CONSIDÉRÉ D'UNE: MANIÈRE GÉNÉRALE 595 POISONS LIQUIDES OU DISSOUS
1090. Ici, comme pour les poisons solides, la pre-= mière chose à faire est de décider si le poison liquide appartient au règne inorganique ou au règne organique. Parmi les poisons du règne organique, il n’y a guère que les substances végétales dont nous devions nous occuper. Or, ces substances sont en général colorées, tandis que la majeure partie des poisons liquides inorganiques ont une couleur blanche : elles sont souvent odorantes ; les autres sont presque toujours inodores; leur saveur est âcre, amère ou astringente : les poisons imorganiques ont une saveur salée, acide ou styptique. Abandonnés :à euxmêmes , les poisons liquides végétaux se décomposent , se moisissent , et répandent une odeur infecte; les autres re subissent aucune altératiou : enfin , lorsqu'on fait évaporer les liquides végétaux, ils fournissent un produit solide qui se décompose sur une plaque métallique chauffée jusqu’au rouge obscur, comme noué l’avons dit r065 et 1066; caractère qui ne permet pas de les confondre avec ceux du règne inorganique.
Le nombre des poïsons du règne inorganique qui peuvent se présenter à l’état liquide est très-considérable. En effet, 1l existe, indépendamment de ceux que nous avons dit être solubles dans l’eau, plusieurs acides et quelques ‘autres corps qui sont ordinairement à l’état liquide; cependant la solution de cette partie du problème n'offre point de difficulié lorsqu'on se rappelle les détails dans lesquels nous venons d'entrer. On commencera par en verser deux ou trois gouttes dans un verre à expériences, pour déterminer si le poison rougit fortement la teinture de tournesol et précipite par l’ammoniaque.
Poisons liquides rougissant
constamment où detrutsant là teinture de tourne-
sol, et ne précipitant pas par l'ammoniuque.
Acide sulfurique.
sulfureux.
nitrique.
nitreux.
hydro-chlorique (muriatique).
phosphorique.
fluorique.
Chlore ( gaz PRES oxigéné).
Acide hydro- Hutitue (hydrogène sulfuré) (1). |
Poisons liquides ne rougissant pas l’infusum de tournesol, ou le rougissant légérement; mais, dans ce cas, précipitant par l’ammoniaque.
Sublimé corrosif.
Acide arsénieux.
Hydro-chlorate d’antimoine-
Sels solubles de cuivre.
Hydro-chlorate d’'étain.
Sulfate de zinc.
Nitrate d’argent.
Hydro-chlorate d'or.
Nitrate de bismuth.
Fotasse, soude, sous - carbo-
. pate de ces bases.
Sous - carbonate d’ammoniaque. |
Baryte, sels solubles de baryte,
Chaux.
Sels solubles de plomb.
Nitrate de potasse.
Sulfate de fer.
Hydro-sulfate sulfuré de potasse.
1091. Nous ne devons nous occuper que des poisons liquides qui rougissent ou décolorent l’infusum de tournesol et qui ne précipitent pas par l’ammoniaque ; car les autres sont absolument les mêmes que ceux que nous avons déjà étudiés & 1068. Trois de ces poisons peuvent
(1) Nous ne parlons pas de l’ ammoniaque , parce qu'on la re-
connaît très-aisément à l’odeur.
être facilement éliminés , parce qu’ils répandent une odeur généralement connue, savoir, l'acide sulfureux, dont l’odeur est la même que celle du soufre qui brûle + ; l’a cide hydro-sulfurique ( hydrogène sulfuré ), qui dégage une odeur infecte d'œufs pourris + ; enfin le chlore, dont l'odeur est suffocante, et qui, loin de rougir l'infusum de tournesol, le détruit et le colore en jaune +. Quant aux autres, on les traitera par l’eau de chaux.
Ceux quiprécipitentpar l'eau Ceux qui ne précipitent pas de chaux. par ce réactif.
Acide phosphorique, qui ne Acide sulfurique.
corrode pas le verre. + nitrique,
Acide fluorique, qui corrode nitreux.
tellement le verre, que l’on hydro-chlorique (muest obligé de le conserver riatique).
dans des vases métalliques.
1092. Parmi les poisons liquides qui ne précipitent pas par l’eau de chaux, il y en a qui sont rapidement décomposés par le cuivre métallique.
Ceux qui sont rapidement dé- Ceux qui ne le sont pas à
composés par le cuivre à froid.
froid.
Acide nitrique. Acide sulfurique.
nitreux. - hydro-chlorique.
Il y a effervescence et dégagement de vapeurs jaunes orangées.
1093. Il est inutile, pour la médecine légale, de chercher à distinguer l’acide nitreux de l’acide nitrique. L’acide sulfurique ne pourra pas être confondu avec l’acide hydrochlorique, car il précipite abondamment en blanc l’eau
de baryte libins concentrée possible +, tandis que l'acide hydro- chlorique n'y fait naitre aucun ed sie elle est étendue ae |
POIIS ON SIG'AZEUX.
1094. Si l’on était obligé de déterminer la nature d’un poison gazeux qui a produit des effets funestes , on procéderait d’après les préceptes suivans , en suppasant, ce qui n’est pas invraisemblable, que le gaz délétère est un des suivans : chlore ( gaz muriatique oxigéné ), gaz acide nitreux , ammoniaque , acide hydro-sulfurique (hydrogène sulfuré), acide sulfureux, protoxide d’azote , azote , acide carbonique , oxide de carbone.
1095. On examinerait s’il est coloré ou non.
Gaz colores. Gaz incolores.
Chlore, en jaune verdâtre. — Tous les autres ci-dessus dési- Gaz acide nitreux, en jäune . gués.
orangé. | 1096. Alors on aurait égard à l’odeur.
Gaz ayant une odeur trés- Gaz inodores ou peu ode= forte. ; rans.
Ammoniaque, odeur d’alcali Protoxide d'azote.
volatil, + Azote. Acide hydro-sulfurique, odeur Acide carbonique. d'œufs pourris. À Oxide dé carbone.
Acide sulfureux, odeur de sou-
fre qui brûle. +-
1097. Pour les gaz inodores ou peu odorans, on en remplirait une cloche, et on y plongerait une bougie allumée.
Le protoxide d’azote la ferait brûler avec beaucoup d'énergie +.
L'azote l’éteindrait et ne Dre: pas l’eau de chaux +.
Le gaz acide carbonique l’éteindrait également, mais précipiterait l’eau de chaux en blanc +. 4
Le gaz oxide de carbone s’enflammerait , brülcrait avec une flamme blanche bleuâtre , et le résidu de la combustion précipiterait l’eau de chaux Pre
$ IT. Des Indices que le médecin-lésiste peut tirer des symptômes auxquels Le Shi est en proie.
1098. Nous avons souvent combattu, dans le courant de cet ouvrage, l’opinion des médecins qui pensent que l’on peut reconnaître, par l'examen des symptômes, la nature du poison qui a été ingéré : les faits qui nous ont servi à réfuter cette assertion sont tellement nombreux et tellément frappans , qu'il nous semble inutile de nous apesantr davantage sur ce sujet. Cependant nous ne prétendons pas qu’il soit inutile de faire un examen attentif de ces symptômes : au contraire, nous sommes parfaitement convaincus qu'ils peuvent, dans quelques circonstances, aider à déterminer à quelle classe appartient Îe poïson dont on cherche à connaître la nature. Ïl est évident que si les six classes de poisons que nous avons adoptées étaient bien faites, c’est-à-dire, si elles offraient des caractères propres à les faire distinguer constamment l’une de Pautre, et si chacune d’elles renfermait des substances dont l’action sur l’économie animale füt à-peu-près la même ; il est évident, disons-nous, qu'alors on pourrait, à laide des symptômes , rapporter un poison à Ja lasse à laquelle it appartient; mais ces conditions manquent dans plusieurs circonstances , ce qui prouve que Îa classification est loin
60o DÉ L'EMPOISONNEMENT
d’être parfaite. En attendant que cette partie de la science ait fait les progrès que l’on est en droit d'attendre des savans qui la cultivent, nous allons exposer quelques considérations qui nous paraissent assez importantes.
Phénomènes qui peuvent faire soupconner que le poison | ingéré appartient à la classe des äcres ou des corrosifs. En général, ces poisons ont une saveur âcre, chaude, brülante ; ils déterminent une constriction dans la gorge, et une sécheresse extraordinaire dans la bouche et dans l’œsophage; ils occasionnent des vomissemens violens de matières différentes mêlées quelquefois de sang : des douleurs abdominales, prineipalement dans la région épigas-. irique ; des déjections alvines. Ces symptômes ne tardent pas à être suivis de ceux qui caractérisent l’inflammation des membranes muqueuse et séreuse de l'estomac et des intestins. Pour l’ordinaire, ces poisons ne déterminent ni des vertiges, ni la paralysie des membres abdominaux, à moins qu'ils n’aient été employés à forte dose ou que l'individu ne soit très-susceptible ; et ; lorsque ces symptômes se déclarent, ce n’est jamais au commencement de la maladie. En général , le malade conserve l'usage de ses facultés intellectuelles pendant les premières périodes ; mais peu de temps avant la mort, il tombe dans un état de grande insensibilité et d’immobilité, et il est agité de mouvemens convulsifs (1).
Phénomènes qui peuvent faire soupconner que le poison ingéré appartient à la classe des narcotiques. Les poisons
(1) La quantité du poison avalé influe singulièrement sur Îa nature et sur l’intensité des symptômes. Ainsi, par exemple, trois animaux qui auront pris des doses différentes de sublimé corrosif offriront, avant de périr, des symptômes qui seront loin d’être les mêmes; en sorle que nous serions très-embarrassés de donner quelque chose de précis à cet égard.
CONSIDÉRÉ D'UNE MANIÈRE GÉNÉRALE. Gox de cette classe n’ont point une saveur caustique; leur action sur la bouche et sur l’œsophage est différente de celle dont nous venons de parler; ils ne déterminent pas de douleurs peu de temps après leur ingestion ; ils occasionnent rarement des vomissemens, et lorsque ceux-ci se manifestent , ils sont moins opiniâtres que ceux qui sont produits par les poisons corrosifs ou âcres ; les déjections alvines sont aussi plus rares : mais ils donnent souvent lieu, peu de temps après leur ingestion , à des vertiges et à la paralysie des membres abdominaux ; il y a beaucoup de propension au sommeil, à la stupeur, au coma ; les facultés intellectuelles sont perverties, les pupilles dilatées : en général, les membres sont agités de légers mouvemens convulsifs ; quelquefois cependantices mouvemens sont forts, principalement vers la fin de la maladie : alors il y a douleur aiguë.
Phénomènes qui peuvent faire $oupconner que le poison ingéré appartient à la classe des narcotico-dcres. Dans cette classe, il y a quelques substances qui offrent à-peuprès les mêmes symptômes que les poisons narcotiques , excepté qu'ils ont été précédés d’une légère excitation ; mais il y en a un très-grand nombre, comme le camphre, la coque du Levant, la noix vomique, les diverses espèces de strychnos, l’angustura pseudo-ferruginea, qui sont doués d’une saveur amère insupportable, qui ne déterminent presque jamais le vomissement, et qui, peu de temps après leur ingestion, donnent lieu à des mouveméns convulsifs horribles : les membres deviennent excessivement roides ; ils sont agités en tous sens; l’individu tombe, sa respiration est suspendue par l'immobilité du thorax, les yeux sont saillans, hors des orbites ; la langue , les gencives et la bouche offrent tous les signes de l’asphyxie. Ces phénomènes durent deux, trois, cinq minutes, et alors l'individu paraît être comme dans Pétat
Goz DE L'EMPOISONNEMENT
vaturel ; il peut marcher pendant quelque temps , jusqu’à ce qu'il soit sous l'influence d’un nouvel accés. Cette circonstance ne se rencontre jamais dans l’empoisonnement par les poisons narcotiques. En effet, les substances de cette classe ne déterminent point d'accès; les symptômes persistent jusqu'à la mort.
S HE. Des Indices que le médecin-légiste peut tirer de l'état des organes après la mort des individus empoisonnes.
1099. Avant de faire connaître les altérations de tissw déterminées par les poisons des différentes classes, nous allons exposer les préceptes qui doivent servir de guide pour faire l’ouverture des corps. Ces préceptes sont extraits des savantes lecons du professeur Chaussier. On commencera par ouvrir le thorax. |
Ouverture du thorax et du cou. On fait une incision. longitudinale, qui s'étend. depuis la partie supérieure du sternum jusqu’à la base du cartilage xiphoïde; puis on en fait deux autres , lune supérieure transversale, qui suit la direction de la clavicule, et se termine près son extrémité acromienne ; l’autre inférieure, qui, de la basé de d’appendice abdominale du sternum, suit le contour cartilagineux des côtes, et se termine près l'extrémité saïllante de la quatrième côte asternale ( fausse ). On détache toutes les parties charnues qui sont appliquées sur la face antérieure du thorax; on renverse les lambeaux sur les côtés, et on scie les côtes et le sternum en dirigeant l'instrument de bas en haut et dans la direction d’une ligne qui s’étendrait obliquement Gene l'extrémité de la quatrième fausse côte (asternale) jusqu’à la partie supérieure du sternum , un peu au-dessous des clavicules , en ayant soin de ne point enfoncer la scie trop profondément afin de ne point
entamer muelques grosses veines. On coupe successivement toutes les côtes, à l'exception de la première et des deux dernières ; on éttsve le sternum, on le renverse du haut en bas sur l'abdomen , et on le fait assujeuir dans cette situation. On examine la plèvre et les poumons ; ôn soulève ceux-ci en introduisant la main dans la cavité du thorax, dont on a préalablement couvert les bords de la coupe par les plis d’une serviette, afin de ne point s’excorier les doigts ; on considère avec soin loœsophage et l'aorte, enveloppés par la portion dorsale du médiastin ; enfin le péricarde, le cœur , les oreillettes , les ventricules, les gros vaisseaux et le sang. On ouvre ces différens organes, et on remarque quelquefois qu'ils sont plus ou moins rouges dans leur intérieur et mêmé à l'extérieur, phénomène que l’on observe spécialement dans quelques espèces de morts subites , et dans toutes les affections dans lesquelles le sang reste fluide : il dépend essentiellement du genre de mort et d’une altération particulière du sang, ou de ce que l'ouverture du corps n’a été faite que long- . temps après la mort, et il ne doit point être regardé comme un résultat et une preuve de l’inflammation.
S'il y a dans le thorax du sang ou tout autre fluide épanché, on le recucille avec une éponge fine, et on l’exprime dx un vase.
Dans les recherches de ce genre, il faut éviter d’attribuer la couleur brunâtre qu’offrent certaines parties du poumon à une lésion déterminée par un corps étranger quelconque : elle dépend évidemment de la situation dans laquelle le sujet est mort, et surtout de celle dans Jaquelle il était lorsqu'il s’est complètement refroidi. En effet , comme le sang s’arrète dans les vaisseaux de la portion de poumons correspondante à la partie sur laquelle le cadavre est couché, la couleur de cette partie doit être plus brune.
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Ouverture de la bouche ; du larynx et de la trachéeartère. On assujettit la tête de manière à ce que la partie antérieure du cou soit bien tendue et allongée; on fait, dans la direction de la ligne médiane , une incision longitudinale qui divise l'épaisseur de la lèvre inférieure et s’étende jusqu'au sommet du sternum; on en fait une autre qui suive le contour de la base de l’os maxillaire, puis on détache la peau et le muscle peaucier (sous-cutané ) jusqu’à ce que l’on soit parvenu aux parties latérales du con; on scie l'os maxillaire sur la ligne médiane , et on coupe toutes les parties qui adhèrent à sa face interne; on abaisse la langue et les parties adjacentes, et on parvient à l’isthme du gosier. On coupe de chaque côté les piliers du septum staphylin ; on découvre toute l'étendue du pharynx ; on prolonge l'incision en bas et sur les côtés, et on trouve facilement l’œsophage , que l’on peut suivre sur le corps des vertébres du dos, vu que le thorax a été préalablement ouvert.
Pour examiner le canal aérien , il faut d’abord séparer la thyroïde, nettoyer avec une éponge le sang qui serait répandu sur la trachée-artère, et faire, de bas en haut, une incision longitudinale que l’on prolonge jusqu’à l’oshyoïde , en divisant le larynx. Si l’on veut examiner les bronches, on enlève la portion restante du sternum, les veines soujacentes, et pour cela on coupe de chaque côté, avec un trait de scie, une portion de la clavicule et de la première côte.
Ouverture de l'abdomen. On prolonge de chaque côté l’incision qui avait été terminée près l'extrémité de la quatrième fausse côte; on la dirige à la crête de l'ilium ; de là on la continue! en la contournant un peu au-dessus des aines, jusqu’à la branche sus-pubienne; on soulève fortement le segment sternal du thorax; on coupe les portions du diaphragme qui y sont implantées , et l'épaisseur des
muscles de l’abdomen , ainsi que le cordon ombilical du foïe : alors on renverse ce grand lambeau sur les cuisses ; ôn pratique au bord intérieur du diaphragme une incision de soixanteà quatre-vingts millimètres, que l'on dirige obliquement à gauche. On relève le bord costal du foie pour apercevoir sa face concave, la vésicule et une partie de l’estomac; avec la main on déprime et on porte à droite ce viscère , afin d’apercevoir une partie de la rate ; on soulève l’épiploon gastro-colique, et on l’incise peur voir le pancréas et la face postérieure de l’estomac; on le renverse du côté du thorax, et on examine le canal intestinal et le mésentère; on incise longitudinalement ce dernier pour déterminer l’état des vaisseaux situés sur le corps des vertèbres Jombaires ; enfin on examine les capsules surrénales, les reins, les uretères, la vessie et les organes génitaux internes ét externes : alors on détache le canal digestif, comme nous l'avons dit 82.
Si les paroïs de l’estomac ou de l’intestin ont été perforées , il faut absorber, avec une éponge que l’on exprime dans un vase, les fluides contenus dans l'abdomen. On fait ensuite des ligatures au-dessous et au-dessus des perforations, puis on enlève toute la masse intestinale.
Ces recherches terminées , on remet dans leur situation premiére toutes les parties du cadavre; on fait coudre à grands points toutes les incisions ; on lave le corps, on l’essuie, et on l’enveloppe dans un grand drap sur lequel le commissaire doit apposer son sceau. Il ne faut jamais rem plir la cavité splanchnique avec du son, des cendres ou de la chaux; on ne doit emporter avec soi aucune pièce du cadavre , à moins que cela ne soit d’une nécessité indispensable pour faire des recherches ultérieures; et, dans ce cas, on ne doit la confier à personne, et on doit la déposer dans un pot bien bouché, après l'avoir enveloppée dans un linge. Les substances vénéneuses doivent être partagées en
606 DE L'EMPOISONNEMENT deux parties : l’une est conservée dans l'alcool pur, l’antre sert à faire des expériences convenables pour en déterminer la nature. Ces expériences doivent être faites en présence du commissaire délégué pour eet objet, qui doit renfermer les pièces d'examen, et y mettre un scellé dans le cas où ik serait nécessaire de poursuivre les recherches. Il faudra vérifier l'intégrité du scellé avant de continuer les expériences commencées (1).
1100. Si maintenant nous sr un coup-d’œil sur.les lésions de tissu que produisent les divers poisons, nous verrons qu'il n’est pas toujours facile d'établir d’après elles des caractères constans pour déterminer la classe à laquelle ils appartiennent. |
Lésions de tissu produites par les poisons borrsifs ou äcres. En général, ces substances vénéneuses excitent une inflammation qui s'étend depuis la bouche jusqu’au duodénum, mais qui est plus marquée dans l'estomac : assez
‘souvent l'intestin rectum se trouve aussi enflammé, tandis que les autres portions du canal intestinal sont dans l’état naturel. Dans d’autres circonstances , l’inflammation se développe dans toute l'étendue du tube digestif : cette inflammation varie par rapport à son intensité : tamtôt les tissus
(r) Il arrive quelquefois qu’il faut ouvrir le crâne pour reconnaître l’état du cerveau, du cervelet et des méninges. Dans ce cas, après avoir rasé les cheveux et levé le péricrâne, on enlève la calotté du cerveau. Pour’ cela, on appliqué quatre couronnes de trépan placées deux en avant, l’une à droite, l'autre à gauche, sur le bord de l’os frontal qui s'articule avec le pariétal ; deux en arrière, près angle mastoïdien de los pariétal; ensuite on scie le crâne en suivant une ligne qui, du milieu de los frontal.et un peu au-dessus.des bosses surcilières, s’étende cireulairement autour du crân , en passant sur l'os occipital, un peu au-dessous des arcades supérieures.
CONSIDÉRÉ D'UNE MANIÈRE GÉNÉRALE, 6o7
sont d’ un rouge clair, sans aucune trace d” ulcération ; tantôt d’un rouge cerise ou d’un rouge foncé , avec des plaques longitudinales ou transversales d’une couleur noirâtre, formées par du sang extravasé; tantôt il y a des 08 , des escarres. Mais il est arrivé dans quelques circonstances que les poisons de cette classe ont occasionné la mort après avoir été avalés, sans déterminer la moindre lésion : tel est le cas de cette jeune fille dont parle Eimuller, qui périt après avoir pris de l’arsenic. Nous avons souvent observé le même phénomène en donnant à des animaux de trèsfortes doses de sublimé corrosif ou d’arsenic qui ont détruit la vie en très-peu de temps (1). M: Marc rapporte que , dans un cas d'empoisonnement par l’arsenic, au lieu de trouver l’état d’'érosion des membranes. de l'estomac, on les trouva épaissies. Quoi qu’il en soit, il faudra toujours , dans l’examen des lésions des tissus du canal digestif, suivre le précepte donné par Baillou, qui consiste à examiner scrupuleusement ces tissus en les plaçantentre l'œil et la lumière: en effet, par ce moyen, on a découvert quelquefois de petits trous qui avaient échappé à la simple inspection de l'organe.
Nous avons confondu sous un même titre les lésions
produites par les poisons corrosifs et celles qui sont le ré- ï
sultat de l’action des substances âcres, parce que nous sommes persuadés qu'il est impossible de les distinguer. Nous regardons comme nuls les caractères distinctifs qui ont été donnés par les médecins-légistes , savoir : 1° la sé-
(1) Nous omettons à dessein de parler des lésions des autres organes, parce que nous sommes persuadés qu'elles sont sou vent les mêmes que celles qui sont développées par les poisons dés autres classes; peut-être pourrait-on en excepter les poumous, qui paraissent être plus particulièrement affectés par les poisons narcoliques. |
6o8 DE L'EMPOISONNEMENT
paration du velouté de l'estomac {membrane muqueuse } de la membrane musculeuse, qui , d’après eux, a lieu lorsqu'on a avalé un poison corrosif, et qui n'existe pas quand on a pris un poison àcre. En effet, quelques poisons de l’une et de l’autre de ces deux classes produisent cette altération, et souvent elle n’est déterminée ni par les uns ni par les autres; 2° la facilité avec laquelle l’inflammation développée par les poisons corrosifs s'étend aux or- * ganes voisins et à la peau, tandis que ce phénomène n'existe pas avec les substances âcres. Il est évidentque lorsque ces dernières seront très-énergiques , elles devront occasionner les mêmes lésions, qui, du reste, manquent souvent, même avec les corrosifs.
Lésions de tissu produites par les poisons astringens. Ces poisons, qui comprennent spécialement les prépara-. tions de plomb, produisent les mêmes lésions que les àcres lorsqu'ils sont ingérés en grande quantité. ( Voyez 6 880.) Si l’empoisonnement a eu lieu par émanation saturnine , alors on découvre un rétrécissèement dans le diamètre des intestins. |
Lésions de tissu produites par les poisons narcotiques. Nous n'avons jamais obsérvé la moindre trace d’inflammation dans le tube digestif des animaux empoisonnés par les substances vénéneuses que nous avons rangées dans la classe des narcotiques : quelques auteurs prétendent cependant le contraire; toujours est:il vrai que ce cas est excessivement rare, et, dans quelques circonstances, l’inflammation peut tenir aux liquidesirritans que l’on a administrés pour faire vomir ou pour s’opposer aux effets du narcotique. Mais si le canal digestif n’est le siége d'aucune inflammation, les poumons offrent presque constamment destaches livides et même noires; leur tissu est plus dense et moins crépitant. Nous sommes loin pourtant de donner ce caractère comme suffisant pour distinguer les poisons narcotiques ;
CONSIDÉRÉ D'UNE MANIÈRE GÉNÉRALE. Gog
éar il se retrouve souvent dans l’empoisonnement par les narcotico-àcres, et même dans l’'empoisonnement par les substances corrosives et àcres.
Ferons-nous mention , comme certains médecins-lé-
gistes, de l’altération de la face, de l'état des yeux, qui sont entr'ouverts, de la distension extraordinaire de l’es= tomac et des intestins, etc. ; caractères qui ont été indiqués comme pouvant servir à distinguer l’empoisonnement par les narcotiques ? (es signes sont communs à un très-grand nombre de poisons des autres classes, et par conséquent sont plutôt propres à induire en erreur qu’à éclairer. Nous sommes aussi loin d'admettre que les cadavres des individus qui sont morts par les effets d’un narcotiquese pourrissent constamment entrès-peu de temps ; que leurs membres soient flexibles et le sang fluide. Combien de fois n’avons-nous pas remarqué, en ouvrant de ces cadavres vingt-quatre, trente-six heures après la mort, que la puiréfaction n’était pas plus avancée qu’à l'ordinaire ; que les membres étaient aussi roides que chez ceux qui avaient été empoisonnés par des substances d’une autre classe; enfin que le sang était coagulé ! Comment pourront se former, dans ce cas, les plaques rouges livides, violettes qui viennent à la surface de la peau, que l’on a aussi données à tort comme caracière de cet empoisonnement, et dont on attribuait la formation à la prompte putréfaction et à la grande fluidité du sang qui s’extravasait et suintait par les pores ?
Lésions de tissu produites par les poisons narcotico- ‘äcres. Les poisons de cette classe peuvent être divisés en deux sections par rapport à l’état dans lequel se trouve le canal digestif après la mort : les uns déterminent une inflammation accompagnée quelquefois d’ulcération: tels sont la belladona, le stramonium , les diverses espèces de ciguë, l'alcool, etc.; les autres ne l’enflamment pas : de ce nombre sont la noix vomique, les diverses espèces d’upas , la féve de
G1o DE L'EMPOISONNEMENT
Saint-Ignace, etc. Cette considération peut être d’une grande utilité pour distinguer les poisons de cette classe des narcotiques , surtout lorsqu'on y joint les indices tirés des symptômes. En effet, supposons qu'après l’ingestion d’une | substance vénéneuse il se manifeste des signes d’excitation suivis de vertiges, de la paralysie des membres abdominaux, etc., et qu'après la mort on trouve le canal digestif enflammé, ilest à présumer que le poison ingéré appartient aux narcotico-àcres, perce que les narcotiques ne produisent point l’inflammation de ce canal. Le poison appartiendra encore aux narcotico-àcres si les animaux ont été fortement excités, agités de mouvemens convulsifs violens avec les symptômes de l’asphyxie; qu’il y ait eu des inter* valles lucides , après lesquels il s’est déclaré un nouvel accès (1); enfin que l’on ne découvre aueune inflammation dans le canal digestif. Guidés par ces observations, nous avons souvent déterminé, chez les animaux, à laquelle de ces deux classes le poison appartenait. Cependant il y a des faits qui prouvent que dans cette classe, comme dans celle des corrosifs, les signes tirésdes lésions cadavériques sontsujets à induire en erreur : ainsi, par exemple, on sait que les feuilles de laurierroseenflammentlestissus de l'estomac lorsqu’elles y séjournent quelques heures. Cependant Morsagni rapporte une observation dans laquellele suc de ces feuilles détermina la mort, et le canal digestif ne se trouva point enflammé. « Une pauvre femme âgée de soixante ans, ennuyée de la vie, et qui avait déjà voulu se nover, avala une assez grande quantité de suc de feuilles de laurier rose dans du vin. Trois heures après, elle eut des vomissemens violens, des syncopes, et perdit la parole; les lèvres étaient noires, le
(1) I peut cependant arriver que les animaux suceombent à Ja fin du premier accès, lorsque la dose du poison avalé est tres-considérable.
CONSIDÉRÉ D'UNE MANIÈRE GÉNÉRALE Grt
pouls petit, faible , tendu; enfin elle mourut à la neuvième heure. Le cadavre était violet par-derrière, depuis la tête jusqu'aux pieds; la partie antérieure était dans l’état naturel ; il n’y avait point de météorisme; le ventre et la poitrine conservaient un peu de chaleur, quoiqu'il se fût déjà écoulé dix-sept heures depuis la mort: les vaisseaux sanguins de l'estomac, des intestins et de l’épiploon étaient très-distendus ; l'estomac contenait une certaine quantité d’un liquide verdâtre ; ses membranes paraïssaient saines ; la face postérieure du poumon droit était rouge et adhérente; le poumon gauche était flétri; tous les autres viscères étaient dans l’état naturel » (1).
1101. Il résulte de tout ce que nous venons de dire relativement aux lésions de tissu,
1°. Que les poisons corrosifs, les âcres, les astringens, et une partie des narcotico-àcres, déterminent presque toujours linflammation dans une ou plusieurs parties du canal digestif, lorsqu'ils ont été avalés à assez forte dose; qu’il m'en est pas de mème des narcotiques et d’une partie des narcotico-âcres ;
2°. Qu'il est cependant parfaitement prouvé que, dans certaines circonstances, quelques-uns des poisons corrosifs et des âcres ont donné la mort sans laisser la moindre trace d’altération dans le canal digestif;
3°. Que le médecin-légiste appelé pour un cas sd empoisonnement ne peut pas nier son existence par cela seul que ce canal n’offre aucune altération, lempoisonnement ayant pu être produit par les narcotiques, certains narcoticoâcres , etc. ;
4°. Que dans le cas où, après la mort prompte d’un individu atteint tout-à-coup de symptômes graves, le canal
(1) Morcacnt, de Sedibus et Causis Morborum, epist, Lx, n° 12.
612 DE L'EMPOISONNEMENT digestif se trouverait enflammé , corrodé, ulcéré, etc., on pourrait soupconner l'introduction d’un poison, mais non pas lafirmer, puisque nous avons dit que plusieurs maladiés spontanées graves pouvaient simuler l’empoisonne. ment pendant la vie, et que les cadavres offraient après la : mort des lésions analogues à celles que déterminent les poisons corrosifs ;
5°. Qu'en général, les lésions des poumons, du cerveau, du cœur et des autres organes, peuvent être produites par un trop grand nombre de causes pour que l’on puisse les faire servir comme preuves de l’empoisonnement. si
6°. Que le médecin-légiste ne peut affirmer qu’il y a eu empoisonnement qu'autant qu’il a prouvé l'existence de la substance vénéneuse d’une manière irrévocable, par l’ana- Îyse chimique ou par les propriétés physiques;
7°. Que dans le eas où il soupconnerait que le poison était en trop petite quantité pour pouvoir être découvert ; qu'il y aurait des lésions graves dans le-canal digestif, et que tous les renseignemens tendraient à faire croire qu'il y a eu empoisonnement , il devrait se borner à dire au magistrat qu il y a des probabilités en faveur de l’empoisonnement, mais qu'il ne peut pas prouver son existence (1).
(x) Il importe beaucoup, dans l'examen des lésions du canal digestif, de ne point confondre Ja couleur rouge ou violette qui appartient à l’inflammation avec celle qui dépend quelquefois d’une boisson particulière ou de toute autre cause. Voici une observation propre à jeter du jour sur ce sujet.
« Un particulier de Chälons-sur-Marne, qui entrait en convalescence après une maladie qu'il venait d’éprouver, prit un léger purgatif à la suite duquel il mourut subitement. On le crut empoisonné par l'effet d’un quiproquo de l'apothicaire, et, pour s’en assurer, on fit l'ouverture du cadavre. On trouva,
1102. Nous venons d'examiner tout ce qui a rapport aux lésions des cadavres d'individus empoisonnés ; nous avons supposé que leur ouverture a été faite quelques heures après la mort; mais il peut arriver que l’on soit obligé d’y procéder quinze, vingt, trente , quarante jours après leur enterrement. Dans ce cas, ils peuvent être putréfiés, et offrir des taches violettes, noires , ou quelques autres aliérations que l'on n'aurait pas découvertes si l'ouverture avait été faite peu de temps après la mort. Dans des circonstances de ce genre, l'expert ne saurait être assez circonspect, et il ne devrait prononcer qu'après avoir eu égard à l’état sain ou corrompu du cadavre, à la saison, aux variations de température, etc., etc.
en effet, l’œsophage et l’eslomac rouges et comme livides en certains endroits, c’est-à-dire dans un élat apparent de gangrène. On s’en ünt d'abord à , et l'individu fut regardé comme évidemment empoisonné. Cependant M. F’arnier, médecin de Châlons, qui n'était pas le médecin qui avait soigné le malade durant sa maladie, connaissant l'exactitude et la prudence du pharmacien qui avait préparé la purgation, fit des réflexions ultérieures, et parvint à prouver que la mort n’était que l'effet de la maladie , et que la convalescence apparente n’était qu’un répit insidieux. Mais il fallait rendre raison de l’état de loœsophage et de l'estomac; et ayant appris que le défunt usait habituellement d’une forte infusion de coquelicots , il lui vint dans l'idée que la couleur extraordinaire de ces organes pourrait bien dépendre de cette infusion : pour s’en assurer, il fit avaler à un chien, pendant quelque temps, une pareille infusion; ensuite, l’ayant ouvert, il trouva que les mêmes parties de cet animal avaient pris la même,couleur qu’on avait observée dans le mort dont il s’agit, et cette couleur rouge-violette était si solide qu’elle résista à beaucoup de lotions répétées, (Fopéré,,
Médecine légale.)
Gi DE L'EMPOISONNEMENT