‹ Traité des poisonsChapitre 82 sur 109 · DES ANIMAUX VENIMEUX · texte numérisé non relu

DES ANIMAUX VENIMEUX

1012. On donne le nom d'animaux venimeux 1°. à ceux qui renferment un réservoir à venin et dont la morsure, : même légère, fait naître des symptômes graves suivis quelquefois de la mort; 2°. à ceux dans lesquels on n’a point découvert ce réservoir, et qui occasionnent les accidens les plus terribles après qu’on les a mangés ; 3°. à ceux dont les liquides ont été tellement pervertis par des maladies antécédentes , que leur contact détermine des effets aussi funestes. On a aussi qualifié du nom de venimeux des animaux, dans l’état de santé, qui ne contiennent aucun réservoir à venin, et dont la piqüre occasionne les symptômes que déterminerait un corps aigu quelconque. Nous allons nous entretenir successivement de ces différentes sections. |

\ Des Animaux venimeux dont la morsure ou la piqûre est accompagnée d'accidens plus ou moins graves (1).

De la Vipère ( Vipera berus, coluber berus, anguis cinerea , macula dorsi fusca , longitudinali, dentata, Linn1œus ).

1013. Le genre vipère, tel qu’il a été adopté par Latreille et Daudin , comprend tous les serpens dont la rête esttriangulaire , aplatie, large postérieurement, terminée en forme de museau , à bords saillans , et qui ont des crochets à venin.

(1) Ces animaux pourraient être sous- divisés en deux sec-

DES VIPERES, Â65

F% . ‘ é A" x k Caractères spécifiques. Sa longueur est, pour l'orditaire, de deux pieds, quelquefois, mais rarement, de

PRE à trente pouces; sa grosseur est d'environ un.

pouce; sa couleur varie du gris cendré ou verdâtre au gris le plus foncé; elle est toujours plus intense sur le dos que sur les flancs, où elle est constamment parsemée de taches brunes symétriquement espaces. Elle offre sur le dos une bande noire dentelée en zig-zag, qui s ‘étend de-

puis la nuque jusqu’à l'extrémité de la queue : cette bande est q'elquefois interrompue; mais le plus souvent elle est continue ou entière. Le ventre et le dessous de la queue sont garnis de plaques transversales, d'une couleur d’acier poli; le nombre de ces plaques est ordinairement de cent quarante-six sous le ventre, où elles sont simples ; et de trente-neuf sous la queue, où elles sont plus petites et doubles, ou disposées sur deux rangs. La tête de la vipère est plus large postérieurement, plus plate et moins longue que celle des couleuvres; le bout du museau est comme ironqué, et forme un rebond saillant, retroussé comme le boutoir des cochons, recouvert d’écailles plus larges que celle du dos, tachetées de blanc et de noir. Sur le sommet de la tête, on voit deux lignes noires qui vont en s'écartant d'avant en arrière , de manière à représenter la lettre V : ces lignes sont séparées par une tache brune en forme de fer de lance. La queue, plus courte que celle des couleuvres, est un peu obtuse, et plus grosse dans les males que chez les femelles. Les yeux sont vifs, étincelans; son re-

tions, 1°, ceux qui lancent un liquide venimeux contenu dans

un réservoir quelconque, comme les vipères, les crotales ; 2°, ceux qui sont dépourvus de ce liquide, et qui n'agissent que mécaniquement. L'anatornie comparée ne nous à pas encore éclairés assez sur cet objet pour que nous fassions usage de cette division.

LE. nf.

406 DES POISONS SEPTIQUES.

gard est audacieux, surtout lorsqu'elle est irritée. Sa langue est grise et bifurquée, et lorsqu'elle est animée, elle l’agite avec impétuosité, en sorte qu’elle paraît comme un dard enflammé. Ces caractères sont plus que suffisans pour distinguer la vipère des couleuvres et de l’orvet.

Les principales variétés de la vipère commune sont: 1°. celle dont la bande en zig-zag est formée de taches arrondies sur le dos et de taches transversales sur la queue; 29, la vipère commune roussatre, ayant le cou très-mince et la tête bigarrée; 3°. la vipère commune, avec unetache blanche entourée d’un trait arqué brun sur l'occiput ; 4°. celle qui offre sur le sommet de la tête une tache divisée en plusieurs parties ; 5°. la vipère - aspic, dont la bande anguleuse et noire du dos est souvent interrompue par la couleur brune ou rousse du fond, avec les taches des flancs plus marquées.

La vipère commune ne se trouve qu’en Europe. On la rencontre en Îtalie, en Espagne, en Allemagne, dans les environs de Paris et de Fontainebleau, etc.

1014. La vipère renferme le venin dans une vésicule si« tuée aux deux côtés de la tête, au-dessous du muscle de la mâchoire supérieure; celle-ci présente deux dents mobiles, très-aiguës vers la pointe, cannelées suivant leur longueur. Lorsque l'animal veut mordre, il presse la vésia cule au moyen du muscle; le venin sort, arrive à la base de la dent, traverse la gaine qui l'enveloppe, et entre dans sa cavité par un trou qui se trouve à cette base : alors il coule le long de la rainure des dents, et sort par le trou qui est près de leur pointe pour pénétrer dans la blessure.

Propriétés physiques et chimiques du V'enin de la Vipère.

1015. I] n’est ni acide ni alcalir , car il ne rougit point la teinture de tournesol, et il ne verdit point le sirop de vio-

DES VIPÈRES. 467 lette, Il n’est ni âcre ni brûlant; il ne produit sur la langue qu'une sensation analogue à celle de la graisse fraiche des animaux ; il a une légère odeur semblable à celle de la graisse de vipère, mais beaucoup moins nauséabonde; il ne fait pas effervescence avec les acides; mis dans l'eau, il en occupe le fond; si on le mêle à ce liquide, il le trouble et le blanchit légèrement. Il ne brüle pas lorsqu'on l’expose à la flamme d’une chandelle ou sur des charbons ardens. Lorsqu'il est frais, il est un peu visqueux ; et lorsqu'il est desséché, il s'attache comme de la poix. I parait être de nature gommeuse,

Action du Venin de la Vipère sur l’économie animale.

1016. Le célèbre Fontana, qui a fait près de six mille expériences sur la morsure et le venin de la vipère, a cru pouvoir établir les faits suivans :

1°. Le venin de la vipère n’est pas un poison pour tous les animaux; les sangsues ne périssent pas, lors même qu'on l’introduit dans leurs blessures; la même chose à lieu pour les limaces, l’escarsot, l’aspic, la couleuvre et les orvets; les anguilles, la vipère elle - même, les petits dézards, et tous les animaux à sang chaud en meurent; la mort n'arrive que très-difficilement chez la tortue, quelle que soit la partie qui ait été mordue.

2°, Le venin de la vipère n’est constamment mortel que pour de très-petits animaux; il est d'autant plus dangereux pour les gros, que la vipère a une plus grande quantité de venin en réserve; qu’elle mord plus souvent et en plus d’endroits différens, et probablement que le temps est plus chaud. Un centième de grain de venin introduit dans un muscle suflit pour tuer un moineau. Il en faut six fois davantage pour faire périr un pigeon; et en ayant égard à la grandeur et au poids, Fontana calcule qu'il en faudrait

468 DES POISONS SEPTIQUES.

environ trois grains pour tuer un homme, et douze pour faire mourir un bœuf. Or, comme une vipère n'offre dans ses vésicules qu'environ deux grains de venin, qu’elle n’épuisé même qu'après plusieurs morsures, il résulte que l'homme peut recevoir la morsure de cinq à six vipères sans en mourir (1).

3°. Le venin de deux vipères, injecté dans la veine jugulaire de plusieurs gros lapins, détermine la mort en moins de deux minutes, au milieu de cris et de fortes convulsions. Le sang des ventricules du cœur est coagulé. Fontana ajouté encore que les intestins, le ventricule, le mésentère et les muscles du bas-ventre sont enflammés.

4°. Le venin de la vipère, appliqué par morsure, produit les symptômes suivans : sentiment de douleur aiguë dans la partie blessée, qui se répand dans tout le membre et mème jusqu'aux organes internes, avec tuméfaction, et rougeur qui passe ensuite au livide et gagne peu à peu les parues voisines; syncopes considérables, pouls fréquent , peut, concentré, irrégulier ; difficulté de respirer, sueurs froides et abondantes, trouble de Ja vision et des facultés intellectuelles, soulèvement d'estomac, vomissemens bilieux et convulsifs, suivis presque toujours d’une jaunisse

(1) M. Bosc rapporte un fait curieux dont il a été témoin pendant son séjour en Amérique. « Deux chevaux furent mordus dans une enceinte, le même jour, par une vipère noire, l’un à la jambe de derrière et l’autre à la langue: ce dernier mourui en moins d’une heure, et l'autre en fut quitte pour une cuflure de quelques jours et une:faiblesse de quelques semaines. La perte du premier fut causée par une vive inflammation, qui avail fermé la glolle et causé l'asphy. xie, La morsure de la vipère ne serait-elle pas beaucoup plus dangereuse et même moriclie lorsque les parties mordues sont peu HE guées du cœur 2.»

( Dictioun. d'Hist, nat., arücle Fipére.)

DES VIPÈNRES. 469 universelle; quelquefois douleurs dans la région ombilicale. Le sang qui s'écoule d’abord par la plaie est souvent noirètre; quelqué temps après il en sort de la sanie, et la gangrène se déclare lorsque’ la maladie doit se terminer par la mort. Les climats, les saisons , le tempérament, etc., influent singulièrement sur la nature et la marche plus on moins rapide des symptômes occasionnés paz [a morsure de ces animaux. Les accidens sont beaucoup plus à redouter dans l'Amérique méridionale, et pendani l'été, qu’en Europe, comme M. Bosc l’a observé. Chez les personnes faibles, timides, dont l'estomac est plein , les symptômes se manifestent avec beaucoup plus de rapidité et sont plus graves que chez les individus robustes et . difliciles 2 à effrayer.

5°. Le venin de la vipère, appliqué sur la peau légèrement écorchée des chapons d’ Inde et des lapins, n’est pas mortel,

6°. line produit qu’une légère maladie de la peau chez les cochons d'Inde, ei une maladie un peu plus grave chez les lapins.

7°. Cette maladie est circonscrite dans la partie de la peau qui a été touchée par le venin.

8°. Lorsque la vipére mord, dans tonte son étendue, la peau de ces animaux, ils périssent en peu de temps.

Yy°. Le venin paraît ne pas être mortel s'il ne pénètre que dans le tissu cellulaire.

10°. Il est tout-à-fait innocent s’il est simplement appliqué sur les fibres musculaires.

11°. Les animaux mordus ou blessés par une dent venimeuse de vipère, à la poitrine, au ventre, aux intestins et au foie, périssent en un espace de temps plus ou moins court. |

12°, On observe le contraire si le venin est appliqué sur les oreilles, le péricrane, le périoste, la dure - mère,

45 DES POISONS SEPTIQUES.

le cerveau. la moelle des os, la cornée transparente , la langue, les lèvres, le palais et lestomac; il arrive même assez souvent que plusiéurs animaux soumis à ces expériences n’offrent aucun phénomène sensible,

139, Le venin de la vipère, appliqué sur les nerfs, ne produit aucun effet, et il n’accélère point la mort de l’animal; il est aussi innocent pour les nerfs que l’eau pure ou la on gomme arabique.

14°. I ne produit aucun changement sensible sur les parties qui viennent d’être détachées d’un animal, et qui, par conséquent, PR APICHIENRE |

15°. L'action de ce venin n’est pas instantanée Sil faut un certain temps avant que les effets deviennent ble soit dans la partie mordue, soit dans les autres organes : ce temps varie dans les divers animaux selon leur constitution, leur grosseur, etc. D’après Fontana, on peut l’évaluer, ÿour un certain nombre d'animaux, de quinze à vingt secondes. |

16°. Les accidens qu’il développe dépendent de son absorption , de son transport dans le torrent de la circulation, et de l’action qu’il exerce sur le sang, qu'il coagule en partie, et sur l’irritabilité nerveuse, qu’il détruit en portant dans les fluides un principe de putréfaction.

15°. Il conserve encore son énergie dans une tête de vipère qui a été coupée depuis long-temps , ou simplement lorsqu'on la laissé dans la cavité de la dent qui a été séparée de l’alvéole. Des animaux sont morts pour avoir été piqués par la dent seule. Desséché depuis plusieurs moïs dans un endroit découvert, il perd sa propriété, et ne laisse aucune impression sur la langue.

189, Les animaux meurent plus promptement s'ils sont mordus un égal nombre de fois dans deux parties, que s’ils ne le sont que dans üne seule.

19°. La partie qui a reçu seule autant de morsures que:

DES VIPÈRES. Ana Jes autres ensemble est sujette à une maladie externe beaucoup plus considérable.

1017. Nous pouvons ajouter à ces observations les résultats des travaux de M. Paulet et du professeur Mangili. Le premier de ces auteurs établit, dans un mémoire qui apour titre : Observations sur la Vipère de Fontainebleau , publiées en 1805, que la morsure de ce reptile, qui est également le vipera berus, peut devenir mortelle pour l’homme ; malgré lassertion de Fontana.

1% Le venin qu’elle renferme , inoculé par une plaie ow par la piqüre qu'elle fait, est, en général, mortel pour les hommes et pour les animaux, principalement pour ceux qui sont faibles et susceptibles de s’effrayer facilement. Un enfant âgé de sept ans et demi fut mordu au-dessous de la malléole interne du pied droit, et mourut dix-sept heures après, Un autre enfant de deux ans expira trois jours après avoir été mordu à la joue. Un cheval, affaibli par des mafadies précédentes, périt également d” une morsure à la joue, au bout de dix-huit heures.

2°. Les symptômes les plus ordinaires de l’action de ce, venin sont : une tumeur ferme d'abord et pâle, ensuite rougeätre , prenant un caractère gangreneux, et faisant des. progrès plus ou moïns rapides du côté du cœur; cette tumeur est bientôt suivie de syncope, de vomissemens, de mouvemens convulsifs et de la mort : l'intensité de ces sAPAURSS est en raison inverse de la grandeur de l’animal piqué, ou de Péloignement de la plaie au cœur, et de la lenteur des pulsations des artères.

Voici une observation de morsure par cette vipère.

Laurino, grenadier de la garde impériale, est vivement mordu à la deuxième phalange du doigt index de la main gauche. Il éprouve à l’instant une douleur excessivement vive; la partie mordue s’enfle presque immédiatement après. On fait une forte ligature au haut de la premiére

452 (DES POISONS SEIPTIQUES.

phalange, près de son articulation avec le métacarpe. La partie inférieure se tuméfie considérablement, M. Paulet, qui voit ce grenadier une heure après, trouve la peau du doigt mordu dans un état de tension extrême, et plus pâle . que celle des environs. IL fait huit ou dix scarifications sur toute l'étendue du doigt tuméfié. Le malade, qui n’a vait éprouvé ni syncopes, ni Vomissemens, ni d’autres douleurs que celle qu'avait produite la morsure, eut une faiblessesemblable à celle qu’aurait pu causer une forte saignée, La partie déliée fut dégorgée entièrement, On lui fit prendre un gros de thériaque dans un verre de vin, et la partie fut pansée avec des compresses d’eau-de-vie camphrée. On Jui administra l’infusum de fleurs de tilleul. Le lendemain, la partie mordue était en bon état; mais quelqu'un y fit appliquer de l’alcali volatil, qui déiermina une vive douleur et unetuméfaction qui se communiqua de la main jusqu'au haut du bras : on revint aux compresses imbibées d’eau-de-vie camphrée; la sueur ne tarda pas à s'établir, et le malade fut entièrement guéri au bout de dix-sept jours. 1018. Le professeur Mangili a entrepris dans ces derniers temps une série d'expériences pour déterminer , 1° si - le venin de la vipère, introduit dans l'estomac, pouvait occasionner la mort comme Fontana l'avait avancé ; 2°. s’il ne jouissait plus de propriétés vénéneuses après avoir été desséché et conservé pendant neuf mois, ainsi que lavait annoncé ce même auteur. Il résulté de ses travaux que l'uneet l’auire de ces assertions sont erronées, comme on peut le juger par les faits suivans :

1°, On fit ayaler à un peut merle le venin fluide de trois vipères ; un auire prit le venin de quatre de ces animaux; on äintroduisit dans l'estomac d’un troisième le venin de cinq vipères , et dans celui d'un quatrième, le venin de six de ces animaux, {ls parurent d’abord plongés pendant quelque temps dans un élat de stupeur et d'inertie; mails une

DES VIPERES. | 473 heure s'était à peine écoulée qu’ils se montrèrent, comme auparavant, vivaces et pleins d’appétit.

2°, Un des assistans avala tout le venin qui put être extrait de quatre grosses vipères, et n’en fut nullement affecté. ’ :

3°. Un corbeau, qui était à jeun depuis douze heures , . prit sans aucun inconvénient le venin de seize vipères. : *

4°. Quatre petits morceaux de mie de pain trempés dans le venin lancé par sept grosses vipères , furent donnés à un pigeon, qui d’abord parut abattu, maïs qui redevint bientôt tout aussi bien portant qu'auparavant.

5%, Un autre pigeon avala, avec les précautions convenables, tout le venin que purent fournir dix vipères très - grosses, sans offrir la moindre trace d’empoisonnement. |

6°. Quelques jours après, on introduisit dans une des pattes de deux pigeons, un petit fragment de venin bien sec, recueilli et conservé depuis quatorze mois dans un petit vase de verre bien fermé. L'un et l’autre donnèrent bientôt des signes manifestes d’empoisonnement, et succombèrent au bout de deux heures environ.

7°. Du venin conservé avec soin pendant dix-huit mois, pendant vingt-deux mois , et même pendant vingt-six mois, fut introduit dans la patte de plusieurs pigeons, et tous moururent empoisonnés au bout d’une demi-heure ou d’une heure. (Giornale di Fisica, Climica , etc., vol. 1x, pag. 458; ct Æ#nnales de Chimie et de Physique , Fé-

AT [a ge vrier, 1617.)

Â;4 DUS POISONS SEPTIQUES.

De la Vipère naja (Coluber naja de Linnée , Chinta nagoë des Indiens, Cobra de Capello) (x).

Expérience 1°. Dans le mois de juin 1987, un chien fut mordu à la partie interne de la cuisse par le comboo ragoo (variété de cette espèce de serpent). L'animal poussa aussitôt des cris très-plaintifs ; il se coucha deux ou trois minutes après , et continua à se plaindre et à aboyer. Au bout de vingt minutes, il se leva ; mais il se soutenait avec la plus grande difficulté et ne pouvait pas marcher; son organisation paraissait profondément atteinte : il ne tarda pas à se coucher de nouveau, fut agité, quelques instans après, de mouvemens convulsifs, et mourut vingt-sept minutes et demie après avoir été mordu.

Expérience n°. Dans le mois de juillet dela même année, un gros chien robuste fut mordu à la partie interne de la cuisse par une autre variété de la vipère naja. Deux minutes après, la cuisse était tirée en haut, symptôme qui prouve, en général , que l’animal est sous l'influence du poison. Il continua cependant à marcher pendant une heure en s'appuyant sur ses trois autres membres, sans manifester d’autre symptôme : alors il s’étendit par terre, parut très-inquiet, eut une selle, mais ne poussa point de cris. Peu de temps après , il fut agité de mouvemens convulsifs violens à la tête et à la gorge ; ses extrémités postérieures se paralysèrent , et il faisait des efforts infructueux pour se relever. Cet état dura jusqu’au moment de la mort, qui eut lieu deux heures après la morsure.

(1) Tout ce que nous allons dire de ce serpent et des quatre qui suivent, est extrait de l’admirable ouvrage de Russel, inti= tulé : 47 account of indian Serpents collected on ihe coast of Coromandel, by Patrick Russel, London, 1596, 2 vol. Ertmfo la

DES VIPÈERES. A6

Expérience nie. Immédiatement après on fit mordre par le mème reptile, et à-peu-près sur lé même point, une chienne noire. Voyant qu’elle n’offrait aueun symptôme remarquable au bout d’une heure et demie, on la fit mordre sur l’autre cuisse par un cobra qui n'avait point mordu depuis plusieurs jours. La piqûre fut faite avec fureur : nonobstant cela aucun symptôme ne s'était manifesté deux heures après. Pendant l'heure qui suivit, l’animal fut en proie à tous les accidens précédemment rapportés ; il mourut cinq heures après la seconde morsure,

Expérience 1v°. Le 20 juillet de la même année , un gros chien robuste fut mordu au même endroit par le scinta nagoo , variété de la vipère naja. Bientôt après, il fut sous l'influence du venin, et au bout d’une demi-heure, il était assez mal. Les symptômes acquirent plus d'intensité pendant la deuxième heure; la respiration était laborieuse, surtout lorsqu'il était couché sur le côté. Tout-à-coup il se leva et poussa des cris horribles ; il offrait un tremblement général. Peu de temps après, il tomba dans la stupeur. Cet

état dura environ uue heure. Quatre heures après la morsure, ii paraissait rétabli.

Expérience v°. Le même reptile , après avoir mordu un autre chien, piqua un poulet à la cuisse, que l’on avait préalablement frottéeavec de l'huile. Au bout d’un quart d'heure, Panimal commença à être abattu, et ne se mouvait qu'avec dificulté. Ces symptômes augmentèrent , et il expira une heure vingt minutes après la morsure. Il n’eut point de convulsions. |

Un autre poulet fut mordu sans que l’on eût appliqué de l'huile. Voyant, au bout de quatre heures, qu’il n’offrait aucun symptôme remarquable, on le fit mordre une seconde fois. Il survécut deux heures à la blessure, et mourut aussi sans convulsions. On ne tarda pas à se convaincre, par plusieurs autres expériences , que l'application

de l'huile sur la partie mordue n’empéchaït pas les effets du venin. |

Expérience vi*. Dans le mois de novembre , un gros chien fut mordu à la cuisse par le male nagoo, variété de la vipère naja. L'animal éprouva les sympiômes décrits cidessus, et expira cinquante-six minutes après. !

: Un chien très-fort, mordu à deux reprises par le même“ reptile, se coucha sur le côté, éprouva un tremblement

dans les muscles de la cuisse, et fut parfaitement rétabli

au bout de huit heures.

La morsure de l’arege nagoo , autre variété de cette espèce , développa les mêmes symptômés sur un chien robuste, qui périt trois heures après. |

Expérience vn°. Un chien tès-fort fut mordu à la cuisse par un cobra de Capello, qui avait perdu les deux dents les plus longues. Immédiatement après, l’animal se plaignit beaucoup ; cependant la cuisse n’était pas tirée en haut, et il n’yavait aucunsymptôme apparentun quart d'heure après. Dans ce momentil s’échappa, fit une longue course, et on ne put l’amener qu'au bout d’une heure et demie: il. était trés-fatigué et très-échauffé : il refusa de l’eau un quart d'heure après; mais il mangea du pain trempé dans ce liquide. Au bout de quinze minutes , il vomit, aboya, et parut inquiet. Les vomissemens se renouvelérent au bout de dix minutes, et l’animal devint furieux ; il se débattait pour s'échapper, cherchait à briser le poteau auquel il était attaché, et aboyait continuellement. Il se coucha après le second vomissement , et paraissait éprouver une grande agitation dans le ventre et dans l'estomac ; les muscles de la face étaient agités de mouvemens convulsifs; ses extrémités n'étaient point paralysées, et il pouvait marcher. Vers la fin de la troisième heure, il était tellement furieux, qu'il fallut lui lier Les pattes. Depuis ce moment, l'agitation et les hurlemens diminuèrent; mais les mouvemens convulsifs augmentèrent dans la face. Cet état dura à-peu-près

DES VIPERES. | 497 üne heure, et il expira. La partie mordue était presque noire dans l'étendue d’environ un écu de trois livres.

Cette expérience offre deux phénomènes remarquables ; savoir : la non apparition des symptômes locaux avant la course, et le retard dans l'apparition de ces symptômes, qui ne se manifestèrent que deux heures après la morsure.

Expérience vin. Plusieurs poulets furent mordus par le cobra de Capello. On mit de l'huile de vitriol ( acide sulfurique) sur la blessure: ils périrent beaucoup plus vite que ceux qui avaient été mordus en même temps, et sur la blessure desquels on n'avait point appliqué ce caustique. : | Expérience 1x°. Un EU fut mordu à la partie interne de la cuisse par un cobra de Capello que l’on tenait enfermé depuis six semaines, et auquel on n’avait donné que du lait tous les sept jours. Il n’y eut point d’effet sensible pendant les dix premières minutes : alors l'animal se coucha et parut affecté ; il ne poussait aucune plainte. Dix minutes après, sa respiration était laborieuse, etil se tenait couché sur le côté. IT resta dans cette position pendant un quart d'heure : alors il fut saisi de convulsions, et il expira environ une heure aprés avoir été mordu.

Expérience x°. Un cobra de Capello, connu à Ganjam sous lé nom de satanag , mordit une autre variété de cobra qui ne parut ressentir aucun effet de cette morsure : à la vérité, on n’apercevait point la marque des dents.

Le coodum nagoo fit une morsure au ventre d’un autre reptile connu sous'le nom de coultiab. La blessure saigna, et il n’y eut pas d'autre RIÉROESRS apparent. Le tartutta, mordu immédiatement après par le même repüle, au même endroit, périt au bout de deux heures.

Expérience xi°. Plusieurs poulets et plusieurs pigeons furent mordus impunément par le cobra de Capello, auquel on avait enlevé les dents; mais lorsqu'on se procura

458 DES POISONS STPTIQUÉS,

le poison de ce reptile, et qu’on l’appliqua sur ces mémes poulets, soil par incision, soit par piqure, ils périrent après avoir éprouvé tous les symptômes de l'empoisonnement.

Expérience xu°. On fit une incision à la partie interne de la cuisse d’un chien; on introduisit dans la plaie , à l’aide du tranchant d’un scalpel et d’un peu de charpie, une certaine quantité du venin du cobra de Capello : l'animal fut assujetti de manière à ne pas pouvoir lécher la plaie. Il ne parut pas en ressentir d'effet marqué; mais comme il perdit beaucoup de sang par la blessure , on pouvait présumer que l'expérience n’avait pas été Dion faite.

Expérience xui°. On fit plusieurs plaies à la partie interne de la cuisse d’un fort chien, et on appliqua sur chacune d'elles du venin frais du nr nagoo, variété de cette espèce ; l’autre cuisse fut piquée à plusieurs reprises par des épingles envenimées avec le même poison. Ces piqüres étaient profondes et pénétraient les muscles. Il ne se développa aucun symptôme.

La même expérience fut répétée avec ce venin épaissi à l'air. Elle fournit des résultats analogues.

Expérience xiv°. On appliqua plusieurs fois du même venin sur la cuisse de quelques poulets, soit en pratiquant des incisions , soit en les piquant. Il n’en résulta aucun symptôme fàcheux, tandis que ces animaux périrent en peu de minutes lorsqu'on les fit mordre par le serpent. Un pigeon périt sept heures après avoir été piqué aux muscles de la cuisse par une lancette envenimée,

OBSERVATIONS

1%. Dans le mois de janvier 1788, une femme du Ma-

labar fut mordue au bas de la jambe par un cobra de Capello. M. Duflin la vii dix heures après. Elle avait perdu

DES VIPÈRES. - 479 la faculté de voir et de sentir; la déglutition était tellement diflicile, qu’il aurait été impossible d'introduire la moindre chose dans l'estomac; il n’y avait point de spasme dans les autres parties du corps; mais depuis l'accident, tous les systèmes avaient été plongés dans un état de torpeur qui allait en augmentant. On parvint à lui faire avaler avec peine une pilule de Z'anjore (voyez, pour la composition de ces pilules, article Zraitement) ; on agrandit la plaie, et on y appliqua de l’onguent mercuriel. Trois heures après, on administra une seconde pilule qui, comme la première, ne produisit aucun effet; enfin on en donna une troisième quelques heures après, qui détermina des évacuations alvines et une légère moiteur à la peau. Dix-huit heures après la morsure, la malade recouvra le sentiment et la faculté de voir et d’avaler. Pendant les trois jours qui suivirent, on donna une pilule tous les matins, qui oc casionna des nausées et augmenta la transpiration. La ma- Jade resta faible pendant huit ou dix jours , et se rétablit ensuite.

2°, Un Indien fut mordu à la cheville du pied par un gros cobra de Capello. Au bout d’un quart d'heure , ses mâchoires étaient serrées l’une contre l’autre, et il paraissait mort; la partie mordue offrait quatre piqûres trèslarges sur lesquelles on appliqua de l’eau de Luce. Aussitôt l'individu donna des signes de sensibilité et tira le membre en haut. On fit chauffer deux bouteilles de vin de Madère qu’on le força à avaler en séparant les machoires et en introduisant un entonnoir dans la bouche. Presque tout le liquide était dans l'estomac. Une demi-heure après, on continua à appliquer extérieurement de l’eau de Luce pendant trois heures. L’individu était tellement insensible qu'on l'aurait cru mort s’il n’eût pas respiré de temps en temps. Cet état dura quarante heures, après lesquelles il parut recouvrer le sentiment. Ce ne fut que douze heures

489 « DES POISONS SEPTIQUES.

après qu'il commença à parler , et il resta quelques jour: faible et langoureux. Le vin de Madère parait avoir été ici , comme dans beaucoup d’autres circonstances analogues, un remède héroïque, à moins qu’on n’attribue la guérison de la maladie à l’eau de Luce ( Russel).

3°, Au commencement du mois de juin 1788, aprés le coucher du soleil, un homme de quarante ans fut mordu à la partie charnue qui se trouve entre le pouce et l’index par un cobra dé Capéllo. {| éprouva sur-le-champ une vive douleur aiguë dans-la partie mordue , qui s’étendit bientôt jusqu’au haut du bras; il eut des nausées, mais ne vomit pas. En moins d’une heure, la main et le poignet furent considérablement enflés, l’épaule du même côté était douloureuse , la tête pesante, et il avait beaucoup de tendance à l’assoupissement, en sorte qu’il passa plusieurs heures sans pouvoir juger son état; mais on apprit que tantôt il était très-inquiet sans se plaindre, tantôt il soufirait et retombait dans l’assoupissement. Les symptômes augmentèrent d'intensité vers minuit; il eut des mouvemens convulsifs à la gorge; sa respiration devint pénible ; il ne pou vait plus parler ni voir, quoique ses yeux fussent ouverts. On avait appliqué sur le bras un cataplasme composé de plusieurs herbes, et donné intérieurement un antidote secret. À deux heures du matin il allait beaucoup mieux ; il avait recouvré l'usage des sens ; son bras était excessive= ment tuméfié. Dans le courant de la journée, les symptômes avaient singulièrement diminué. On lui fit prendre quelques doses de quinquina : le dos et la paume de Ja main ainsi que le poignet furent gangrenés; Îles tendons étaient à nu, et il en résulta un large ulcère qui fut guéri par les remèdes ordinaires. Le malade avait recouvré la santé dix jours après; mais il ne put se servir de la main qu’au bout de plusieurs mois. |

Page 1