‹ Traité des principes généraux du droit et de la législationChapitre 4 sur 37 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Exposition des principes spéciaux à la science morale j, et réponse aux objections élevées contre nos principe de morale^

Exposition (Tune première jpartie des principes de morale ,

d'après le système idéologique.

Dans^ le chapitre I"^ nous avons eavi^agé l'homme presque uniquement sous le rapport de ses pensées,. abstraction faite un instant iles effets de sa volonté , et de ses rapp^nrts avec les êtres au milieu desquels Use trouve; en d'autres termes, nous l'aTons envisagé presque entièrement comme un être purement intellecttuel, qui n'aurait aucun désir, et qui ne se livrerait à aucune action. Cependant ce qu'on ne doit jamais perdre de vue, quoique cela ait été presque toujours oublié par les métaphysiciens , c'est que cet état de Fhomme n'est qu'une pure abstraction, convenable

sans doute pour faciliter Fanalyse , mais qui n'a aucune existence dans la réalité. L'homme , tant que le phénomène de la vie animale ( i ] n'est point suspendu en lui, ou gravement altéré, éprouve non seulement de simples pensées, mais encore des désirs; et de plus il est le sujet ou l'objet, et souvent tout à la (oia le sujet et l'objet de ce que nous nommons des actions, La théorie du sonuneil et celle de la léthargie sont encore trop imparfaites pour qu'on puisse affirmer que , même durant le sommeil le plus profond , ou la léthargie la plus complète , nous n'éprouvons pas quelques désirs vagues, plus ou moins fugitifs, et dont nous n'avons ensuite aucun souvenir. Mais il est toujours certain que , même dans ces deux états de suspension ou de lésion de la vie animale , il se passe encore en nous des actes ( dans le sens le plus étendu de ce mot), puisqu'une grande partie de ceux de la vie organique sont encore en exercice , telles que la respiration^ la circulation , la digestion , et plusieurs espèces de sécrétion. D'ailleurs , pût-on affirmer toute absence de désirs et d'actes même dans 068 deux états , cette absence ne prouverait pas que l'homme puisse exister comme simple vertu pensante, puisqu'alors la pensée serait en même temps anéantie dans lui , et dHine manière bien plus manifeste encore que la faculté de vouloir, et celle d'agir ou d'être l'objet d'action.

(i) Voyez ci-aprës , $ III, la distinction des physiologistes sur les deux modes d'existence chez tous les animaux , savoir : la vie organùfue ou de canservation , et la vie animale ou de relation. .

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Il y a plos r comme la nature de& ckoses se refiMe même à la simple conception de Fhomme parement intellectuel , il nous a été «npossible de présenter complètement une telle abstraction; car ,daii8 l'analyse des élémens de la pensée, nous aTOB»été déjà fdrcési d'enumérer ki scnsatkm dt désir y au là vohnté, et en outre , de montrer Fhdmme en contact «vec de& oI>îets autres que lui. En eflRet saïw» totit cela il ne* pourrait lui-même avoir la pensée de sâ propre existence , et la notion! de ses facultés intellectuelfes te^ terait incomplète sous plusieurs autres rapports. Cette observation acquiert ici une grcmde importance , eii montrant dans sa première origine ta liaism» indispéDsable de Fidéologie proprement dite, ou science d& rhomme considéré par abstraetion comme simpk 7>ertUr pensante, avec les science» qui se rattachent phu spé* cialement à la science de fa volonté et de ses effets ,.ét dont les principales branches^ comme je Tavais déjà indiqué, sont la marate\ Y économie, et l& droit même.

Après ces premières considération», que j'ai ern devoir présenter pour éviter une méprise epd a fait si long-temps errer Tespi^it humain , celle qui ai fait oubKer les rapports indivisibles de nos facultés intetteduelles avec toutes nos aMTes feeullés , nous attons: résumer quelques-unes des propositiona idéologiques, étoiles daa^ le c&apitre précédent, afin de pouvoir en tirer les inductions qui se rapportent à Tobjet plu& spécial du présent chapitre.

Nous avons vu, entre autres observation^ remar-^ quable»,. qu'un des attributs singuliers, de la volonté était de nous conduire à l'idée d'objets autres que nom.

et par contre-coup à cdle de notre profine penonna-^ /î/^^ deuK notions esseutidleiBeikt corrélatives, et qui sont la base de toul: ce q4ie nous pouvons ensuite con* aaUze^ tant «ur nos propres facultés que sur les pro^ priétés de ce que vmma nommons les corps. Or, c'.esl; à cet attribut de la volonté que nous devons la 4:00^-science de nos pipopres sensations , ^en même temps qu'il est la «oiUfice de toutes nos idées -et de tous nos sentiniens relatifs aux êtres qui ne sont pas nous^ tant dans la natUKaniiiw^e^Aiedans la nature inerte. Mab ce n'est pas la seule propriété extraordinaire de cet déoEient de diotite sensibilité; car , outre qu'elle est le mobile jmimédâit de nos w^tions , propriéfeé «{[ue j'exa^ mmerai plus 4ilipleuient au chapitre de l'économie ^ c'est eocme etk qui lût la base de toute cette classe de sepsi^dus tqM'^oJi appelle affections morales; c'est:à-dire oeUes dei flaÎMir et de peine, d!attirement et de répulsion, d'amour et de hmne.

Maintenant il s'agit d'exa;niiner cette feculté dans ses lapports avec Oette dernière classe de sensations^ qui est l'obidlpliis spécial de la science morale; et c'est ici qu'il importe surtout d'entrer dans un exa^ men scrupuleux des fAiénomènes qui découlent de eefcte faculté.

Un des phénoirnèoes les plus frappans de la volonté c'est qu'elle est toujours suivie d'une sensation de plaisir lorsqù^élïe est satisfaite , et de peine lorsqu'elle ne Test pas. Aiiisî donc la puissance d'agir d'après notre propre volonté çpjpaprend tous les moyens qwe iKMfts pouvons a¥OÎrde noiAS procurer des jouissances et de iii0u»i£wP8 «éviter des:peines; d'oé Ton voit que

cette puissance , qu'on désigne généralemei^t sous le nom de liberté ( i ) , est pour nous le premier et même le seul bien , puisqu'il les produit tous ; tandis que la contrainte^ qui est son opposé, est la source de toutes nos privations , de toutes nos souffrances , et par conséquent notre seul mal , celui qui les comprend tous. Mais avant d'aller plus loin > il faut expliquer cette proposition « que la puissance d'agir d'après notre vo» lonté^ ou autrement que la liberté de satisfaire nos désirs EST TOUJOURS UN BIEN, tandis que V empêchement de cette satisfaction est toujours un mal. »

Il est rigoureusement vrai que cette liberté, constdérée isolément dans la sensation immédiate qu'elle nous procure j est toujours un bien, puisque la sensation de non existence ou de cessation d'entraves à nos désirs est toujours agréable en elle-même. Cependant cela ne veut pas dire que les conséquences de cette Mberté soient toujours bonnes, ni que nos désirs soiait toujours le résultat d'un juste aperçu de nos vrais besoins. Il est donc bien important de trouver une règle pour apprécier la conformité de nos désirs avec nos besoins , ainsi que nos devoirs de relation envers les êtres qui ne sont pas nous , devoirs qui , nous espérons le prouver, rentrent dans l'ordre même de nos véritables besoins. On pressent même que cette r^le

(i) J'examinerai plus tard la notion de /l'&er/^ , prise dans un sens plus absolu et par rapport aux déterminations de la volonté f tandis qu'il ne s'agit ici que de la simple faculté éventaeïïede nêtre^point empêché dans raccomplissement d'an désir, sans examiner encore si nous sommes mditrerde désirer ik notre grë, c'estnà-dire sans subir aucune influence étrangère.

-doit être le point de départ de tout système de morale ; car sans elle on ne pourrait savoir ce qui constitue la véritable bonté de nos désirs et de nos actions, iant par rapport à nous que par rapport aux' autres membres de la société.

Or il me semble impossible de trouver à cette règle une base qui ne soit pas arbitraire si on ne la fait reposer tout simplement sur le bien ou le mal que nous éprouvons ou faisons éprouver, selon que nous avons pris une vraie ou une fausse route. Toutefois ceci demande une explication quant à ce qui ne concerne que nos devoirs envers nous-mêmes, en nous supposant séparés les uns des autres : si la vie ne se composait que de désirs et d'actes isolés , sans aucune influence les uns sur les autres , Ton pourrait dire d'une manière absolue que tout désir est légitime pourvu qu'il soit suivi de son accomplissement , puisque la sensation que procure cet accomplissement <»t toujours' bonne en elle-même. Mats nos désirs et nos actions s'enchainant presque toujours les uns le^ autres, on ne peut les juger que dans leur résultat Ma// ainsi, quoique la satisfaction de tel ou tel.désir me soit toujours agréable , on conclura avec justesse que ce désir était mauvais si les conséquences en sont mauvaises, c'est^-dire si la masse totale du mal occasionné par ces conséquences l'emporte sur la masse totale du bien causé par l'accomplissement du désir.

Après avoir posé la véritable base de légitimité ou de bonté de nos désirs , et par suite de nos actions , après avoir bien fixé dans quel sens on peut dire que la liberté d'accomplir notre volonté est la source de

tout bien, il est temps âe noufi Irrrer â<qiie l^eo sm* très développemeas pour nous former une idée biea complète et bien exacte de ce imA libertin

Jusqu'ici nous n'avons encore considéré qae la liberté de nos actions^ et non celle de la vokmié eUô^mème, c''est-à-dire la faculté qu'on supiposeraift à la votante eét€'4nême de se déterinwerunùfiiementd'ëprè^^afr^pre impulsion. Ces deux notions, qui sont entièreaient différentes, ont cependant presque toujourBété/oon*fonânes dans les discussions philosoj^qaes «u thé^ logiques sur la liberté, ce qui dait nécessairement avok* apporté une grande confusion da&s le raispiuae^ tnent ; il imputait donc extréfiftemenl; «de Jos dî^tior g<aer avant de passer >otttre.

Quant à la K|uestioa sur la liberlié de ,no$ .acÇ«^; on 3ie Ta ianrnts posée d'wne tmcôère touM^rfsiit ^ sôlue. En e0!d:, d'un coté, ^on ne ppayait se d^ mander si cette liberté existe Unijour^s car Jl'<eiq>éf ience coatrake ^st trop constaate et trop générale; et d'un autre côté, l'on n'a jamais pMConterter «qu'aile n'existe touf^ent, car al est trop manifeste que trètsouyent nous avons Ja Ubertés c'est-vàrdîre la piiisawQ^ non empêchée d'agir d'après inotne (rohml^é»

Mab la seconde question, celle idè la^ ilibeoté 4^^ ifiotre molomté ^He^mème , a. été poaéedsois dos tannes cËffiévens et d'une inanièi>e ItcailHà^fait abadikie. Qvl s^est demandé si la volonté est toujours 4iltrt de naUns à $oà prepre gré ^ par sa. propre vertu^ ^aiis atffiw^ dé-termiumionétréongère , oe qui se résout dwkSSla femlëuie question du LIBRE arbi^kb. Otr une telle -maAièp^t ait: teailer •; îcar d'abord eUa^e Énseto Gée)iî(tcr-

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taktes idées «eUgieuses, et je veilx éviter au|:anl que possible de blesser lea hommea de bonoe fol , méiiie lorsqu'ils me semfaleat évidetnineat dans Terceur, Ëa second liau^ quielques f>ersoaoies, iadépead9inaieyi}t de ce prunier motif, pensent .qu'on ne peut domier aijLjcnii«J>iise:4 Ja moralité A^ nos actions si la qyi^stj^i^ du libre arbitre n'est pas résolue affirmât ivçm^j^, 44nsÎ9 .^apr^^ 09S dQun systèmes, il n'y ^^ù% ^as \^/^9f^ lieja k »e»aiTie^ ? J^ cfpy^fîce wetAsk «u :libiie ^itim serMit.uiei dogHi^e dont aa ne poiHfrmt ^'éc^Rr ^l! a^ois Ôtiai ftpétaaé dlimpiété |i^r les uw^ ietd'in^ nuMoalîté '.pat lias aulres. SD^da ïune telle exjtrémtté, je Sj^p^e mes. teoteurs de ^ujspepdire leur jtigemi^t aur ces dbsuji. .objeetions , auxqu^es |e r/^ndrài lorsque j'aujrai achevé id'ejcpoaer nuxn opiniodi sur la question qui iiou8iOûeupe^B.ce iponsent.

Or jl Mue^pmrait -évident qtfe natré volonté or'jBst:

Pis aUfiHB.^Ç naître aNQÉHBNflAJUfeN^JIfiS'^MPUSSIOtNS.

ÀifïVRiBUjBijB^.iQim Âi&issfiiyT. suK BUE. Le libre, arvkûtne ^: U liberté «de kNMiiiBBe;^ ^¥j»n veut donnen^^ sens* caîaoiiJÉdE^a:iè>ee.iinio4;vine peut étrf c[ub U puisétstmo d\€Qiéeutat irnivalêntà QUA1»D'^^us vEgT* 19Ébv cdumm» mas Itavmii» <ditîprésédenimentij>im^V no$i celU de^ik' faire Moitàe sm» lukcFs ^oÉTBRifïiiAivs , c'bst*-à-:dire

oUpKèB JAQWA P|.£I9rKiET^£NTIÈ]EIE puissanqe, INDEPSff- DaiM£]Iï.iinEi'Mi£^£ IlfPRBSSION CXTÉKIEURK OfJ I^ri^-

Les <pûDlîsaas djù libre arbitre , dam le sms abmluj convieuieHt: qssez géiiér«lêii»ent que noire conviction n'est paai çUe-snâmeiâi^û de se former contre Téfi-' denpe;» i^pie^ -p» ; ettentplè > v i**>i*^ ne^*çk]riivonsf4>ë«

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penser que deux et deux font autre cbose que quatre^ mais ils soutiennent qu'il en est autrement de la volonté^ qui est toujours , selon eux , maîtresse de suirre sa propre impulsion, impulsion indépendante de toute dutrê Cause qu'elle-même. Pour voir si cette distinction est fondée , emparons-nous de l'exemple qui vient d'être donné. '' . i,

U est donc convenu que , malgré moi , |e dois avcMf la conviction que deux et deux font quatre^. Maiiite^ nant, je suppose d'abord que je sois créancier de cinq cent mille francs , qui me sont indispensotbletf pour acquitter pareille somme dont je %m\ii à moct'toiir débiteur; à défaut de quoi je ferai faillite, et verrai ma famille exposée à manquer du nécessaire. Je de^ mande si , dans ces circonstances , je serai MAitax de vouloir et d'agir, comme si j'avais la conviction que deux et deux font cinq. Pourrai-je me contenter de deux et deux ^ ou quatre cent mille francs , que m'ofire seulement mon débiteur , au lieu de cinq cent mille francs qui me sont dus? Oui, sans doute , ime répoiH dra«^Hon ^ vous le pouvez. Je conviens sans peine que dans certains casy 'ac la puissance non empêchée d'être déterminé ainsi , mais sans qu'on puisse jamais con* dure que j'ai été maître de créer cette détermination. Pour prouver ce que j'avance, posons qudques hypothèses diverses sur l'exemple dont il s'agit.

Dans un premier cas , si , malgré ma conviction ^ et sans aucun motif raisonnable , ou an moins plausible , j'agis de cette sorte , c'est tout simplement parce que j'ai perdu la raison ; et quoiqu'il ne s -agisse point ici dej^ morale. des aliénés ^ jf^ne pen^e pas; que per«

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sonne soutienne qu'un fou est motif e rie sa 'valante. JiS crois au contraire que, dans cette hypothèse', nos adversaires iront plus loin que nous ; ils diront peutêtre que l'aliéné obéit seulement à une force aveugle et mécanique ', tandis q^e nous n'attribuerons sa folie qu'à la Maison insuffisante de ses idées; quelle qu'en Apit la cause ^ ph^lque ounwrates ou qu'élle^arttdpe .da ces deux espè(5es^ = ; >r ,''

i.' : Dans^un second cas, sand avoir pèrdtlia' iaisôn en général, fe suppose néanmoins que, doué âe]peu 'de prudenœV )e Bois en outre ftïcilerafent empolrté par ,un premier mouvement de* générosité ou yie^ comjf^àâëioou Mon débiteur venant à m'implbrer vivement , je- poiurrai me laisser entraîner eteonsentîr à une remise^ malgré le danget auquel j'expose lina famille. Eh bien , en ce cas , je n'ai point encore été maître d'agir- autrement ;i:j'ai été impérieusement maltri^ par ma disposition très-vive à céder au premier mouveeuleiiti

Dans UB troisièmecas*, supposons au coiitràire que, .par un motif raisonnable et très*plausiblé , je me contente de quatre lau lieu de cinq; que^ par exemple, je cède à la crainte. que mon débiteur , pressé trop vivement^ ne fasse £gdllite et ne me fasse perdre le tout, ou une somme beaucoup plus forte que le cinquième; alors je suis encore maîtrisé par ce motif raisonliabie.

On voit donc que, dans toute espèce d'hypothèse, la volonté est toujours dépendante des motifs dé îsa

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