DEUXIÈME PROBLÈME
Déterminer la nature de la substance vénéneuse avec laquelle on s’est empoisonné, lorsqu'elle n'a pas été avalée en entier, et qu'elle est mélée avec du thé, du vin, ou quelques autres substances alimentaires.
1103. Si l’on découvre au fond du breuvage une maiière pulvérulente ou cristalline, on décantera le liquide afin de le séparer, et on fera sur la portion solide tous les essais dont nous avons parlé dans le 1068. En effet, il pourrait arriver qu'un poison eût été dissous à chaud dans une boisson , et qu'il se déposât par refroidissement, ou qu’il n’eût pas été entièrement dissous à froid.
1104. Dans le cas où ce dépôt ne serait point vénéneux, on examinerait une portion du liquide par les réactifs, comme nous lavons dit en parlant des poisons dissous , $ 1090 ; et si, aprés avoir fait les essais convenables, on obtenait des précipités propres à le faire reconnaître , on conclurait qu’il y a eu empoisonnement. Mais si les réactifs fournissaient des précipités différens de ceux qui ont été indiqués dans la résolution du problème précédent, il seraitimprudent de conclure que le liquide n’est point vénéneux. En effet, combien de fois n’avons-nous pas démontré que, par leur mélange avec les substances alimentaires , les poisons perdent la faculté de donner avec les réactifs des précipités semblables à ceux qu’ils offrent lorsqu'ils sont purs !
Avant de tirer aucune conclusion, il faudrait introduire ce breuvage dans une cornue a lag@elle on adapterait un récipient, chauffer lentemeni cette cornue jusqu’à ce que le liquide fût réduit à moitié, déterminer la nature de la porüon volatilisée (1), et examiner si, après le refroidisse-
(1) On conçoit, en effet, qu’il y a un certain nombre de
ment, il ne se formerait pas un dépôt pulvérulent ou cristallin, que l’on analyserait comme il a été dit. Si la liqueur restait transparente, il faudrait la mettre dans une capsule et la faire évaporer jusqu’à consistance presque sirupeuse, afin d'obtenir, sous la forme de poudre ou de cristaux, le poison solide qui pouvait se trouver en dissolution : alors on l’examinerait comme nous l’avons fait dans le premier problème. Si, malgré ces diverses opérations , il était impossible de l’obtenir sous cet état, il serait permis de croire ou qu'il a été décomposé et transformé en une espèce de magma, ou qu’il est de nature végétale (1). Alors on ferait évaporer jusqu'à siccité, et on calcinerait, dans un petit tube de verre ( voyez fig. 1), une partie du produit avec de la potasse pure et du charbon. Si l’on obtenait des globules de mercure, on conclurait que le poison était mercuriel : il serait arsenical si, au lieu de globules , il se volatilisait des lames brillantes comme de Vacier, jouissant de toutes les propriétés de l’arsenic métallique. Dans le cas où cette calcination n’éclairerait pas sur la nature du poison , on la recommencerait en plaçant le mélange dans un petit creuset que l’on/chaufferait jusqu’au rouge pendant quelque temps. Par ce moyen 6n pourrait obtenir au fond du creuset une substance métallique brillante dont on déterminerait la nature par le procédé que nous allons indiquer, après avoir fait l’énumération des
poisons qui doivent passer dans le récipient : tels sont l’'ammoniaque et le sous-carbonate d’ammoniaque , les acides nitrique , hydro-chlorique (muriatique) et sulfureux.
(1) En effet, presque tous les poisons minéraux dont nous avons fait mention dans cet ouvrage sont des sels solides qui, ayant été dissous dans un liquide quelconque, doivent passer à l'état solide par l’évaporation, à moins qu'ils n’aient été décomposés par la substance alimentaire.
métaux qui, le plus ordinairement, peuvent être l’objet de ces recherches. Ces métaux sont, outre l'arsenic et le mercure, qui sont déjà censés éliminés, l’antimoine, lecuivre, Pétain , le bismuth, le zinc, l’argent, l'or, le plomb. On iraiterait la substance métallique par l'acide nitrique pur : que l’on ferait chauffer; cinq de ces métaux seraient dissous par l'acide : le cuivre, le zinc, le bismuth, l'argent et le plomb; deux se transformeraient en‘oxides blancs : l’é-
tain et l’antimoine ; l'or ne subirait aucune altération marquée,
Nürates formés par le métal Oxides formés par le métal
et l’acide nitrique. et l’oxigène de l'acide ni-= érique.
Nitrate de cuivre bleu. +- Peroxide d’antimoine. Nitrale de zinc... .. Peroxide d’étain.
Nitrate d'argent... b Nitrate de bismuth,{ PARCS:
Nitrate de plomb...
On distinguerait facilement les nitrates incolores entre eux : en effet, celui de bismuth est le seul qui précipite abondamment en blanc par l’eau distillée +; il n’y a que celui de plomb qui précipite en blanc par l'acide sulfurique irès-affaibli +; celui d'argent donne, par l’eau de chaux, la potasse ou la soude , un précipité brun, olivatre +, tandis que celui de zinc précipite en blanc par tous ces alcalis. + Quant aux deux oxides d’étain et d’antimoine, on les ferait dissoudre dans l'acide hydro-chlorique (muriatique}, et on traiterait les dissolutions par l’eau distillée et par les hydro-sulfates ; l’eau précipiterait en blanc lhydro-chlorate d’antimoine +-, et ne troublerait point ‘celui d’étain; les hydro-sulfates donneraient un précipité orangé rougeatre avec le sel d’antimoine, et jaune avec le sel d’étain.
1109. I est évident que l’on pourrait, dans la résolution
de ce problème, tirer, des symptômes et des lésions cadavériques , les mêmes elUstole que celles dont nous ayons déjà parlé dans le problème précédent.
1106. La même marche devrait être suivie dans le cas où le poison aurait été avalé en entier, et que l’on ne pourrait agir que sur la matière des vomissemens ou sur celles qui se trouvent dans le canal digestif après la mort. On devrait pourtant, dans ce dernier cas, faire l’analyse des tissus eux-mêmes, si toutes les recherches sur les alimens fluides et solides avaient été infructueuses pour découvrir le poison.