DES VIPÈRES A
De la Vipère élégante de Daudin (Coluber russelianus , Katuka rekula poda des Indiens).
Lxpérience 1°. Le 17 octobre 1787, un poulet fut mordu à l'aile par ce reptile. ILeut sur-le-champ des convulsions , et il expira trente-huit secondes après. L'ouverture du cadavre ne fit voir aucune altération.
Expérience 11°. Immédiatement après, on fit mordre par le même animal la cuisse d’un chien robuste. Cinq minutes s'étaient à peine écoulées qu'il parut stupéfié ; le ‘membre était üré en haut, et il le remuait souvent comme s’il eût été douloureux. Il resta cependant debout, et man. gea du pain qu’on lui offrit;'il eut une selle. Dix minutes après la morsure , la cuisse commença à se paralyser, et elle n’exerçait plus de mouvemens cinq minutes après ; l’animal se coucha, poussa des cris horribles , lécha souvent sa blessure, et fit par intervalles de vains efforts pour se relever, Au bout de quatre minutes, il recommençe. à aboyer etse plaignit souvent; la respiration devint pénible, et les mâchoires étaient fortement serrées l’une contre l’autre : il éprouva alors alternativement les symptômes de l’agonie et de la stupeur, et mourut vingt-six minutes après l'opération. Ouverture'du cadavre. Il s’écoula du sang de la bouche et du nez. Les parties voisines de l'endroit mordu étaient très-enflamimées.
Expérience wi. La partie interne de la cuisse antérieure d'un lapin fut dépouillée de la peau et mordue par le mème reptile (qui avait déjà mordu quatre autres animaux). Surle-champ la cuisse fut tirée en haut; cependant l’animal chercha à marcher. Trente-cinq minutes après, il eut des convulsions, perdit la faculté de se tenir debout, et fut affecté , par intervalles, d’un tremblement universel. Il mourut une heure après la morsure.
482 DES POISONS SEPTIQUES.
Le même reptile mordit le même jour, pour la sixième fois, un poulet, qui périt au bout de six minutes.
Expérience 1v°. Le 13 mars 1988, un gros chien fut mordu par un rekula poda qui était enfermé depuis douze jours sans manger. Une des dents toucha accidentellement le scrotum et en tira du sang ; l’autre fut légèrement appliquée sur la cuisse. Il ne se manifesta aucun symptôme pendant la première heure : alors le scrotum et les parties génitales se tuméfièrent considérablement ; mais la cuisse n'était pas tirée en haut. Durant la troisième heure , l’animal fut plongé dans un état comateux; il ne pouvait pas se tenir sur les pattes , etle membre blessé était paralysé. Les symptômes acquirent de l'intensité; l’animal était couché, dans un état de grande insensibilité; sa respiration était pénible; mais il ne poussait aucun cri. Huit heures après, il respirait avec la plus grande dificulté. Cet état de langueur dura encore deux heures , après lesquelles il mourut sans convulsions. Les parties blessées étaient considérablement enflées. |
. Expérience v°. Un cheval fut mordu sur les parties latérales du nez par un katuka rekula. La morsure du côté droit était plus profonde que celle du côté gauche. Au bout d’un quart d'heure la partie droite était légèrement tuméfiée et décolorée ; il s’écoulait des narines une grande quantité de matière fluide. Dix minutes après, la face et la gorge étaient très-enflées. On offrit du foin à l’animal , qui le rejeta par l'impossibilité dans laquelle il était de mâcher et d’avaler. Quarante minutes après la morsure, la lèvre inférieure fut agitée de mouvemens convulsifs qui durèrent jusqu’à la nuit; les yeux étaient chassieux, et le nez continuait à fournir une grande quantité d'humeur, Pendant la deuxième heure , le cheval parut plus affecté ; la tuméfaction augmentait, principalement à la gorge et à la lèvre inférieure : il refusa les alimens ; mais la respiration
; DES VILÈRES. Â83 h'était pas aussi pénible qu’elle aurait semblé devoir l'être par la suppression de l'écoulement qui avait eu lieu par les narines. L’enflure augmenta pendant la nuit. Le lendemain matin, l’animal était dans le même état, sans pouvoir boiré ni manger, On appliqua des émolliens qui diminuérent la tuméfaction, et il put manger le soir. Le troisième jour, le mieux se soutenait, et il était parfaitement rétabli deux jours après. |
Expérience vi°. On fit une incision à la partié interne de la cuisse d’un chien qui avait été impunément mordu ; deux heures auparavant , par le katuka rekula poda. On introduisit dans la blessure de la charpie imbibée du venin du même reptile, L'animal n'éprouva aucun phénomène remarquable ; la plaie était parfaitement guérie quelques jours après : le venin du serpent conservait cependant sa force, puisqu'il détermina , dans l’espace d’une minute et un quart, la mort d’un poulet qu’il avait mordu immédiatement après que l'incision fut faite sur la cuisse du chien. ù |
Expérience vu*. On introduisit dans les museles des deux cuisses d’un chien robuste un crochet cannelé , imitant la dent du serpent, et contenant une goutte et demie du venin de deux individus de l'espèce katuka rekula poda. Le chien parut perdre l'usage des membres ; il fut abattu, se plaignit et se coucha : les environs des blessures se tuméfièrent ; mais le lendemain il était rétabli.
Expérience vui. On appliqua près de l’aîne d’un chien faible de la charpie imbibée du venin d’un de ces reptiles. L'opération fut faite comme lorsqu'on pratique celle du séton. Peu de temps après , les membres furent légèrement affectés ; mais l'animal était parfaitement rétabli au bout de quelques heures.
On répéta l'expérience en délayant le venin dans un peu de rum : les effets furent les mêmes.
484 DES POISONS SEPTIQÉES.
Expérience 1x°. Le poison de ce reptile fut mis er contact avec les cuisses, le cou et la poitrine de plusieurs poulets, tantôt en faisant une incision , tantôt en les piquant, taniôt en appliquant de la charpie imbibée de venin. On en mit aussi en contact avec la poitrine et les cuisses de plusieurs pigeons : aucun de ces animaux n'éprouva de symptômes fàcheux; mais les poulets périrent quelquefois lorsqu'on piqua à deux ou trois reprises , avec un crochet cannelé contenant du venin frais, les différentes parties charnues des muscles pectoraux. On s’assura, par des expériences réitérées , que la diversité des effets de ce venin ne dépendait point de l’épaississement qu'il éprouvait au contact de l'air. L'auteur de ces expériences avait cru, pendant quelque temps, qu'il ne s'était développé aucun symptôme chez quelques-uns de ces animaux, paice qu'ils avaient perdu du sang , et que le poison pouvait avoir été expulsé; mais d’autres données le firent renoncer à cette opinion ; en sorte qu’il ne cherche pas à expliquer la cause de la différence des résultats qu’il a obtenus.
Expérience x°. On piqua à plusieurs reprises , avec une lancette imprégnée du mème venin, Îles muscles biceps de plusieurs poulets. Ils périrent’au bout de trois ou quatre minutes.
1018. I résulte de ces expériences ,
1°, Que le venin du katuka rekula poda, qui est excessivement dangereux pour les chiens lorsqu'il est appliqué par morsure , ne l'est presque pas dans le cas où on # AU par une incision ;
°. Que les poulets et les pigeons, qui, meurent constamment après la morsure d’un de ces scrpens, survivent quelquefois à l'insertion de leur venin dans une incision , et n’en ressentent même que de très-légers eflets; mais qu'ils peuvent aussi périr à la suïte de cette application
DES VIPÈRES. Â85 artificielle , sans qu'on puisse, jusqu’à présent, assigner la cause de cette différence.
© Du Coluber graminœus de Shaw (Rodroo pam des Indiens ).
Expérience 1°°. Le 14 octobre 1788, on fit mordre par ce reptile la cuisse d’un poulet : sur-le-champ elle fut tirée en haut et l’animal eut une selle. Deux minutes après il se coucha : on le mit sur les pattes, et il ne put pas se soutenir, Cinq minutes après la morsure, il fut agité de mouvemens qui devinrent très-forts, principalement dans la tête et dans le cou, et auxquels succédèrent, au bout de deux minutes, tous les symptômes de la stupeur. La mort eut lieu huit minutes après le commencement de l'opération. On disséqua la peau qui recouvrait la partie mordue , et on#remarqua une ligne noire d’environ un pouce de long qui s’étendait vers l’aîne, et qui, ayant été incisée , fournit du sang noiratre.
Expérience 11°. Le même jour, un cochon fut mordu à la patte antérieure par ce reptile : les poils n'avaient point été enlevés. Sept minutes après, l'animal était seusiblement abattu, et il tomba dans la stupeur un quart d'heure après la morsure. Cet état dura jusqu’à la fin de la deuxième heure ; l'animal ne pouvait point se relever, et il poussait des cris plaintifs lorsqu'on le mettait debout. Les symptômes parurentaugmenter pendant la troisième heure ; il se plaignait de temps à autre, et ne tardaiït pas à retomber dans la stupeur. Ces accidens commencèrent à diminuer deux heures -après, et lanimal chercha à marcher. Il était parfaitement rétabli sept heures après la morsure.
Expérience n°. Un autre poulet fut mordu par Île même
repüle une demi-heure après la morsure du cochon. I eut
486 DES POISONS SEPTIQUES.
de légères convulsions , et mourut au bout de trente-trois minutes.
. Expérience 1v°. Le 20 octobre , on fit mordre un chien à la cuisse par le même reptile. Seize minutes après, il eut un tremblement de tête et*des extrémités antérieures. On le mit debout, et il fit quelques pas sans chanceler. Cinq minutes après, le tremblement augmenta, et la cuisse était contractée. Cinquante-cinq minutes après la morsure, le tremblement était général , et l'animal étendait le cou; sa bouche était tournée en haut, et exécutait des mouvemens de bäillement comme s’il eût fait des efforts pour respirer; mais il ne poussait aucun cri plaintif. Pendant ja deuxième heure, il fut couché sur le côté, dans un état de torpeur; mais il tordait ses membres par intervalles, et il avait de temps à autre des soubresauts des tendons. Ces symptômes diminuèrent après la troisième heure, et il ne tarda pas à être rétabli. Deux jours après, on le fit mordre de nouveau aux deux cuisses par le même reptile, qui avait mordu, dans l'intervalle, trois poulets. L'animal éprouva les mêmes symptômes , et fut rétabli au bout de trois heures. On imagina que le venin avait du perdre de sa force après tant de morsures. Pour s’en assurer, on fit mordre un poulet , qui ne périt pas, quoiqu'il eût été pendant deux heures sous l'influence du poison.
1019. Ces faits tendraïent à prouver que le venin de ce reptile n’est pas aussi délétère que ceux du cobra de Capello et du katuka rekula poda.
1020. Il existe encore un très-grand nombre d'espèces du mème genre vipera, qui sont vénéneuses : nous allons en faire l’énumération.
La wipera chersea de Linnée (æsping de Suède). Elle habite les contrées septenirionales de l’Europe. Linnée rdpporte qu’une femme fut mordue par ce reptile , et périt en très-peu de temps. (Æmcænit. acad. , vol. v1, pag. #14.)
k DES VIPÈRES. 487
La vipère de Rédi; la vipèré noire (coluber præster de Linnée ) ; la vipère Cléopâtre ( Laje ) , ammodyte, scythe, céraste; la vipère occellée de Latreille et Daudin; la vipère lébétine , fer-de-lance , à tête triangulaire, hébraïque, atropos, dipsas , severa, stolata , coralline , atroce ( que les Portugais appellent cobra de Capello ); la vipère
‘blanche (nivea), brasilienne, lobéris tigrée, lactée et hæmachate.
Du Gédi paragoodoo des Indiens (Boa de Russel).
Expérience 1"°. Dans le mois d'août 17988, un gros chien robuste fut mordu à la cuisse, près de l’aîne , par un de ces serpens , qui y fut tenu pendant plus de vingt secondes : mais la peau seule paraissait avoir été entamée ; il n’y avait à l'endroit de la blessure qu’un peu de sang et un peu de venin. Le chien poussa des cris au moment de Ja blessure, mais 1] marcha librement un instant après. Au. bout de dix minutes, il urina ; le membre blessé était un peu tiré en haut; cependant l'animal pouvait se tenir sur ses pattes. Cinq minutes après , il se coucha et aboya; le mouvement de la cuisse était sensiblement affaibli, quoique l'animal püt encore se tenir debout. Vingt-cinq mi- nutes après la piqüre, les extrémités postérieures étaient paralysées. Dans le courant de la deuxième heure, la maladie fit des progrès ; l'animal vomit plus d’une fois, devint plus engourdi , se coucha sur le côté et haleta. Il mourut à la fin de la deuxième heure , et il n’eut presque pas de convulsions. La partie mordue fut examinée quatre heures après : elle était à peine tuméfiée et décolorée ; ce qui ne s’observe guère dans la morsure des autres reptiles venimeux.
Expérience n°. Un poulet fut mordu à l'aile par ce serpent. Peu de temps après , il tomba dans la stupeur ;
488 DES POISSONS SEPTIQUES,
cependant il pouvait marcher et rester debout. Au bout de dix gd il 10 était impossible de se soutenir. Cinq minutes s’étaient à peine écoulées qu’il se coucha et paraissait endormi. Pendant quelques minutes , il fit, à plusieurs reprises , de vains efforts pour se relever en portant la tête tantôt d’un côté, tantôt d’un autre. Peu de temps après, il
eut de légères convulsions, et expira demi-heure après
avoir été piqué. La partie blessée n’était pas décolorée ;
mais la crête et les côtés de la bouche étaient d’un rouge
foncé ; le «bec et quelques-uns des doigts offraient une
couleur livide.
Expérience inf. Une petite chienne fut mordue à l’aîne par ce reptile. Au bout d’un quart d'heure, on n’avait ob- : servé qu’une légère faiblesse dans les membres. Cinquante minutes après, l’animal se coucha sur le côté et paraissait plus mal; ses extrémités postérieures , principalement cellé qui avait été mordue, étaient paralysées. Une heure après la piqûre, il vomit, eut des convulsions pendant dix minutes el expira.
Du Bungarum pamak des Indiens et Sackeene du Bengal (Boa de Russel ).
Expérience. On fit mordre un poulet par ce reptile. L'animal ne tarda pas à se coucher, eut deux selles, et ne pouvait plus se tenir debout; il fit des efforts infructueux pour. se relever pendant les dix premières minutes , et éprouva un tremblement de tête. Cinq minutes après, il semblait être sur le point d’expirer ; les convulsions ne tardèrent pas à se déclarer, et il mourut vingt-six minutes après la morsure. Il est probable que cet animal serait mort plus tôt si le serpent qui le mordit eût été en pleine vigueur,
DES VIPERES. 439 OBSERVATIONS.
Russel rapporte encore des observations dans lesquelles des individus sont morts à la suite de morsures de serpens dont il n'indique pas le nom.
1°. Un homme de cinquante ans fut mordu par un de ces animaux au petit orteil du pied droit. Il ne ressentit d'abord qu'une douleur analogue à celle qu’aurait déterminée une grosse fourmi , et il fut se coucher. Dix-huit heures après, on le trouva presque roide , et il dit que la mort lui paraissait inévitable ; il ne souffrait guère, mais il était stupéfié ; il perdit la faculté de voir, et il expira deux heures après.
2°, Le même serpent mordit à-peu-près en même temps la partie interne du poignet gauche d’un soldat. Celui-ci éprouva peu de douleur; mais tomba dans l’assoupissement et fut s'endormir. On le réveilla dix-huit heures après ; il avait un obscurcissement dans la vue, et on lui -conseilla de marcher. En examinant le poignet trois heures après, on apercut deux petites piqures à la distance d’un huitième de pouce l’une de l’autre. Deux heures après, il n’y voyait plus, ne pouvait pas'se tenir debout, et se plaignait principalement de ce qu’on l’empêchait de dormir. Il fut se coucher, et périt une heure et demie après, sans avoir eu de convulsions. Les cadavres de ces deux individus commencèrent à se putréfier quatre heures après la mortf Les Indiens appellent min naïig paum le serpent qui a produit ces accidens.
3°, Un jeune domestique, intimidé par une circonstance antécédente, fut mordu par un serpent. Il se plaignit vivement, et fut dans l'impossibilité de rendre raison, quelques instans après, de ce qui lui était arrivé : il expira au bout de dix minutes.
499 DES POISONS SEPTIQUES.
Voici les conclusions tirées par l’illustre voyageur Rus= sel des faits qui précèdent :
1°. Les divers reptiles mentionnés sont tous venimeux, mais à des degrés différens.
2°, Les symptômes qu’ils développent chez les différens animaux sont à-peu-près semblables , paraissent à-peu-près dans le même ordre , mais avec plus ou moins de rapidité : en général, leur invasion a lieu depuis la troisième jusqu’à la dixième minute ;. rarement elle tarde plus d’une demiheure.
30. Lorsque le reptile est pris depuis peu, sa morsure est plus délétère que dans le cas où on l’a gardé longtemps ; cependant il ne perd pas entièrement ses qualités vénéneuses , lors même qu’on l’a tenu enfermé sans lui donner de la nourriture. Dans ce cas, s’il n’a plus la force de tuer les quadrupèdes un peu robustes, il conserve la faculté de faire périr les poulets, les pigeons , etc. , à la vérité, avec moins d'énergie que s’il était récemment pris.
4°. Lorsqu'on fait faire plusieurs morsures au même reptile dans la même journée, la première est la plus déléière , toutes choses égales d’ailleurs.
5°, Le poison de ces reptiles ne tue pas toujours les animaux ; il y en a même qui se rétablissent après avoir été en proie à des symptômes funestes. En général , le danger qu’ils courent est en raison de l'intensité et de la prompte manifestation de ces symptômes.
6°. Le moment où la mort arrive varie considérablement. Les chiens ne périssent jamais aussi promptement que les oiseaux : cette différence ne paraît pas dépendre de la grosseur des animaux. !
7°. I} est beaucoup moins sûr de développer les symptômes d’empoisonnement en appliquant le venin sur une partie incisée , qu’en la faisant mordre par le serpent; mais
LT
“dans le cas où ils se manifestent, ils sont identiques, et aussi funestes pour les petits animaux. :
Des Serpens à sonnettes.
1021. Ces serpens forment un genre connu sous le nom de crotalus, dans lequel on a rangé huit espèces , savoir : le crotalus boiquira , le crotale à queue noire, le crotalus durissus , le crotale à losange, le crotalus dryinas , le crotale sans taches, le crotale camard et le crotale millet.
Caractères du genre. La mâchoire supérieure offre un et quelquefois deux énormes crochets, ou dents plus fortes, Jongues souvent de six lignes et plus, creuses dans la plus grande partie de leur longueur, et renfermées dans une sorte de poche ou gaine membraneuse , d’où elles sortent lorsque l'animal les redresse. C’est là, sousela peau qui recouvre les mâchoires, que sont placées les vésicules du poison. Il s’insinue dans le crochet, et sort par une fente longitudinale qu’on voit en dedans , un peu au-dessous de la pointe, Plaques ou bandes transversales dessous le corps et dessous la queue, qui est terminée par une ou plusieurs pièces creuses, mobiles, d’une consistance écailleuse et sonore. ( Bosc. )
On sait combien l’histoire des serpens à sonnettes abonde en récits fabuleux que nous ne croyons pas devoir rappelér à nos lecteurs : notre objet n’est point de reproduire ici tout ce qui a été écrit de merveilleux sur Pinstinct, les mœurs, et les autres particularités concernant ces repiiles ; ces détails sont du ressort de l’histoire naturelle et de la physiologie : nous nous bornerons donc à prouver que la morsure de ces serpens est extrêmement dangereuse, et nous ferons connaitre les principaux accidens qu’elle détermine.
Â9% DES POISONS SEPTIQUES.
OBSERVATION
Thomas Soper , âgé de vingt-six ans, d’une faible constitution , fut mordu le 17 octobre, à deux heures et demie, deux fois de suite, à la première phalange du pouce , et deux fois sur le côté de la seconde jointure de l'index, par un serpent à sonnettes de quatre à cinq pieds de long. On lui administra , peu de ternps après, une dose de jalap, et on fit appliquer quelques drogues sur les blessures ; la main se tuméfia, et le malade, effrayé, entra à hôpital Saint-Georges à trois heures. Le poignet de sa chemise avait été défait, et l’enflure s’étendait jusqu’à la moitié de l’avant-bras ; la peau du dos de Ja main était très-tendue et très douloureuse. À quatre heures, la tuméfaction avait gagné jusqu'au coude , et à quatre heures et demie, la moitié du bras était déjà enflée ; la douleur s’étendait jusqu’à l’aisselle. M. Brodie , qui visita d’abord le malade, trouva que la peau était froide ; le pouls battait cent fois par minute ; les réponses étaient incohérentes, et il avait des” envies de vomir. On lui administra 4o gouttes d’ammoniaque liquide pure, et 30 gouttes d’éther sulfurique dans une once d'une mixture camphrée ; le malade vomit aussitôt cette potion. On appliqua sur les blessures de lPammoniaque pure, et sur le bras et l’avant-bras des compresses imbibées avec de l'alcool camphré. A cinq heures, il prit 2 gros d’esprit d’ammoniaque composé , 30 gouttes
‘éther et une once et demie de mixture camphrée : cette potion ne fut point vomie. À six heures, le pouls était plus fort ; il était très-faible à sept heures et demie ( 30 gouttes d'éther et la méme quantité d’ammoniaque dans de l'eau). Cette dose fut renouvelée à huit heures et demie. À neuf heures, il sentait qu'il était très-abattu ; la peau était froide , le pouls, faible, ne battait que quatre-vingts fois
DES SERPENS À SONNETTES. . 493 par minute. On donna de nouveau jusqu'à 5o gouttes des mêmes médicamens , et on les renouvela. À dix heures un quart, la douleur du bras était très-aigue , le pouls plus fort; mais le malade tombait en défaillance tous les quarts d'heure. Dans cet état le pouls devenait imperceptible ; mais dans les intervalles son esprit n’était pas extrêmement abattu. Il eut deux selles dans la soirée. M. £verard Home le vit pour la première fois à onze heures et demie. La main, le poignet , l’avani-bras , le bras, l'épaule et Paisselle étaient excessivement tuméfiés ; le bras était presque froid , et il était impossible d’apercevoir Les pulsations dans aucune de ces parties, sans excepter même celles de l'artère axillaire : les blessures du pouce étaient peu apparentés ; celles de l'index étaient très - visibles ; la peau était très-froide. On chercha à le tranquiiliser sur son état, et il dit qu’il espérait se rétablir. Le 18, à une heure du main , il parla d’une raanière confuse; son pouls battait cent fois par minute; les défaillances étaient fréquentes. On administrait le même médicament toutes les heures. À huit heures du matin, son pouls était très-faible et battait cent trente-deux fois par minute; l’enflure m'avait point gagné le cou; mais il y avait une plénitude le long du côté ; le sang était extravasé sous la peau jusqu'à la région lombaire , ce qui donnait au côté droit du dos une couleur bigarrée ; la totalité du bras et de la main étai froide et douloureuse par la pression ; la peau était trèstendue ; il y avait des ampoules à la partie interne du bras, au-dessous de laisselle ei près du coude; au-dessus de chaque ampoule, la peau offrait une tache rouge de la grandeur d’un écu de six francs ; elle avait généralement repris sa chaleur; le malade était très-faible et abattu; ses lèvres tremblaïent , et les défaillances se reproduisaient àpeu-près comme dans la soirée précédente. La dernière dose du médicament avait été vomie; mais il gerdait du
494 DÉS POISONS SEPTIQUES:
vin chaud qu'on lui avait donné à midi. Il eut des mouvémens convulsifs dans les membres; la peau de tout le bras paraissait livide , analogue à celle des cadavres qui com: mencent à se putréfier; il y avait de la fluctuation audessous de la peau de la partie externe du poignet et de VPavaut-bras, ce qui détermina à faire une piqüre avec la Jancette ; il s’'écoula une petite quantité d’un fluide séreux. On continua les mêmes médicamens jusqu’à onze heures du soir; mais voyant qu’ils étaient souvent vomis , on ordonva 2 grains d’opium toutes les quatre heures. Le ne était à peine percepüble au poignet ; les défaillances n’étaient pas moins fréquentes ; les ampoules et les taches avaient augmenté de volume.
19 octobre. À neuf heures du matin, son pouls était à peine sensible , les exirémités froides , les ampoules plus grandes , et le volume du bras était diminué. Il était assoupi, ce qui dépendait probablement de lopium. Il n’avait pris pendant la nuit que de l’eau-de-vie. À trois heures de l'après-midi, il était plus abattu; il parlait tout bas; les ampoules étaient encore plus grandes , les défaillances moins fréquentes ; le volume du bras était diminué, et il avait recouvré le sentiment dans les doigts. À onze heures du soir, son pouls battait cent trente fois par minute et était petit. On suspendit l'opium et on le fit évacuer au moyen d’un lavement. On ordonna en outre pour boisson une mixture camphrée , de l’eau-de-vie et du vin.
20 octobre. Il avait été assoupi par intervalles pendant la nuit; ses facultés intellectuelles étaient dans un meilleur état et ses extrémités plus chaudes. À neuf heures, il déjeüna avec du café ; quelque temps après, il mangea du poisson qu'il vomit. Alors il ne prit par intervalles que de l’eau-de-vie et du café à la dose d’une demi-once à-la-fois, parce qu’il les rejetait lorsqu'on lui en faisait cdi davantage.
21 octobre. Il dormit de temps à autre pendant la nuit; mais il eut du délire; son pouls battait cent vingt fois par minute; son estomac ne pouvait supporter que l’eau-devie et la gelée. Le volume du bras était sensiblement diminué; mais la peau était extrêmement tendue.
22 octobre. Il avait dormi presque toute la nuit; son pouls battait quatre-vingt-dix-huit fois par minute, 11 mangea du veau à diner et prit de l’eau-de-vie ; son pouls devint fort et plein le soir : on substitua du vin ar eau-devie. Le côté droit du dos était enflammé et douloureux vers la région lombaire , et il avait une couleur bigarrée à raison du sang cziravasé sous la peau.
23 octobre. Le pouls continuait à être plein et le bras très-douloureux, quoique son volume füt diminué : les, ampoules avaient crevé , et la peau fut pansée avec de l’onguent blanc; on procura des évacuations à l’aide d'une boisson. Îl prit du veau et du porter à dîner ; on suspendit : le vin. Le soir, on lui ordonna une préparation saline avec du vin antimonié. |
Le lendemain , il n’y avait point de changement.
25 octobre. La fréquence du pouls était augmentée : on le fit évacuer.
26 octobre. Le bras était plus enflé et plus enflammé,
27 octobre. Cet état inflammatoire avait augmenté; la langue était chargée et le pouls très-fréquent. Il essaya de se lever; mais il ne put y parvenir, à cause du poids du bras et de la douleur. On appliqua sur le bras de l’espritde-vin et de l’acétate d’ammoniaque, L
28 octobre. L’escarre avait commencé à se séparer de la partie interne du bras au-dessous de l’aisselle , et le dévoiement avait déjà lieu. On lui ordonna une mixture calcaire et du laudanum. Il eut du frisson pendant la nuit, |
29 octobre. Le dévoiement avait diminué; son pouls
496 DES POISONS SEPTIQUES.
était faible et battait cent fois par minute. (il s'était formé un large abcës à la partie externe du coude ; on l’ouvrit, et il s’en écoula une chopine d’une niare d'un rouge brun, dans laquelle flottaient des escarres de tissu cellulaire, La partie inféricure du bras devint plus peute, mais la supérieure continuait à être tendue : on appliqua un cataplasme sur la plaie. La partie inférieure du bras et de l'avant-bras fut couverte avec des bandelettes circulaires de cérat. On lui ordonna le quinquina, et on lui permit l'usage du vin et du porter.
30 octobre. Le rougeur et la iuméfaction de la partie supérieure du bras étaient diminuées ; le pouls battait cent fois par minute, Le malade avait été évacué de nouveau. On suspendit le quinquina; on Jui fit prendre la mixture calcaire, le laudanum et un lavement opiacé.
31 octobre. Le pouls battait cent vingt fois par minute; Ja suppuration de l’abcès avait diminué ; le malade continuait à évacuer, et il eut du frisson la nuit
1° zovembre. Le pouls battait cent vingt fois par minute; la voix était faible; il n'avait point d’appétt, et il avait du délire de temps à autre. L’ulcère était très-étendu. Il but deux pintes de porter dans le courant de ia journée.
2 novembre. Son pouls était très-faible, son visage abattu, sa langue brune ; l’ulcération avait de deux à trois RRbÉeS d’étendue ; la peau voisine de l’aisselle était gangrenée ; il vomissait tout excepté lé porter. Le délire avait continué pendant la nuit.
Il mourut le 4 novembre, à quatre heures et demie de l'après midi. On fit l’ouverture du cadavre seize heures après. Il n’y avait aucune lésion apparente à l'extérieur, excepté dans le bras mordu; la peau était blanche et les muscles contractés. Les blessures faites à la base du pouce étaient cicatrisées ; mais la piqüre du poignet était encore ouverte; la peau était gangrenée dans une grande partie
du bras et de l’avant-bras ; elle était encore adhérente aux muscles fléchisseurs de l’avant-bras a moyen d’une portion de tissu cellulaire d’une couleur jüitfe, Dans les autres parties du bras, de l’avant-bras, de l'aisselle , elle était séparée des muscles par un liquide d’une couleur foncée, d’une odeur fétide, dans lequel nageaient des escarres formées par le tissu cellulaire ; les muscles étaient comme dans l’état naturel, excepté près de l’abcès ; les poumons ne paraissaient pas altérés ; la surface du péricarde correspondante au sternum était sèche; il y avait dans la cavité formée par cette membrane une demi-once d’un fluide séreux mêlé à quelques bulles d’air; le sang contenu dans les ventricules du cœur était coagulé ; la portion cardiaque de l'estomac était un peu distendue par un fluide; celle qui correspond au pylore était très-contractée ; les vaisseaux de la membrane muqueuse de ce viscère étaient trés-dilatés par du sang. Les intestins n'offraient aucune altération ; la vésicule du fiel renfermait-beaucoup de bile qui ne paraissait pas altérée. Les vaisseaux lactés et le conduit thoracique étaient vides et dans l’état naturel ; les vaisseaux de la pie-mère et du cerveau étaient gorgés de sang ; les ventricules de cet organe contenaient plus de sérosité que dans l’état naturel; il y avait aussi un épanchement dans les cellules qui réunissent la pie-mère à l'arachnoïde: Cette altération du cerveau et de ses membranes se rencontre souvent dans les maladies aiguës dont l’issue a été funeste (1).
M. Everard Home , qui a rassemblé plusieurs faits relatifs aux morsures des divers serpens venimeux, pense 1° que lorsque le venin est très-actif, l'irritation locale
(1) Päilosophical Transact. for the year, 1810, parti, pag. 75. Read, december 21, 1809, y Æverard Home, Æ£sq. |
498 DES POISONS SEPTIQUES.
est tellement subite et violente, et ses effets sur l’économie animale tellement intenses, que les animaux meurent en très-peu de temps : alors on ne trouve d’altération que dans les parties mordues ; le tissu cellulaire est entièrement détruit et les muscles très-enflammés ; 2° que lorsque le venin est moins intense, son action n’est pas toujours funeste; cependant il y a un léger délire, et beaucoup de douleur dans la partie mordue. Environ une demi -heure après , il se déclare une enflure qui dépend de l’effusion de la sérosité dans le tissu cellulaire, qui augmente avec plus ou moins de rapidité pendant environ douze heures , ét qui s'étend dans le voisinage des parties affectées ; le sang cesse de couler dans les plus petits vaisseaux des parties tuméfiées; la peau qui les recouvre se refroïdit; l’action du cœur est tellement faible , que le pouls est à peine sensible ; l'estomac tellement irritable, qu’il ne peut presque rien garder. Environ soixante heures après , ces symptômes ont acquis plus d'intensité; l’inflammation et la suppuration se manifestent dans les parties lésées ; et quand l’abcès est très-considérable, le malade expire. Lorsque la morsure a été faite au doigt, cette partie se gangrène quelquefois de suite. Si la mort a lieu dans une de ces circonstances, les vaisseaux absorbans et leurs glandes n'éprouvent point de changemens analogues à ceux que des virus déterminent , et il n’y a d’altération que dans les parües qui ont quelque rapport avec l’abcès. En général, les symptômes qui se développent dans ces cas marchent plus rapidement que ceux qui dépendent d’un virus. Cette considération, jointe à la gravité des accidens qui ont lieu d’abord chez les personnes qui se rétablissent après avoir été mordues , a fait croire que leur guérison devait être attribuée aux médicamens employés : c’est ainsi, par exemple, que l’eau de Luce est regardée dans les Indes orientales comme un spécifique contre la morsure du cobra