II
llépoûse aux principales objections contre le système présenté
dans le 5 prêchent.
' ■ ■ < ■ Quoique je Sùh persuadé qu'on finira par reconnaître généralement conibien tl est indispensable dé rattacher l'étude du droit a celle des facultés de rhomme , je crois nécessaire , avant d'aller plus loin , de prévenir les priilcipalés objections qui peuvent s'élever contre cette manière de traiter la science.
que tout est connu. DoncTespiMthumaîii , c'est-à-dire la pensée , doit êt^ placée aujkttë de toutes tes connaissances'.
> Què èi Yûtk vient maintenant a cotisidérei' que âàb^ Ik momie y le droit ei la politique y l'homme n'est pAS seuWmétlby comoie dans toute Science possible^ «ujet el itMtruitient ^ ses recherches , mais qu'il en est lui-même t objet ; cette n^ cessité de commencer par la psychologie ^ évidente pour toutes les sciences en général , redoublera lorsqu'il s* agira dt . la science particulière de rhomme; de telle sorte que , dailô ce cas, le Sujet et Tobjct étant identiques et se résolvant dans n fait purement psychologique, tout débat â;u4i'6 que ce fiiSt lui-même «era pixtscrit irrésistiblement. Ainsi ^ que le mathématicien f le physicien, le physiologiste mêmei supposent résolue la queMion du sujet et s'adressent de suite à l'objet^ leur science n'a pas avec Thomme *^ un rapport immédiat^ mais le moraliste^ \e jurisconsulte ^ te publicistéy dont toutes les démâtcheÀ sont eîfseutiellement relatives à Thomme , AotA tous les prooédée partent de i'homme et aboutissent ii VluMame^ doivent nécessairement , et ious peine det^iilever^uuA édifiéif sans base, débuter part étude de l'honiine.i»
* M. Coanii «tileifd èïins dottttft ici l'homùiè tno^trl.
D'abord je ne puis me dissimuler qu'il existe en général, surtout depuis quelque temps, une sorte d'aversion pour toute théorie un peu complexe , et notamment pour çell^ qui empruntent le secours* de Vidéotogie^ de cette science qu'on s'obstine encore à confondre avec l'ancienne métaphysique ^ bien qu'elle en soit tout-rà-fait l'opposé. Je conviens moi - même que la science de l'homme intellectuel fut long*temps traitée d'une manière pçu attractive et peu satisfaisante , puisque , d'après la nature même des élémens qu^on lui supposait , elle semblait exclure toute application aux choses réelles. Trop long-temps en effet la métaphysique eut pour but d'expliquer une prétendue essence des êtres , sans égard aux qualités ostensibles de ces mêmes êtres; ainsi l'on était conjdamné à flotter dans un monde imaginaire, et l'on regarda ménie comme une sorte de profanation la tentative de descendre d'uiie telle région pour se fixer sur le monde effectif. C'est là sans doute ce qui a inspiré tant de dégoût pour toute théorie générale et surtout pour celles qui cherchent à s'appuyer sur l'étude de nos facultés. Mais supposons qu'on eût enfin le bonheur de présenter un système plus raisonnable , un système ]^lus conforme à l'application pratique , il xne semble qu'on devrait faire céder une prévention qui n'est fondée que contre la métJiaphysique, dont le but était , je le répète , d'expliquer une prét^^ndue essence des êtres ^ indépendamment des qualités par Usqùelles ils se manifestent à nous. Une telle prévention serait bien injuste envers \ idéologie moderne , qui n'est autre chose que la science d'observation de nos
"7 facuUéi intellecttieUes ^ dans leurs rapports avec les qualités sensibles des êtres , sans lesquelles nous ne connaîtrions rien dans la nature. C'est d'après cette différence essentielle entre ces deux études qu'on a cru devoir substituer au mot métaphysique celui </'cdéologie ou science de$ idées. Ce mot indique an moins l'objet principal de la science , et il fait éviter cette grande erreur qu'une étude quelconque puisse jalàtaîs avec fruit sortir du domaine réel des êtres (i).
(i) M. Joufîroy , dans la préface de sa traduction des Es^ quisses de philosophie mafate , par Dugald Stewart , propose de substituer au mot idéâlogie celui de psychologie. Pour mieux faire apprécier les motil^ qui me font conserver lèpremier^ jusqu'à ce qu'on en trouve un d'une acception plus complète, mais sans s'exposer aie baser sm* une fausse doctrine, je vais d'abord transcrire le passage de M. JoufFroy.
« Cette science des faits de conscience , distincte de la phy^ siologie par son instrument et par son objet , doit porter un nom qui exprime et constate cette différence. Celui d'iWèo/cgie est tmp ëtroit , car il ne dé8Îf>ne que la science d'une partie des faits internes. Celui de psychologie , consacré par l'usage, me paraît préférable , car il désigne les faits dont la science s'occupe par leur caractère le plus populaire , qui est d'être attribué à Vante. Et comme le principe de ces J>héno* mènes ''est encore indéterminé , il importe fort peu qu'on l'appelle dme^ ou autrement; le mot ne préjuge rien sur la question même dans l'opinion publique , qui sait fort bien que c'est une question. »
Maintenant voici les raisons démon dissentiment sur ce point avec M. JouffVoy :
1® Je ne pense i>as que la science des faits de conscience ( c'est le nom que Fécole de M. Cousin donne aux phénomènes intellectuels et moraux ) soit distincte de la physiologie, ni par son instrument ni par son objet; car la physiologie
. . Il leçf ejfcpro i^u autre motif de cet âoignelnetit p^Qur toute théorie qui, par sa nature, aaibrassant le jdjéyelppperoeut d^dée^ abstraites, exige du recueillefnesxt ^t ui)e méd^fâ^Uoii suivie : c'est que , dans une époque où tout.^l^tB^i^ W question, où tous léserais f^ppprts socvf^ sp|^ neq^^erBés, où an vaste plan
étant 1^ ççience . d'x)b6Ci^alioEi de tom les phénomènes de U -ixiachine humaii^e, il en résultai bieif /évUiamipient, ce u^p semble , qu'elle doit comprendre celle du phénomène intellectuel et mora). Cette partie 4c; la physiologie p^l bien mériter, par son importance , qp'cm en fas^ une grande subdi-* visiqn , pour être approfondie à part, maisssjps jappi^is oublier la base commune avec le ^-este de3 fpnciioQS de notr^ machkie*^ Ce n'est vraiment qu'une brsu^che partant de la n^éme souche -que le système des fonction^orgo^^f^i/^^, ainsi non^mées parce 'Qu'elles ont pour résultat immédiat îe développement et la conservation dçs organes. Au surplus , je ne fais ici qu'inditpier sommaivement'les rapports intimes de l'idéologie av^ee la physiologie j mais j'engage tous ceux qui voudront s^p^pirofondir la. question à lire les excellens artic|e»de M* Bûchez 9x1^ IdL phjrsiologie , insérés dans les tomes ^ et 4 du Paobuctepi^v ''^« C'est précisément parce que le mot psj-chologie se rattar cné a une cjo^ion populaire sur ce qvi'on appelle VamCy don^ le principe , de l*ayeu de M. Jouffroy, fg^it encore l'objet 4'H<)f* qiièstion^ <I\ic je voudrais éviter xxxi mot qui preju^ vrcûmenf cette question ^ et sous lis i*appprtlç plus important, puisqu'il fait naître généralement l'idée que Tâçie n'est point une rimpie propriété de nôtre organisation , un principe inhérent h cette organiss^tion , mais un être indépendant ^ un être à, pari ^ qui aurait une existence à lui propre , qui , avant d'être uui au corps, existerait ailleurs qu'avec ce corps , et qui s^en iraitde nouveau dans un autre liçu après la dissolution du coi*ps. Or, c'est bien la le point de yue qui divine le plu9 essentielle ment ce qu'on appelle les matérialistes et les spiritua listes.
^9 s'eidcute contre rémaucipation de l'homme (i), Ik g^ération actudte, pressée par k^^v^ncimens , attst^ qnée dans ses droits les plus précieux, est impatieutb d^arriver aux résultats. Du positifs et non de vains systèmes ^ tel est le cri presque généra). Mais oïl ne fait point attention ({u'il vaut mieux suspendre un résultat définitif que de Fobtenir vicieux ou précaire. Et •nous aussi^ nous Vouions du positif; nous voulons aiisiî parvenir à deiTègles/i/-^/^«/f5, applicables à liôS besoins lés plus préssans; itiâîs nous désirons que ces règles soient vi'aîes , certaines^ concluantes, coordonnées entre elles ^ parce que c'est le seul moyen do le» retidre vraiment salutaires et inébranlables. De toutes les idées fausses, qui sont aujourd'hui liialheu^ riEruseiiieilt répandae^^ il etk est peu de f/Ius funestes que celle qUi fait saiis cesse opposer la pratique à la théorie^ comme s^il pouvait y aVoir de bonne pratique sans théorie , c'est-à-dire sans une saine appréciation des faits» Je diâ que cette idée est une de^ plus fn-^ nestes, parce qu'elle est un (^staclé à toute idée de perfectionnement , et parce qu'elle devient ainsi TarnEie la plus redoutable dans la main de ceux qui veulent la perpétuité de tout ce qui est mal, pourvjm quilsen profitent (a)* i
Une autre observation que yé prie aussi le lecteàfr
(i) Ceci fut écrit pour la preurière fois en i8txô, lors det^ finftôuses résolutions arrêtées à CaVlsbad par la ^tëtenduë Suinte-Alliance.
(ij Pour achever de mettre à nti la fausseté decfette idée^i' ^tt'i) njie soit permis de tt'aduire ici un pèésage quef extraite dt^ quatrième cahier de la PVestminsiér revieiiç, P^f^és ^xgS é4
sto
d'avoir touîoui^& présente a lesprit, c'est que d'aprè» Tensenible de mes idées , je n'eusse poiot cru devoir entreprendre un ouvrage sur la législation <^'il n'eût
agÔ p et qui a pour but de repousser le sophistue en question , en tant qu*applîqué à l^étude de l'économie politique. '
« Il est une autre classe d^advei'salres qui 'disent que l'économie politiqiXe est purement théorique , et quece=qai«5/ très^bonen iltéorie pourrait ne.pas êtiietel eupratiqùse. Ces hommes sages savent-ils bien ce qu'ils décrient sous le. nom de théorie? Théoriser ^ c'est penser, c'est réfléchir, c'est délibérer. Personne ^ je pense , ne prétendra qu'il soit mal de réfléclii^oude penser avant d'agir; mais une personne peut penser de deiix manières, c*e8l-k-dirfe bien ou mal : celtii qui pense bien théorise bicn^ et s'il agit d'après sa théorie , il s'ensuit qu'il doit bien agir; tandis que celui qui pense mal/À^bme iQ^l^ et ne peut manquer d'agir mal s'il agit en conséquence de sa théorie. Nous pouvons sans crainte déduire de cela que la bonne pratiqua est inséparable de la bonne théorie , et s'il éû est ainsi ^ dire qu'une chose est bonne en théorie et mUavaise eu pratique est un non-sens. Qo*un ministre des finances double une taxe en croyant quil en obtiendra un double revenu ,'&'il est trompé dans son attente^ pn nous dira que bie/i quQ sa théorie fut bonne y elle, n était pas telle en pratique^ et que deux et deux ne font pas quatre en arithmétique poli-tiquel Voilà qui est admirable I les règles de 1* arithmétique doivent être suspendues ainsi que celles du sens commun , parce qu'un financier ne connaît qu'à moitié les unes^ et les autres. Dans une bonne théorie l'on n'oublie aucune donnée possible , et l'on apprécie les résultats éloignés et indirects ^ussi bien que les effets prochains et immédiats • Cotnme aucun être humain ne peut agir sans un degré quelconque de ré-* flexion , lorsque nous voyons qu'un homme agit étourdiment , nous pensons qu'il agit sans une i?éflexion suffisante* Ainsi l|ir^qu'on décrie la théorie^ cela, revient à dira qu'ail i vaut ijfiieu ré|lé(?hir peù.que beaucoup ^«et mal que .bien.,» ; .:■..,.,
été question que de rassembler quelques maximes éparses , ou même dé présenter un système lié , mais qui ne se rattacherait point d'une manière appro* fondie aux principes de la science de Thomme. De tous temps , même dans les siècles les plus barbares ; . l'on a traité avec plus ou moins de succès certaine^ questions particulières , tant en morale qu'en politfci que; à toutes les époques l'on a pensé et écrit qu-'il fallait être juste, bon, vertueux; oii'â recueilli dans tous les temps quelques règles ou maximes sur le gouvernement, et même sur les droits et les devoirs respectifs des gouvemàns et des gouvernés ; mais c'est pour n'avoir pas embrassé tout le système des vérités aperçues isolément que ces vérités n'ont porté près-' que aucun fruit durable. Elles sont restées sans appui certain, sans véritable défense ;^ elles ont été livrée» aux applications les plus fausses parce que le sens en était mal déterminé, et a des controverses toujours renaissantes et toujours spécieuses parce qu'on n'avait point encore montré la première base de leur certitude. Je croîs donc faire une chose non-seule^ment utile, mais indispensaMe ^ surtout dans l'état actuel de nos idées, en offrant un système générât sur la science du droit , et en indiquant la Iiai$on nécessaire qui existe entre cette science et celle de l'homme intellectuel et moral ; car on ne doit pas oublier que la législation nest que^ l'art de bien diriger les pensées y les sentimens et les actions de l'homme. Or, comme aucun des écrivains actuels ne parait avoir formé complètement ce dessein , je m'en suis fait un devoir. Assez d'au 1res discuteront avec succès les
questions p^rtiouUères dont l's^ixplic^tion dQÎt étfe immédiate, leur tâche çst renduie pépil^lepar le» entraTe» de la puj^sanoe!^ eUe n'en est que plus noble et vQiérite les plus beaux efforts. Il faut bien répare)? 1^ vaisseau jouet de ]» fuj?euF des ^i^&i luai^ on doit . pardonfiÉep à la prévoyài^e de c<^i qui, même d^n^ le fort de ta tempête,, souge i la 6u) d^ voyag!^,, et pi^pare les. deaûjas^ d'uui «édifice i^uiier, qiiû puM^ie^ dans IVvenir pirésent^ un JceCugc a^ufé' QOitf:ir^ 1^ âotft et l'orâgeé : 3 •
J(e sais biien ffite dans Tusage: ordmaire d^. l^^ ^ > et même danta ré»am<en de phijsi^emrs questii[)nj9 înipoç-^ tante&, U n'est pas. t<Hij ours néoes^iw*^ 4e^ remoptei? à uDe théorie générale. Sauvent méwe c^ serait imrr possible. Par «xempleydjB^aâ le m^wufe étoïkç^imq/m ^k)^ A chacun, pour a^rendire \m méftier, ouméixie pour indiquer théoriquement Vun dJp ses, procéda, demain semonter aux notions premières wx tes) propriétés» générales des corpft« on senti que* ceb» deyi^^udraUi ahfiurd^ par rimpossibîUilé et: par l'iuMitilité d'uu^ telle marche^ au moins pi^w* la plupart d!e§ ca^^. Par^ efiemple* eiicore , dans lé rnoode moraj:, si pour in^^< pîiîar àun enfant des sentimens honorables ,^ si ppui? hiî» la^acer des règles de conduite ,. il fallait couim^^reer par lui faire suivre* defs cours de momie etd'idépr^ logie, la chose devieudrait également absurde eli par son^ impossibilité et pai^ son' inutilité. Mats il n'eut eat point ainsi lorsque Lobjet qu-on.se propose est. la^ ror^
*(i) On doit se rappeler le setisdannéprëcédemfneutau moi
no
cherche des principes inôinès de la matière dôiif dt^ 6 occupe ; et c'est: là ce qu'oli veut toujours loi^ti'otS traite une inatièi^ scietatifiqaement Eh bienf ( dàtii' ce ca9 , si 1 on ne ?ei>t pas se contenter d'un reôuéi^ de maximes empiriqu'es , souv^at compléteteesit dë^ cousues, ou liées d'une manière ii«q>arfeitev et taàui/ quaat toujours d'un point û%e de défiart , cfiiu^ premièxe base cel'taine, H faut absolument reinoAtéir' à ces vérités mères , dont fai déjà parlé , et i{in sôni^ communes a tous les objets de la dcieûce en gëriéi^i; 11 est un cas où l^ôn pèurt , même dans Fétude théo^ rique d'une branche de nos colmaissance9,,ne poiiït> remonter immédiatement ^au premier anneau de laf chaîne : c'est lorsqu'on s'est déjà fixé précédbikimént' sur les principes antérieurs. Alors' on^ peut choisir? pour point de départ les derniers principes de la: branche précédente v sans a¥pir besoin d'en mo&trer l'origine, qu'on adéîatfaitcoanaitre. On sebornealorsrv à tirer des conséquences de ces derniers principes v: qui deviennent eux-mêmes les premiers prindlpe^ de^ la science subséquente dont on s'occupe. Ainsi , par* exemple, après avoir terminé cet ouvrage ,'St je viens < à traiter des diverses parties subséquentes de la légis^* ' lation, telles que celles' du droit public^ du droit privée je ne remonterai point aux prémices notion»* idéologiques ,. morales , économiques , ni uit^oiie atax principes généraux du droit et de là légisrlation, si ce^ u est pour invoquer au besoin quelques-uns de ces^ principes,. ou de ces notions, et d'une manière simple-^^ ment énonciative, sans avoir besoin de les dérnontref de nouveau; Je me bornerai, pour chacune de ceih.
a4 branches , à puiâer dans la partie générale les principes d'où doivent dériver les premières conséquences qu'il, s^agtra de tirer pour cette branche eti particulier. La raison en est simple : c'est que j'aurai déjà rassemblé dans un même cadre les principes ^^Vi^ûwo; qui dominent également toutes les branches de la législation. On peut ici remarquer , en passant, tout l'avantage d'une méthode qui conduit à généraliser d'abord les idées le plus qu'il est possible, mais une seule fois pour toutes , afin de pouvoir ensuite se dispenser de reprendre l'ensemble de ces généralités à chaque nouvel objet de recherches ; c'est pour n'avoir pas ainsi procédé que tant d'auteurs estimables ont traité d'une manière si imparfaite les diverses questions législatives. Remarquez aussi qu'il est peu d auteurs qui ne se voient obligés , même sur des points secondaires de morale et de politique , de remonter sans cesse à ces premiers principes , ce qui devient alors vraiment fastidieux, ce qui renouvelle à l'infini les doubles emplois , et ce qui ne peut d^ailleùrs se faire ainsi que d'une manière très-incomplète. C'est pour n'avoir pas su faire à propos un premier et indispensable détour qu'on est sans cesse forcé de revenir sur ses pas , sans pouvoir même obtenir aucun succès définitif.
Je ferai sur ce point une dernière observation : c'est que, lorsqu'une fois les premiers principes des sciences préliminaires à la législation seront convenablement fixés , et à l'abri de toute controverse raisonnable , le détour dont je viens de parler sera infiniment moins considérable que dans 1 état actuel de nos idées*. Ainsi,
par exemple , au fieu de consacrer etiTiron la moitié de ce traité aux principes d'idéologie , de morale et d'économie qui me semblent indispensablement liées à mon sujet, j'ai tout lieu de croire qu'un petit nombre de pages serait plus que suffisant; car il nes'agî-! rait alors que de présenter, sans discussion ni commentaire, une série peu nombreuse de propositions , qu'on regarderait alors comme de vrais axiomes, d'où découleraient ensuite les principes de la science spéciale qui nous occupe.
Soutenu par ces diverses réflexions, et perisuadé qu'il serait utile , dans tous les cas, de présenter mon^ système tel que je le conçois , ne fût-ce que peur en Solliciter un meilleur V f ai cru pôtitoir' entier fran-* chement dans la carrière, sans mépriser' la dëfàtèur^ qui peut s'attacher à la nléthode ^tiè j'efùbrasse , iiiaîsf ' avec la ferme espérance que cette défaveur fiiiira'par se dissiper. Du reste je supplie ines lecteurs de né* se faire un jugement définitif sur moA ouvrage qu'à-^ près en avoir bien examiné toutes les parties , soît iso- * lément, soit dans leur ensemble.
....iî
Des causes principales qui ou t retardé le perfectionnement de
la science du droit et de la législation , ainsi que des autres
études philosophiques qui* doivent lui servir de basé.'
Nous avons déjà, dans le § i*', fait voir combien' les progrès de la science législative ont été retardas par le défaut d'urie base assez large dan^' les' étùd^i
q^i s'y rapportent, ainsi que par le défaut d'un ordre coixyieBable dans Tenchatuement des diverses bran^ elles de la science de rhomsafe. Mais il est une a«it^6 cau^e qui produisit peut-^tre enccure des résultats plu à funestes , et que je n'ai fait alors qu'indiquer sonlinat • rement ; j^ veux parler de Tinfluence déplorsJ^le que les prë|ug($s reKgieux e^ les i&térêts de la puissaneo exercèrent dans tous les temps sur le domaine de la pensée. Toutes les gfrandes vérités ,r celles^ Jinêm^» sur lesquelles le doute aujourd'hui paraît wa crime afux^ honunes les plus dévots ou les plus ser viles ^« toutes les grande» vérités ont été repoussées au nom du ciel^ ou de l'onire^ sociah La persécution; la mort même fureol presque toujours le partage de leurs défen-*^^ seurs ; Socrate l^t oondamné à boire la ciguë poul^^ avoir, signalé le ridicule et rmdigmté de& passions que^ l'antiquité jprétait à se» faux dieux f Jésus fut cruci-^. fié pour avoir annoncé des maximes devant lesquelles fie prosterne aujpuj::d*'hut la moitié de la terre; plu& tard ,1 Galilée , plongé dans les cachots de rinqalsition, fut obligé de faire amende honorable pour avoir démontré une vérité physique dont aucun prêtre ne doute plus maintenant. C'est ainsi que Terreur a traversé le monde et les siècles , dénaturant les idées les plus simples, abusant des sentimens les plus respectables, fondant son emjpire sur le prestige et la teçreur, armée tour à tour dti glaive et des sophismes, traînant partout avec elle les bourreaux, et l'avillissement et la misère des peuples.
Une époque vraiment nouvelle avait commencé popr les étudqsr philosophiques : depuis pcès d'ua
*3 siècie une tolérance presque générale semblait devoir Vwjours protéger la pensée. Les philosophes , à kur tour> paraissaient vouloir briser eatièr^ment la chaîne des préjugés : Bacon et Loke eoi Angleterre , Condillac et ses successeurs en France, repottasattt lu luejur trompeuse de Fima^ation , avaient ramené la science de l'homme , et jfe^ elle toutes leB autres seien^ ces 9 à la. méthode de t! ob^rvatiaH. Ces hommes , touj» en respectant les croyances ^ominanta» y a^aîeiU: ei* soin , dsms leurs recherches., de ne point confondre des. objets entièrement distinct^ ^ le fini avec Tinfini^ le connu avec ce qui: ne |)eut L'être.
Une marche aussi sùve ,, mais^tprop. simple pour aan tJ3faire le besoin d'émotionsr vivc^s, trop- éloignée d'ailr leurs des idées reçues, ne put convenir à quelques houmies , d'ailleurs f«rt recommandables». Leur âme ne pouvait , avec un. tel système , savourer ce v^ji^ d'impressions, celte teinte mystérieuse qui plaît tant a Timagination» Us accusèrent d'aridité la jEsouvelle méthode parce, qu elle cessait de transformer ku philosophie ea poétique ou en. mythologjle^ parce que ^, bien différente deJa philosophie mystique,, elle n'é^ branle point te cœur par le pre9tige des idées^ ni par les. terreurs, de rayenir et. rjUusioa des espérances. D'autres la trouvèrent obscure ^ parce que l'enchair-. nement desi propositions qu!elle embrasse exigjs^ une attention soutenue, tandis que les propositions ûioléesi ouïes demi-r^onceptiona de SiS^xlvale favorisent davantage l'esprit d'impatience ou de légèreté. D'autres eur fin., par je ne sais q^ielle idée, factice de lai digpité de Vhoimne^. trouKrèrent qu!une telle. philQSPjphie ne rér:
pondait pas à la noélesse de notre destination, quV/fe s^e tenait trop attachée à la terre ; en effet ^ abandonnant la région des nuages , elle ne considérait Thomme que dans ce bas monde, otV notre faible vue peut du moins l'apercevoir.
- Plusieurs des antagonistes de Hdéologie physiologique furent des hommes estknables , et ne songèrent point à devenir persécuteurs^. Cependant quelquesu*is d'entre eux , sans être atteints dii fanatilsme des siècles passés , crûrent devoir coinbattre la nouvelle science comme ne pouvant s'allier à certains dogmes
religieux, que leur conviction leur faisait placer au rang des premiers besoins de la société humaine; nbus elâmineronis parla suite si cette double cràîhte a quelque fondement.
Maïs ce qui nuisît peut-être le plUs aux nouvellcs^ doctrines , c*est qu'elles avaient pris faveur eh France, dans Un temps voisin de nos malheurs révolutionnoires. Parce que ta société venait d'être ébranlée jusque dans ses fondemens, on appela anti-sociaux tous les principes de cette époque , et ces principes devaient bientôt finir par être frappés du même sceau réprobateur que les institutions que la révolution avait vues naître; On avait rtialheurfeusement franchi la liberté poUi» revenir au despotisme, et Fon délaissa ta vraie philosophie pour retourner à une vaine et obscure métaphysique/
"'Unè'teHé disposition des esprits serait bien menaçàute pour la raison humaine si Fôn ne devait espércr que lés Vérités encore contestées finiront par dëvénii» ihgfcVà'nflaWey, boîh'ttlè: tkiit d'autres Ibrig^
temps méconnues et m&ik génétalemmt consacrées. Un jour Tiendra, n'en doutons pas , où l'on aura peine à concevoir. qu'on ait pu les combattre. Nos neveux croiront < à peine que, l'erreur ait, pu jouir d'un ^trioio? phe. aussi constant, ausisi . universeL Oui, j'ose »eii croire un pi;H3Ssçntiment qui ne peut m'égarer.;.ce pr^sentiiv^nt çonso^^ur mfi,. découvre l'avenir, je' \cd^ à gr^nijs pas^^^av^p^r l'^re. définitive de la >3iré^ rite. lin vain le..fau:^.^le.$'agite.et s'argau«»e autour de nous; en yaip, la , crédulité. de quelques esprits le seconde encore ;, etx, vain ja cupidité .<» l'orgueil , la soif du pouvoir lui couimupiqi],^»(t leur, éu^gie cruelle ; la simple vérité dissipera,e&Çn tes. ténèbre^t^les plus épaisses ; elle brisera la force illégitime , elle reaversera les idoles, elle démasquera les adorateurs hy^* pocrites (i). r ^ »
(i) Dans la seconde partie de cet ouvrage je fierai voir comment j'entends le système, de la perfectibilité iLum^lnQ ^ et par conséquent le perfectionnement , de tous. nos sys^mes d'id^e^» Mais en attendant^ j.e fçrai une sev^e réflexion pour j justifier mon dissentiment à cet égar4,avejc^|l(^s doctrine^ du.P.^opvçr TEVR , dont je reconus^is d'ailleurs avec plaisir }cs yues.sifp^T rieures et l'excellent but. Je crois^ ^om^e les .rédacfQ\irs .<)e cet ouvrage, que dans le passé il y a. eu quelques ger^les dii bien que nous prépaie.!' avenir;; et ,1a prendre ir/récusablQ e^ est que c'est à travers le pa^sé ^uç .^ous sommes arriva ,^ J'^r tat actuel, et que nous. ari:iverpns, ^e ^espèrÇ;:fl^s^i;, à.qn meilleur av,enir. . Mais ce quQ je ne puis admettre s^yec eujf c'est t optimisme continuel qui leur fait tA*ouyer bien, tout cp quia existé, et leur fait pretçpdre qu'on a.^Qr^d^)Se réc^*^ contré les systèmes et les institutions, d'autrefois '*'. Je penf^.
* Cette opinion est surtout formellement 'èxpriroéev ^t à plusieurs' re*-' prises, dans les arliclcs de M. Auguste Comte. .m.
Câbâui8> MiMne je fAvàWdé)d rèfAèrqiié, h*àvail ibiit qu^iïidiquer tes bade^ de Tidéolo^ phystologî-- ^«e. Il n'avait point latesé buï* cette ^îence un ccirps 'tmxipletde doctrine; mais une idée consolatrtee a dd l^acoo^mpa^ier dans ta tombe : son digne ami , Tau* leur àus^i ptofond que modeste des Élément d'idéologie^ atait dé)à, souS les formes les plus simples^ fondé sur une base inébranlable l'édifice de toutes les connaissances humaines» Il devait même rendre par la suilso un service peiit-étre ericore plus important^ et qui seul rend intpdssible ie retour durable des vains systèmes. Il a, dans son excellent cAct/'tfr^ 9 du terne 3, présenté Tordre naturel des- irm^/^^ science^
qtté c'est maigre ces systèmes él ces înslituttons, ttt non pat leur secours , que nous sommes parvenus à une meilleure po* sitîon ; mais je déploie les malheurs inouïs qui sont découlés de ces systèmes et de ces institutions , eu tant qu'obstacles au perfectionnement dé la société , et comme ayant été de plus une source particulière de toute espèce de maux. Or, comme nous ne sommes pas encore déHvréisdé l'inl^uence funeâte d'un tel état de choses , je pense aussi q' uon a fortement raison de faîfe voir, sous^ tous* les rapports possibles , les vices qui lui étaient inhérehv. La méthode crititjue est donc non feulement très^fbndée en raison, mais encore îhdispensahte y tant qu'il restera le moindre vestige de l'ancien système , ou seulement la moindre crainte d*y retomber; et, dans l'état actuel des idées ^ loin que Tcmploî de cette méthode ^ renfermée dans ses justes limites , nuise à \a réorganisation des idées et des choses, il me semble que ce n'est que par son moyen qu'on pourra ftiire goûter lesphms de véritable réorganisation; car jamais on ne donnera son assentiment à de nouvelles théories si l'on VLRSieniièrement convaincu; de leur supériorité à l'égard des anciennes.
0t leur enJfthatfteineDt yespec^f y il aimbatrè lenémnt de^ scieBces fausses^ qui voudraient encore se disputer f empire du monde.
Toutefois, bien qu^éù définitive cette théàl^ie me t^mble devoir triompher complètement) le temps ne l'ayant point encore sanctionnée , et lès circonstance» €fà nou» vivons étant (fatales à tout ce qui est vérité ^ le nouveau système a été liVré depuis quelques an^^ nées à de nombreuses et puissantes attaques.
D'abord, on connaît généralement la haine pricU fonde que lui portait personnellement le chef dii gOQvemement impérial (i}. C est que, malgré soii ignorance en pareille matière, il 'j>ps^édaif une sagacité funeste dans tout ce qui touchait à Fintérét de sa puissance. Il avait en outre cet instinct commun du despotisme, qiii lui faisait entrevoir combien cette science devait répandre de lumières sur toutes les recherches libérales. Aussi , déjà Sous son empire, on commença parmi nous à s'éloigner d^une théorie qui avait régné presque exclusivement en France depuift^ Condiltac , et qui y avait reçu de tels développement
(i) Qq n'^ qfx'^ coQfl^ulter le Moniteur de décemJ^re i8i3.. Napoléon , dans un discours au conseil-d'état^, poussa Iç délire jusqu'à accuser l'idéologie de B09 désastres en Russtç^ On yoif au reste qu'il n'avait aucune idée juste de cette science , éair »1 la eonfoné dans le môme passag;e ateê la philosophie m'ifs^ tique des Allemands ^ dont l'idéologie est tout-à-fait l'antipode^ Om y^rxsk plus ti^rd que; ,^ n^f^eu;Feu8emepl; , ^es hpmif^s trèS' reçomxaau(^ables ont été e^ipi^^ra^mé^, qjujçique p^^.d/^ |i(^>ti^ différens , vers cette pifo^ripticm i^l^id^^Iogie,
pendant la révolution quon ne la désignait presque plus que sous le nom de philosophie française (i).
Depuis 18149 les attaques se sont multipliées ^vec uxiiftipouvelle fureur; car, chose déplorable , .tqut;|e^^,fiéclamant s^DS cesse contre la tyrannie, de Çis^pqléQp , presque tous nos agens du pouvoir semblent, avoir pris à t^he de ne s'éloigner yrahnent des prii|cipiBS de cet homme extraordinaire que lorsqu'ils avaient quelque chose de favorable à la raison, Cependant^ p^rmi les adversaires de l'idéologie ^jCelteder^yièrp^^^Q^ue^ on ne saurait trop distinguer deui^ d^ss^ tçu^^-à-iait difiérentes, soit pour le but, soit quant : A la nature de leurs .efforts , quoiqu'il existe^ çoii^meje l'établirai bientôt , une malheureuse conformité dans leurs çfgumens : les «qs ^ partisans décidés . de?, privilèges et du . pQUVflir . ,^9olu , ainsi qye des , systèmes ,dç déception et de yiolçnce qui peuyçnt seuls miaiintenir un tel état de choses , ne peuvent attendre^ ici aucune réfutatiou; car avec des viues aussi divergentes il serait impossible assurément de nous e^ten^rç^ et la discussion serait tout-à-fait inutile; mais quant à la seconde classe, qui se compose d'hommes non seulement doués de lumières supérîetiTes, ihai^ éibcôre' animés des 'intentions les plus' phîlààthro^iqùes', on leur doit une réponse, qîzi irlpit être 4 autant plus approfondie que l'erreur dpQt ,)e le^ crois imbus me. p^^ plus importante,
^•'*'(t) R'ëit feicilfe dé' voîf'aéjà cette; tendance dàbs' le» leçons èiè phiTôltephîe de'Ml.LaroniigùWre;''m que
l'auteur profèift 3ù ri'ste pour Ck^ndillàc.
et qu'elle est soutenue par des hommes plus dignes d estime. Mais pour que cette réponse, qu'il me semble nécessaire de renvoyer à une partie plus avancée de Touvrage^devi^one vraiment çpQp}^apte, i} ine siainbji^ indispensable^ avant d'allev plus loin ^ de déteruEwer d'une manière bien précise la ligne de démarcation qui existe entre la philosophie idéologique , autrement «pçelèe "à^ldi ^m^ltitité j et cdle qui d^Miis>tin certain temps s^est atlrïbué exdtisitemeat le nom do rationne tte ; édà'Â Je parvenais^à bien déterininer ett premier pbmt ^ irnie semble qiie <)e serait un 'gFand pas vers lé râpfnrochefDenft ides Sdeux éeoles ^ puisque^ lorsqu^oii'^ également ' de bonne foi , il suffit s«to^ vent de biesi vbir en quoi l'cm diffère' pour s'acoordM ultérieurenSéDft ; je l^oir^ ainsi avoir nàndu im Vïérirr table service. â la science qui ^oit éclairer toutes icb autres , eélk quf a' pour objet l'étude de nos faeultéa intellectueil^ et morales (i). '•:.;>!
|[i) De même que je fais profbssito d'appartenir à k pr»< miëre àe «ces édôVes'; Ml Cousin é^ absolument daas les prioM cîpek de \\ àéttAhèé , quàhi au poinit de vue qui noue divise^ Oti dé' peut disconVeàir cependant <j[àe> daas la directioa qu^il a ad<^téé , îl' ti'ài t déjà p^îésen té'i^elque» problëmfiSi Qouveaux qui anntîticent une ^grande sagacité et' une tète IbrCement péa» santé ; il a surtout le hiérite dé cônsidëiadr tpu^oursVétiùiedà nos facultés dïihs ses rà]^port9 arec la pioràle éi la législation. ^ en dirigeant tousses eflbrts ver* l'application de^ ce» deux sciences, seùlbàt qui me séml>lé utile ; et qui fut trop géméraf lement négligé par les métaphysiciens de toutes les époqueti
Je tie «dois point tèrtuiner cette note saMfaii«i Qb^^rfef que ces dénominà^ms d'école>aûbOAnû//eei d'édole de la ^msîMUff ont été ifim>duttes par 1^ pariiaans.dfiJa.piiemi^^^i^Ql^^ qMÎ
"S ïv. '
l>èô dai^ictères distmctife ^é la méthode et dû principe foii« • d^iA'éïUal >d(grdeuk ptincipalèii écoleis actuelib» de philo^ ii'sc^hte^.':. :^ ,'. • :' ; .,: ..•-■-■•• . ' ' . ' ",
!i 'îPâmii les estimables adVieirs^res'qae j'ai indiqués dlins le § précédént^J'oilddit surtout coiijptqr len FVaticéJM. Gousia^, dcjut j'ai auâs^ déjà parjé; car Aat);s les cours quïLa professés dqpuisîiSi^? W J^'^'^^ tatfjours élevé contre le jfNTÎEitciipe fondamental de le^ eci» de ^a- sensibilité.; et de plus , deux denses élèveç^' Ml' Sautèlet et M. Câriol, ido&t je sais qu'il a ap^ prbuvÀlesiaFticlés insérés dans deut^ o^vrag^s pério* digues 9 bot montré une semblable Qppps^tion ^ ntémo systèmb (li)» Jeine vois dcmc obligé , sous plusieurs rapports, de prendre spécialexnent pojijir
neuf ssâiremefit oaUdù attacher qu^quedé&veurè la diéaomi* BaitofL.employée pour recelé adv;er8e > tfundU qu'ilg^adoptaiént pour! eux-mêmes ceUL^ qui semble, e^cl^siyemeii.t' s,upp(^$^v Yéœpneice delà rals/ùrf.. On verra plus; tard s'il n'est p^s. ç(^^ ea^oii la proposition devrait éti*e, entièrement renversée^, f^tf^^P' k^ïve dans lesquels les philosophes r^ûf/Zq^^/ie^^ n'écouÇant qi^ lii>t)6ix de Vinçiaginatiôn'^ se montrent fort impatiens. tj^l'^zt/^e rMsàmi6^\fère\,:.iasâà^ <que les sensi'tifij, prenant à tâche, d/e Xftvéndîquer les: ^ettl^lpis .du raisonnement,, p,ensep.tfr^que toute ai^lre méthode, n'^t, propre qu'a égarer Jea, meilleurs
espntAk- y .=.; ;.»;..,-•■ • •• '■■
^''(^) 'Yb^ëi^ la BiKiètn^ livraison de la J?Ai>ert{tS ^ aia$i queues >|U^tVième dt't^nqui^mè iivi^isons -du JoUrnaJdfi, .li^gîLsl^fîa^ ëtyde JumpHuience , > tpïl st icesiaé dç .pàraïU^e en ii 3»J •! . > i
texte de ma discussion la doctrine de M. Cousin; mais on ne doit pas oublier, comme je lai déjà dit, et comme j espère le démontrer parla suite ^ que ce professeur n'a point introduit un système nouveau^ ni quant au principe fondamental qui nous divise ^ ni quant à sa méthode de démonstration (i).
( i) N'ayant suivi que peu de leçons des cours de M*> Cousin^ j'ai dd recourir aux divers morceaux qu'il a publiés lui-même, et aux articles par lesquels on a rendu compte de son cbùré dans les journaux ; mais je me suis attaché surtout à une br6-t churô qu'il Bt paraître en iSi*}, sur les leçons de philosophie de M, de Laromiguière y excellent morceau d'analyse, daiM lequel M. Cousin me semble avoii; posé les fondemens de sa doctrine particulière. Muni de ces données , je ne me flatte point de connaître entièrement un système auquel il n'a point encore donné lui-niôme tous les développemeuS; mais'j'ài lieu de croire qu'elles suffiront à me faire démêler le caractère distinctif de la méthode de mon digne adversaire , c'e8t*à<^ dire du mode de procéder en ses raisonnemens^ moyen principal , comme j'espère le faire voir, de bien indiquer le point de division des deux écoles auxquelles nous appartenons respectivement. ( Note de 182a.)
Depuis la rédaction de la note qui précédé , ainsi que du morceau qui s'y l'apporte , M. Cousin a publié ses Ftagmén^ philosophiques y ouvrage dont la lecture m'a coiifirmé dans l'idée que j'avais déjà des vues étendues de .l'iiuteur, ainsi que de son ardent amoi^t de la science et de la vérité^ mais qui , malgré toute mon attention à me pénétrer du sens qu'a renferme, ne m'a dévoilé aucun aperçu fondamental sous le point de vue qui nous occupe dont je n'eusse déjà une patrfaite idée 3 cette considération m'engagera donc à ne point changer les passages où. j'expose ou bien ceux oii je çop^r bats sa doctrine y sauf à y donner quelques dévcloppemens ^^ mesure que je croirai m'apercevoir qu'ils ne répondent paf
On<;o&çoit que cette introduction ne ^ut contenir rexatiien critique que j'ai à exposer, ce qui doit être l'objet d'une partie du traité même. Je ne présenterai déHè ici qu'une simple esquisse historique, tant des principes fondamaitaux des deux écoles de philosophie dont i\ est question que de leurs méthodes respectives. Mais je pense qu'un tel exposé, qui me Seifi!(blé. itidispènsâl>le à Fintelligence de totite la partie id^olbg[ique et morale de mon ouvrage, entrait néce^faÂrei^ent dans le cadre d'utie introduction^ Q^i ^ foiujoUJrs pour but de préparer et «de dégager la diseilésion ultérieure. •
' L'école idéologique j, ou autfémeifït dite de la iensihiiité], farce qu'elle rapporté tôuteâ hos Idéeà' à la fipnsktion, eut spn.premi^ germe chez quelques écri- 3rw)S de Ui haute .fu^tiquité ; mais elli^ ne remonte œp^idam di'uilie mis^ère bien posîtivci que jusqu'à AriiâtK^te^ qui en posa la base par son fameux; axiome: •cH'tfy à rien dans Tintelléct qui n ait été dans le seiis. » Et même 11 est à observer que là plupart de ^.sectateurs, par un effet inévitable des premières îpyestigatipns de toute science ^ tojqûibérent trop souireifct dans de ^graves inconséquencf^s , 3urtoHt lorsqu^il S'agissait d'en Venir àuiK applications ; ce qui ne penkiit ^ditit à' éelte éjf^è^ué l^culée de fonder le système de dette école sut ÏÔtts ikà dévelppi^eniené dont îl est
complétetneni' a queI(|ue8^uB6 des- argum^ns laouveatix qu€ j'ai pu reaeoBtrer àu^s les Fmgmens phUosophiques. { Noie ttë i8i7.) ; « :
Cependant on doit convenir que cette partie dc(^ philosophe» ailcieiis, malgré leurs déviations di^ principe fondcunenbl de leur, école, ainsi que d^lA méthode d'(4>seryjation qui devait par la suites for-^ mer un de #e8 câi?actères distjnctifs ^ suivirent ^g4? néra) une marchés plus sévère que celle de hv^n contradicteurs. Je dois ajouter qu'ils se moutrè^eot n|(Hn§ assujettis aux préjugés reçus ^ et inoi^s entraînés p9|r Jl^s prestiges çle Fiinagination. £n géu^rol ils se re^^dèrent coouna de simples observateurs ^des phénomèi^s , ^ani vouloir faire fléchir le» î^il^ d^ vaut leur^s systèmes. Généralement aus^4 ils nç furf^ point arrêtés dans une tellç marche pap:* la c):amte fl^ trouver ^QS résultats contraires à de^idée^ préét^iesç de même qu^'un.historiea, quelle qup aoit^^on 0pmi^ sur lesii^t^ qu'il a â décrire ^ s'attache uniqu^fi^peut à en c<Mà$tater la réalité ^ saus s'embarrassa des . qq^h séquences qu'on en pourra tirer* < . :
Quoi qi!i'U eu soit à cet égard, l'étude ^e l'hoiuil}^ fiM; :tou)eui:>s hérissée de tant d'obstacles , et les j^lMir^cl sciences 'qui doivent récl^ir^^r fureut si, lopg-^eiiip^ dans un état d'imparfection -c^solue, qu'il M^WimA possible , même aux meilleurs esprit? d'orne .cert£f iae; époque i de ne pa? tomber dans de graves et fr^qu^uteft méprises. Ils durent surtout, dans rappIicatîjG^\dei leurs principes, trouver souvent des contradictions qui semblaient les infirmer, ou en établir <d^'eIj^^ièrement op{K)sés; aussi, depuis Aristote jusqu'à Loke, on ne trouve aucun écrivain qui ait fait strieiteme&t de la philosophie tsspérimenjtale. Je n'excepterai ni Déscartes ; ni Bacon lui-mômc ^ quoique le premier soit,
à certains égards, le restaurateur de F école $en^itive, et quoique le second soit peut-être lo premiep fon» dateur véritable de la méthode d'observation. Mçilheu-r reusement, dans la pratique y ces deux grands hommes semblèrent avoir complètement oublié les principes qu'ils avaient si légitimement établis, ou pris pour point de départ.
Après Loke vînt Gondillac , qui: agrandit le cercle de ta philosophie expérimentale. Il fit quelques nouvelles découvertes dans le domaine de la pensée, et il combattit victorieusement quelques erreurs dominantes. Mais les travaux d<* ces deux véritables philosophes durent nécessairement encore se ressentir des temps où ils vivaient, et surtout de la contrainte QÙ les retenait l'empire des idées religieuses ( i }.
Ce n'est que dans le cours de la révolution française, durant cette époque si légèrement condamnée par les esprits superficiels , et si cruellement calomniée par ceux-mêmes qui en détournèrent le cours bienfaisant , qu'une entière liberté de penser permit de scruter dans toute leur étendue les questions philosophiques de tout genre. Libres du joug de tout préjugé, les écrivains qui se livrèrent alors à l'étude de l'homme , ne furent pas obligés de retenir comme articles de foi de prétendus principes sacrés, dont
(i) On trouve un exemple remarquable de celte contramte dans la logique de Condillac , où , pour pouvoir soutenir l'influence de notre corps sur nos facilités în tellec tu elles' , il est obligé d'apporter pour unique argument çue celte dépendance de l'âme humaine à l'égard de notre corps est un effet du péché originel.
re&amen était absolument interdit â Jet^rè pl*édi^€â^ seura. Ilfdar^ril ainsi pénétrer bien plus avierntfdsin^ les Yérftables profondeurs de^ la . science , ep oi^êa^ temps qu'ils cessèrent de s'^arer au-delà. >cle pe§ bornes légitimes. En outre l'impulsion salutaire donnée par la révolution à toutes les àutrei science^ et l'existence ; qiioiijUé éphémère , d'une section dw sciences ntotales et polttitjues dans rinstituthatiotiàl ( i );• ont suffi pour fournir à rôbséryâtibn des matériaux qui n'attendaient plus qu'une m^ûii habile pour cons- ^uire l'édifice de ]ia yérita}>le philosophie.
Enfin parut l'ouvrage de M.* de Tracy, que je re^ garde comme ayant fixé \t dernier état de la science','
quant à l'école de la sensibilité. Non seulement 11 a su profiter habilement des travaux dé ses devanciers ; mais il a fait une foule de découvertes importantes a mesure qu'il coordonnait les matériaux qui se trouvaient à sa disposition. Jadis éparset confon^i^is , il eii^ a formé un tout complet et lié dans toutes ses parties,; justifiant entièrement le titre d'élémens d'idéologie^. iqu'aùcun écrit de ce genré'n'avait.encôre ïnérité (a).*
(i) M. de Tracy a déjà mdiqiié celte dernière cause ^ans l» préface de son deuxième volume d*Idéaiogie. 11 est bon dei, remarquer, en passant^ que ce fat l'une ^es preïnière» ièsiitu-» tions que Bonaparte s'empressa de renrerser lorsqu'iK voulut fonder son despotisme , et que ce fat vers le même temps que le clergé- fat par lui reconstitué : yentôt après! l*on vit naître la noblesse et toutes les viéillen'es dximûYen' âge. Par quel) éti*ange aveuglémeiit cet biomme peut'-îl être regretté par W masse populaire, qui le considère encore comaiele protecteur des lumières et de Tégalité politique ! ' i -
(a) Les éléniens d'idéologie dont j'ai parlé, et dont il ne pUt
Un téfitltal de c«tte luitare m'dbiige â ônfiqner dam MÊ ^ûnage Ifnekincs^uiis des pointi priiKi{iaax qui iBÊfè parassent le tendre toiit-4-Cût dasskiae dans son
gwire(i)-
Ukd'tdMird que le prenuer réLume^ contenjûest Yidéologû préprenieiit diteJT^dis antresvtJoiiies pttnueBtsuccesaÎTeaxenty skifi yie le canimfceiaeat da cinquième ^ que malheureusemçDtil a annoDcé ne pouvoir tenniner à cause de ses infirmités. tjt deuxième volume traite spécialement de la grammaire gêHéràtéy ou de là natui^ des signes avec lesquels nous exprimons nos idééè; le troistëme traite de la ft^i^^ué^a déduction des idées; le-qM^rième àeVéDommùe ok des ^cfifels de nos iietions sur ne^ idée^ eCabs sentian^is; le ciiBiqaJeBie était destiné i la momie ou science de nos sentimens et de leurs effets.
(i) Je ne pounrais sans i^^stice passer sous silence us ourrage italien , intitulé Ideologia esposta , publié en \B'xi et 1823 par MelchioreGioja, ouvrage qui, sauf quelques lég^ reê différences d'dpîiiionSy appartient évidemment à l'école ét'hi sensibilité , et dpLÏ trtè parait surtout remarquable par le gHAnd développement qtïe Fauteur a donné aux notions phy-sioiogiques relatives. à Petude de nos facultés intellectuelles ef mioral^* Sous ea/vappori je pepse que la science lui devi:a beaucoup ; car on ne saurait trop le dire et redire , ce n'est que sur l'observa Uon des lois de notre organisation qu'on pourra jsnais fonder une 5i9me théorie de ceux ^e notre intelligence el de tout notre être . moral. Ijiais quelqi:|e important que soit Wl tel service de 1^ part de M, Giojay je ne crois pas que ci^t ouvrage contienne des données suffisantes , .ni assez dç déduc* tiens de principes, poqr cyp fair^ iin y^^ta^e traité èîï^àcÀiy^ gie^ Je ne conçois» pas commool un e^rit aussi suq>érieur a pu négliger Tordre si naturel et si fécond suivi par M. de Xracy^ qui consiste à t^raiter d'abord de l'origine et de la formation. de nos idées , ou de V idéologie proprement dite> puis des si<-> g Des de leur expression 9. .o^ de la gr^tmmaire générale 9 enfin
D'bbord, dans la manière de procéder, objet si esBelitiel dans toute étude philoK^hique, M. de Tracy est peut-*ét^ le preinier qui ait rempli com^ pUéement les ccmditumiï tl'une méthode Yraimëot es^^ périmbntale^ Son ouvrage n'est antre chose., d'un bout â rbutrèy qu'une série àLôbservationMy âietpiyt riencét «uccèssit^S) îaM aucun autre dessein préétd[>li que celui de trbuter la viértlé^ Mak cette séria d'rn» périervoi9^^t teUement disposée, quant à leui^ ordre d'origineist de dépendance , que la solution de chaque question antérteilre influe nécessairement sur oellè de la question subséquente , qui , par ntie iieureuse réaction, sert presque toujours à confirmer la pré^ cédente solution. ^
n y à ]^us^ et ce qui doit assurer à jamais le sùèdès de cet ouvrage , c'èrt qu'aprèé être reûittnté aux prè** miètèséotnlMrtés de la science de lîiotniwé, après àvoîr traversé avec une constance étonnante cette longue suite dé questiôïis spéciales à son objet , aptes avoir réfuté toutes les objections qui s'y rapportaient^ il présente un enseipble vraiment admirable d*applïcartiam particulières à toutes les branches des science$i mêrates et politit/u^,
Sa mardie est tellëitient féconde , qUe , «ans s'être
de leur déduction et combinaison^ ou de la logique. Il est Vrai ^'il àVàil ]^i*é€é<iemikiÉlMi éiifflt dés êlémtm'de phihsGphie } msié cMimènt tiVt-ii i[»àY Vt«<â'alM»d^^(aie «et ouvrage ae de^ vait fbtteer qù'utt tbM ^vèc les •élémeD»d'idéologie > «t ëasaits que la })lti]^rt déè ({Uestiotoa dont il est l^ibjet ne peuvent être traitéeé conVétiablement qu'après Pàiéologie proprement dite?
proposé aucune recherché sur la seconde grande division de nos connaissances, cdle des science» physi*^ ques , il arriye encore à indiquer!, et souvent à rectifier les notions premières de ces )dernières sciences. Ainsi Toii^peut dire que cet. écrit, xjui ne paraît destiné qu'à la science de l'homme intellectuel j i offre réelle^ ment une Tëritable encyclopédie, des premiers princip^Si àe. toutes les connaissances humaines ( i ) • ' • /i Si de cet aperçu, général , nousi descendons i^Ux résultats particuliers qui concernent plus spécial lément le but actuel de nos recherches , nous verrons encore que M. de Tracy a reculé d'une manière hien remarquable les limiter de la science.
Il a non seulement , ce me semble , mis à l'abri de toute contestation fondée cet axiome «que toutes nos idées nous viennent originairement ]^aLr le recours defii s^ns » (2) ^ mais il a démontré d'une manière claire
(i) Je^ne conçois pas. comment les philosophes, allemands ont pu donner, sans exception, le titre d'empirique à l'école de Id sensibilité'. Je s^is que ce mot n'a pas toùt-à-fait dans leur langage le même sens que parmî nous; niais 'ils Tem-! ploient' cependant presque toujours par opposition à Pidée d'un système lié dans toutes ses parties y et se rattachait j^ quelques premières vérités commune^ à tout le sy^ème. .Or, jamais pareil reproche fut-il moins fondé qu'à l'égard de M. de Tracy.?. ,.-. ,-. ' ": ••.:■••..■, :.
, (a) On Verra^vdans le cEapitre prunier 4e la pr^HMière pavM? 4^ cet ouvrage , que ce mot.^^/14 çQi«pren4 ;ici.Qpni6eu|'c^^f(ve;itlei^ sens extérieurs y mai^' encore tQus Ceux qui dérivent de nptpe 10)^7 gani8ationfii/(^riettre;.€arM« delTracy indiqua J>ien positivfifneiit, deux grands ordres de sensations , celles eaçternes et pelles internes. Par quelle singulière méprise M. Gioja peut-il douç.
que toutes les o]>érattouft du notre eutcutleuieut et <Ie DOtrevotonté, ou, comme ou dit ordinairement, tout les mouremeus de l'esprit et du cœur n'étaient jamais que des êemations, dans toute l'exactitude de ce mot (i). 11 a fait voir, par exemple, ({iic juger n'est autre chose ^lï axoir des sensations dt- rapport, et que Eou/otr ou (/»trfr c'était avoir des sensations ôe désirs. 11 a remarqué, à cette occasion, que c'est à tort qu'on a donné exclusicement le nom de sentir :\ la sensation proprement dite , ce qui avait fortement CDntril>ué à fausser les idées à cet égard, tant les mois sont propres à nous faire iUusiou sur les choses (:i).
■voir rangé M. de Tracy au nombre de ceui qui attribuent exclusivement aux sens extérieun l'origine do toutes nus bcultés ÎDlellcc tue lies et niorulcs?
Au reste je dois renvoyer au corps de l'oiiviage la rfponse complète aux objections faites géaéralcment contre l'axiome d'Aristote , ainsi qu'il est expliqué par M. de Tracy.
(i) H. de Laromiguière a prétendu que le phÉnom&ne par lequel nous sentons nos facultés intellectuelles et inorales, B^étaït point une sensation, mais uo sentiment,
Tttpkre prouver par la suite que cette substitution du mot
4 mot sensation n'est qu'une afïàîre de mots , et
it plus attaché au système de l'école
flbice de le paraître. •
iijes sensations simplet, jomv^
le, e/imuver des tenalÏBns
f^ le rapports, et'foo «w»
'" lêes. On TêmcMoMU
"^ /^ité g&*«fci*»*fr.
Ënfiti te qui doit hthieV^ de faire considérer M. de ttaty côimnè le fondateur ( i ) de \êt phîlofiophîe expëriniehtàle c'est qu^îl à M le premier bien dé» mêler la question si long^temps débattue du fondement de ta àèrtitùde^ doiit 3 a établi k principe de la ma-» nière là plus satisfaisante. Je regarde cesèrrice comme vraiment inappréciable; iiâtr sans rétabBfisement préfiminaii^ de cé prindpè, on pourrait contester éternellement la preuve dé toute vérité*
AJ)rès cet eiposé du principe fondamental et de la méthode de l'école de la èêmibilité^ il est nécessaire de présenter un semblable aperçu pour Técole op^ posée.
La philosophie dite r^imnelle^ dont les premiers rudîâlehi t'éiUontènt aussi à la plus haute antiquité, ne fut cependant réduite en système que par Platon. Tulàé^àpxùinante dé cette école est qu^il existe un principe parikuUer ^ tontyà^ait indépendant dqs sens, qui présidens^t aux autres. facultés intellectpeUes, et qui y selon qilelques-^^ms , • ne sei^it quune espèce particulière de ces fa^ltés, mais une espèce «u/t?^'*-
(i) Le' litige dejbndat^ur ou i^iai^en^euri daim Içs sciences, ne s'accorde pointa celui qui ne iit qu'entrevoir leurs princi* pea fondamentaux ^.^mais h. ç<^lui qui, bien que s^emparant de préc4dente9 ^^écouyertes^ qn 4)êxnpntre le premier toute l'importance etj |a certitude y en u^énie temps qu^il présente un «systemejbien coordonné de toutes les p^ncipales vérités qui s'y rapp(Qrten^ Cfl^t ainsi qtue ITe^tQn , par exemple , est regardé coi|ii^(^< le fondateur de, la^ t1ij|éprie actuelle sur l'attraction , bi^n qu'il n^aiit pas eu la première idée de cçtte grande force de la iiAtui:^. . ; .:.
rteure^ tandte «que d'autres f identifient avec ce que Ton appelle oommuném^it Câme^ c'est-à-dire le prinr dpe complet de toutes nos facultés intellectuelles et morcdes.
Une obsenration essentielle que je dois faire avant d'aller plus loin i c'est que cette école ^ à la dijfférenoof de celle opposée» n'éprouya presque jamais aucun obstacle de la part d^ dépositaires du pouvoir, qui presque toujours, au contraire, se sont servis de ses dogmes coimne d'un auxiliaire, qui fut quelquefois bien terribk. Alusi, libi^ dans tous ses d4velpppemens, protégée môtne i il est permis ^e se demander couv* ment cette philosophie i^a pu se fixer encore sur d^ base^ solides et uni£(>rmes ; car , malgré cet immense avantage» toujours flottante et se divi^uten branches infinies • elle embrassa dans po^ principe fondamental et les sectes nombreuses du Bas-£mpire,. et celles des ilaures en^Asle» et cel|es du' moyen âge en £urppe, et presqui^ toutes C0lli9is enfin qui depuis un siècle, sç sont életé^ en France , en Ecosse et en Allemagne. En effet , dans toutes ces sectes , quelque vives qu'aient été leurs disputes sur des points secondaires, je vois toujours cbcz^ellei^ le même principe dominant ^ celui de re^c^t^fie supposée . d'un être à ;7iirf ^^out-a-fait indépendant di^ nos seps* Un autre caractère qjni, distingue encore cette éçolp , c'est qu'à tf*^ peu cViexcep* tiens prèst s^ 4ive|:9 sectateprs se crurfsnt.^ppjpprs obligés d'adiQ^ttre Lçur principe fondan^entfiljooiiji^rae un point reconnu d'avA^ce^ qu'il ne leur était pa$per' mis de iante^fr^U éX^t donc inévitable que .toutes ces sectes ne fussent divisées que sur des questions d'un
ordre îuférièurVet quelles tia fissent jamais que tourîièr dans -lé Tnême cercle, qu'elles tkë pouvaient dépasser. Il^t Vrai qu4 deux époques , dans les beaux jours de la Grèce, et depuis le siècle dernier, on a e^sa^é dé remonter à la preuve même du principe ; ihaîs les hommes dii plus grand génie furent encore influencés par Fempiite antérieur de ce principe tyhlnnîqâe ^ alors même qu'ils semblaient mettre son feiistehce en problème.
'Le célèbre TLèibnitz est sans Contredit un des philo^^ sophes modernes qui Se 'sont efforcés le plus de lesoumettre âiik lois du raisonnement. Il admit Tatiome derécolécontîpaire : « // n'y d rieh dans l'intelkct qui 'il' aH' d'abord été dans tesénsy^ y triais en y ajoutant : « si iè- irekt l'intellect inémè » j ce qui fait voir qu'il ne pouvait se détacher de cette supposition qu'ouU^e nos %ens , outre notre organisation physique , et indépendamment de cette organisation J il existait en nous une fàcixhé particulière y a}'ant son existence à part^oe qui rènti*è entièrement dans les doctrines des spiritualistes tfe toutes lèsf époques.
' Kant,^ qui fut tour à tour trop loué ou trop <léprécié, me semble le seul écrivain allemànci qui, du moins dans une partie de ses ouvrages, ait suivi une marche vraiment expérimentale. Quoiqu'il eût préliminairement supposé l'existence d'une raison pure y supérieure à tout, il fut conduit par la sévérité de isa méthode à convenir que cette faculté ne pouvait conduire à là connaissance qtiavec le àecours des sens et de l'expérience. Il e^t vrai qu'après une telle cônclusioh, et semblant l-àvôir adoptée malgré lui, il ren-
anal JBe par; XiutariH^ittiop: subite /4e : je , no sais quel DDUTçl être, fantastique , auquel il donqe le'nom de raiàfn pratique, r^xXi m^l^ 9 d'après lui, -peut nou^ Goaduire à la;?raie:conqaissançe , et qui arrive là for^ à|>rQp6S) comme une sorte de magicienne, pour tout décider par la forcçde sa.b^V^ette ^et pour détrôner la raison j^c^re.ell^luêOie, Gettç prétendue souveraine detouted Hos.facuUé^tiAtelleetueUes. ^
Je:ne Sjumc^) point dans Iqws: controverses les dir «ers piulbsophes. allemand? !qui, depuis; Kant^. se «ont divisès.à rindûi sur l^pojii^ls.secpndaûres^ ifiais qui se sont tous^ accordés sur; Te^ istencQ supposée d'uneîcert^îaefaquUé inteltectvielle, qui serait tntfè-j remeni distiHCit^i^es sensj et qj^i agirait /i/fme;man(Vr^ Unit'à*-fait incUfimdimtç^'En^Setynç trouyons-rnpus pas toujours la:itiéme,penséo 9. par exemple, dans i!a forme pare de la pensée de Shilling, ou bien dans.cçjttç faculté partictâière que Jacobi suppose être indépendante et «eq[?m>Uf:^;«a^^€n«?>Qu'on veuille bien analyser les eiq)ressions de tous les successeurs de Kant^ de ceux qui ont le .plus vivement combattu quei^ques^unesde seà idées secondaires , et l'on vej;ra qu'^ n'en est pas un seul qui ne soit parti de la même idée Jnidamefitale , udalgré tous leurs efforts, pçur la t;*^ vétii; de nouvelles couleurs. ^
'\\\\ lëat i0){k>sfijbl^ de ne pas ranger M. Cousin d^ns bjnêfUe fi^tégoriîe ; V activité lipre , .le moi cause ^Ja raison supérieure au moi j.to^è ces termes donnent-ils une seule idée différente de celle que nou^ avons reconnue comme le point de ralliement de tous les spi-
ritualistes, anciens et modernes? Il est vrai que M. Cou^ sin comprend deux élémens distincts bous ces déiK>« minations : le moi, qui est supérieur aux sens^ et la taison , qui ^t supérieure au moi lui-même; mais il est érident que lés deux parties de cette division rentrent également dans la notion d*ufi étfe à part, 4'u|i indépendant de l'action de nos sens. -
Maintenant , si du principe fondamental des^philo« Bophes rationnels notis voulons passeï^ à leuv mé* Ihode, nous verrons que toutes les sectes ont encore à cet égard la plus parfaite ressemblance. TM^tes en appellent également aùteifitiihent intime^ au sens com^ mun, ou à d'autres agehS analogues /toutes les fo|s qù^elles ne peuvené'ètablîr une pii^opoèition pai^ te ral-^ sônriément^ ou ntféme lorsqu'elle est iirifipiti^e {lar le raisonnement. Seulement Mé' Coûsip' a prl^' une marché nouvelle pour justifier Sia doctrine i ^rendant hommage au* prineqie • qu'il- ne peut y avmr 4e vraîiç philosophie saris une rigoureuse ot^servaliôii: des faits, » il a voulu revendiquer exclusivement poUr te rationalisme le 'mérite de cette méthode* Il a dit à ses adversaires : « Vous prétéûdez être les apètres de l'ob*iservation; eh! bien je veux faire voir que votre ob* servatioh es/t incomplète, peir conséquent fautive, et que VOUÉ dtéz négligé deux faits de la pl«s haute im^ portance dans l'histoire de tio& facultés ; or C6d deux faîtis sont précisément , d'une port l'^^t^hité libre' du fnoij le TTî^lr/zf/^/ distinct dek ^sens 0t*§ttpéi*ettr à eux; et d^âutre part, Id raison , cjfui est supé-iefitre à notre moi hd-^mêffie n (i). ^ 1. . ?•;
(i) Voyez Farticie ci-de«su» mentionné de M. Cariol^ dans
Mais comment cherche-t-il à établir la vérité des nouveaux faits qu'il prétend avoir constatés? Sera-ce par un examen plus attentif des impressions que font sur nous les objets de la nature , ainsi que le jeu de notre organisation ? Non certainement , ce serait rentrer dans les vues des sensitifs. Sera-ce uniquement par une déduction plus rigoureuse des conséquences de ces premières impressions , c'est-à-dire par les règles de la logique ? Non certainement encore , car ce serait admettre également le principe qu'il conteste, puisqu'il faudrait, pour que cette déduction fût complète , remonter toujours en dernière analyse aux impressions des sens, internes ou externes. Il fallait donc trouver un autre moyen , un autre instrument d'observation ; et cet instrument c'est encore le senti--
ment intime, faculté indépendante de toutes les autres facultés, faculté qui serait telle, que par sa propre nature, indépendamment de tout raisonnement, et même contre les lois ordinaires du raisonnement , elle produirait Vévidence d'une manière irrésistible. Tout ce que M. Cousin prétend être établi au moyen de cette faculté est appelé par lui un fait de conscience^ qui n^a pas besoin de preuve logique, puisqu'un fait n'est pas
le Journal de législation et de jurisprudence j et celui de M. Sautelet , autre élève d^M. Cousin , inséré dans la The'mis^ tome H*, an bas de la page 67. Il y a quelque difFérence d'expression entre ces deux articles , quant au premier élément qa'on reproche aux idéologues d'avoir omis: M. Cariol l' appelé Pactisnté libre du moi , le moi cause , et M. Sautelet l'appelle le, fait de liberté' ou de personnalité ^ ce qui est au fond la mAme idée.
susceptible d'être prouvé par des arguinens , mais doit être seulçment constaté par une observation exacte. Or, poursuit-il, de même que le fait d'une sensation d'odeur, de saveur, etc., etc., est prouvé par cela seul que nos sens en sont affectés , de même il existe une faculté supérieure , propre à nous faire connaître les vérités d'un ordre supérieur^ et qui les établit invin-^ ciblement par cela seul qu'elle les reconnaît ; et c'est cette faculté qui se manifeste en nous par le sentiment intime 3 par la conscience (i).
Je ne terminerai pas ce qui concerne l'école rationnelle moderne sans parier de M, Jouffroy , élève de M. Cousin, qui depuis a été comme lui maître des conférences philosophiques a l'école normale , et qui vient de publier, en tête de sa traduction des Es-quisses de philosophie morale de Dugald Stewart ^ une préface que je regarde comme l'une des productions les plus remarquables de notre époque dans cette branche de la science. Malgré le point de dissidence qui existe entre nous , relativement à la supposition d'un principe à part^ entièrement distinct et indépendant des propriétés de nos organes, ce qui me fait ranger M. Joufl'roy parmi les philosophes dits rationnels ^ je dois convenir qu'il a d'ailleurs une sévérité de méthode et une sagesse d'expressions qui doi-
(i) Toutes ces expressions de sentiment intime y d'évidence de sentiment , de sentiment intérieur , de bon sens , de sens commun y etc. , etc. , sont employées dans un sens analogue par toutes les sectes de l'école rationnelle. L'expression Au fait de conscience est particulière à M. Cousin, mais on voit qu'elle n'ajoute aucun sens nouveau à l'idée principale.
vent le faire distinguer de presque tous les écrivains de son école. Toujours clair et précis, il n'est jamais tranchant ni déclamateur ; et il avoue sans peine que les argumens avancés pour justifier quelquesunes de ses opinions ne sont point des preuves j mais de simples probabilités. S'il peut s'opérer un rapprochement entre les deux systèmes , je pense que M. Jouffroy est éminemment appelé à l'opérer.
Ici se termine l'exposé sommaire et du principe fondamental et de la méthode des philosophes rationnels , exposé que je devais présenter à côté de l'exposé corrélatif de l'école contraire , pour mieux faire apprécier les prétentions respectives dans les discussions ultérieures.
De la méthode à suivre dans la recherche des principes du *
droit et de la législatioQ.
Après avoir , dans les paragraphes précédons , montré quelles sont les sciences .qui doivent principale^ ment éclairer celle du droit et de la législation; après avoir repoussé les objections présentées contre cette manière d'envisager notre sujet ; après avoir ensuite indiqué les causes principales du peu de perfectionnement des sciences morales et politiques; après avoir enfin donné une idée du principe fondamental et de la méthode , tant de l'école philosophique à laquelle je crois devoir rattacher mes principes , que de celle qui leur est opposée , il me semble indispensable de
terminer cette introduction par l'eidmen plus ûp«profoûdi et iout-à-^fait général de la méthode qui dtott présider à Tétude qui nous occupe spécialement^ Ainsi , nous aurons fixé une fois pour toutes la ma-» liière dont nous cfevons traiter non seulement Tou*vrafje des Principes généraux du Droit et de ta Ligistû^ tijOHy mais encore tous ceux qui pourront correspondre ultérieurement aux divisions et subdivisions de là matière.
M. Charles Comte est , je croîs ^ le preittier (i ) i|lli ait insisté d'une manière formelle sur l'application dèf
(i) Voyais son Traité de Législation^ publié en lôaô et 1817^ tome I , chap. I. 11 est juste de dire que les auteurs du Pro" ducteur, dont je n'ai connu les doctrines que postérieurement à la rédaction de cette partie de mon ouvrage^ établissent aussi comme une -des bases les plus importantes des sciences morales et politiques la nécessité de s'appuyer sur Uobsen^or ' éion des faits , ce qu'ils désignent par l^etpression de méthode positii^e. Au surplus, il àe s'agit peiht ibi il'une question d'antériorité , et il arrive tous les jours , lorsqu'il y a une tendance^ généi;ale vers .certaines idées, que les méikics Dpinioàs soient suggérées séparément à diverses personnes. D'ailleurs^ il est bon' de remarquer jîn, cette occasion qu'il y a une .différenceL e^sientiélle entré cette partie m*ême des principes de M. Comte (et cé^i cotrëspôiidans dû Producteur; car M. Comte étàblh eâ principe général '^r^fflitiMé à toUs les temps, q'ù.è 9a hië^ tbode d'observation est la seàle qtii puisse faire feire dé Vtàlb progrès à toute science ^ tandis que les écrivains in Produc^ teur^ par suite d'un système tout particulier sur la marche de l'esprit humain, système que je n'examinerai point en ce moinént, pensent qu'une autre méthode a été non-seulement îèévita%le> -ikiais étfcbre la skiilé dorii^endble Akm lès sièclek passés.
la ipétbpde 4'ob$erpùHm (i) à la 9cieace dit droit ; et cxwiiii^ je auU moins jalouiL de transm^tro dei Idées qui m'appartienneqt que des idées qui me sem^ \>Umt )^9tç^ et bieii exprimées , je cf ois ue ppuvoir mieux faire que de transcrire ici quelques passages des excellentes observations de M. Comte à cet égard, sauf à présenter ensuite quelques réflexions crir tiques aui;* une partie des conséquences qu'il tire du principe établi si bien par lui, conséquences que i^ i^ crois point toutes aussi justes que son principe
Yoîcî d'abord les passages que j'admets sans restriction ;
< Cette méthode n'est point nouvelle ; elle est tous le; jours appliquée avec succès à Tétude des sciences
(i) M. Comte se sert de l'expression méthode analytique au lien de celle de méthode d'oBSERVATioK , que je crois devoir préférer parce que je pause que toute science , ou même tout prdra 4^idéQ3 un peu compliqué , doit s'appuyeif tour à tour sur 1^ deux grandes opérations de Tesprit qu'oq a appelées aneUyso e% synthèse y dont la première cojisiste à voir l'obJQt dans ses détails, et la seconde à le voir dans son epsemble. G>ndillac a eu grandement raison de recommander l'analyse comme une des données indispensables pour l'établissement de tout système raisonnable; mais ce serait tomber dans l'es- .trème opf0i^ que de repousser le seooura de Vautns donnée égalemei^t iiidi3p.cns^ble ^ ç'estrà-dire^c la syntfièse.kM sufpli^s l'on verya.i par le passage même de M. Comte ^ que sqn idpe principale est qu'il faut avant tout étudier les faits 'y qu'il faut -se préserver avec soin des hypothèses gratuites, des systèmes hasardés; en un mot, qu'il faut soumettre là science des lois à ift méâiode éf observation j qui seule a fait faire tant de véritaUm iNno9^ i quelques ^^tf i^ f çieofies. ■ .
naturelles , et même à une partie des sciences morales. C'est à Tapplication qui en a été faite à Tétude de Téconomie politique et de l'entendement humain , qu'il faut attribuer les progrès qu'ont faits ces branches de nos connaissances.
» Ne produisant que d'heureux résultats dans les sciences auxquelles elle est appliquée , étant miéme considérée par les savans comme le seul moyen d'arriver à la découverte de la vérité , cette méthode pourrait-elle être trompeuse ou dangereuse dans l'étude de la morale et de la législation? Il faut bien qu'elle ait paru inapplicable ou dangereuse , puisqu'elle est repoussée , au moins en théorie , par trois classes de personnes qui d ailleurs ne s'accordent guère , par des théologiens, par des philosophes, et par des jurisconsultes.
» On conçoit que des théologiens , de quelque religion qu'ils soient, repoussent l'application de la méthode analytique de l'étude de la morale, et même, dans quelques cas , de l'étude de la législation. Leur^ idées religieuses peuvent leur faire considérer l'emploi de cette méthode comme dangereux , ou tout au moins comme inutile. Ils trouvent des règles de conduite, et quelquefois de gouvernement, dans les livres qui sont la base de leurs croyances religieuses. Ils voient les causes^oe ces règles, non dans les besoins des hommes, ou dans des circonstances accidentelles, mais dans la volonté de l'auteur de leur religion. Ils n'ont pas à en rechercher les effets , parce qu'elles leur paraissent bonnes indépendamment des conséquences qu'elles peuvent produire sur le bonheur du
genre humain. II est bon de les observer par cela seul que celui qui en est cru Fauteur trouve bien qu'on les observe. A quoi servirait à un musulman, vivement persuadé de la vérité de sa religion , de rechercher les conséquences , bonnes ou mauvaises , qui peuvent résulter de Fobservation des préceptes de Mahomet? Si lapplication â ces préceptes de la méthode analytique ne doit avoir pour résultat que d*en prouver la bonté et d'en recommander l'observation , elle n'ajoute rien â la science, elle est inutile. Si elle doit avoir pour effet de prouver que l'observation ne produit aucun bien, ou même quelle produit du mal, elle n'est propre qu'à ébranler la foi des croyans , elle est dangereuse ou impie. Un juif trouvera ce raisonnement vicieux dans la bouche d'un sectateur de Mahomet ; mais , appliqué à sa propre religion , il lui paraîtra sans réplique. Il en sera de même de tout homme dont la religion aura consacré un système de morale, de législation , ou de gouvernement , s'il est vivement persuadé de la vérité de ce système , ou s'il a un intérêt puissant à -le soutenir.
» L'application de la méthode analytique à l'étude de la morale est quelquefois repoussée , même par des théologiens dont les principes moraux n'ont rien à craindre d'un examen approfondi. La raison en est sensible. : le résultat de l'analyse , ainsi qu'on le verra plus loin , est de convaincre les hommes qu'il leur importe d'avoir de bonnes mœurs indépendamment de telle ou telle opinion particulière. Une telle conviction ne porterait sans doute atteinte qu'à des réH^ gions malfaisantes, et elle serait pour toutes m motif'
de plus de se bien conduire. Elle ferait perdre ce« pendant à certains dogmes , et à ceux dont la mission . est de les enseigner , une partie de leur importance temporelle. On ne pourrait plus dire que telle ou telle opinion religieuse est le fondement exclusif des lois et « des bonnes mœurs ; un moUak y par exemple , ne pourrait pas prétendre qu'il est impossible d'avoir de la probité si Ton ne croit pas aux miracles de Mahomet et à la vérité du Coran.
» Une autre raison doit faire repousser la méthode analytique par les systèmes théologiques qui ont consacré des principes d^ légisbtion , de gouvernement, ou de inorale. ^Lorsque de pareils systèmes sont formés , il n'y a plus de progrès possibles pour l'esprit humain , à moins que les religions qui les consacrent n'admettent des interprètes de la volonté divine , dont la mission soit de faire subir aux mœurs et aux insti-. tutions les changemens dont les progrès des lumières démontrent la nécessité. En pareil cas , pour changer une loi ou une maxime de morale, il ne suffit pas de prouver que ce changement est avantageux au genre humain; il faut prouver dé plus qu'il est commandé ou du moins autorisé par la Divinité , preuve qui devient d'autant plus difficile à faire que les honunes sont plus éclairés. On a attribué à l'ambition des prêtres l'état stationnaire des peuples soumis à des gouvernemens théocratiques ; un tel état est une conséquence inévitable de la nature même de ces gouvernemens. Les principes de la législation et les règles dç la morale, étant le résultat d'une volonté supérieure , sont hors de l'influence de la raison ; ton-
tei^ de les modifier est un acte dlinpiété , môme dans les ministres de la religion ; en inspirer le désif c'est ébranler les fondemens de Tédifice tout entier.
» On aurait tort d'attribuer toujours à la mauvaise foi et à l'intérêt personnel la répugnance qu'éprouvent les ministres de toutes les religions à voir appli*^ quer aux sciences morales la méthode qui a fait faire des progrès si rapides aux sciences naturelles. Il suf-^ fit y pour que cette répugnance existe, qu'ils soient vivement persuadés de la bonté de leurs principes de morale , de législation , ou de gouvernement , et qu'ils aient peu de confiance dans le jugement des hommes. On leur a parlé si souvent de la faiblesse et des éga* remens de la raison humaine , qu'il est tout naturel qu'ils s'en méfient , et qu'ils ne veuillent en permettre l'usage que dans les cas où, la foi ne peut pas les di-^ riger. Le raisonnement ne saurait paraître un guide bien sûr à des hommes qui font un devoir à leurs semblables d'humilier leur raison, et qui leur en donnent souvent l'exemple.
» Mais s'il est naturel que les ministres de toutes, les religions préfèrent , en général , la méthode théologique à la méthode analytique , il n'est pas aisé de comprendre que^ des philosophes , qui n'admettent pas la première , rejettent cependant la seconde. Re-^ {K>usser tout à la fois de l'étude des sciences morales , et l'autorité de toute religion positive, et l'autorité qui résulte de l'examen des faits, est un procédé si étrange,^ qu'on reftiserait de le croire possible si l'on n'en avait pas des temples. Des écrivains, qui ne pensaient pas que tous les livres religieux fussent des guides in-v
faillibles, ont fait de très-longs raisonnemens pour prouyerque dans Tétude des sciences morales il fallait consulter le sentiment j et ne pas raisonner. L'application de la méthode analytique à l'étude de ces sciences leur a paru plus dangereuse encore qu'aux théologiens ; ils lui ont attribué la plupart des yices ou des crimes qui ont déshonoré le monde. Ces écrivains ont voulu en x[uelque sorte proscrire l'emploi de Fintelligence , et consulter exclusivement , tantôt le sentiment intime , et tantôt le sentiment religieux ; ils ont prétendu que ces sentimens dirigeaient l'homme d'une manière si sûre , que s'il n'était pas égaré par sa raison ils pouvaient dans toutes les circonstances lui faire distinguer une bonne d'une mauvaise action
» Il est une autre manière d'écrire sur les sciences morales , qui a été souvent employée par les philosophes j et qui n'a pas encore cessé de l'être , surtout en politique. Elle consiste à se créer par la force de l'imagination un système particulier, et à y ramener ensuite les faits que l'histoire nous présente. Cette méthode a été mise en pratique dans presque toutes les sciences , et elle en a été repoussée à mesure que l'art de l'observation a fait des progrès. Les hommes ont commencé par chercher à deviner la vérité, et ce n'est qu'après être tombés dans de nombreuses erreurs , et avoir épuisé en quelque sorte le nombre des suppositions , qu'ils ont pu se résigner à observer les faits et à en suivre l'enchaînement* Les écrivains moralistes et politiques n'ont pu se soumettre encore à cette nécessité; ils repoussent une méthode qui doit arrêter l'essor de leur imagination , qui ne laissa au-
cune place au génie d'inTention , et qui les condamne à de longues et pénibles études. Que resterait-il en effet dans la plupart des ouvrages de morale ou de législation, si Ton en supprimait tout ce qui ne serait pas un fait bien observé , ou la déduction exacte d'un fait?
> Les jurisconsultes , au moins pour la plupart , ont repoussé de l'étude des lois la méthode d'observation avec autant d'énergie que les philosophes* Us ont adopté un certain nombre de maximes , auxquelles Us ont donné le nom de lois naturelles y et ils n'ont admis comme justes que les déductions tirées de ces maximes. Us ne se sont pas accordés , il est vrai , sur le nombre qu'il fallait en admettre ; les uns les ont multipliées à l'infini, et les autres les ont réduites à presque rien; mais cela ne les a pas empêchés d'être d'accord sur le fond du système. U est vrai aussi que plusieurs de ces maximes ont été méconnues en pratique, non seulement par des multitudes d'individus , mais même par des nations entières , et que des philosophes en ont contesté la vérité , même en théorie ; mais cela n'a pas empêché de souteoir qu'elles étaient reconnues par le genre humain. Et il fallait bien le soutenir^ puisque si l'on avait cessé de les considérer comme la base de la science de la législation, nul n'aurait pu dire sur quoi pouvait reposer cette science, ni même en quoi elle pouvait consister.
» Enfin d'autres ont voulu fonder la science de la législation et de la morale sur la, justice y ou sur le devoir; ils ont voulu écarter toute considération d' utilité, de plaisir ou de peine. Us ont mis le devoir à la
place du droite qui leur a paru trop su^cepUl>le ou trop périlleux , et ils out espéré qu'ils allaient ipçttre ainsi le genre humain en paix a\ec lui-même, ei^ changeant deux ou troi3 mots.
> Ilyadanstouscessystèmesunfonddebonne^ wteu-. tiens, qu'on ne peut|assurément pas méconnaître; maif, sous quelque point de vue qu'on les considère , on ne saurait y trouver , ni une science, ni une métf^ode scîfiîjifique. Et qu'on ne se hâte pas de conclurç de la que j pour s'instruire dans le3 sciences morales, il est nécessaire de n'avoir point de règles, de mépriser la justicoi de ne tenir compte d'aucun devoir. Qui pourrait avoir une telle pensée? La question n'est pas de savoir s'U faut se conformer à la justice , s'il est des devoirs qu'il faut observer, des droits qu'il faut respecter, des ïDaximes ou des principes qu'il est bon de mettre en pratique ; elle est de savoir quelle est la meilleure mér thode pour arriver à la découverte de ce qui est juste i^ de ce qui est droit, de ce qui est un devoir^ On tomr beraitdans une étrange erreur si l'on a'imagi)aajt que, pour enseigner la morale ou la légiâlation aux hommes^ il suffit de les convaincre qu'ils^ doivent être justes ,1 qu'ils doivent observer leurs devoirs, qu'ils doivent être moraux. Cette erreur ressemblerait à celle d'un professeur de mathématiques qui croirait que , pour faire de ses élèves de grands mathématiciens , il lui suffit de les convaincre qu'ils doivent toujours être justes dans leurs calculs. Il pourrait employer beaucoup de temps et de talent a leur faire comprendre cette grande vérité; mais si, après les avoir persuadés, il ne leur disait pas un mot ^ur la manièyre d<mt
Qs doivent s'y prendre pour câlfculer, îl les laisserait aussi iguoiraiis qu*il les aurait pris. Des règles ou dçs maximes de législation et de morale doivent sortir sans doute de la science, comme les règles qu^on observe dans les arts sortent des recherches des sa vans; mais slinaginer qu'on fera sortir une science d'un certain nombre de maximes, au lieu dé faire sortir les maximes de Tobscrvation , est la plus vaine des prélentioiis.
» Mais la méthode analytique est-elle réellement applic^le aux sciences morales? Peut -on soumettre A Tobservation toutes les causes , physiques ou morales ) qui influent sur la prospérité ou sur la décadence des peuples? Peut-on y soumettre les actions , les habitudes , tes institutions et les effets qui en résultent , comme on peut y toumettre des corps organisée? Iiocke , jet après lui Gondillac , ont appliqué cette méthode à Fétude de Fentendement humain , à là formâtiôU de nos idées , au mécanisme des langues. Or, il serait difficile de concevoir comment une inétimàe qui nous conduit à la découverte de la vérité, quand nous Fappliquons à Fétude de nos idées, ne serait prbpre qu'à nous égarer quand nous FappliqUons a iSétude de nos actions. Adam Smith , et après lui J.-B. Sày, ont fait Fapplicatioa de la même méHiôde à fétude de Féconomie politique ; et ce n'est tpie 'depuis la publication de leurs écrits que Féconomie pôKtîque a acquis le caractère et la certitude d une véritàt^e science^ La méthode qui nous fait voir comment les richesses d'une nation se forment, se distri-' blient, se ' dëtrûîseiit , ne saurait-elle nous faire voir
avec la inême certitude les effets que produisent les institutions humaines sur la prospérité ou la décadence des peuples? Une partie de Téconoraie politique n'est-elle pas même consacrée à nous faire connaître les effets de certaines lois , ou de certaines institutions sur les richesses des nations , et par conséquent sur leur prospérité? Et y a-t-il quelque raison de croire qu'une méthode qui a fait apprécier avec tant de justesse les effets d'une partie considérable de la législation, sera trompeuse si on l'applique aux autres parties de la même science?
» Il n'y a qu'une manière d'arriver à la connaissance de la vérité , c'est l'observation des faits. Le botaniste qui étudie une plante, l'anatomiste qui étudie Torganisation physique de l'homme, et le moraliste qui étudie les causes , la nature et les conséquences d'une action ou d'une habitude, suivent exactement le même procédé. Tous décrivent les choses ou les phénomènes qu'ils ont sous les yeux ; la méthode est la même , la différence n'existe que dans les objets auxquels elle est appliquée. Si les descriptions qu'ils nous donnent sont exactes et complètes, ils forment véritablement des sciences; si , au lieu de décrire des faits , ils nous donnent des suppositions ou des hypothèses ; si , au lieu de nous faire connaître simplement ce que les choses sont et ce qu'elles produisent , ils cherchent à nous inspira de l'affection ou de l'éloignement pour telle chose, telle forme particulière , ou tel genre d'actions , on ne peut plus les considérer comme des hommes qui étudient une science, et qui veulent lui faire faire des progrès; ce sont des hommes plus ou moins ingénieux i
plus ou moins éloquens , plus ou moins estimables , selon le but qu'ils se proposent ; mais ce ne sont pas des hommes que les sciences puissent reconnaître.
» Les hommes qui créent des systèmes par la puissance de l'imagination , et ceux qui nous exposent ce que les choses sont , font tous également usage des faits 5 mais ce n'est pas de la même manière. Les premiers les appellent à l'appui de leurs systèmes , et leur en donnent la couleur ; ils écartent ceux qui y sont contraires , ou les expliquent de manière à rendre le témoignage nul. Ils ne se livrent ordinairement à la recherche des faits que lorsque leur système est complet , et qu'ils s'imaginent n'avoir plus rien à apprendre. C'est une espèce de complaisance qu'ils ont pour leurs auditeurs ou pour leurs lecteurs , desquels ils n'osent pas exiger une foi aveugle. Ils procèdent comme des avocats qui cherchent dans les écrits des jurisconsultes des autorités , non pour se former une opinion , mais pour défendre leur cause; quel que soit le résultat de leurs recherches , ils n'en défendent pas moins les intérêts qui leur ont été confiés.
» Lorsqu'on se borne , au contraire, à l'observation et à l'exposition des phénomènes de la nature, on écarte toute opinion, tout système arrêté d'avance. On est convaincu qu'on ne sait rien aussi long-temps qu'on n'a pas étudié chacun des faits sur lesquels on veut faire porter ses recherches. Les jugemens ne se forment qu'à mesure qu'on avance dans 1 étude des faits ; ils sont des résultats de l'examen auquel on se livre j mais les résultats sont hnprévus et ne dépendent en rien de notre volonté. L'opinion qui résulte
dans notre esprit de TobserYation d'un Fait est aussi indépendante de nous que l'impression de la chaleur, des sons , ou des odeurs , lorsque nous exposons nos organes à l'action de corps chauds , sonores , ou odorans. Il n'est pas rare qu'en se lÎTrant à une recherche on arrive à des conséquences inattendues , contraires à nos idées , à nos intérêts , ou à nos espérances. On peut bien alors foire un nouvel examen , recommencer ses expériences ; mais si le même procédé amène toujours les mêmes conséquences , ii nous est impos* sîbledene pas rester convaincus. IN ous pouvons cacher notre opinion , ou même manifester une opimon contraire 5 mais c'est là que se borne notre puissance. H est possible de croire sur le témoignage d'autrui , SI n'est pas possible de croire contre le témoignage des faits.
» Il résulte de cette manière de procéder tju'on ne tient aux opinions qui se ^ont formées dans notre esprit qu'aussi long-temps qu'on les croit vraies, et qu'on est disposé à les abandonner aussitôt qu'on commence à douter si les observations qui y ont donné naissance ont été bien faites. Comme il n'est en la puissance de personne de changer la nature des choses, ou de faire que , dans telle circonstance donnée , td fait ne soit suivi de telle conséquence , les vrais savans ne s'inquiètent ni des contradictions qu'ils éprouvent, ni des critiques dont leurs écrits peuvent être l'objet, ni même des obstacles que leur opposent les préjugés populaires. Ils sont bien convaincus que la vérfté , par là force qui lui est propre , finira par vaincre totrteg lés désistantes , et qu'une fois qu'eBe a été dé-
montrée elle oètiiiciestioiclibte, IVit-elke nepousjiée par le monde entier , et désavouée par Celui même qui la découverto: Qùatid Qalilée eut démontré le mouvoméût <}iB lu teM*e , de fat uti fait coD^tr'* , qui ne. put èfpedétmit, nlpar lautorité dt»*la Bihlc^ ui paria puiSBanpe-de régliseTOtiiaiiie, ni.par les prcju^>s po^ pukires^ nipat^leis illusions ^cte nos sons,: nimiêmepar lé dédàveu d$ routeur de la 'décoin'êrte ,• et cfniiri fini paf dtt« reeoraau pw* o^nik -irièmes x{uiciX)L]y:aieat le plÛB g[rai|d intérêt â le cotiie^ter: '■-':. ■. . ;.. i ' » Cetteséîcâtriljé quHnspire la Tériïé à ceux qui la recherchent^ les eiiipêche de refcckatir à * des. moyeai violens poi^r faire adopter léurstbpinions^ lors inéiile qu'Us pourraient en mettre dei pareils en usage. Ils se bornent à exposer ceqùelcs choscsiftont, sans; se li-' vrei^ à des dëclamations, et même sans se mdtrélJeauH coupon peine sir^on cnidçpteouTiim les prôcëdés qu'ils ont découverts: ; ils savent que la tendance dui^onM humahn viets sa prospérité- a plus de 'fiorcé qiib tou& Ids orateurs du monde; et lorsqu'une vérité utile a été découverte et démontrée , ce n'est pas la faute de ceux qui la coùnaissent s'ils ne la mettent pas en pratique. Si l'on -découvre , par exemple , que tel procédé dans les artsproduit.une économie, de temps, de forces ou de capitaux, il n'estpas fort nécessaire de recourir à des moyens oratbives pour détermineî' les fabricans à né paft i^erdre leur temps, à ne pas faiire un emploi isLu-t tile de forces , ou à . ne pas dissiper san^ fruit leprs capitaux; Si l'on découvre et si Ton démontre qile fiel remède- fait cesser, telle douleur , ou |^érit tellemàla4die, oh n'» besoin iiîid'exbortartit)ns'fiS d'autoritjjf
pour déterminer des personnes qui souffrent à mettre un terme à leurs douleurs, et à recouvrer la santé.
« Ge n'est pas avec cette simplicité que procèdent les hommes qui veulent faire adopter un système produit .par l'imagination , ou enfanté par l'intérêt personnel. <jeux-ci ne croient jamais que l'exposition de leurs idées ait par elle-même assez de force poujr produire la conviction. Après avoir employé le rat* sonnement, lorsqu'en effet ils veulent bien se donn» la peine de raisonner, ils mettent en usage toutes les ressources de l'éloquence , et quelquefois même de l'invective. La contradiction les offense et les irrite , et ils sont toujours disposés à imputer à ceux qui ne partagent pas leurs opinions de la mauvaise foi, de mauvaises intentions , ou tout au moins un aveugle*ment déplorable. Us veulent suppléer par la puissance de l'autorité publique à ce qui manque de force à leurs raisonnemens ; et c'est parle supplice des incrédules qu'ils cherohent à.porter la conviction dans l'âme des sceptiques. »
« Mais , quoique les sciences morales ne puissent se former que par l'observation des faits , l'étude en est infiniitnent .plus difficile que l'étude des sciences physiques. Un physicien est maître de la matière sur laquelle il fait ses expériences ; s'il a des doutes sur la justesse de telle ou telle observation , s'il né lui parait pas clairement démontré que tel effet doive
être attribué à telle cause, il peut répéter ses expéri^ices jusqu'à ce qu'il soit arrivé à une certitude complète. Les effets sont en général assez rapides et assez rapprochés des causes qui les produisent, pour que le savant qui les étudie puisse en voir la liaison , et n'ait jamais besoin de s'en rapporter au témoignage d'aiitrui. S'il peut se tromper, il n'a pas du moins à cramdre les erreurs des autres , car il peut voir tout ce qu'ils ont vu , et refaire les expériences qu'ils ont
» Dans les sciences morales et politiques on ne trouve pas les mêmes avantages ; les savans ne disposent pas des ' peuples comme les chimistes disposent de la matière. Us peuvent faire des observations sur les faits que l'histoire a constatés, ou dont ils sont eux-mêmes les témoins; lùais il n'est pas en leur pouvoir j soit de faire de nouvelles expériences , soit de répéter ceUes qui ont été faites en d'autres temps ou en d'autres lieux. A' la vérité , les gouvememens , c[ui ont aussi leurs systèmes , n'agissent guère sur les nations que eomme sur une matière expérimentale ; mais leurs expériences sont toujours faites dans le même sens, et dans la vue d'arriver à un résultat qui n'est pas toujours avoué. Ils n'accordent pas à ceux qui ne sont ij[>âs convaincus de la bonté de leurs procédés la faculté de faire des expériences contraires. La liaison entre leb effets et les causes n'est pas d'ailleurs aussi aisée à démontrer dans les sciences morales que dans les sciences natiïreîles ; d'abord parce ({u'un grand nombre de causes agissant en même temps mr un peuple , il est difficile de dénîêler les
riTets qu'il faut attribuer à chacune d'elles ; et en second lieu , parce que Fintervalle qui s'écoule enti« !<• moment où une institution est établie et Iç moment où il est possible d'en apprécier. les résultat», çstsou* vent trop long pour bien suivre TenchsilDement des faits, et pour que le même individu quli H: vu.commencér la. cause puisse être témoin, dç^'- résuhats. Souvent aussi il est impossible de se tjrani^porter sur les lieux qui sont le théâtre des faits; la vie. d'un homme n'est point assez longue pour lui pern^içttre de visiter tous les peuples du miofude ; :et quand même il vivrait assez long-temps , l'ignorspiçç, des langues ou le défaut de fprtune Iqmettrai^t daiiQ, l'impossibilité de vérifier les faits pfu: lui-même. Dé Je la né*cessité , pour les hommes qui s'occupent des sciences morales , de s'en rapporter au témoignage des historiens ou des voyageurs, nécessité à laquelle. ne sont pas assujétis , en général , les hommes qui se livreiït à l'étude des sciences naturelles. ..
» L'espèce humaine est douée d'ailleurs d'une si grande flexibilité ; elle porte en elle-même des prin-* oipes de conservation et de développement si énefgjr ({ues, que si elle ne prospère pas également dans toutes les positions* il n'en est du moins aucune pu. elle ne puisse se conserver. Elle s'habitue à tous les climats, so nourrit de toutes sortes d'alimens , se fait, des , vêtenions ou des abris de tout ce qui peut la garaïnti]^ des injures du temps, et obéit à tous les gouvQrnemens qtio rignorance, le caprice ou la force l^i imppseikt. Siiumise à des institutions qui la gênent de mille n^anicK^s, et qui ne semblent propres qu'f: k^^truii^ ,
elle trouve souvent en eUe-méme ic moyen d'eJi paralyser Figfiet, et prospère malgré les lois cjai ne tendent iju^à la faire dépérir. Les hommes qui profitent des abui(, ou qui espèrent d'eii profiter un jour, ne manquent pas de dire alors que les lois qu'ils ont faites , ou qu'ils soutiennent, sont la cause de sa prospérité, et il se trouve toujours un grand nombre de gens qui ajoutant foi à leurs discours et qui les répètent.
» Les d^stacles qu'on rencontre dans l'étude de la morale privée sont moins grands que ceux qui s'opposent à la formation des sciences politiques. Il est plais facile de voiries causes et de.calcrder les effets d'une action , ou d'une habitude privée , que de voir ks causes et dé' calculer les effets d'une loi qui régit une nation. Ces causes sont moins nombreuses, moms éloignées ; ces effets sont moins divers , moins étendus , plus rapprochés ; on peut les constater sans recourir au témoignage d'aûtrui, et l'on n'a par conséquent à^se mettre en garde que contre ses propres erreurs. Pour exposer les causes et décrire les effets d'une loi ou d'une institution politique , il faut quelquefois consulter l-histoire d'un peuple qui a cessé d'exister , ou se transporter chez un peuple cpii vit à une ^ande distance; mais pour indiquer les causes et déerire les effets d'une action ou d'une habitude privée, il suffit souvent de regiarder autour de soi. Enfin les intérêts qui s'opposent aux progrès de là morale privée sont nioins puissans que ceux qui s'opposent au perfectionnement des institutions publiques. Tel individu qui compromettrait sa fortuné
et même $a vie pour soutenir une instîtutton vicieuse, serait 9U désespoir s'il voyait son fils , sa femme ou sa fille se livrer à une habitude déshonorante. Il doit
donc y avoir plus de certitude dans les jugemens qu'on porte sur les actions privées que dans ceux qu'on porte sur lesiois ou sur les institutions. On doit aussi^ parles mêmes raisons^ mettre dans la discussion des questions de morale moins d'animosité que dans les questions de législation ou de politique. Enfin les premières, d^ ces questions doivent être à la portée d'un plus grand nombre; d'esprits que les secondes.
» Mais, quelque difficile qu'il soit de réduire à l'observatioi;! et à l'exposition des faits la science de la législi^tion et de la morale , cela n'est cependant pas knpossible ; peut-être même le nombre des faits qui ont été constatés est-il assez grand pour qu'on puisse donnfsr à plusieu]:s b^ranches de ces deux sciences le même degré de certitude qu'on a donné aux sciences naturelles. Depuis un demi-siècle, en e^fet, les savons ont recueilli une quanjtité si prodigieuse de fait», nouveaux , et l'esprit humain a fait des progrès^ si immenses, que des questions qui divisaient les hommes les plus savans du siècle dernier, peuvent être résolues aujourd'hui par des hommes d'une capacité fort médiocre , et que , sans être doué d'une sagacité ex* traordinaire , on peut découvrir dans les plus célèbres de leurs, ouvrages, de graves et nombreuses arreurs.
• Et pourrait-on s'en étonner lorsqu'on songe axn moyens que nous possédons et qui leur ont manqué? Depuis moins d'un demi-siècle , toutes, les sciences
oftt agi les unes sur les autres, et se sont prêté des secours mutuels; Tétude de rentendement humain nous a appris à donner de la précision au langage , et nous a mis en possession d'une nouvelle méthode; les progrès de Téconomie politique et de lart de la critique ont porté la lumière dans Fhisioire des peuples anciens et de» peuples modernes ; l'histoire naturelle, la navigation et le commerce nous ont fait connaître des peuples nouveaux sur lesquels on n avait pu former que des conjectures ; des lois dont la description ne se trouvait que. dans des milliers do volumes, et qu'on était accoutumé à révérer comme des oracles de la sagesse , ont été discutées , systématisées, réduites à l'expression la plus simple; enfin des hommes qui avaient étudié la législation en jurisconsultes , en ont fait la critique en philosophes, et nous ont indiqué le moyen d'en constater les bons et les mauvais effets.
B II faut ajouter à ces moyens que les sciences nous oiït fournis, l'expérience que les révolutions nous ont donnée. L'indépendance de l'Amérique du nord a donné naissance à des gouvememens dont les anciens n'ont eu aucune idée, et dont les modernes Européens n'auraient pqut-étre pas cru l'existence possible si l'expérience, ne les avait pas convaincus ; la formation d'un. monde nouveau , plus étendu que l'ancien^ destiné à être un jour plus populeux et plus riche, possédant ou aspirant à se donner des gouvememens paiement éloignés des formes européennes , des formes asiatiques , et des formes des anciens peuples de la Grèce et <le Rome , nous fait perdre une partie
de notre ûnportaiice ^ et ébjnànle la confiante que ni»«â arions dans rinfàillibilité dé nosinluaimeafMEdi^ tit[ue$f ; ksréyoliiiiiÔBS et les coiitre--rèvbhJrtiops qu'ont subies' ki( 'Franco, FEspaj^e 9 Fltalie, l'AJlenKigne^ la Suisse:; la Htdlânde ^ dans uii espace d environ tFeni« afiiBées , ont déraciné'ourenversé nos irielUea iu^itutiotis , et chanfgé jusqu'à nos habitudes ; les guerres auxquelles ces révolutions ont ddiiné naissance y ont fait passer altematÎTeroent les peuplesi les >uns sur le territoire des autves;, et ont ainsi mis les hommes les plus ignorans i même de comparer leur état a cehii de leurs voisins. La décadence dii systètue colonial , accélérée par les pbogrès des lumières et pdrllinéé* pendance; du continent américain , à retivërdé les^Iois et li^s np:^axiihè8 çoknmercialeiï. Enfin la ^liberté dei opi- QVû^s religieuses et politiques y la'multiplicatiDn'et'iai diffusion des ouvrages philosophiquèè> et ie»-ehail-* gemens opérés par les gouvernemens mêmes qui prd^ tessent pour les innovations une haine Violenté , ont âChePvé de déttruire -la confiance àù qu avait dans les anciennes doctpinèfif^ et nafîs presque hors d'usage le& écritii dans lesquels .eiies. étaient exposées. Vf •> . .
'Ap|:^scettOfl«zi^gne,inais intéressante citation 9 qui pieiirit' teOeinent 'ma;propi'e;'peiisée'X3[ue je ne saurais y changer uil ^euJr^iriotîsans nuire au bikt même (fàe je dois'm^prôpoaec, qufU mê soit .permis d-examiner; ainsi qubije-^raî annonbé, la partie dfqjs.iopiaiOiiS'; de M. Comte/que je be puis partag^er v et jqulest relative aux cpuséq^uk^f^'du firîi)<âpie[^ue j'>d«^ av!^(^M( ., ]Vf; (^V)mièfjdè8 les pr!^mie;r4> mots de sa préface, aul]OKi;ce,'qu'(»LT)«!.' doit point.espéeerdertrouVer dàn&
SOU ouvrage des règles çur Fart de faire des lois ou d eu interpréter.; e(, daus plusieurs endroits subsèquens (i), il revient sur cette idée, eu ajoutant que ce serait manquer à la bonne méthode que de vouloir, dans un traité de législation , tracer des règles , ou mdiqtier des devoirs sur Tart de gouverne^:* les hommes. S'il s'était borné, comme dans quelques autres passages (â), à dire que les règles , les devoirs, les principes ne doivent pas être présentés avant les faits qui sont propres à Ifsur servir de base, et qu'on a tort, dans tous les cas, de les imposer arbitrairement , alors je souscrirais pleinement à son opinion ; mais il n'eu est PjEis ainsi ) ^^ c'est d'une manière absolue qu'il s'élèvcî contre toute indication de règles ^ de devoirs^ de principes dans la science dont il s'agit , et même dans une science quelconque. Ce qui prouve que telle est bien aa pensée, -c'est l'assertion qu'il émet, par voie de comparaison , pages 3 1 7 à 3 1 9 , que « les hommes parlent correctement sans avoir jamais lu de grammaire , sans avoir étudié les règles du langage , et qu'on se laisse diriger par les principes de l'hygièiie sans les avoir étudiés et sans les consulter. > Or, c'est contre une teille ppiaîcNQ j ainsi déterminée d'une manière bien positive, que je vais présenter les observar âona suivantes :
Pour suivrte moi-même la méthode analytique dans cette discussion, je commencerai par l'examen des feits sur lesquels repose- l'assertion ci-dessus : je d&r
(0 Voyèi pâge^44 > a58ei nSg, et 817 à 3ig.
('i) Yoyez pages 34B ^ u53.
manderai d'abord s'il est bien yrai que les hommes qui ont étudié la grammaire ne parlent pas, et surtout n'écrivent pas mieux que ceux qui l'ignorent complètement 5 et si ceux qui se sont imposé de bonnes règles d'hygiène , soit par leurs propres réflexions , soit par le fruit de leurs lectures , soit enfin par prescription de gen» de l'art , ne se portent pas mieux que ceux qui ne suivent dans leur régime que l'aveugle impulsion de leurs appétits. En second lieu, je ferai observer qu'il y a vraisemblablement une méprise dans l'application des raisonnemens de M. Comte à certains exemples qu'il choisit : il ne s'agit point de savoir si celui qui fait un traité de législation indiquera des règles ou des devoirs aux hommes en généralj mais s'il les indiquera à ceux qui s'occupent spécialement de cette science, ou bien à ceux qui concourent , soit à la confection , soit à l'interprétation , soit à l'application des lois. Telles sont les classes d'hommes auxquelles un écrivain cpii a le bonheur d'être remonté aux vrais principes ^ d'avoir reconnu les véritable» de^ vairs, les véritables règtes de législation , ne doit ces- ' ser de les faire remarquer et d'en faire saisir les avai^ tages. Encore peut-on ajouter qu'il importe beaucoup au bon gouvémement des hommes que ceux mêmes qui n'auraient aucune part directe à l'administration publique, sachent quels. sont les devoirs de ceux qui en^sont. chargés y. qu'ils connaissent les yxdX^ principeè du gouvernement ^ aittsi que ks règles de direction sans lesquelles ces principes ne seraient pas appliqués, ou seraient viciés, ie pense donc, sous tous les rapports, qu'il est strictement conforme à la méthode,
7î> d'dbseryation de faire remarquer et les véritables principes de la science des lois , et les véritables de* voir9 de ceux qui sont chargés de les faire , de les appliquer, ou de les interpréter, et les régie» les plus 8Ùres pour arriver d'une manière convenable au but de la société ; mais , )e le répète encore avec M. Comte , il faut que tout cela soit fondé sur un examen préalable et approfondi des faits , dont je conviens aussi avec lui que les principes et les règles ne doivent être que les conséquences.
Je crois que Fécrivain distiogué dont je viens decritiquer une opinion qui me semble une erreur grave, n'y a été conduit que par l'aperçu trop fréquent de l'extrême opposé. Parce qu'un trop grand nombre d'auteurs ont cru pouvoir commencer leurs ouvrages par une exposition de principes qu'ils n'avaient point suffisamment déduits des feits ; parce qu'ils avaient prescrit des devoirs et des règles arbitraires , il a été porté à conclure qu'il ne fallait indiquer aucun devoir, aucune règle de direction. Je ne conteste pas qu'on ne puisse encore faire un ouvrage très- utile en se bornant à exposer les faits et à en faire remarquer les conséquences, bonnes ou mauvaises, et même à ex-poser les faits seuls , sans donner aucun jugement sur leurs résultats ; mais je pense qu'un tel ouvrée ne serait point un traité complet de la science du droit ; oe n'en fierait qu'une partie , indispensable sans doute, mais qui ne constitue pas la totç^ité. Pour avoir tout le fruit qu'on doit attendre d'une telle œuvre , il faut d'abord présenter scrupuleusement Jos faits, puis (aire voir leur enchaînement , ainsi que leurs vérita-^
blefr causes et leurs véritables conséquences; il faut ensuite faire observer certaines vérités générales qui dominent.sur toute lia science ou sur une partie notable, et qu'on a bienounial appeléieft'de8;irfni:t;>«r(i); il faut enfin indiquer lès vrais devoirs qui résultent de ces principes , ainsi que lés règle» de direction qui semblent le plus propres à la satisfaction de ces de^ voirs. Mais M. Comte lui^mêniîe ne nous indique t41 pas une RÈGLE très-utile en nous faisatit voir que la méthode analytique est applicable à la science législative • comme' à toutes les' autres sciences? Le principe qui la conduit à recommander cette règle jAér coule de l'observation constante du fait qu'on ne peut 4Qnner de bonnes lois, ou en réformer de mauvaises, -qu'après avoir étudié les effets de certaines directions de nos actes; jet le devoir qui en résulte pour les lé^ gislateurs^ en supposant, ce que je croiâ incontestable, qm&.; cette règle soit juste, est qu'ils doivent la suivre sous peine de s'exposer à manquer le but, puisqu'ils omettraient le seul moyen assuré d'y parvenir. I
Après avoir examina cette question avec toute l'attention que mérite le sujet, ainsi que Fauteur que favâisâ<;ombattre partiellement, je croîs n'avoir plui rien d'essentiel à ajouter dans cette introduction, déjà bien longue; et que je ne crois cependant point excéder ses véritables bornes ; car il me semble que l'introduction d'un travail qui est bérissé de tant de
(i) Voyei ce que je dis moi-même & cet égard dans le § I* d^.ce^tc i^iroductÎDQ.
difficultés doit contenir tout ce qui peut éclairer la marche du traité même, sans directement en faire partie. Je crois donc avoir rempli un préliminaire indispensable en faisant voir d'une manière approfondie toute l'étendue du sujet que nous avons à traiter , ainsi que la seule méthode qui me paraisse propre à en faire apercevoir les véritables rapports. Si je ne me trompe , cette manière de procéder nous évitera par la suite bien d'autres circuits , ainsi que des' répétitions fatigantes , en même temps qu'elle contribuera à l'intelligence plus parfaite des principes que nous avons à établir.
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umiu ^orttttc.
DÉS PRINCIPES DU DROIT , ET DE LEUR RAPPORT AVEC CEUX DE l'idéologie, DE LA SCIENCE MORALE, ET DE l'ÉGO- IVOMIE.
J'ai déià, daùs 1 introduction , fait voir d'une manière sommaire la liaison qui doit exister entre ces trois branches principales de nos connaissances; mais l'aperçu de cette liaison ne peut acquérir tout le développement qui lui est nécessaire que par l'exposition des principes respectifs de chacune de ces branches , et c'est ainsi seulement qu'on pourra voir d'une manière claire et ^nanifeste le croisement et les points de confusion de ces principes. Quant à i l'ordre de cette exposition , celui des idées mêmes I nous obligera à commencer par les principes de Yidé<h . logie^ après lesquels viendront ceux de la morale , puis ceux de Yéconomie^ le tout avant de pouvoir déterminer en quoi consistent ceux du droit et de la
On concevra facilement que je ne puis offrir ici une démonstration formelle et complète des principes|qui sont propres aux trois branches dont l'étude , selon moi , doit précéder celle du droit. Ce serait entre-
prendre autant de traités particuliers de cei| diverses sciences , et cette tâche m'éloignerait trop de mon but actuel , qui est spécialement un traité des principes GENERAUX DU DROIT ET DE LA LEGISLATION. Je Crois
donc devoir me borner à présenter sur l'idéologie j la morale^ elYécof{omie^ une certaine série de propositions relatives à mon sujet , propositions que j'emprunterai notamment à M. de Tracy , et que je crois pouvoir considérer comme de véritables axiomes. En effet , les PRINCIPALES de ces propositions me semblent avoir été démontrées sans réplique dans lesElémens d'idéobgie; et quelques autres, que j'établirai moi-même, seront le résultat d'une déduction stricte des premières. Cependatit je combattrai , chemin faisant , plusieurs objèctîond majeures, et je présenterai, quant- à là science murale et quant à Y économie , des développemens que Fauteur n'a pu comprendre lui-même dans ses travaux. Pourquoi faut-il qu'une infirmité Cruelle soit venue les interrompre (i)! Pourquoi faut-il qu'il n'ait pu lui-même conduire le fil de ^ës idées au moins jusqu^à la lîinite qui sépare là sô(eiîce îhorate . de la science l^slatîve ! Sa main, plus ferme et pluà habile, eût enclîainé d'une matiièi^ irrévocable ces deux branches importantes de nos connaissances. Cependant rassurons-nous, il à fait assez pour que' <f autres après liiî parcourent l'intervalle qu'il n'a pu franchir entièrement. Certes*, le succès est dilËoile après un tel modèle , mais il est digne des plus liobles
(f) Depuif iprës de dix ans M. Tracy est presq,U9: Qlttière-* ment privé 4^ la vue ; il a même étq .peodiaat que^que^ tempai totalement aveugle. ;il.-.i<
èffdHb.^' Aufoui-d'hui clù moins là Vôiitè è^ tracée , et le géùiè du maître soutiendra là faiblesse de& disciples. "• •
É!vpôsitio7i dé^ 'principes spéciaux à t'idéolft^lé proprement dite y - et réponse aux objeciiâns élevées ' c'ôfitre ces principes, ...
i : ■ ; , - « . • -.vil.. . I • ^ Ter. ■ •*' ' .ir..\t.
V\^''-\' . :. \\ ■.■,^ \\v... --')!...: i> •■■■.; 1'!': -::f •■ ^?)'/ ■ :•• Exposition de? principes idéologi([Des.
Dès qu'où observe avec soin le jeu de nos facultés
intellectuelles , on doit se conyaincre que le mot
sentir comporte légitimement une acception bien plus
étendue que dans l'usage. commun; on doit se cou-
vaincre que toutes les opérations de rentei^dêment ,
quels que soient. leurs phénomènes, se résolvent eu
défiuitivç dans cette faculté générale de sentir . dont
eUes ne sqnt yéritablemeut que des modes divers i Aiosi^
dès qu'on y songe bien attentivement , l'on doit ifinic
par coij^clure. que penser c'est sentir; que se ressouve:f
nir^ juger , désirer même nest encore que sentir;^
un npiOt QUE TOUTE NOTRE EXISTENCE INTEIXEGTUELI^ JBT MOR^I^ RÉSIDE ABSOLUMENT DANS NOTRE SENSIBILITÉ Çi)^
., Une conséquence obUgée de ce premier principe, c'es^ que toutes nos connaissances véritables ne peu-
(t) Je ré]^ondi*ai bientôt aux objections que ^dejpuié Quelque te{iij>f^ oà'opfiosé denonvéau à cet axiome fondaloïekitàl de l'é^ cole dite de la sensibilité.
vent jamais proyenir que de sensations d^une espèce ou d'une autre ( i ) ; car les combinaisons mêmes des sensations dans ce qu'on appelle Tentendement , ainsi que la déduction de leurs rapports, ne peuvent avoir lieu que par de nouvelles sensations , et notamment par celle de la mémoire et du jugement , qu'on retrouve toujours dans les opérations intellectuelles les plus compliquées > ainsi que dans celles que l'on regarde comme le plus dégagées d'impressions matérielles.
Mais quels sont les organes de cette sensibilité, qui fait toute notre existence? En d'autres termes > quels sont en nous lesagens de nos sensations? La physiologie nous apprend que ce sont les nerfs, dont 1^ principaux troncs se réunissent en divers points , et surtout dans le cerveau , où ils viennent se perdre et se confondre (st).
(i) Je reviendrai plus tard sur ce que j'ai déjà indiqué dans une note du § 4 ^^ ^introduction , relativement au peu de fondement de la distinction de M. de Laromiguiëre entre la sensation et ce qu'il appelle le sentiment du jeu de nos facultés intellectuelleB et morales.
{^) Je sais qu'il y a maintenant diverses théories sur les lièges i»iocipaux des- tiei'fs; mais lors même que mes conaaissances en physiologie seraient moins imparfaites , je n'entreprendrais point ici la discussion de ce point de controvei^se. En tout cas y je ne dis point que le cerveau soit tunique centre du système nerveux, mais qu'il est un des sièges les plus importans des neris. D'ailleurs on]verra que les idées Jbndamen^ taies de physiologie , que je regarde comme la base de la véritable idéologie y ne reçoivent aucune atteinte remarquable de cette diversité d'opinions sur les sièges nerveux. On peut en dire autant du système de M. Gall y que je ne suis non plus
Par toutes celles de leurs extrémités qui se termifaent à la surface de notre corps , nous recerons les sensations que nous confondons sous le nom général de sensations tactiles , mais qu'un examen plus^ scn^* puleux ponrrait faire partager en plusieurs classes ; car chacune d'elles varie suivant les diverses parties qu'affecte une même cause. Ainsi , à proprement parler , le sens général du tact est composé de beaucoup de sens distincts, qu'on n'a peut-être point encore sufftsammeht analysés et classés.
Indépendamment de ces sensations générales , nous en recevons de particulières par l'extrémité des nerfs qui se termîfaent à certains organes , placés aussi à la surface de notre corps : ce sont celles de la vue ^ de Inouïe , de l'odorat et du goût. Toutes ensemble forment ce que nous appelons les sensations externes.
Mais outre ces sensations externes, nous recevons encore, par les extrémités de nos nerfs qui aboutissent aux diflférentes parties de Y intérieur de notre corps^ UIPI.Ç foule dç sensations, que nous nommons pour cette raison sensations internes. Telles sont celles qui «^suUeBt^des fcmctions ou de la lésion des différentes parties de'potré corpè; telle» sont enoovci oélies que é^^eîiit lés ïttdUveniiiète • dfe nds infentbrèi ; téâSèi' «ôtot âus^ ïéS à^M^^ qui i^éraltéiit à^ jéû de^fiôà fûcùlr tés miè//^^^W/^s y telles. sont enfin toutes fes affectiom
capable de ju^er comme physiologiste , mais demi l'idée foadamentale est c[ue le cerveau contient certaines divisions ^ qu'il considère comme autant d'organes spéciaux ^ correipondantà certaines propensions particulières qui varient selon les individus.
de plaisir ou de peine, qui résultent de certaines dispoûtioDS de notre individu et des passions qui le modifient.
ToateB ces senbationb sont des sensations simples; car on conçoit leur existence à chacune , indépendamment de tout antre phénomène de notre sensibilité. Nous allons nous occuper maintenant des sensations compoaée$é
CondiUac, dont on ne pourra jamais trop estimer les savantes analyses , avait cependant commis des erreurs dans la décomposition de la pensée. Quelques-unes des facultés qu'il avait cru reconnaître ne sont point réellement des facultés ; d'autres , qu^il avait présentées comme simples , sont réellement composées ; r attention et la comparaison , par exemple , sont des e/fets de la Tolouté ; mais ce ne sont ni des facultés ni des perceptions particulières; la réflexion, le raisonnement^ l'imagination sont des effets très^composés de plusieurs des {acuités simples. Quant aux facultés qui méritent [ vraim^it le nom de simples ^ elles se réduisent à quatre : i* celle d'éprouver la sensation propkement DITE ; a* celle de se souvenir des sensations passées ; 3* celle de Juger ou de percevoir les rapports entre fcs sensations; 4* 1* faculté de vouloir ou d'éprouver des désirs. Toiis les phénomènes qu'on pourra ob- 8er?er ne seront jamais que des effets de l'une ou de plusieurs de ces facultés , ou bien des combinaisons de quelques-uns de ces effets.
Mainternant qne nous avons une idée précise de nos facultés simples et deà phénomènes correspondàns , de leurs org^anes généraux et de quelques-uns de
leurs sièges particuliers j enfin de leur propriété de se résoudre en une multitude de combinaisons qui forment tout notre être intellectuel et moral , pouvons-nous assigner des élémens de certitude à la pensée? Et premièrement, pouvons^nous acquérir la certi-* tude de notre propre existence^ ainsi que celle des êtres qui nous entourent?
Oui , nous pouvons obtenir cette double certitude, sans laquelle il ne pourrait en exister d'aucune espèce; et voici comment elle se forme en nous :
D'abord , toutes nos sensations simples^ même isolées, nous font certainement sentir notre existence, puisque par elles nous avons conscience d'une certaine impression ; mais on ne peut pas dire encore que ce soit !à une conception nette de notre existence; car dans cet état de pure sensation simple , n'ayant encore aucun moyen de compatiEiison , aucune idée d'êtres autres que nous^ il est impossible que nous ayons la notion complète d'une existence à nous propre, d'une existence qui soit distincte des autres existences, en un mot de notre propre personnalité. Mais il est une de ces sensations , celle du mouvement^ qui , jointe à la volonté , renferme une propriété bien remarquable, ; une propriété bien féconde en grands résultats , pui^ j quelle seule nous met dans le chemin de toute certt-* [ tude. En effet , si à cette sensation de mouvemait • j nous ajoutons la condition qu'elle soit accompagnée : du désir de l'éprouver de nouveau, nous sentons alovs^ si elle vient à cesser, que ce n'est pas de notre fait; nous sommes donc alors certains de l'existence ns
NOUS QUI VOULONS , ET DE l'eXISTENCE DE QUELQUE CHOSE i
QUI RESISTE. En d autres termes, quand un être, or-ganisé de manière à vouloir agir , sent en lui une volonté de faire une action , et en même temps une résistance à cette action voulue et sentie, il est assuré
DE son existence ET DE l'eXISTENCE DE QUELQUE CHOSE
QUI n'est pas lui.
Cette propriété qu'ont les êtres matériels de résister à notre action est donc la base de tout ce que nous apprenons à. connaître. C'est cette propriété , qui n'est autre chose que la force d'inertie, qui nous conduit à connaître la propriété opposée, savoir : la mobilité ^ ensuite l'étendue^ l'espace, C impénétrabilité^ la divisibilité y la porosité, la forme ^ enfin toutes les autres qualités, plus ou moins générales, que les corps peuvent manifester. Or , l'on voit ici que la sensation de mouvement jointe à celle de la volonté , non seulement est la source de toute certitude, en nous donnant l'idée de notre personnalité et celle d'êtres autres que nous , mais encore qu'elle nous introduit dans la eonnaissance du monde physique, ou en d'autres termes qu'elle nous conduit à distinguer et à apprécier les diverses propriétés des corps.
Toutefois cela ne suffit point encore : jusqu'à pré-^ sent,, nous avons bien vu quels sont les élémeus de^ notre être intellectuel et moral, nous avons bien vu comment nous parvenons à distinguer notre être des êtres autres que nous ; mais nous n'avons point enoore déterminé si tous les actes de notre entendement sont également susceptibles de nous conduire à la. vérité ou à l'erreur.
. M. de Tracy ,. dans sa logique, me semble avoii* forU
bieii démontré qu aucune de nos sensations , prise iso^ lément, n'est susceptible d'erreur; car il est toùîoura certain que nous les éprouTon8/^//f« que nous en avons la conscience immédiate. Mais dès que nous }oignoi» à ces sensations isolées un jugement d'identité avec une sensation antérieure ^ lorsque nous jugeons, par exeuH pie , que telle sensation d'odeur est absoUmient semblable à telle autre %(tiï%^tïoïi précédemment épfvunéey lorsque nous jugeons, encore que telle sensatiçm de sou*venir^ de jugement, de désir, est absolument semblable à te) autre souvenir, tel autre jugement, td autre désir , albrs seulement ce jugement d' identité peut être exact ou inexact; alors seulement commence la possibilité de certitude ou d'erreur , et par oonséqueal l'origiike de ces idées de certitude ou d'erreur , qn jusque-là manquent de» élémens même» de leur exi^ tence, >. .
Rien n'est donc moins fondé que cette double opî^ nion, reçue presque généralemeivt, que ce 9&êA tm sensations seules qui nous égarent , et qu'on n'a d'autre moyen de les rectifier que les une^ par les autres* 11 faut absolument prendre le contre-^ied de cette prapo^ sition: aucune de nos sensations, comme nous venons de le voir , ne peut isolement comporter l'idée d'erreuf . Dans tous les exemples qu'ordonne sut les prétendue» illusions des sens , coimlie celui d'une tour carrée (S[ùi de loin parait ronde , comme celui d'un bâftom plongé dans l'eau , qui parait courbé quoique drc^ , comme^ celui d'un rivage qui parait se mouvoir tandis que c'est la barque où l'on se trouve, etc. ; dans tous ces exemples , les sensations diverses qui forment notre
opinion , prises isolément, ne sont ni vraies ni fausses ; elles sont telles qu elles sont perçues , et voilà tout ; mais ce qui est faux, ce sont les jtigemens que nous portons sur leurs rapports. Il n est point vrai non plus que npus rectifions Terreur d'u»n sens par le simple e^nploid'ua aut^re sens ;.c est toujours p^r un meilleur usage de notre jugement. L'intcrvei^tiou d'une sensatioik d'une autre espèce peut bien contribuer à ee meilleur usâ^e , mais elle ne peut seule opérer ç^ césultçit. On doit donc conclure de tout cda.iquîl Q existe dans le fait d'autre certitude et d'aptre erreur que la certitude ou l'erreur bgiquet , c'est-à-dire la certitude ou l'erreur qui se démontrei^t par l'exercice légitime du raisonnement. Je prie de bien réfléchir 9 cette dernière observation , qui me semble devoir faire disparaître biea des difficultés.
Ce qui se p^nse dans les songes , ainsi que dans. Je réveil « prouve de nouveau que nos sensations simples, kw d'être la source de toute erreur, sont le seul moyen de nous en faire sortir , en nous aidant à rec^ tifier «tos jugemens. Dans> le sommeil , nos sens spnt plus ou moiQ3 engourdis, et celui de la vue, par exemple y est à peu près nul. Or, c'est là ce qui cause ces associations d'idées , souvent si bizarres ^ qui j^e sont autre chose que de» jugemens dénués du secours de la sipusOtian immédiate, et fondés presque unique*^ ment sur des souvenus de sensations précédentes. Ainsi , prisonnier , plongé dans un cachot obscur, et reposant sur mes chaînes, )e rêve que je suis roi , que je suis dans un palais resplendissant de lumi^ , et i|ue )« «ai» couqhé sur i^n Ut de ro^es : toutes ç^t^
pensées ne sont évidemment que de faux jugement, ou, comme on les appelle dans ce cas , de fausses asso^ dations d'idées , qui n'ont de prise sur notre entendement que parce que Texerciee de nos sens est presque enti^ement anéanti. Mais que, par une cause quelconque , mes yeux viennent à s'ouvrir , ou bien qu'un des anneaux de ma chaîne vienne à me presser trop fortement, soudain je m'évéflle, soudain mes rêves , mes illusions , c'est'à-dire mes faux jugemeni se dissipent , parce que ma sensation actuelle me fait apercevoir la fausseté des rapports que mon imagination avait créés , d'après le souvenir plus ou moins distinct des divers élémens d'idées antérieures, dont j'avais faît un tout fantastique.
Mais comment les jugemens d'identité d'une sensation avec une autre , dont nous avon& parlé précédemment, et qui sont presque toujours faux dans les rêves, peuvent-ils être tantôt exacts et tantôt fautifs? La raison ;?r^mfér^ et absolue de ce phénomène nous échappe , comme toute autre cause première; mais la raison relative^ c'est-à-dire cellenu-delà de laquelle nous ne pouvons remonter en l'état actuel de nos connaissances , c'est que l'inexactitude de cette espèce de jugement tient toujours à l'imperfection de nos souvenirs , laquelle nous fait prendre pour identique ce qui n'est souvent qu'analogue, et qudquefois trèsdifférent. Telle est la source générale de toute erreur; et comme ce jugement d'identité ne peut se joindre à une sensation quelconque sans la rendre complexe, il en résulte à h, fois, et que l'erreur ne peut avoir lieu QUE DANS les idées COMPLEXES , et quo le privilège db
IIE POINT Y ÊTRE ACCESSIBLE n' APPARTIENT QU'a LA SENSA- TION ISOLÉE. Cette conclusion , sur laquelle nous ne saurions trop insister, doit bientôt nous servir à démontrer toute la fragilité de la plupart des raisonnemens de nos adversaires*
En attendant , pour résumer en une première règle fondamentale les conditions de tout raisonnement légitime, on peut dire que, dans toutes les idées complexes, nous devons toujours examiner avec le dernier scrupule si tous nos souvenirs sont exacts, ou, en d'autres termes , si les élémens actuels de cette idée complexe sont vraiment tous les mêmes que ceux de telle autre idée antérieure, que nous croyons être parfaitement semblable à cette idée dont il s'agit de connaître la j ustesse.
Telle est l'analyse, aussi succincte que possible, des principes fondamentaux de l'école philosophique dite dé la sensibilité^ ou idéologique. Maintenant, il est temps de répondre aux principales objections de ses adversaires.
Héponse aux objections élevées contre les principes ci-dessus.
Première objection.
Cette première objection porte sur ce que l'obser-» ration de l'école idéologique serait incomplète dans l'analyse des élémens de la pensée et des facultés qui f correspondent. C'est principalement dans les ou-»
vrages de M. de Laromiguière et ceux de M. Cousin que je Tais puis^ les développemens de cette di>}ectioii.
M. de Laromiguière , pour prouver que toutes nos idées ne peuvent être ramenées à la sensation^ conifmence par ranger sous quatre classes toutes les imr pressions qui entrent dans lacopnposition de la pensée , savoir : le sentiment-sensation , qui ne serait que le résultat immédiat des objet&^â^^rî^f4r<^ le sentiment des facultés de tâme^ c'est- a -dire Timpression que nous fait éprouver l'action intérieure de:^os facultés intellectuelles et morales ; le sentiment-rapport, c'^-è* dire 1 impression faite sur nous par la perception des rapports existant entre plusieurs sensations que nous embrassons à la fois ; enfin le sentiment-moral, c'està-dire l'impression que nous éprouvons lorsque nous attribuons du mérite ou du démérite à l'agent d'une action quelconque. Passant ensuite à l'examen des élémens constitutifs de chacune de ces classes d'im^ prefi{3ions, il prétend démontrer que les idées qui décrivent des trois dernières classes n'ont rien de com*mun avec celles qui dérivent de la première , d'où il conclut qu'il n'est point vrai que toutes nos idées viennent de la sensation.
Heureusement il ne nous sera pas nécessaire de suivre ici M. de Laromiguière dans tous les détails de son analyse , pour en faire à noire tour la critique; car il nous suffira de revenir un instant sur le sens qu'il attache au mot sensation , pour faire voir que sa prétendue démonstration n'affecte pas du tout notre système, attendu que, pour nous, ce mot comporte ua sens infiniiBent plus étendu, qui nous semble le «eul
9» I^[itiiiie , et sur lequel nous ayons basé tout notre langage relatif à cette question. En effet , dans plusieurs passages de son ouvrage, mais nots^mment page 1 47 du tome I** ^ on voit qu'il restreint le phénomène de ce qu'il appelle le sentiment - semation à Feffet immédiat des objets extérieurs ^ ce qui est tout* à-lsiit arbitraire , tandis que nous comprenons sous le iftëme mot tout ce qui affecte notre vertu sentante j tant leë impressions causées par les objets extérieurs, et que nous nommons externes j que celles résultant du jeu intérieur d'une partie quelconque de notre madiine, et que pour cela nous nommons internes. Or, n'est -il pas évident que tout ce que nous sentons j quelle qu'en soit ta cause , rentre dans une de ces classes, et que, par exemple, les impressions produites par le jeu dé nos facultés intellectuelles et mo^ ndes rentrent dans le domaine des sensations internes ? Cetfe vérité est si irrésistible, que, malgré toute la sagacité de l'écrivain distingué que nous combattons ici , il lui a été impossible de trojiver, pour exprimer les diverses impressions qu'il cherche à classer, un autre mot générique que celui de sentiment; ce qui prouve, malgré tout ce qu'il dît pour repousser cette objection, qu'elles ne sont que des espèces d'un même genre , savoir le genre sentir. Dans le fait , on ne pourra jamais dire , sans qu'aussitôt l'absurdité n'en soit palpable , que nous ne sentons pas ce que nous sentons. Or, lorsque notre capacité sentante , notre sensibilité est aflfectée d'une mianière quelconque , soit que vou» appelîeKieis impi^ssions qui l'affectent des sentimens ou (les sensations J dti simplement des impressions^ il n'en
est pas moins vrai que c est toujours la même capacité générale qui est mise en jeu , celle par laquelle nou& sentons. Il n y aurait dooc ici qu'une dispute de mots^ s'il n'y avait au fond de toutes ces discussions une véritable question de choses, et la plus importante d^ toutes celles relatives à nos facultés intellectuelles et morales. Or cette question est de savoir si l'observation des phénomènes résultant de ces facultés nousconduit légitimement à conclure qu'il existe en nous un principe générateur de ces phénomènes , qui soit aiUre qu'une propriété inhérente à notre .organisation, qui soit un être à part ^ tout-à-fait distinct des lois de cette organisation. Mais, si l'observation n'a pu nous faire encore remonter au-delà du fait qu'une des propriétés de notre être organisé est d'éprouver, de sentir des impressions , quelles que soient d'ailleurs les diverses causes de ces impressions, nous sommes foi>dés à conclure, au contraire, que dans l'état actuel de nos connaissances, les phénomènes intellectuels et moraux ne peuvent être légitimement attribués à aucun autre principe que celui de la propriété dont il s'agit , c'est-à-dire de la capacité sentante attachée â notre organisation, c'est-à-dire, en un seul mot, de notre sensibilité.
Je vais aborder maintenant le point de vue sur lequel M. Cousinprétendà sontour prouver que notre analyse des facultés intellectuelles est incomplète. On verra que ce n'est guère qu'une version nouvelle des. argumens que nous venons de combattre, avec la différence toutefois que M. Cousin n'a pas toujours eu,. comme M. de Laromiguière , le soin de distingue]:.
assez les phénomènes des facultés qui leur sont corres-^ pondantes.
M. Cousin prétend que , tandis que Fécole idéologique ne constate qu'un seul fait principal dans rhomme intellectuel , savoir la sensibilité , il en existe vraiment deux autres, tout aussi lÉiiiiENTAiREs : i^^le fait de liberté j ou l'activité libre qui existe en nous; 2^ le fait de raison^ ou la raison.
Nous commencerons par faire observer que c'est à tort que IVf. Cousin considère la sensibilité commenn simple élément j puisqu'elle comprend tous les élémens de la faculté générale de sentir. Or, cette simple observation servirait déjà de réponse à son objection. Cependant nous allons démontrer d'une manière encore plus spéciale que le principe d'activité qui est en nous, ainsi que celui qui nous fait raisonner^ se résout en dernière analyse dans notre faculté sentante.
D'abord, quant au principe d'activité^ nous pensons aussi bien que lui qu'il agît toujours dans la perception de toute sensation; mais nous pensons de plus que ce phénomène est absolument corrélatif de celui de passivité ^ attaché aussi nécessairement au phénomène total de la sensation ^ et qu'il ne peut en être détaché que par abstraction , en sorte que r activité et la passivité sont deux caractères inséparables de la sensation j de môme que les faces diverses d'un objet n'en sont que les caractères divers, sans constituer pour cela des objets diflférens. Nous croyons donc encore une fois que la notion d'activité est inévitablement comprise dans l'idée totale; de sensipilité.
aussi bien que celle de passivité ^ qui^ du l'esté, nen forme pas plus le caractère exclusif (i).
Je vais dire maintenant quelques mois de la &-• culte qu'on nomme raison j et que M. Cousin prétend avoir aussi échappé à l'analyse des îdédiogues. Je dirai qu'elle n'est point non plus un simple élément, mais qu'elle est le résultat très-complexe de toutes lel facultés qui nous servent à raisonner. Ce n'est donc que par suite de cette fausse méthode déjà signalée , qui fait métamorphoser des abstracticNas en réalités , que les métaphysiciens ont confondu cette notîoa collective de plusieurs opérations de l'esprit avec celle d'un être distinct de ces mêmes opérations. Quant aux prétendus caractères à* invariabilité j d' universalité ^ que M. Cousin attribue à la raison, telle qu'il la conçoit, pour la perception de la vérité, son assertion est malheureusement contraire à tous les faits : il n'est que trop notoire que ce que la raison d'un individu prend pour la vérité n'est souvent que le comble de l'absurdité pour la raison d'un autre* U y a plus : la raison du même individu varie souvent i l'infini, en sorte que ce qui lui semble aujourd'hui vrai peut lui paraître faux demain. Il était donc impossible de baser un système sur une assertion plus -contraire à la saine observation , et nous sommes àe
(i) Quant à Tépithète de libre, donnée par M. Cou«in à Taotivité intérieure de T entendement, comme elle nous ferait rentrer dans la question de la liberté de nos déterminations, j'ai cru devoir la négliger dans la présente discussion, pour la comprendre dans l'examen spécial des questions de morale •auquel sera consacré le chapitre II.
nouveau fondéd à soutenir que , sous tous les rapports , la critique de M. Cousin laisse inébranlable le grand axiome de l'école de la sensibilité.
Deuxième objection.
Pour acquérir de véritables connaissances , disent les philosophes rationnels ^ ii ne suffit pas, comme nous le prétendons , de constater exactement nos sensations et d'en déduire les conséquences : outre l'observation des phénomènes de notre sensibilité, outre les règles de la logique elle-même , il existe en-* core en nous un moyen particulier de connaître , un moyen supérieur aux deux autres, qui s'applique exclusivement à la compréhension des vérités d'un * ORDRE stJFÉRiBtJR ; et cct instrument particulier , c'est m SENTIMENT INTIME , OU t'ÉviDENGE , OU même , selon d'autres , le simple sens commun.
D'abord , quant à l'emploi de cet instrument , on doit convenir qu'il est d'une étrange commodité : il De sera pas nécessaire , comme par les procédés que Dous recommandons , de se livrer à un examen pé^ n2)le , souvent indispensable , pour s'assurer qu'une proposition est vraie; voici toute la formule de ce procédé : telle proposition m'est évidente, j'en ai le SEïmMENT INTIME , je scus quelquc chose en moi qui ME DIT IRRÉSISTIBLEMENT que ccIa cst aiosi ; et quelque contraire que noia conclusion puisse être aux règles mi RAisoNNEBfENT , je n'en dois tenir compte , la proposition n'est PAS MOINS démontrée. Aiusi, tout effort de l'esprit devient inutile au moyen d'un tel
procédé. Et remarquez biea que c'est précisément dans les questions les plus difficiles, celles d'un ORDRE SUPÉRIEUR 9 qu'ou rcquicrt un instrument de cette nature. Je sens que cela est. donc cela est AINSI, voilà certainement une règle fort commode pour trancher toute difficulté. Ainsi il n'y aura jamais rien que de vrai dans toutes nos pensées $ puisque nous avons toujours le sentiment de la vérité de tout ce que nous pensons ; ainsi je pourrais imaginer toute espèce d'extravagances, et il suffira que j'en aie le sentiment intime j il suffira que la chose me soit évidente pour qu'on ne puisse rien y opposer.
Quelques-uns des partisans de ce principe , embarrassés peut-être de son étonnante fécondité ^ se . sont réduits à dire que le sentiment individuel ne jouit pas seul d'une telle prérogative , mais qu'il n'y a plus lieu de douter d'une opinion lorsqu'elle est appuyée par le sentiment universel. D'abord je ne sais si l'on peut affirmer qu'il y ait une seule question un peu compliquée sur laquelle il existe un tel sentiment universel; mais je suppose qu'il y en ait de sembhbles , que peut signifier l'universalité d'un sentiment quant à sa justesse? Les erreurs les plus grossières ne sont-elles pas celles précisément qui frappent le plus la multitude? et ces erreurs n'ont-elles pas tour y à tour régné presque sans partage sur le monde entier ?
Mais , a j ou te -t -on 5 ce genre de preuves ne doit pas êti:^ invoqué sans distinction, et l'on ne doit s'en servir que lorsque le raisonnement n'est pas appuyé sur de? faite certains , ou bien que lorsque des faits
contrarient le raisonnement même. <^uant à moi , je suis bien plus sévère encore en pareil cas , et je pense que tout raisonnement dont le premier chaino^ ne remonte pas à des faits certains ne peut jamais ren-* fermer aucune espèce de preuve; il doit être écarté dans tous les cas. Tout ce qu^on peut faire de raisonnable alors c'est de suspendre toute opinion positive sur l'objet en question. Lorsque nous n'avons pas de données suffisantes sur un point , nous devons convenir de notre impuissance , et rester dans un doute prudent. Il n^y a pas de nécessité , et il est de plus fort dangereux de suppléer à Tin suffisance de ces données par une nouvelle donnée également insuffisante , et absolument fautive de sa nature.
Cependant il ne suffit pas à mon but actuel d'avoir prouvé l'absurdité du système qu'on nous oppose, et je veux encore montrer la source de l'erreur qui l'a fait naître ; je veux, par l'examen scrupuleux des opérations de l'esprit en pareil cas, faire saisir le point: où Ton attribue à quelqu'une de ces opérations des propriétés qui ne lui appartiennent pas. C'est de cette manière seulement que je pourrai me flatter d'av<»r fiât une analyse complète du point de doctrine qui MUS divise. >
Si nous nous rappelons la distinction précédem** ment établie entre les sensations isolées et les sensatbns complexes, ainsi que la propriété exclusive qu'ont celles isolées d'être non susceptibles d'erreur, on verra que nos adversaûres ont tout-à-fait négligé cette distinction. Hs ont attribué à toute espèce de sensation, taqtîfldlée'^ue complexe, cette infaillibilité quin'ap-
partient qu'à la première espèce. Mais, par une coii^
tradiction bien remarquable , tandis qu'ils reprochent aux philosophes sensitifs de trop accorder à la sensation, aux dépens du principe rationnel, ils atttibuent eux-mêmes à tous les modes de Sensations ïe privilège que les philosophes sensitifs iië reconnaissent qu'au mode de sensation isolée. C'est le pressentmiént d'une contradiction de ce genre qui m'a fait dire en commençant que l'école qui se donne exclusivement Je titre de rationnelle pourrait bien au contraire, dans certains cas , se trouver seule en opposition formelle avec le sens d'une telle dénomination.
On dira sans doute que le sentiment intime des philosophes rationnels n'est point le même que la sensation des sensitifs > et que ce n'est point à cette dernière impression que les premiers accordent dans tous les modes le privilège d'infaillibilité. Je conviens sans peine de la différence des deux notions lorsque de chaque côté l'on en cherche l'exacte définition ; mais c'est précisément cette différence réelle qui fait ressortir la confusion d'idées des rationnels.. En.effet ce isentiment intime , qu'ils regardent comme une faculté primordiale^ simple et tout-à-fait distincte de sa nature, n'est que le résultat très -complique d'une •MULTITUDE DE JUGEMENS, daus Icsqucls sout entrées toutes les autres opérations élémentaires de la pensée. C'est une véritable opinion ^ qui n'est jamais formée que d'uBC réunion, quelquefois très-considérable « de raisonneinens successifs. Mais lorsqu'ils attribuent À cette opinion l'étonnante propriété de former par
elle seule une preuve irrésistible et parfaite de ce dimt elle n'est que l'expression abrégée, alors ils lui font jouer le rôle de sensation élémentaire y simple et isolée; ils la supposent telle, elle est telle alors dans leur esprit (i).
D'après la discussion à Jaquelle nous venons dç nous
(i) Voici un exemple de cette singuUëre manière de raisonner, que je trouve dans le premier article de M. Gariol sur ]e cours de M. Cousin y dont j'ai déjà parlé dans l'introduction^ article inséré dans le Journal de législation et de Jurisprudence^ tome 1, pages 4^8 ^t 49^
Après quelques argumens préparatoires pour établir raciivite libre et indépendante de la volonté humaine , l'auteur s'exprime d'abord ainsi , page 498 : « Mais suis-je maître de le prendre ( c'est d'un livre qu'il s'agit ) ? Suis-je le maître d'ouvrir ou de fermer les yeux? Et si je ne suis pas le maître de le £iire , suisrje le maître de le vouloir? Que je le sois ou non f que dans tel cas il dépende ou ne dépende pas de moi de faire telle ou telle chose , toujours est-il vrai que celte seule question : « dépend-il de moi de £adu*e telle chose? » témoigne hautement AeVejisience à' un terme qui peut quelquefois être maître,, dont il dépend quelquefois de faire ou de vouloir. Elle PROUYE qu'il y a en moi quelque chose qui , etc. » Et plus loin, page 499» lignes 8 et suivantes , M. Gariol ajoute : « L'humanité qui je saitj et que des raisonnemens plus ou moins ingénieux n'abusent point sur ce qui est, l'humanité tout entière proteste contre ces assertions , et tous les abgu- MEirs qu'on entasse pour les etayer échouent devant ces MOTS : « Il est de fait que je m'impute , que je dis moi de certains actea, etc. 9
Il est claîr^ d'après ces passages , que , d'une part, la senntion intime n'est plus ici prés€'ntée comme une faculté étémntairey mais qu'elle s'est métamorphosée en une opinion r ! trltHBOvniEXE ; et, d'aatro part , qu'il suffirait qne telle opi-
1 oo
lÎTrer , il nous semble évident ( i ) que lobjectioD qui nous était faite n est nullement fcmdée, et que la prétendue découverte d'un principe indépendant de la sensibilité^ d'une raison supérieure à toute Action des sens , d'un moyen de preuve étranger à l'appréciation raisonnée de nos sensations , n'a ancoit fendement solide, et que ce n'est , (au moins d'après nos moyens de connaître) qu'un pur être imaginaire (2). Nous
nion fàt formée^ à tort ou à raison, pour ^former la PBXvrt IRRESISTIBLE de €6 dont elle est Texpressioii. En ce cas, dès qu'un mot est employé , dès qu^on a dit telle chose de tel c^jet^ que ce mol soit bien ou mai employé, on ne doit pas fltoiii» en conclure que la chose est absolument telle que le mot la suppose. Il feut convenir, je }e répète, qu'uiae «elle manière de PROUVER ^t extrêmement commode.
(i) Chi ne doit pas oublier que nous empkyyôns ce mot évident dans sou Véritable sens d'évidence de 'raisonftement, et non d'évidence de sentiment, quç nous récusons absohimeni pour toute idée composée.
(2) M. Carîol, page 5oo du premier -volume d^à cité du Journal de législation et de jurisprudence, citer Aé àprMPver de la manière suivante Texisténce de ce principe, qrii ,• d'âpre» l'école à laquelle il appartient, serait entièrement distincte indépendant: « Je lis un livre de mathématiques , j'y voisdes caractères et des mots^ mais ces mots ont un sens , ils fonnent des phrases, et ces phrases contiennent des raisonnémeils. t Qui saisit le sens de ces mots ? qui comprend les raisonnemens contenus dans ces phrases? Je trouve bien au dehors de «&<» yeux mon bras, mes sens, qui me fournissent des données, qui me transmettent si Ton veut des faits. Mais ^z^i juge ,qui raisonne ? Est-ce ma main , est-ce mon bras , est«oe aUcun de mes organes, aucune de mes sensations? Et st ce. n'est ameune de mes «ensa^ions., ai^cun de mes organes, est*ce une collection plus ou moins grande de sensations, xou de déveioppenens
loi
pourrons donc conclure de nouveau , avec plus d'as-< suranee que jamais , que toute notre existence intellectuelle ET MORALE dérivc absolument de notre
Ce n'est pas seulement dans l'étude de nos facultés que cette habitude de créer des êtres d'imagination a elercé sa dangereuse influence ; il est difficile d'ex-
organiques? Si pour produire de tels résultats un fait est absolument stérile , une répétition^ fut-elle illimitée, du même fait, peut elle être féconde? Yoilà donc un troisième fait distinct, etc. »
Toîcî , ce me semble , une réponse bien simple à ces argumena : à l'égard du fait intellectuel dont vous parlez, vous demandez qui saisit le sens des phrases? je réponds : c'est cette faculté que nous nommons la faculté de juger^ faculté bien précieusç sans doute, mais qui n'a rieu de plus extraordinaire, ni de plus indépendant de nos sens que toute autre; elle n^est également qu'une des parties élémentaires de notre sensibûiêéy laquelle comprend elle-même la coHèction totale de eea parties. Moire sensibilité est vraiment la même chose que notre moi y et nous vl avons pas d'autre moi que celui-là; tout le reste n'est qu'abstraction, opibien encore que la partie prise pour le tout.
Quant à l'assertion qu' un ^aiY stérile ne peut rien produire par sa répétition , elle est fort juste , mais fort mal appliquée : En «lïtty \^ jugement j ce fait de compréhension du sens d'une phrase, indiqué dans l'eiemplc ci-dessus, ce fait est très-fécond puisqu'il est le complément de tous les actes de notre intelligence. Au awrplus, je ne dois point oublier de rappeler ici <}iie la 6culté de juger , de même que toutes les autres facultés, n'est «UtUnguée par moi que par abstraction j pour 1% fmciUté des recherches, et qu'il faut bien se gainer de doMier à chacun de ces élémens une existence à part de notrebeull4 générale d«t scptir. .
primer combien cette manière de traiter toutes les sciences, à une certaine époque, a retardé leurs vérita» bles progrès , et combien elle a eu de conséquences funestes au bonheur de Thomme. Elle a prolongé TeiH fance des peuples , elle a favorisé les chwlatans et les imposteurs de tout genre. C'est en morale et en politique surtout qu'elle a fait confondre toutes les idées; elle a fait chercher les bases de la morale ailleurs que dans la vraie nature de Thomme ; elle a enfanté Fintolérance politique et religieuse, qui, partout où elle a cessé d'être violente, a du moins poursuivi les hommes pensans par l'accusation d'une prétendue immoralité , quoique leur but unique fût de découvrir les vrais ressorts du cœur de Phomme , pour le conduire à la vertu et au bonheur. C'est encore là qu'on doit chercher le principe de Faccusation de démagogie y devenue si grave de nos jours, et qu'on ne cesse de diriger contre ceux qui cherchent les fondemens de la société dans les rapports naturek des hommes , et non dans des notions fantastique!^ et arbitraires ( i ) . Des résnltats aussi préjudiciables sont
(i) Quoique, depuis quelque temps, une partie des philo8(>" phes rationnels soient eux-mêmes enveloppés dans cette espèce de proscription dirigée contre ]e ^rélendii démagogisme y û est facile de voir pourtant que l'accusation à^ immoralité ^ por* tée par eux contre les philosophes sensitifs , découlé de la même source que celle de démagogie portée par les fauteurs de la tyrannie contre toute tenda'nce philosophique. Une telle considération devrait frapper tout philosophe qui cherche de honne foi la vérité , et les engager tous à faire leurs efforts pour concilier s'il est possible leurs systèmes. Le désir qui
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un motif suffisant , sans doute , pour examiner à quoi peut tenir encore Tempire d'une méthode si fatale à la recherche de toute vérité, surtout quand on voit cet empire s'exercer aussi sur des hommes qui sont, recommandables sous tant de rapports.
J'ai déjà dit, dans l'introduction, que les idées théo-logiques avaient eu la plus funeste influence en phi« losophie; et cela est déjà aisé à concevoir par cela seul que de telles idées sont généralement imposées à la raison; mais voici comment il me semble q^e cette influence a opéré spécialement sur la question qui nous occupé en ce moment : comme , de l'aveu même des théologiens , la plupart de leurs dogmes ne peuvent se prouver par les lois du raisonnement , ce qui leur a fait donner le nom de mystères , et comme cepeur dant ces dogmes ont été érigés en articles de foi y qu'on, ne peut, sans cjîme ou sans scandale, se dispenser d'admettre , il n'est pas étonnant que tout croyant à ces dogmes ait été effrayé et niéme révolté chaque fois qu'une recherche pl^ilosophique conduisait à des résultats opposé^, ou seulement lorsqu'elle répandait le moindre doute sur ces dogmes obligés. Il n'est pas non plus étonnant que des hommes plus éclairés et plus tolérans , mais subjugués encore , sans s'en douter peut-être , par une partie de ces dogmes , se soient efforcés de lesconcilier avec leurs systèmes philosophi* ques , ou bien qu'ils aient imaginé, pour expliquer le mécanisme des raisonnemens , d'autres élémens que ceux fournis par une rigoureuse observation.
m'anime à cet ^ard doit me faire pardonner les développe^ mens que je donne à cette première partie de mon ouvrage..
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Maïs cominent se fait-îl qtie celte méfhdde dcpil devenne surtout Tapanage dés |»ëHies septentrionales de TEurope ? Comment se fait-41 qu'après avoir été presque bannie de îa France depui» un demè-sièele , elle semble vouloir s'y fixer maintenanri dé ttouvean? Poiir répondre à ces questions il est nécessaire de j&ter tin coup d*œil sur deux grandes ré^okitioii» de Fesprit huniain dans Fère moderne.
La première est ceHe du protestantisme^ cpA. fufl d'abord si favorable à l'esprit d'exam«n, mais qui, je n'hésite pas à le dire , en a beaucoup retardé les^ progrès ultérieurs. En effet ce grand effort vers la raison fat alors incomplet , parce que l'Europe sortait à peine de la bàrbairie du moyen âge, et parce que le nouveau culte qu'il introduisit, ayant écarté <jte la religion quelques pratiques absurdes et les abus les plus crians, à suffi pour satisfaire la plupart des esprits, surtout depuis que le plus grand nombre de ses ministres ont eu la sagesse cFitisbter plus sur la partie morale que sur le dogme , et de ne présenter les dog^ mes mêmes que sous des couleurs douces et cotisola^ trioes. Ainsi, les hommes élevés dans ce culte n'ont point eu , comme chez les catholiques , oà le dogme est presque toujours terrible et les abus nonoAreux et révoltans , le bçsoin de scruter les dermèaneë pn>* fondeurs de la croyance religieuse pour en examiner la légitimité. Cette dernière observation m'explique pourquoi la philosophie écossaise et la phitasopfaie allemande y dont les sièges principaux sont datis des paye j^r6tei^tan:S'j <mt également, malgré la dîvisîoo^ infiiiië dé lëtir^ àect^s^ sur lès points secdttdaire^^ eo«H
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serve le caractère que j'appelle thjèologUjue,^^ consiste à faire entrer certains dogmes religieux coinme un des premiers fondemens de leurs systèmes ; tandis qfue dans Técole opposée , qui surtout a fait se» dernier» progrès en France, pays catholiq^ie^ et qui depuis a été en grande fareur en Italie et en Ësrpagne, pays également catholiques, la science de l'homme est exclusif ement puisée dons Fi^servatîeii de l'homme en tm^même , ce qui en fait une science tout-à-fait distincte de la théologie.
La seconde grande révolution que je dois examiner en ce moment sous le même point de vue c'est la révolutioD frcmçaise, dont j*ai déjà fait remarquer^ mais^op rapidement, tes effets sur la direction de nos travaux philosophiques. Elle m'explique d'abord pourquoi les autres pays de l'Europe , qui n'ont point ressenti directement cette grande commotion , n'ont pas fait les mêmes progrès que nous dans l'étude de nos facultés. Il y « plus encore,et, j eaaidéjà fait l'observation en passant , les malheurs de cette époque , en efiray àiil^ llnii^iiiation des philosophe» étrangers, qui en ont tiré les plus faiwses conséquemceft, ont contf^hrtlé à faire marcker «m sens invècse la. philo* Sophie des imtred nations. Cette domière. considéran tkinr 9eH anssi à «ipliquer le tetour cfes anciennes idées' en Pl*ai»et , à'shard sous le gouwmemenl) impiériaf j* qui* fut constamment FenneosL de toute Tèritable hntirièrè, mais surtout depuis^ le triomphe; (Fùn certain parti ,• qoi réunit èU haine de towt ee qu'enfanta la- tièvolutio» mié pré€filectiâin< si marquéor pour 1er iHempfe^^JlKfld^es'Silcerdbtiiies^ . m
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La digression à laquelle je viens d'être entraîné peut d'abord paraître longue et hors de propos. Cependant si Ton considère qu elle a eu pour but de rechercher les causes de l'empire extraordinake d'une des directions les plus funestes de l'esprit humain, de cette fatale manie de créer des êtres de raison, pour les mettre à la place de la réalité y l'on se persuadera que cette digression était le complément nécessaire de la discussion à laquelle nous ayons été engagés.