le sysième sanguin ne contenait point de gaz ; le cœur était gorgé de sang noir; les poumons offraient une belle couleur rose.

Expérience iri*. À neuf heures cinquante-deux mi-

nutes, dix centimètres cubes de gaz ont été injectés dans la veine jugulaire d’un chien de moyenne taille dont le pouls battait cent six fois par minute. Aussitôt après , l’animal a été agité, a fait quelques grandes inspirations; son pouls ne battait que quatre-vingts fois par minute. À neuf heures cinquante-cinq minutes, la respiration était naturelle et l’animal calme. On a injecté de nouveau la même dose de gaz : la respiration a été haute et très-fréquente ; il y a eu des mouvemens convulsifs; le pouls battait soïxante-douze fois par minute : ces symptômes n’ont point tardé à se calmer. À dix heures deux minutes, nouvelle injection de la même quantité de gaz : sur-le-champ l'animal s’est agité, a poussé des cris ; les membres se sont allongés , la respiration était suspendue, ct il paraissait mort. Au bout de

452 DES POISONS SEPTIQUES.

quelques minutes, la respiration s’est rétablie; elle était d’abord grande et rare. À dix heures sept nine elle s’exerçait comme dans l’état naturel. L'animal a été détaché ; il est resté couché sur Îe côté, dans une grande prostration ; ses membres étaient très-flasques et son pouls battait soixante-dix fois par minute. Trois minutes après, il paraissait moins accablé; il s’appuyait sur les extrémités antérieures ; sa tête chancelait par intervalles ; il a pu marcher quelques momens après; mais sa progression était vacillante. À dix heures cinquante-cinq minutes, il était debout et paraissait stupéfié sans donner le moindre signe de souffrance; le pouls était faible et battait quatrevingt-dix fois par minute. Le lendemain il était rétabli. Une des arières crurales a été ouverte, et il en.est sorti du sang vermeil. (Vysten. )

Expérience 1v°. On a injecté dans la plèvre droite d’un chien de moyenne taille quarante centimètres cubes de gaz acide hydro-sulfurique. Dans le mème instant, le trone s’est renversé en arrière, les membres sont devenus roides; il y a eu éjection d'urine et de matières fécales , et l’animal est mort. On l’a ouvert peu de temps après : la plèvre sur laquelle on avait opéré était d’une couleur verdâtre ; le cœur, qui ne fut ouvert qu’au bout de vingt-quatre heures, contenait du sang noir coagulé, sans concrétion d’apparence gélatineuse. Il n’y avait point de gaz dans le système sanguin.

Experience v°. La même expérience , répétée sur un autre chien avec vingtcentimètres cubes de gaz, offrit d’abord des phénomènes analogues. Au bout d’une minute, il n’y avait plus de mouvement respiratoire; les muscles locomoteurs étaient agités de légers nmouvemens convulsifs ; lepouls était fréquent et fort, mais devint bientôt insensible, cet état succéda un relâchement général. Deux ou trois minutes après, l'animal fait une inspiration profonde , le

pouls redevient sensible et la respiration se rétablit; mais

la vie animale parut éteinte pendant un quart d'heure; il

ne pouvait pas faire deux pas sans chanceler et tomber.

Demi-heure après l’injection , les fonctions cérébrales ne

présentaient plus aucun signe de lésion grave; l’animal

offrait un tremblement général et de l’écume à la gueule.

Une heure cinq minutes après injection, sa démarche était encore chancelante. Le lendemain , il était entièrement ré-

tabli. | |

Expérience vie. Lorsqu'on injecte dans le tissu cellu-

laire sous-cutané des lapins et des grenouilles du gaz acide

hydro-sulfurique ou de l’eau hydro-sulfurique, la mort ar-

rive au bout de quelques secondes. Les chiens périssent

aussi en très-peu de temps, au milieu des convulsions et après avoir poussé des cris aigus. Les organes intérieurs

n'offrent point de lésion remarquable ; mais les vaisseaux disséminés dans la portion du tissu cellulaire dans laquelle l'injection a été faite, sont gorgés d’un sang noir visqueux,

ou d’une teinte verdûtre; les muscles les plus superficiels

participent à cette teinte.

Expérience vu*. Les lapins, les canards et les jeunes cabiais périssent en quelques minutes lorsqu'on plonge tout leur corps, excepté la tête , dans des vessies contenant du gaz acidehydro-sulfurique. Un lapin a succombé quoique la cuisse seule plongeât dans la vessie. La mort est plus prompte lorsqu'on déplume ces animaux. En ouvrant leurs cadavres , on a trouvé les vaisseaux sous-cutanés remplis d’un sang brunâtre, visqueux, le tissu cellulaire mollasse, la peau se déchirant avec facilité ; maïs les autres parties conservaient leur couleur et Îeur consistance naturelles. Un chien a été soumis à une expérience de ce genre, en n’exposant à l’action du gaz qu’une patte de derrière que Von avait tondue. L'animal n’avait rien éprouvé au bout d’une heure; ce qui dépend sans doute .de ce que lab.

454 DES POISONS SEPTIQUES.

sorption est nulle où extrèmement faible à la surface du derme de ces animaux. «

Expérience vini*. Injectés dans les gros intestins des lapins et des chevaux, le gaz acide hydro-sulfurique et l'eau hydro-sulfurique font périr ces animaux en moins d’une minute, et on trouveles vaisseaux abdominauxremplis de sang noir, épais; legros intestin d’une couleur brunûtre, le foie, la rate et les reins plus foncés que dans l’état nature] ; il n’y a aucune altération dans les viscères du thorax

et de la tête. On observe des effets analogues lorsque ces

poisons ont été injectés dans l'estomac. Après la mort, le sang est fluide et d’une couleur brune foncée dans les arièrés ; la membrane muqueuse de l'estomac est molle, se déchire avec la plus grande facilité, et offre une couleur noirâtre. Les autres viscères paraissent sains.

OBSERVATIONS

1°. MM. Dupuytren et Thenard ont prouvé que l’asphyxie des fosses d’aisance, sur laquelle M. Hallé à fait un très-beau travail en 1784, dépend quelquefois du gaz acide hydro-sulfurique ou de l’hydro-sulfate d’ammoniaque. Voici les résultats des observations recueillies sur l’homme par M. Dupuytren : Quelquefois les individus sont fortement asphyxiés et la mort arrive en très-peu de temps; mais dâns d’autres circonstances, les symptômes de l’asphyxie sont moins intenses ; alors on pent transporter les malades dans l’atmosphère ; et on remarque qu'après avoir resté quelque temps dans un état de mort apparente, ils font de grandes inspirations; peu à peu la respiration se réiablitet persiste à être laborieuse; les mouvemens du cœur deviennent sensibles : cependant le pouls est faible et petit, les appareils digestifs et locomoteurs ont perdu de leur contraculité , les fonctions cérébrales sont suspendues, et si le

malade recouvre la santé, il tarde beaucoup à reprendue des forces. 4 +4

2°, Troismaçonsréparaient une fosse d’aisance vide depuis quinze jours, et se disposaient à vider l’eau qui, filtrant des terres voisines , avait déjà un pied de hauteur. A peine l’un d'eux avait-il ôté quelques-unes des pierres qui affermissent le sol, que l’eau vint en plus grande ahondance, et laissa dégager des’émanations d’une grande fétidité qui le suffoquèrent et le firent tomber dans le bourbier, où il se débattit pendant quelque temps avant de perdre connaissance. Son camarade vient et le tire de l’eau ; mais frappé lui-même, ïl ne tarde pas à tomber. Le père de l’un d’eux apprenant que son fils est en danger, vole vers lui, et déjà il était parvenu à le tirer de l’eau , ainsi que son camarade , lorsqu'il éprouve des étourdissemens qui l’obligent à les abandonner, et ils tombent tous dans le cloaque. On ne tarda pas à venir à leur secours, et on les transporta à l’Hôtel-Dieu , à neuf heures du matin.

Le premier qui arriva était le plus faible des deux jeunesgens ; il était tombé le premier dans la fosse, et il en fut retiré le dernier. Il était âgé de vingt- un ans et assez bien constitué. Voici quel était son état : il était privé de connaissance, de sentiment et de mouvement; le corps était froid, les lèvres violettes, la face livide; une écume sanglante s’échappait de la bouche; les yeux étaient ternes, sans éclat, la pupille dilatée et immobile; le pouls était petit et fréquent, les battemens du cœur désordonnés et tumultueux, la respiration courte, difficile et comme convulsive; les membres étaient dans le relâchement. Le malade, confié aux soins de M. Récamier, fut mis sur un lit, et exposé à l'air; on lui fit respirer du chlore gazeux (gaz muriatique oxigéné), qui détermina une excitation momentanée. On ouvrit une des veines brachiales, qui ne donua point de sang ; on se décida à ouvrir l’autre, et on en obtint envi-

A5G DES POISONS SEPTIQUES.

ron trois palettes. Les battemens du cœur devinrent plus réguliers, le pouls se développa un peu, la respiration parut moins pénible; mais la peau était toujours froide et la face livide. On fit des frictions sur le tronc et sur les extrémités, et on administra plusieurs cuillerées d’une potion éthérée. Il n'y avait plus d’écume à la bouche ; la prostration était moins marquée; de temps à autre, le malade poussait quelques plaintes; bientôt après l’agitation la plus violente se manifesta et dura environ deux heures : on se décida à le mettre dans un bain froid , et on lui fit quelques affusions. L’immersion dans l’eau parut d’abord accroître le désordre; la respiration fut très - pénible et les mouvemens plus violens; la face pälit, la saignée se rouvrit et laissa couler une très-grande quantité de sang. Le malade tomba dans lPabattément et fut transporté dans son lit : il était froid, immobile, le pouls misérable, et Ja respiration haletanie, On parvint à le ranimer au bout de quelques heures, en lui faisant des frictions sèches et en chauffant les draps du lit : alors le pouls se releva, la peau devint chaude et se couvrit d’une légère moiteur;-les yeux s’entr ouvrirent : cependant la respiration était toujours courte et pénible. À quatre heures, le pouls paraissait calme et régulier ; la peau était humide et chaude. Le soir, on appliqua des sinapismes aux pieds, qui déterminèrent une vive stimulation : la nuit fut assez tranquille, et la connaïssance revint vers trois heures du matin; dès-lors tous les sympiômes diminuèrent, et le rétablissement fut complet vers le troisième jour. ;

Le père de ce malade, âgé de soixante ans, d’une forte constitution , avait été beaucoup moins affecté; il avait pris sur-le-champ une potion à l’aide de laquelle il avait rendu l’eau qu'il avait avalée : il conservait l'usage de ses sens ; tout son corps élait agité de mouvemens spasmodiques; les muscles du thorax en particulier étaient le siége

de contractions qui laissaient apercevoir chaqué faisceau de leurs fibres ; les màchoires offraient de temps à autre quelques mouvemens convulsifs; la peau était froide, la respiration libre, mais irrégulière ; le pouls très-embarrassé; il n’y avait point d'écume à la bouche; le malade avait souvent des envies de vomir. Au bout de deux heures, le spasme avait cessé; le pouls était régulier, les nausées persistaient. M. Petit ordonna vingt- quatre grains d’ipécacuanha, de la limonade sulfurique et un lavement, qui amenèrent le calme, et le malade fut en état de sortir le lendemain.

Le troisième malade était âgé de dix-neufans , d’un tempérament bilioso-sanguin très-prononcé ; il avait le cou court, Ja poitrine large, et les muscles bien développés. Voici quel était son état lorsque nous l’observames à son entrée à l'Hôtel-Dieu : il était dans une agitation extrême; tous ses muscles offraient des contractions violentes de peu de durée, mais qui étaient remplacées par des mouvemens spasmodiques avec courbure du u'onc en arrière. Il paraissait éprouver des douleurs aiguës, et poussait des cris semblables aux mugissemens d'un taureau. La face était moins pâle que chez le premier malade ; la pupille était dilatée et immobile, et la bouche remplie d’écume blanche ; la respiration était convulsive; les mouvemens du cœur désordonnés et la peau froide. On lui fit respirer du chlore (gaz muriatique oxigéné), ce qui parut le saisir vivement. On pratiqua une saignée au bras, et on eut beaucoup de peine à arrêter le sang. Lesmouvemens et les vociférations du malade étaient tels qu'il fallut l’attacher. Une heure après, on le mit dans un bain froid : chaque affusion le rendait comme stupide : du reste, l'effet du bain fut le même que chez le premier malade ; le calme qui en résulta fut de peu de durée; les cris et les contorsions recommencèrent ; la respiration était laborieuse et

entrecoupée ; le pouls filiforme, et d’une rapidité qui ne permettait pas de compter les pulsations. Une heure après, tout le corps devint brûlant, quoique couvert de sueur; la face palit, agitation diminua par degrés, et le malade expira au bout de deux heures, sans avoir recouvré l’usagé des sens.

L'ouverture du cadavre fut faite quarante heures après Ja mort : le temps était orageux. La tête ét le tronc paraissaient déjà putréfiés ; la peau était bleuâtre, soulevée par des gaz; le sang contenu dans les cavités splanchniques était noir et fluide. Le cerveau était verdâtre et peu consistant. Les bronches offraient une couleur d’autant plus rouge que l’on se rapprochaïit davantage de leurs dernières divisions. La parue postérieure des poumons était gorgée de sang noir; mais, en général, cet organe était crépitant. L’estomac présentait des traces d’une irritation récente, et plusieurs marques d'une irritation plus ancienne. Le canal intestinal était verdâtre. Le foie, d’une couleur noire tirant. sur le vert était gorgé de sang Tous les viscères exhalaient une odeur de poisson pourri. La membrane interne de quelques gros vaisseaux était d’un rouge assez vif. Plusieurs des personnes qui assistèrent à cette ouverture éprouvèrent des lassitudes , de la stupeur, un état de somnolence, et des coliques plus ou moins violentes. (Vouveau Journal de Médecine, Chirurgie, Pharmacie, etc. ,

tom. 1°°, avril 1818.)

Symptômes de l’empoisonnement par l'acide hydrosulfurique.

Lorsque la maladie est légère, l'individu éprouve du malaise, des envies de vomir, des mouvemens convulsifs de toutes Les parties du corps, et principalement des muscles de la poitrine et des mâchoires; la peau est froide, la

PU GAZ ACIDE HYDRO-SULFURIQUE. 459 respiration libre mais irrégulière; le pouls est très-embarrassé. |

Si la maladie est plus grave, l’asphyxié est privé de connaissance, de sentiment et de mouvement; le corps est froid, les lèvres et la face violettes; uue écume sanglante s'échappe de la bouche; les yeux sont fermés , sans éclat, la pupiile dilatée et immobile, le pouls petit et fréquent, les battemens du cœur désordonnés et tumultueux ; la respiration est courte, diflicile et comme convulsive ; les membres sont dans le relâchement. A cet état succède quelquefois une agitation plus ou moins vive.

Lorsque la maladie est encore plus grave, les muscles offrent des contractions violentes de peu de durée, mais qui sont remplacées par des mouvemens convulsifs avec courbure du tronc en arrière. Le malade paraît éprouver des douleurs aiguës, et pousse des cris semblables aux mugissemens d’un taureau; la peau, la respiration, les battemens du cœur, la face, les lèvres, la bouche et la pupille sont comme nous l’avons dit page 457.

1010.;Les faits qui précèdent nous portent à conclure,

1°. Que le gaz acide hydro-sulfurique et l’eau hydrosulfurique sont des poisons énergiques pour tous les animaux; que le gaz est très-actif lorsqu'il est respiré, qu'il l'est moins lorsqu'on l’introduit dans la plèvre ou dans la veine jugulaire ; qu'il l’est encore moins quand il est injecté dans le tissu cellulaire. dans l’estomac ou dans Îles intestins ; enfin que son action est moins rapide lorsqu'on l’applique sur la surface de la peau, et, comme feu M. Nysten l’a observé dans ce cas, son action est d'autant plus énergique que les animaux sont d’un plus petit volume; en sorte que l’homme peut sans inconvénient se soumetire à l'usage des bains sulfureux , dans lesquels ce gaz se dégage, pourvu qu'il n’y reste pas trop long-temps, et que le gaz n'entre pas dans les poumons.

460 DES POISONS SEPTIQUES.

29, Qu'il est entièrement absorbé sans éprouver la moindre décomposition; que, porté dans le torrent de la circulation, il détermine une faiblesse générale, une altération prolongée dans la texture des organes, et principalement dans le système nerveux, et probablement dans la composition du sang. |

3°. Que cependant il peut être injecté à petite dose dans le système veineux des animaux sans déterminer de symptôme funeste ;

4°. Qu'il ne tue pas en opérant la distension du cœur pulmonaire, puisqu'il est très-soluble dans le sang ;

59, Qu'il paraît agir sur l’homme comme sur les animaux.

Traitement de l'Asphyxie produite par le gaz acide hydro-sulfurique.

1°, L'exposition du malade au grand air, les aspersions avec l’eau vinaigrée froide, les frictions avec une forte brosse de crin : tels sont les premiers secours à donner aux personnes asphyxiées dans les fosses d’aisance. En parlant de l’asphyxie par la vapeur du charbon, nous avons détaillé comment ces secours devaient être administrés. 1

2°, Si l’on peut se procurer du chlore (gaz muriatique oxigéné ), on promènera sous le nez le flacon qui Île contient ; mais on nele laissera pas long-temps, crainte d’irriter les poumons. Ce moyen paraît utile surtout lorsqu'on peut y avoir recours promptement.

30. Si, comme il arrive sôuvent, le malade a avalé de l'eau contenue dans la fosse, on se hätera de le faire vomir en lui donnant un verre d'huile, ou mieux encore 2 grains d'émétique ou 24 grains d’ipécacuanha.

4°. Dans le cas où ces moyens seraient insuflisans et les

DES.MATIÈRES PUTRÉFIÉES. ÂGE battemens du cœur désordonnés ou tumuliueux, on pratiquerait une saignée au bras, et on laisserait couler une quantité de sang proportionnelle à la force de l'individu. On n’hésiterait pas à le saigner de nouveau quelque temps après , si l’on était persuadé que la première sai ignée avait PERS un effet favorable.

On chercherait à calmer les désordres nerveux, les Fu . les convulsions , par les bains froids, et par l’usage de quelques cuillerées d’une potion anti-spasmodique. Après l'emploi du bain, on placerait le malade dans un lit chaud , et on continuerait à faire des frictions sur l’épine du dos. | |

6°. Enfin on appliquerait des sinapismes et des vésicatoires aux pieds si, malgré l'usage de ces, moyens, l’individu était encore privé de connaissance , de sentiment et de mouvement.

Æction ge. quelques matières putrefiées sur l'économie arimale, |

Expérience 1°. À huit heures du matin, on a appliqué sur le tissu cellulaire de la partie interne de la cuisse d’un chien robuste et de moyenne taille, demi-once de sang de chien pourri. L'animal n’a éprouvé aucun symptôme remarquable dans le courant de la journée, Le lendemain , à cinq heures du matin, il a vomi après avoir fait plusieurs fois des efforts infructueux ; il était abattu et couché sur le côté ; il faisait de temps à autre des inspirations profondes, On l'a relevé; il a marché sans chanceler, maïs lentement, ei n'a pas tardé à se coucher de nouveau; l’abattement a été en augmentant, et il est mort à dix heures et demie. On: l'a ouvert trois heures après : le membre sur lequel on avait opéré, et tout le côté correspondant jusqu’à la troisième côte sternale, étaient très-enflammés et d’un rouge,

462 DES POISONS SEPTIQUES.

livide; le canal digestif paraissait sain ; les poumons contenaient une assez grande quantité de sang noir, fluide; il y avait dans les ventricules du cœur quelques caïllots noiratres. Si

. Expérience 11°. La même expérience à été répétée sur un autre chien moins fort, qui est mort dix-huit heures après Y application du sang, et qui a offert les mêmes résultats à l'ouverture du cadavre.

Expérience 11°. On a injecté dans le tissu cellulaire de la partie interne de la cuisse de deux gros chiens environ 6 gros de bile de bœuf pourrie. Au bout de quinze heures ces animaux ont fait des efforts de vomissement et ont rejeté des matières alimentaires ; ils ont poussé des cris plain. tifs et sont tombés dans labattement. Six heures après, on les a trouvés morts. Il a été impossible de découvrir la moindre altération dans les organes intérieurs ; tout le côté correspondant au membre sur lequel on avait opéré était en suppuration et d’une couleur rouge clair , tandis que l’autre côté était sain.

Expérience 1v°, Deux chiens ont été opérés de la même manière, et on leur a appliqué sur le tissu cellulaire environ une once d’une portion d'estomac complétement pourri, mais n'ayant subi qu'un ramollissement. Ils n’ont éprouvé aucun accident; Pappétit n’a point été perdu, et x plaie & été guérie au bout de quelques jours.

Expérience v°. On a substitué à ces matières uné portion d’encéphale tellement pourrie qu’elle était sous la forme de bouillie épaisse. L'animal, qui était robuste , est mort dans Pabattement dix-huit heures après. L'inflammation de la plaie était peu étendue, mais la suppuration était assez abondante.

M. le professeur Fodéré range avec raison les alimens corrompus parmi les poisons. «Les vomissemens , dit-il, les renvois punais et la syncope qui se manifestent aussitôt

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