‹ Traité des reliquesChapitre 4 sur 7 · LES N I C O D É M I T E S · texte numérisé non relu

LES N I C O D É M I T E S

pour l'amieller {^). Car voyant qu'une grande partie du monde est fâchée de l'ânerie des caffarts (b), et se moque de leur sotte façon d'enseigner : ils ne voient point de meilleur moyen d'acquérir bruit (e) et réputation, que d'user de cette amorce pour attirer les gens à eux. Mais cependant leur intention est d'abuser ('i) de l'Évangile, et s'en servir à faire un maquerellage (e), pour leur gagner quelques bénéfices ou remplir leur bourse, comment que ce soit (*). Et pourtant (s) après avoir appâté ('^) leurs auditeurs, en leur proposant du commencement quelques points de saine doctrine et pure (»), ils les entretiennent puis après en sorte que jamais [ils] ne les amènent à la connaissance de la droite vérité. Il est bien vrai que tous ne se

(a) Amieller, prendre les gens comme avec du miel.

(b) Ignorance des gens d'église.

(c) Bruit, dans le sens de renommée ; bruit et réputation, sorte d'hendiadys pour le bruit que fait une réputation.

(d) Se servir de l'Evangile, comme d'un moyen.

(e) Terme énergique dans sa crudité.

(f) De quelque façon que ce soit.

(g) Sens à noter de pourtant, au xvi^ siècle, par conséquent.

(h) Présenter l'Évangile comme un appât ; cette expression rentre dans le cadre de la métaphore inaugurée plus haut par l'expression « user de cette amorce ».

(i) La pure doctrine, c'est-à-dire dégagée des enseignements de Rome.

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peuvent pas avancer {■') également, d'autant que ('') les uns marchent plus grands pas que les autres. Mais celui qui ne peut attrapper une crosse aspire à un prieuré ou une cure (^). Il y a aussi des moines, qui se contentent bien d'avoir grasses (^) quêtes et bons repas, par faute de mieux. Ayant ce but, ils n'ont garde de me condamner comme trop rigoureux, et se plaindre de moi : vu que je leur arrache le pain des mains(t') Même aucuns d'entre eux ne se contenteront pas de cela : mais afin d'être mieux prisés (e), font bien semblant de mépriser les livres de ceux qui leur ont appris tout ce qu'ils savent et sans la lecture desquels ils seraient plus muets que poissons (t), s'ils ne voulaient se faire moquer des auditeurs en cafardant {"). J'en pourrais alléguer assez d'exemples. Mais ce que j'en dis est pour les admonester et leur donner occasion d'entrer en leurs consciences ('»),

(a) Avancer, dans le sens, ici, de réussir.

(b) Attendu que, dans la mesure où, in lanluin quantum...

(c) Quêtes qui permettent de s'engraisser. L'expression a subsisté dans la langue populaire : il n'y a pas gras , pour, il n'y a pas beaucoup.

(d) Expression populaire.

(e) Priser, altaclier du prix ; nous n'avons conservé que mépriser.

(f) Encore une expression populaire.

(g) Faire le cafard, le dévot.

(Il) Entrer en sa conscience, se replier sur soi-même.

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plutôt que de les diffamer (») envers les autres. Ce sont ceux qui ont toujours le mot d'édification (b) en la bouche. Et se plaisent tellement en ce qu'ils font, qu'il leur semble proprement avis qu'il n'y ait qu'eux au monde qui sachent l'art d'édifier. Plût à Dieu qu'ils s'en acquittassent si bien qu'il n'y eût que redire (t). Je ne leur porterais point d'envie, quant à moi. Mais quoi ? qu'ils entrent en leurs consciences ; et puis qu'ils me sachent à dire (^i) à quelle intention ils chantent messe, laquelle ils connaissent être un sacrifice abominable, et induisent les autres par leur exemple à idolâtrer. Qu'ils répondent à Dieu, et non pas à moi, s'ils ne regardent (e) pas à s'édifier (f) eux-mêmes, non pas selon l'âme, mais pour le bien du corps. Quelqu'un me dem.andera ici si j'ai quelque estime de tous les

(a) Diffamer, dire du mal de quelqu'un.

(b) Terme emprunté à la langue mystique, désigne l'influence heureuse de la vertu sur ceux qui en sont témoins. Calvin va jouer tout à l'heure sur le sens du mot et lui donner une signiiication dans l'ordre matériel.

(c) Il n'y eût rien à redire ; grammaticalement, il n'y eût rien qu'on pût redire.

(d) Expression embarrassée ; qu'ils s'efforcent de me dire. Le traducteur écrit : bona fide respondeant, qu'ils me répondent de bonne foi.

(e) Regarder à, s'employer à, viser à.

(f) S'édifier... pour le bien du corps, sens matériel, se bâtir une fortune, s'assurer un prieuré, etc.

prêcheurs, qui, étant en pays papistes (»), s'approchent le plus qu'ils peuvent de la pure doctrine, encore qu'il y ait beaucoup d'infirmité (b), et même qu'ils n'enseignent qu'à demi. A Dieu ne plaise ! Car au contraire je suis tout (<") persuadé qu'aucuns y vont de bon zèle, cherchant l'honneur de Dieu et le salut du peuple, non pas leur profit corporel ('i). -Mais il est certain que ceux qui se mettent ainsi en colère pour maintenir (t") leur idolâtrie et tâchent de la couvrir sous l'ombre (') d'édifier, sont après pour faire leur cas (g), et, comme je l'ai dit, s'édifient {^^) des maisons pour l'aisance et commodité de leurs corps, au lieu d'édifier l'Eglise de Dieu. Quant est de l'édification de leurs prochains, ils devraient noter ce que saint Paul montre, à savoir qu'on peut édifier tant en mal qu'en bien ('). Car en amusant, le pauvre peuple, et l'entretenant (J) en idolâtrie, que font-ils autre

(a) Catholiques.

(b) Faiblesse physique ou morale, ici morale.

(c) Absolument.

(d) Avantages matériels.

(e) Maintenir, faire triompher.

(f) Le prétexte.

(g) Faire leur profit.

(h) Sens matériel du mot, s'édifient des maisons, opposé au sens spirituel édifier l'Eglise de Dieu.

(i) Nous disons édifier, en bien — malédifier, donner le mauvais exemple.

(j) Maintenir.

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chose que de l'endurcir ? S'ils se glorifient en ce malheureux bâtiment (a), je leur quitte le lieu {^). Voilà donc la première espèce de ceux qui sont mécontents de moi, à savoir les prêcheurs qui, au lieu de s'exposer à la mort pour relever (c) le vrai service de Dieu, en abolissant toutes idolâtries, veulent faire Jésus-Christ leur cuisinier (d), pour leur bien apprêter à dîner. De ceux qui ont droite affection, encore que je les reprenne en ce qu'ils défaillent, je sais qu'ils confesseront plutôt la dette (e) que de contester (f) contre les remontrances qu'ils voient être de Dieu, en tant qu'elles sont prises (s) de sa simple (h) parole.

Il y a puis après une seconde secte (^). Ce sont les protonotaires Q) délicats qui sont bien contents d'avoir l'Évangile et d'en deviser Q) joyeu-

(a) Obscur : ce bâtiment désigne sans doute les maisons que construisent ces prédicateurs habiles.

(b) Le traducteur écrit : hanc gloriam Mis concedo, je leur laisse cet avantage.

(c) Rétablir.

(d) Traduction triviale à dessein du rôle où est réduit Jésus-Christ ; il procure de bons repas à ceux qui le prêchent.

(e) Le traducteur écrit culpam, c'est-à-dire, faute.

(f) Protester.

(g) Empruntées, tirées.

(h) La simple parole, l'Evangile débarrassé des gloses et des commentaires.

(i) Dignitaires ecclésiastiques.

(i) Deviser, tenir conversation.

sèment et par ébat (*') avec les Dames, moyennant que cela ne les empêche point de vivre à leur plaisir. Je mettrai en un même rang les mignons de cour, et les dames qui n'ont jamais appris que d'être mignardées C^) et pourtant {'^) ne savent que c'est {^) d'ouïr qu'on parle un peu rudement à leur bonne grâce {^). Je ne m'ébahis point si tous ceux-là font une bande contre moi, et, comme s'ils avaient serment ensemble ('), condamnent tous d'une bouche ma trop grande sévérité. Et de fait, je m'y suis bien attendu avant le coup. Et maintenant il m'est avis que je les entends : « Qu'on ne nous parle plus de Calvin : c'est un homme trop inhumain. Comment ? si nous voulions le croire, non seulement il nous ferait bélitres (-), mais il nous mènerait incontinent au feu ('*) Y a-t-il propos (i) de nous presser (J) en telle sorte ? S'il veut que chacun lui ressemble et s'il est marri de nous voir plus

(a) Par manière de jeu.

(b) Traitées avec des manières raffinées.

(c) Par conséquent.

(d) Que c'est, = ce que c'est ; ce tour est une survivance de l'interrogation indirecte en latin : quid sil.

(e) La bonne grâce qu'elles affichent.

(i) Comme s'ils étaient conjurés.

(g) Le traducteur écrit : ad mendicitatem redigeret.

(h) Sur-le-champ.

(i) Du bon sens ; est-il raisonnable ?

(J) Inquiéter.

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à notre aise qu'il n'est, que nous en chaut-il (») ? nous sommes bien ici ; qu'il se tienne là où il est, et qu'il laisse chacun en repos. » La conclusion est que je ne sais que c'est du monde ('^). Quand ils en ont bien conté pour se flatter l'un l'autre, il leur semble qu'ils se sont bien vengés de moi. Soit. Mais que feront-ils à Dieu, auquel je les renvoie et lequel les ajourne (<") au son de la trompette ? Un protonotaire se pourra bien moquer du crucifix, aux dépens duquel il mène joueuse vie, en banquets, en jeux, en danses et en toute braveté (d). Car ce n'est qu'un marmouset (e). Mais Dieu ne se laisse pas moquer en cette façon. Un courtisan peut bien parler en risée et moquerie de toutes les batelleries (*) auxquelles le monde s'amuse pour servir Dieu (s). Car puisque ce n'est que service d'idoles, de toutes les superstitions qui ont été forgées à la fantaisie (h) des hommes, il ne faut pas craindre de s'en moquer. JVIais quand on nous parle des

(a) Que nous imporlc-t-il ? Le verbe chaloir est tombé en désuétude.

(b) Le traductcnj écrit : me non tenere miindi rationes, que je n'observe pas les règles du monde.

(c) Ajourner, renvoyer ; il y a ici une allusion au jugement dernier.

(d) Forfanterie.

(e) Petite statue.

{i) Tours de bateleurs. ,

(g) Avec l'idée qu'on sert Dieu.

(h] Au gré, selon le caprice.

saints commandements de Dieu, il n'est pas question de faire le niquet (»). Une dame peut bien faire la figue ('^) à un messire Jean, qu'elle craignait auparavant comme foudre parce qu'il fallait, bon gré mal gré, pour le moins une fois l'an, venir à lui et lui révéler tous ses menus secrets. Car elle sait que Dieu ne l'astreint pas à cela. Mais cependant il faut venir à jubé («) devant Dieu. Cette confession intérieure de nos consciences ne s'abolit point par l'Évangile. Mais au lieu que nous faisions par ci-devant notre compte ('!) avec un prêtre, il nous faut maintenant compter avec Dieu. Je voudrais bien pouvoir impétrer (e) d'eux aussi bien qu'au lieu de tenir bon contre moi, en se gaudissant (f) de mes remontrances, ils pensassent qu'il faut une fois comparaître devant Dieu, pour être jugés par (g) cette même parole que je leur propose maintenant. Quant à moi, je ne me suis point loué à eux pour leur complaire.

Il y a la troisième espèce (^) de ceux qui con-

(a) Remuer la tête.

(b) Expression familière, se moquer.

(c) Le traducteur écrit ad calculum venire ; l'édition de 1611 porte, venir à compte.

(d) Faire notre compte, expression familière qui a subsisté dans, rendre ses comptes.

(e) Obtenir.

(f) En se moquant.

(g) Par, en vertu de.

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vertissent à demi la chrétienté en philosophie, ou pour le moins ne prennent pas les choses fort à cœur, mais attendent sans faire semblant de rien voir s'il se fera quelque bonne (a) réformation. De s'y employer, en tant qu'ils voient que c'est chose dangereuse, ils n'y ont point le cœur (b). Davantage, il y en a une autre partie d'eux qui imaginent des idées platoniques (") en leurs têtes, touchant la façon de servir Dieu, et ainsi excusent la plupart des folles (d) superstitions qui sont en la Papauté, comme choses dont on ne se peut passer. Cette bande est quasi (e) toute de gens de lettres. Non pas que toutes gens de lettres en soient. Car j'aimerais mieux que toutes les sciences humaines fussent exterminées (f) de la terre que si elles étaient cause de refroidir {") ainsi le zèle des chrétiens et les détourner de Dieu. Mais il se trouvera beaucoup de gens d'étude, qui s'endorment en cette spéculation (h) : que c'est bien assez qu'ils connaissent Dieu, et

(a) Sérieuse.

(b) Cœur, dans le sens de courage.

(c) Idées, dans le sens platonicien du mot, ou encore telles qu'on en trouve chez Platon.

(d) Vaines.

(e) Quasi, pour ainsi dire.

(f) Au sens propre, chasser hors des limites, ex terniinis.

(g) Cause de refroidir, tour propre au grec et au latin.

(h) Façon de voir les choses.

entendent quel est le droit chemin du salut, et considèrent en leurs cabinets comment les choses doivent aller ('*) ; au reste, qu'ils recommandent à Dieu en secret d'y mettre remède, sans s'entremêler ni empêcher, comme si cela n'était pas de leur office {^). Qui plus est, [ils] se moquent de ceux qui le font et les arguent («) d'inconsidération. Or, quand je composai le livre dont il est question, il m'était aisé de prévoir qu'il ne serait pas le bienvenu envers (d) telle manière de gens. Par quoi il ne me doit sembler étrange s'il m'en est autant advenu comme j'en avais pensé. Toutefois je les prie, si ce sont avocats, qu'ils ne prennent point une cause aussi ruineuse (e) à défendre, de laquelle ils ne puissent avoir autre fois que d'en tomber en confusion. Si ce sont juges, qu'ils ne s'ingèrent (') point de prononcer sentence sur la parole de Dieu, laquelle n'est point sujette à leur juridiction ; et même que, se défiant d'eux-mêmes et se tenant pour suspects en leur propre cause, ils se gardent d'en juger,

(a) Le traducteur a écrit qiialis debeat esse ecclesiœ status.

(b) Fonction.

(c) Accusent.

(d) Auprès de.

(e) Cause ruineuse, qui perd son défenseur

(f) Se mêler de quelque chose, sans avoir le mandat nécessaire.

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mais qu'avec crainte et révérence (*), ils s'en tiennent à l'arrêt que Dieu le souverain juge en aura donné. Si ce sont médecins, qu'ils n'appliquent point d'emplâtres superflus et de nul profit pour cacher le mal, qui ne se peut guérir qu'en le découvrant. Si ce sont philosophes ou dialecticiens, qu'ils ne convertissent (b) point à colorer (°) de mensonge les sciences que Dieu a révélées au monde afin de les faire servir comme aides et instruments de la vérité, et ne pensent point que la vérité de Dieu, que l'Écriture appelle invincible, soit si faible qu'ils la puissent à la fin opprimer par belles apparences de raisons ou subtilités de subterfuges. Si ce sont gens qui s'appliquent à lire les saintes lettres, qu'ils se gardent bien d'encourir à leur escient (d) cette si horrible malédiction, laquelle est dénoncée (©) à ous ceux qui diront le mal être bien (f).

Je mettrai en la quatrième espèce (^) les marchands et le commun peuple, lesquels, se trouvant bien en leur ménage (g), se fâchent qu'on les vienne inquiéter. Ainsi, parce qu'il leur semble

(a) Respect.

(b) Employer contre sa destination naturelle.

(c) Colorer, dissimuler sous des couleurs.

(d) Le sachant.

(e) Prononcée contre.

(f) Tour emprunté au latin : proposition dite infinitive, parce que le verbe se trouve à l'infinitif.

(g)*Afîaires, intérêts.

que je n'ai pas assez d'égard à leur commodité, ils ne me veulent point avoir pour docteur. Et [il] leur semble bien avis que, quand ils auront rejeté mon conseil, ils en seront quittes devant Dieu. Combien que de ceux-ci il y en a moins que des autres, d'autant ('*) qu'ils ont plus de simplicité et de rondeur que ceux que j'ai récités (t») ci-dessus, et pourtant ('') n'ont point de cavillation (<^') pour résister à la vérité. Tant y a néanmoins qu'il n'y a état dont il ne s'en trouve quelques-uns qui, en contrefaisant les Nicodémites, sont mal contents de moi, comme si je les pressais sans raison et outre mesure. Voilà comme il faut qu'un serviteur de Dieu se prépare à acquérir beaucoup de maies grâces {^), quand il voudra fidèlement remontrer (^ à chacun ses vices. Et n'est pas sans cause qu'en un commun proverbe on dit que c'est le loyer (g) de la vérité. Quant à moi, il ne me fait mal, sinon d'autant que je les vois tant adonnés ('i) à eux-mêmes que,

• (a) Attendu que.

(b) Cités, nommes.

(c) Ruses.

(d) Par conséquent.

(e) Maie grâce, mauvaise reconnaissance, donc ressentiment.

(f) Faire connaître à chacun ses vices.

(g) Loyer, dans le sens de salaire, récompense, (h) Occupés d'eux-mêmes. •

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si Dieu ne leur complaît (^) en tout et partout, ils se dépitent incontinent contre lui ; d'autre part, que je les vois si mal affectionnés (b) au saint Évangile, lequel ils font profession de suivre et tenir (c), que, quand il ne leur chante pas chanson plaisante (^i), ils sont quasi prêts de tout renoncer incontinent. S'ils ne le font pas du premier coup, on vient facilement de l'un à l'autre. Car s'ils s'obstinent aujourd'hui en un point contre Dieu, pour ne point prêter l'oreille à ce qu'il dit, mais plutôt murmurer à l'encontre (e), ils feront bien demain le semblable (f) en un autre, jusqu'à ce qu'ils prennent toute la doctrine en haine ou en dédain, pour (§) n'en plus vouloir jamais ouïr parler. Mon office est de prendre peine et de désirer que la doctrine que j'annonce soit en salut C^) à tous. Mais quand j'en ai fait mon devoir, s'il en advient autrement, je m'accorde (i) à la volonté de Dieu. Quant aux Lucia-

(a) Complaire, s'employer à plaire aux gens.

(b) Si mal affectionnés, si mal attachés de cœur.

(c) Suivre et tenir, expression pléonastique pour dire, pratiquer.

(d) Expression populaire.

(e) Dans le sens contraire.

(f) La même chose.

(g) Au point de ne plus vouloir.

(h) Soit en salut, serve au salut ; la préposition en, comme la latine in et l'accusatif, marque assez souvent le but.

(i) Je me soumets à.

niques (') ou Éprcuriens, c'est-à-dire tous contempteurs (") de Dieu, qui font semblant d'adhérer à la parole et, dedans leurs cœurs, s'en moquent et ne l'estiment pas plus qu'une fable, je n'en ai pas voulu parler ici. Car ce serait bien temps perdu de les vouloir gagner par admonition (L>), Seulement j'ai compris en ces quatre espèces, ci-dessus couchées (^), ceux qui ont quelque étincelle de crainte de Dieu et portent quelque révérence à sa parole, toutefois n'ont pas encore si bien profité à l'école de Jésus-Christ qu'ils sachent que c'est de renoncer à soi-même et oublier le monde et sa propre vie pour servir à l'honneur de Dieu {^^).

Je demande donc à tous ceux qui sont tels, quelle raison ils ont de dire que je suis trop extrême (''), d'autant que (') je ne leur permets de se contaminer en idolâtries manifestes et choses, desquelles leurs consciences propres leur rendent témoignage qu'elles sont méchantes et damnables. Il n'est pas ici question de leur opi-

(a) Qui méprisent par principe.

(b) A l'aide de conseils, par la persuasion.

(c) Enumérées.

(d) L'honneur de Dieu revient souvent sous la plume de Calvin. Cette expression désigne le droit imprescriptible qu'a Dieu d'être servi selon la Bible.

(e) Excessif.

(i) Sous prétexte que.

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nion ou de la mienne. Je montre ce que j'en (*) trouve en l'Écriture. Et ne me suis pas hâté d'en faire une résolution (^), sans y bien penser plus de trois fois. Qui plus est, ce que je dis étant notoire, que nul ne peut dire le contraire sans nier pleinement la parole de Dieu. Car je ne dis rien de moi {^), mais je parle comme par la bouche du maître, alléguant {'^) témoignages exprès pour approuver («) ma doctrine d'un bout jusqu'à l'autre. S'ils pensent qu'il leur soit licite (f) d'approuver ce que Dieu a condamné, en le fardant (§) de belles couleurs, ils s'abusent (h). Et s'ils le veulent faire approuver à Dieu, ils s'abusent doublement. L'un dira : « Pour avoir moyen d'édifier, je chante la messe, combien que je sache que c'est un sacrilège, auquel Jésus- Christ est grandement blasphémé. » Prenons le cas (i) que son intention soit droite : s'ensuit-il qu'il fasse bien ? Il est vrai que notre Seigneur fera bien quelquefois, par sa providence (J), que

(a) A ce sujet.

(b) Un écrit.

(c) De ina propre autorité.

(d) Invoquant.

(e) Prouver.

(f) Permis.

(g) En dissimulant, pour ainsi dire, sous les couleurs, comme on cache des rides sous le fard.

(h) Ils se trompent.

(i) Supposons.

(J) Prévoyance.

sa parole s'avance (") par voies illicites. Comme {^) il est si bon ouvrier qu'il sait tourner le mal en bien. Mais s'ensuit-il pourtant qu'il approuve que cela se fasse, ou qu'il l'excuse quand il (<=) est fait, comme si ce n'était point péché } De moi (<') ,je suis bien aise et remercie Dieu quand j'entends qu'il y a ouverture («) quelque part à sa parole, et que quelque prêcheur a introduit aucunement (') le peuple à un petit commencement de droite intelligence ('). Si j'entends que quelqu'un ait encore davantage annoncé la vérité et le règne de Christ, j'en ai double joie. Mais cependant, s'il y a de l'infirmité et imperfection, je ne laisse pas de la tenir (h) pour vicieuse. Or, je leur demande en conscience si c'est un vice léger ou à dissimuler, qu'un homme qui monte en chaire pour représenter la personne de Jésus- Christ et parler en son nom et en son autorité, comme ambassadeur envoyé de par lui, fasse

(a) S'avance, c'csl-à-dire profite, s'impose à l'attention des lidèles.

(b) Car. -

(c) II, cela.

(d) Pour ma part.

(e) Facilité.

(f) En une certaine mesure.

(g) Il s'agit ici de ce que Calvin appelle ailleurs l'intelligence de la simple parole, de la vraie parole. Plus d'intermédiaires entre le Livre et le Fidèle. Celui-ci perçoit directement le sens de l'Ecriture.

(Il) Tenir pour, estimer.

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semblant de consentir à une abomination, laquelle contrevient plus que directement à la principale doctrine de l'Evangile. Ainsi toutes fois et quantes (a) qu'ils n'allégueront l'intention qui les mène, je leur répondrai promptement qu'il n'est pas loisible de faire mal, afin que bien en advienne ('^).

Tant moins (c) est digne d'être entendue la complainte qu'ils font tous, tant petits que grands, tant laïques que gens d'église. « Comment } Quitterons-nous tout, pour nous enfuir ne sachant où ? Ou bien nous exposerons-nous à la mort } » Qu'on réduise (c) en un sommaire tout ce qui se peut dire de cet argument et tout ce que de fait ils ont accoutumé d'amener (d) et recueillir. C'est autant comme s'ils disaient : « Comment ? nous ne pouvons servir Dieu et suivre («) sa parole, sans souffrir persécution .'' » S'ils veulent être bons chrétiens à cette condition-là, il faut qu'ils peignent (•) un Jésus-Christ tout nouveau. Quelqu'un d'entre eux me répliquera que, si le Seigneur envoie les persécutions, il les faut bien

(a) Toutes les fois que...

(t) En résulte.

(c) Qu'on résume.

(d) Produire.

(e) Obéir à sa parole.

(f) Qu'ils nous montrent, après l'avoir imaginé.

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porter (») en patience ; mais qu'il est bon de les éviter tant qu'on peut, et surtout se donner "garde ('') de ne les susciter (* ) par notre inconsidcration ('i). Je confesse bien tout cela. Mais quand nous cherchons à avoir cette paction (<') avec Dieu, de ne rien endurer pour sa parole, n'est-ce pas vouloir transfigurer (f) Jésus-Christ, pour l'avoir tel que notre chair l'appete {^) ? Et que font autre chose ceux qui amènent ('') cela pour un grand inconvénient, qu'ils ne peuvent faire ce que je requiers sans danger de mort ou sans tout abandonner ? Si je dis rien de ma tête (i), qu'il soit tenu pour frivole, sans alléguer d'autre raison. Mais si Dieu nous appelle à susciter la rage des infidèles contre nous, pour glorifier son nom, ou à nous retirer Q) en Heu auquel nous le puissions adorer purement (^), quel honneur lui faisons-nous d'user de telles répliques C^) } Et quelle folie est-ce à nous de

(a) Supporter.

(b) Prendre garde, éviter.

(c) Provoquer.

(d) Manque do réflexion.

(e) Celte convention, ce pacte.

(f) Nous dirions aujoul-d'hui, défigurer.

(g) Le désire, du verbe latin appetere. (h) Présentent.

(i) De ma propre autorité.

(i) Il y a ici une allusion à l'exil que nombre de croyants s'imposaient, à Genève par exemple, k) Réponses.

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penser le contenter de telle monnaie (a) ? Jésus- Christ a prononcé une fois que quiconque tiendra son âme précieuse C^) en ce monde, il la perdra. Quand donc ceux-ci mettent en avant pour excuse, qu'il se faudrait hasarder (<^) à la mort, s'ils faisaient ce que je leur montre par l'Écriture, ne veulent-ils pas contraindre Jésus-Christ à rétracter sa sentence ? « Mais notre nature ne porte (d) pas cela n disent-ils. ' Qui est-ce qui l'ignore ? mais où est la vertu (e) de l'esprit de Dieu, laquelle doit apparaître en nous ? Si les fidèles de l'Eglise primitive en eussent autant dit, que serait devenue la chrétienté ? Ne fûtelle pas périe et abolie, devant que Q) jamais devenir en être (g) ? Que je crains bien que la connaissance que Dieu nous a donnée aujourd'hui si ample de sa vérité ne nous vienne en tant (h) plus grieve condamnation ! Toute la théologie des martyrs anciens était de savoir qu'il n'y a qu'un seul Dieu qu'on dût adorer ; qu'en lui seul on devait mettre sa fiance (i) entiè-

(a) Nous disons encore, payer de cette monnaie.

(b) Attachera du prix à son âme.

(c) Risquer la mort.

(d) Comporte.

(e) Vertu tient ici du latin son sens de force.

(f) Avant que.

(g) Avant que de devenir une réalité.

(h) D'autant plus lourde.

(i) Confiance.

rement ; que le vrai service qu'il requiert (") était de l'adorer et invoquer, et, en reconnaissant avec louanges et actions de grâces que tous biens viennent de lui, le servir selon sa parole, vivant en bonne ('*)' conscience. Item qu'il n'y avait salut et vie ailleurs qu'en Jésus-Christ. Et n'avaient pas une connaissance tant haute de ces choses qu'ils les pussent déduire («") subtilement, ni par le menu (•'), mais seulement les tenaient (e) en simplicité. Néanmoins avec cela ils s'en (f) couraient d'un cœur allègre au feu ou autre supplice de mort ; voire même (s) les femmes y portaient leurs enfants. Nous qui sommes grands docteurs au prix (h), et savons tant bien deviser (') de toutes matières, ne savons que c'est de rendre témoignage à la vérité de Dieu au besoin (}) et d'approuver (^) notre chrétienté (•).

Mais encore le pis est qu'il ne suffit point à

(a) Il exige.

(b) Bonne conscience, conscience soucieuse du bien, pure.

(c) Expliquer.

(d) Par le détail.

(e) Ils les acceptaient.

(f) D'où ils étaient. Cf. ils s'en allaient ; ils s'en fuyaient qu'on a écrit plus tard en un seul mot, s'enfuyaient.

(g) Bien plus.

(h) En comparaison d'eux.

(i) Discuter.

(j) S'il le faut.

(k) De prouver.

(1) ISotre christianisme.

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d'aucuns de faire telles complaintes pour s'exempter de la loi commune, que notre Seigneur impose à tous les chrétiens ; mais [ils] s'arment de ces paroles, comme de blasphèmes, pour se rebéquer (") contre Dieu. J'appelle blasphèmes, quand, suivant la prudence humaine, ils se persuadent que c'est le moyen de bien avancer (b) l'Évangile, de participer à l'idolâtrie des papistes et ne se point mettre en danger pour cela. Si les Apôtres eussent eu cette fantaisie (<^), je vous prie, où en fussions-nous ? Ils allèguent qu'il est expédient d'y procéder ("^i) petit à petit. Je leur confesse. Et [je] leur accorde qu'il faut commencer par quelque bout et faire le fondement (^) devant que venir au sommet ; semblablement que tout ne se peut faire ensemble, et pourtant qu'il convient y aller par ordre (*). Mais quel fondement est-ce qu'ils font, en édifiant par leur exemple une abomination (g), qui est si contraire à Dieu, à savoir l'idolâtrie manifeste (h) ? L'autre couverture (') semblable qu'ils allèguent est aussi bien un blas-

(a) Se révolter, mot à mot opposer le bec.

(b) Faire faire des progrès à l'Evangile.

(c) Cette bizarrerie.

(d) Travailler.

(e) Fondations.

(f) Avec ordre.

(g) Pratique exécrable, (h) Evidente, indéniable.

i) Prétexte.

phème oblique (") avec ce qu'il n'y a qu'hypocrisie et mensonge. « Nous dissimulons, disent-ils, et faisons beaucoup de choses contre notre cœur, pour gagner nos prochains, et susciter de jour en jour nouvelle semence. Par ce moyen l'Église se conserve et augmente. Autrement, elle périrait. » Est-ce l'estime ('^) qu'ils ont de Dieu, qu'il ne pourrait confirmer (c) son Eglise, s'ils ne lui aidaient par leur feintise ("J), laquelle il condamne et rejette si fort ? Quel honneur fontils aux Apôtres de dire que ce serait gâter tout et ruiner l'Église, d'ensuivre (f) la hardiesse dont ils ont usé, en plantant ('") le règne de Jésus- Christ } Et quand ainsi serait qu' (g)ils n'auraient point honte d'accuser les Apôtres d'imprudence, que diront-ils de l'issue C^) que notre Seigneur a donnée à leur constance et à l'ardeur de leur zèle ? Se peuvent-ils vanter d'avoir jamais dressé Q) une église de dix personnes en un vil-

fa) Détourné.

(b) Est-ce l'opinion qu'ils ont de Dieu ?

(c) Afîermir l'état, consolider.

(d) Substantif tombé en désuétude ; nous n'avons gardé que la forme « feinte », dissimulation.

(e) Imiter.

(f) Expression inspirée de la parabole célèbre du semeur.

(g) Et quand bien même.

(h) Résultats.

(i) Formé, plutôt fondé.

LES NICODEMITES 233

lage, avec leur si grande discrétion (=») et sagesse tant circonspecte, au lieu que tout le monde (i^) a été gagné par la simple prédication de l'Evangile ? Et puis, je m'en rapporte à leur conscience, si c'est cela qui les mène, et non plutôt la crainte qu'ils ont de leur peau (*^). Il est plus que certain que ce qu'ils prétendent pour couleur {'^) est bien loin de leur pensée. Combien qu'il ne me .chaut pas beaucoup d'insister en ce point. Car tout au mieux qu'on peut prendre cette défense, déjà elle emporte ces blasphèmes, [à savoir] que le moyen que Dieu a ordonné de promouvoir l'Evangile n'est pas bon ni utile ; que sa vertu, laquelle il a démontrée jusqu'ici, à conserver («) son Eglise, est défaillie ; qu'au lieu d'avancer sa parole, en confiance (^ de sa vertu, il convient d'y procéder par sagesse humaine. De cette même source procèdent toutes les cavillations (s) dont ils usent. C'est qu'ils ne se peuvent ranger (h) à donner cette gloire à Dieu, qu'en le laissant

(a) Réserve dans l'action ; ici, crainte de scandaliser.

(b) Le monde entier, en latin totus orbis terrarum.

(c) Expression triviale destinée, dans la pensée de Calvin, à déprécier l'attitude des jXicodéniites : la crainte qu'ils ont pour leur peau.

(d) Prétexte.

(e) Maintenir contre les attaques de ses ennemis. (f j Dans un sentiment de confiance en sa force. (g) Ruses.

(h) Décider.

gouverner et conduire les choses, pour les amener à bon point ("), ils fassent sans contredit {^) ce qu'il leur commande, sans se soucier de ce qui en adviendra, sinon pour lui recommander l'événement, afin qu'il le donne bon. Voici leurs arguments. Si tous les fidèles voulaient fuir l'idolâtrie, que serait-ce ? Les pays où il y a grande semence de Dieu demeureraient déserts. Je réponds (^) que c'est à Dieu d'y pourvoir. Je, réponds secondement que le parlement {^) d'un homme prêche aucunefois {'^) en plus grande efficace («") qu'il ne pourrait faire de sa bouche, Tiercement, je réponds que je ne demande pas qu'on s'en aille. La terre est au Seigneur, seulement qu' (Oon le serve en pure conscience partout où l'on sera. Quand on ne pourra plus consister (^) en un lieu, faisant son devoir, qu'on se recommande à lui. Quartement, je réponds que c'est folie à un chacun de plaider ainsi pour tous. Car nous savons que ce qui fut dit à saint

(a) A un bon résultat, ou encore, comme nous disons, à bonne fin.

(b) Sans lui opposer de contradiction.

(c) Vieux mot, signifiant le départ, le fait de quitter son pays.

(d) Parfois, dans certains cas.

(e) Avec plus d'eflicacité.

(f) Seulement que (en latin modo), pourvu que, à la condition que.

(g) Demeurer.

LES NICODEMITES 235

Pierre s'adresse aussi bien à nous : « Que te chaut-il (a) qu'il sera fait des autres ? suis-moi » (Jean, 21-22). Il est vrai que nous devons avoir le soin de nos prochains, mais pour nous aider mutuellement, non pas pour prendre occasion {^) de nous retarder ou de reculer. Finalement, je réponds que de penser à ce danger, c'est penser à quel vin nous buvrons d'ici à mille ans. Car Dieu ne distribue pas à tous ses grâces en même mesure ni en même façon. Ainsi c'est en vain qu'ils craignent que les pays ne demeurassent dépourvus de chrétiens. Plutôt (°) l'Évangile fructifierait cent fois davantage. Bref, si ce point était gagné sur eux, qu'ils ne s'amussassent plus à leur maudite prudence charnelle (d), nous serions tantôt d'accord ensemble.

Je n'ai pas entrepris de réfuter ici toutes leurs objections. Car je l'ai déjà fait plus que suffisamment au traité dont ils se complaignent. Seulement j'ai voulu toucher en passant que c'est qu'ils profitent («) à murmurer ainsi contre Dieu, afin qu'ils apprennent à s'en déporter (f), voyant

(a) Que t'importe ?

(b) Prendre prétexte de.

(c) Au contraire.

(d) Prudence charnelle, inspirée par des sentiments mesquins comme ceux que la chair suggère à l'homme ; s'oppose à spirituelle.

(e) L'intérêt qu'ils ont à murmurer (sens ironique). (fj A se bien garder [de murmurer].

que ce n'est qu'empirer ('i) leur cause de plus en plus. Au reste, je les veux bien aussi avertir que c'est une grande ingratitude à eux d'user des propos qu'ils tiennent. « Puisque Calvin fait tant du vaillant C^'), que ne vient-il ici pour voir comment il s'y comportera ? Il fait comme les capitaines qui poussent les soudards {^) à la brèche pour recevoir les coups, cependant {'^) demeurent loin du danger. » Par ce moyen, les anciens fidèles se fussent moqués de toutes les exhortations des apôtres, quand ils les sollicitaient à endurer persécutions continuelles pour le nom de Jésus-Christ ; ne fléchir pour rien qui leur advînt (e) ; perdre leurs biens joyeusement ; endurer les opprobres du monde d'un cœur allègre ; et mourir constamment (^), quand le plaisir de Dieu serait tel. Car ils eussent pu dire : « Venez-y vous-mêmes, et montrez-nous le chemin. » Quelqu'un dira que les Apôtres en avaient bien leur part, et pourtant que cela leur

(a) Empirer, dans le sens de aggraver,

(b) Faire du vaillant ; nous dirions aujourd'hui, faire le vaillant, poser au courage.

(c) Qui reçoivent une solde, les éditions suivantes portent souldats, puis soldats. La version latine, gregarios milites.

(d) Pendant ce temps.

(e) Quoi qu'il leur advînt.

(f) Avec constance, au sens étymologique du mot, c'est-à-dire en restant conséquent avec soi-même.

LES NICODEMITES 237

donnait l'audace de requérir ('*) des autres par paroles ce qu'ils leur montraient par effet (b). A cela je réponds que chacun d'eux exhortait souvent à patience et constance une Eglise dont il s'était enfui pour le danger {^■). Je vous prie, quand l'Apôtre dit aux Hébreux (12-4) : « Vous n'avez pas encore résisté jusqu'au sang », ne pouvaient-ils pas bien répliquer : « Es-tu marri (d), ou si tu nous portes envie, de ce que nous ne sommes de pire condition que toi ? » Même, pour le faire court (e), que pouvait-on dire à saint Pierre, quand il remontrait aux fidèles (s. Pierre, 4-12) que c'est la vraie béatitude que d'endurer pour le nom de Jésus ? Or les fidèles de ce temps-là ont reçu telles exhortations avec révérence ('), comme aujourd'hui font ceux qui ont la crainte de Dieu, sachant que l'homme ne se peut gaudir (s) des admonitions saintes, prises (h) de la parole de Dieu, qu'à sa confusion. Quant est de moi, je ne me vanterai pas d'avoir

(a) D'exiger.

(b) Effectivement.

(c) A cause du danger.

(d) Marri, dans le sens de fâché, mécontent.

(e) Bref, en un mot.

(f) Avec un respect en quelque sorte religieux.

(g) Se réjouir, du latin gaudere ; ici, avec le sens de se moquer.

(h) Empruntées à la parole de Dieu, c'est-à-dire à la Bible.

beaucoup enduré. Mais je puis bien dire qu'il n'a pas tenu (•'') quelquefois de m'exposer au danger. Et puisqu'ils m'accomparent {^) à un capitaine, pourquoi sont-ils si malins et inhumains de ne se contenter que je fasse autant en cette bataille spirituelle que nous avons {^) contre le règne de Satan, qu'on pourra demander (d) d'un bon et fidèle capitaine qui servira à («") un prince terrien ? Combien qu'ils s'abusent en ce qu'ils me mettent si loin des dangers. Car encore que la persécution ne soit pas aujourd'hui prochaine et éminente (') sur moi, je ne sais ce qui me pourrait demain advenir. Tant y a que (^) je serais bien bête, si dès cette heure je ne m'y préparais, pour n'être pas surpris. Quand il en faudra venir là, j'espère bien en mon Dieu qu'il me fera la grâce de glorifier son nom par mon sang, aussi bien que je fais maintenant avec la langue et la plume, et sans me feindre (h) non

(a) Il n'a pas dépendu de moi que...

(b) Ils me comparent à un capitaine ; le préfixe ac est venu de la préposition ad, qui entre en composition.

(c) La bataille que nous livrons.

(d) Exiger de... ; la préposition de après demander s'explique par l'idée d'origine. Cf. plus haut : du commencement.

(e) Servir à, calqué sur le latin ; défendre les intérêts de. (i) Imminente ; le traducteur écrit qitœ imminent.

(g) Toujours est-il que...

(h) Et sans me dérober plus que je ne me dérobe aujourd'hui. Il y a là une reprise du mot feintise.

LES NICODEMITES 239

plus. Et de fait, en cela ils confessent leur turpitude (a), quand ils ne savent plus que faire sinon de [re]courir (b) à reproches et maledisance Q^).

Mais il leur semble avis qu'ils se maintiennent (f) encore honnêtement, pendant qu'ils se peuvent cacher sous la robe de Nicodème, laquelle ils font semblable au manteau de notre Dame des Carmes de Paris (d). Car il me souvient qu'il y a là une légion de moines, comme (^) poussins sous les ailes de leur mère. En cette manière ('"), ceux-ci étendent si loin le manteau du bon Nicodème qu'ils en sont tous couverts. Au moins (§), ils le pensent. Car à la vérité, quand chacun en a voulu tirer un pan à soi, ils l'ont tant tiré çà et là qu'ils l'ont tout déchiré, non seulement par pièces mais par filets (h), « Comment est-ce donc qu'ils s'y cachent ? » dira quelqu'un. Il leur advient comme aux perdrix, lesquelles pensent être bien mussées (i) quand elles

(a) Leur malhonnêteté.

(b) Recourir.

(c) Qu'ils continuent à être honnêtes...

(d) Le traducteur écrit : quam Lutetiœ piclam aliquando vidi apud Carmelitas.

(e) Pareils à des poussins.

(f) De cette façon.

(g) Du moins.

(h) Par fils.

(i) Cachées, dissimulées. La forme mucher a subsisté dans certaines locutions populaires.

peuvent trouver un trou pour fourrer la tête. Ainsi ce manteau de Nicodème, sous lequel ils pensent se mettre à sauveté ("), n'est ' sinon ('^) une fausse imagination ('), de laquelle ils se déçoivent (*') ; comme s'ils bouchaient leurs yeux afin qu'on ne les vît pas. Car qu'ont-ils de semblable à Nicodème ? « C'est, disent-ils, qu'il est venu voir notre Seigneur de nuit et ne s'est pas déclaré être de ses disciples (^). » Je leur confesse que Nicodème, devant qu'être illuminé (e), a cherché dans les ténèbres. Mais depuis que (f) le soleil de justice eut lui sur lui, à savoir (e) s'il demeura toujours en sa cachette } Or, au contraire, nous voyons la déclaration qu'il fit, voire ('^) au temps que tout était désespéré. A savoir quand il vint avec Joseph d'Arimathie demander à Pilate le corps de notre Seigneur

(a) Assurer leur salut. Comparer le mot, déjà vu, hrai'eté, sauveté. Il y a là une désinence, empruntée fréquemment, au XVI® siècle, du latin, etas, itas, — accusatif, etatem, ilatem.

(b) Que.

(c) Imagination qui ne répond à rien, vaine, chimérique.

(d) Ils s'abusent.

(e) Éclairé par la foi, par le sentiment qu'il était sauvé.

(f) Une fois que.

(g) Sous-entcndez, je demande. Le verbe figure dans la rédaction de 1611.

(h) Et cela.

LES NICODE MITES 24I

pour l'ensevelir (^). Notons (») le temps. Voilà les prêtres, pharisiens et tous les autres ennemis de la vérité qui triomphent, comme ('^) ayant tout gagné. Les pauvres fidèles de l'autre côté sont bien étonnés (c) et quasi éperdus, voyant leur maître et sauveur, auquel ils ont eu (<^i) toute leur espérance, trépassé, et son corps pendu (e) au gibet entre des malfaiteurs et brigands. Les pharisiens et scribes et prêtres sont aux écoutes pour voir si quelqu'un osera sonner mot ('). Car ils ne se contentent point de l'avoir mis à mort, sinon que (s) la mémoire en soit du tout abolie. Ils sont encore enflambés (h) de la rage qu'ils ont exercée contre sa personne pour (i) la déployer contre tous ses membres. Le peuple est ému (J) aussi bien ; en sorte que Nicodème était assuré qu'en se montrant disciple ou amateur {^) de

(a) Remarquons les circonstances.

(b) Comme s'ils avaient la victoire définitive.

(c) Dans l'état de quelqu'un qui a été frappé par la foudre, par le tonnerre.

(d) Dans lequel ils ont mis toute leur espérance.

(e) Suspendu.

(f) Expression familière.

(g) Il leur faut encore que... Mot-à-mot, ils ne seront pas contents à moins que...

(h) Expression imagée pour exprimer l'intensité de la passion chez les adversaires du Christ.

(i) Et disposés à déployer cette rage contre ses disciples.

(j) En proie à la passion.

(k) Partisan,

Jésus-Christ, il suscitait ('^) la fureur de tout le monde contre soi. Néanmoins il en fait profession évidente ('') devant tous. Il ne craint point la honte et l'opprobre. Il ne craint point la haine. Il ne craint point le tumulte (^). Il ne craint point les persécutions. Voilà nicodémiser (»'), si nous prenons Nicodème chrétien, et non pas en son ignorance, devant qu'il sût que c'était de Jésus- Christ. Mais quoi ? Ceux-ci veulent ensuivre ce qu'a fait Nicodème du temps de son infidélité (e). Mais à l'exemple qu'il leur montre, après avoir connu Jésus-Christ, ils n'y veulent entendre {^). Somme (§), Nicodème est venu à Jésus-Christ de nuit, du temps de son ignorance. Après avoir été instruit, il le confesse apertement (h) de jour, voire à l'heure qu'il y avait plus grand péril que jamais. Par quoi (') ceux qui se couvrent Q) de son exemple lui font grande injure, et ne pro-

(a) Provoquait.

(b) Non équivoque.

(c) Tumulte, émotion provoquée dans la foule par la déclaration de Nicodème.

(d) Calvin crée hardiment le mot : agir à la manière de Nicodème.

(e) Le temps où il n'avait pas la foi.

(f) Ils ne veulent pas comprendre cet exemple, et par suite l'imiter.

(g) En somme, (h) Ouvertement, (i) C'est pourquoi.

(j) Ceux qui s'autorisent.

LES NICODEMITES 243

fitent non plus (a) que si un persécuteur de la chrétienté s'excusait sur saint Paul (^). Et n'a pas été (b) en cet acte seul que Nicodème avec grand danger de sa personne s'est montré chrétien. Déjà il commença de se hasarder (°) pour Jésus-Christ, quand, en l'assemblée des méchants, il soutint contre tous qu'on ne le devait condamner sans connaissance de cause. Il est vrai qu'il ne faisait pas encore confession entière. Mais si (d) était-ce beaucoup s'avancer, de résister lui seul à l'impétuosité furieuse de tous les iniques (e). Maintenant il y aura en une assemblée trois ou quatre de ces Nicodémites qui souffriraient sans sonner mot qu'un pauvre chrétien soit cruellement condamné à mort. Et Dieu veuille que nul d'entre eux n'y consente ! Voilà donc la vraie façon de nicodémiser. C'est de se confirmer (f) avec le temps pour s'avancer (§) journellement à donner gloire à Dieu. Possible qu' (h)en un point on leur pourrait accorder qu'ils ressemblent à Nicodème. C'est qu'ils ensevelissent maintenant

(a) Et ne tirent pas plus de profit de son exemple que

(b) Il n'y a pas que cet acte où Nicodème...

(c) S'exposer.

(d) Cependant, pourtant.

(e) Injustes.

(i) De s'afîermir dans la foi.

(g) S'entraîner chaque jour.

(h) Peut-être.

Jésus-Christ comme il a fait une fois. Mais il y a grande différence entre les deux sépultures (»). Car Nicodème a seulement enseveli le corps et l'a embaumé, afin que l'odeur en fût bonne (b) et précieuse. Ceux-ci ensevelissent corps et âme, humanité et divinité. Et le tout sans honneur. Nicodème l'a enseveli pendant qu'il était mort. Ceux-ci le veulent enterrer après qu'il est ressuscité. Ainsi, qu'ils se déportent (f>) dorénavant de faire un bouclier {^) de Nicodème, pour dire qu'il leur soit licite de dissimuler leur chrétienté (9), jusqu'à se polluer en idolâtrie. Vu que (f) Nicodème a montré cent fois plus de constance en (s) la mort de Jésus-Christ qu'ils ne font (*>) tous ensemble après sa résurrection é Il est temps de conclure pour mettre fin au '/présent traité. Je crois que tous ceux qui ont une goutte de sain jugement, voient bien qu'ils n'ont aucune raison de m'accuser, comme si j'étais trop rude et âpre en exigeant des chrétiens ce que notre Seigneur leur commande expressément

(a) Les deux manières d'ensevelir le Christ.

(b) Agréable.

(c) Qu'ils renoncent à...

(d) De se mettre à l'abri derrière Isicodème.

(e) Qu'il leur est permis de dissimuler leur christianisme.

(f) Car.

(g) A l'occasion de la mort, (h) Qu'ils n'en montrent.

LES NICODEMITES 245

par sa parole (a), et non plus. A ceux qui ont les oreilles tant douillettes C^) qu'ils ne peuvent porter cela, je réponds que ma doctrine n'est pas dure (c) ; mais c'est la dureté de leur cœur qui la leur fait trouver telle. S'il y a difficulté à le faire, ce n'est pas à dire (d) que notre devoir n'y soit. Je sais bien que ce n'est pas à un chacun de réformer un pays, quand les choses y vont mal. Et aussi je ne requiers pas cela d'eux, mais tant seulement («) qu'un chacun se réforme en son endroit (9, ne communiquant (s) pas de mal. Si ce leur est chose fâcheuse (^) quant à la chair, je ne m'en ébahis point. Mais s'ils connaissent ce que je leur dis être bon et salutaire, qu'ils avisent 0 d'en faire leur profit, plutôt que d'ensuivre les frénétiques Q), en frappant et outrageant le médecin, qui met en peine {^) de les secourir. Je ne prends pas plaisir à les contrister.

(a) Par son Évangile.

(b) Si délicates que.

(c) Dure, difficile à accepter. Le mot est emprunté à l'Évangile : durus hic sermo, et quis potest eum audire ? (Jean).

(d) Il ne s'ensuit pas que.

(e) Mais seulement.

(i) En ce qui le concerne.

(g) En ne participant pas au mal.

(h) Pénible.

(i) Qu'ils songent à.

(j) Les fous.

(k) Qui se donne la peine de.

Néanmoins si je puis les amener à une tristesse telle que dit saint Paul, à savoir qui engendre repentance, je ne m'en repentirai point. (2 Corint., 7-10). Car ce sera leur profit. S'ils s'en contristent pour se dépiter («), j'en suis marri. Car je ne désire pas leur ruine {^), et n'en voudrais être cause. Mais la faute leur en sera imputée, non pas à moi.

Jusqu'ici j'ai parlé à ceux qui font des sages (<=) contre Dieu, pour se justifier malgré lui en ce que, pour complaire au monde, ils ne font aucune difiiculté de se polluer en idolâtrie. Maintenant j'adresserai mon propos {'^) à ceux qui, étant aussi en pays papistes, avec crainte et humilité reconnaissent le pauvre (e) état où ils sont et vivent à regret au milieu des abominations qu'ils sont contraints d'y voir, et même auxquelles il leur advient quelquefois de se polluer par infirmité. Je considère bien qu'ils sont en merveilleuse (^) perplexité. D'autre part je sais qu'il convient tellement traiter les consciences timides et épouvantées qu'on ne les mette point en désespoir.

(a) Au point d'en concevoir du dépit.

(b) Malheur, au point de vue spirituel, s'entend.

(c) Cf. qui fait du vaillant (plus haut), ici, qui jouent à la sagesse, qui émettent la prétention d'être sages...

(d) Je m'adresserai.

(e) L'état malheureux.

(f) Qui tient du prodige, par conséquent très grande.

LES NICODE MITES 247

Or, on peut voir par le traité que je n'ai pas été tant inhumain ('^) que je n'aie eu garde de consoler ceux qui sont tels. Il est vrai que j'y ai tenu le moyen (b) lequel Dieu me permet, et non pas tel que le monde l'appète (c). C'est que, sans les flatter en leur péché, je les ai exhortés à prier Dieu continuellement, voire (d) confessant leur pauvreté avec gémissements et douleur, pour en obtenir pardon ; se recommander à lui et le prier que, par sa bonté infinie, il les veuille délivrer de cette captivité, ou leur donner force et constance de préférer l'honneur de son nom à leur propre vie ; et cependant («) se solliciter (*) par chacun jour de se mettre en devoir. Je persévère encore en cela ; et désire tellement réconforter ceux qui faillent (s) que cependant ils ne s'endorment point en nonchalance et ne s'endurcissent point contre Dieu. Et de fait les consolations chrétiennes ne sont point ('') d'endormir les

(a) Si cruel.

(b) Le traducteur écrit temperamenlum, ce qui éclaire le passage. Il s'agit ici de mesure. Calvin, tout en évitant de désespérer ceux qui sont obligés de vivre en pays catholiques, ne veut point cependant leur dissimuler le péril. Il observe une juste mesure.

(c) Le désire, du latin appetere.

(d) Même, qui plus est.

(e) Pendant ce temps.

[i] S'entraîner par la méditation.

(g) Ceux qui défaillent, qui succombent à la tentation.

(h) N'ont point pour effet de.

pécheurs, leur faisant accroire que le mal est bien, mais, après les avoir humiliés et même abattus devant Dieu, les induire, pour remède unique, à prier Dieu, demander merci (») et implorer son aide, pour sortir de la fange où on est. Quiconque ne se contente pas de cela, qu'il cherche ailleurs un Balaam, pour bénir ce que Dieu a maudit. Car ce n'est pas mon office (b) ni ma coutume.

Or, ce qui me fait insister en ce point avec plus grande véhémence, c'est parce que je ne doute pas que, jusqu'à cette heure, la plupart n'aient grandement provoqué la colère de Dieu, en estimant si peu et quasi prenant cela pour jeu (c) de le déshonorer en se mêlant avec les idolâtres, pour communiquer {'^) à leurs superstitions. C'est déjà un grand crime de commettre idolâtrie extérieure, abandonnant son corps, qui est le temple de Dieu, à- pollution telle que l'Ecriture condamne autant ou plus que paillardise. Et [ce] n'est pas une faute légère de transférer (e) l'honneur de Dieu à une idole, je dis même la révérence extérieure, qui est signe et

(a) Demander pardon.

(b) Mon devoir, ma fonction.

(c) Se faisant en quelque sorte un jeu de manquer à l'honneur de Dieu.

(d) Participer.

(e) Transporter.

LES NICODEMITES 249

témoignage de l'honneur spirituel (»). Car c'est faire profession de consentir à l'idolâtrie et l'approuver. Et [ce] n'est pas peu de chose de donner mauvais exemple à ses prochains, pour confirmer (b) les ignorants en erreur et troubler les infirmes (c), ou les scandaliser ! Mais quand avec tout cela nous ajoutons une impudence {^) et que, comme paillardes effrontées, nous nous torchons la bouche (e) pour dire que nous n'avons rien fait de mal, c'est dépiter (^ Dieu apertement et quasi de propos délibéré (e) le provoquer au combat et l'armer à faire vengeance contre nous. Comme aussi il le montre par son prophète Ësaïe Q) (22-14), jurant étroitement {^) qu'une telle iniquité ne sera jamais remise Q). Nous voyons comme (J) David, étant fugitif au pays des Philistins, encore qu'il ne fût pas contraint

(a) L'honneur que, dans le secret du cœur, en esprit, on rend à Dieu.

(b) Affermir.

(c) Les faibles.

(d) Absence de pudeur, du sentiment de honte qui devrait suivre le péché.

(e) Expression triviale à dessein et amenée par la comparaison avec les paillardes := le traducteur écrit : os et fronteni fricamus.

(i) Irriter, (g) De parti-pris.

(h) D'un serment qui l'engage étroitement avec soimême.

(i) Pardonnée.

(j) Comment.

d'idolâtrer, ne regrettait rien plus que d'être privé de ce bien, de se pouvoir assembler avec les fidèles pour prier en leur compagnie, se confirmer par l'usage des sacrements et ouïr la loi du Seigneur {^) (Ps. 42-5). Il ne lui challait (»), au prix de cela, d'être déchassé {^) arrière de ses parents et amis, et d'être dépouillé (c) de sa femme. Car nous ne lisons pas qu'il ait fait lamentation de ces choses, comme (J) de ce qu'il n'avait plus accès au temple de Dieu. Par quoi tous ceux qui sont en pays où il n'y a point forme d'église ordonnée comme il appartient (e), pour adorer Dieu et l'invoquer, ouïr sa parole et user de ses sacrements, devraient bien déjà avec Daniel soupirer de ce qu'ils n'ont pas et ne peuvent avoir les choses tant nécessaires à tous fidèles. Car nous ne saurions mieux montrer que nous sommes enfants incorrigibles qu'en étant stupides (9 aux verges de Dieu. Or cette est (s) la verge que nous devons avoir en horreur sur toutes les autres, quand il nous ôte les enseignes (h)

(a) Il lui importait peu.

(b) Séparé, éloigné.

(c) Privé.

(d) Autant que.

(e) Comme il devrait.

(f) Insensibles.

(g) Or, voici quel châtiment nous devons redouter par-dessus tous les autres.

(h) Marques, signes.

LES NICODE MITES 25 1

par lesquelles il testifie (*) sa présence au monde. Mais encore cette verge est plus rigoureuse beaucoup, quand il permet que nous soyons sujets (b) à cette captivité, d'adorer les idoles au lieu de lui. N'est-ce donc pas un trop grand mépris de Dieu de ne s'émouvoir point et quasi se rire, quand, par signes évidents, il se montre courroucé contre nous, voire beaucoup plus grièvement {") que s'il nous affligeait de peste, de guerre et de famine tout ensemble.

Par quoi (d), tout bien regardé («), je ne puis autrement juger, comme j'ai déjà dit, sinon qu'une telle méconnaissance est cause que notre Seigneur les délaisse en cette confusion. Car si tous, d'un commun accord, réputaient (e) bien quelle est leur malheureté {^) et se déplaisaient (s) de ne point glorifier Dieu comme ils sont tenus (*^), le priant d'avoir pitié d'eux et les visiter en main forte (i) pour les retirer de cet abîme, il est certain qu'il exaucerait leurs gémissements. Et si

(a) Il atteste.

(b) Soumis.

(c) D'une façon beaucoup plus lourde.

(d) En conséquence.

(e) Tout bien considéré.

(f) Réfléchissaient.

(g) Cf. braveté, sauveté. Nous disons aujourd'hui, malheur.

(h) Comme ils sont tenus de le faire, (i) Avec force, en employant la force.

cela eût été fait par ci-devant (^), nous eussions déjà senti sa bénédiction autrement qu'elle ne s'est [pas] montrée ; car jusqu'à ce que notre mal nous presse (^), nous ne sommes pas capables de recevoir la grâce de Dieu, pour y subvenir. Davantage, cette pusillanimité qu'ils ont est un autre empêchement pour retarder (c) Dieu de faire son œuvre. Ils devraient bien faire cet honneur à Dieu de se confier (d) à lui, qu'il pourra bien trouver des moyens, que nous ne pouvons concevoir, pour avancer (") son règne ; et, en cette confiance, s'employer un peu plus hardiment, chacun selon son état et sa faculté. Mais quoi } Devant que rien oser attenter (^ pour l'honneur de Dieu, tous disent d'une voix « qu'il s'en faut déporter (s), parce qu'on ne profiterait de rien ». Ne sont-ils pas bien dignes (h) que Dieu retire sa bénédiction d'eux et cache sa vertu ('), puisqu'ils sont si ingrats que (J) de le

(a) Jusqu'à présent.

(b) Accable.

(c) Empêcher.

(d) De s'en remettre à Lui.

(e) Hâter rétablissement de son règne.

(f) Le mot signifie entreprendre, au xvi^. Aujourd'hui, il a un sens péjoratif : attenter à la vie de quelqu'un, un attentat.

(g) Se garder de, éviter de.

(b) Ne méritent-ils pas.

(i) Sa force.

(j) Assez ingrats pour.

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faire (») impuissant ? Qui plus est, il y a grand danger pour l'avenir que le Seigneur ne fasse reculer le cours (b) de sa parole entre eux, pour punir une telle timidité. Et quand cela sera advenu, il ne faudra imputer (c) la faute qu'à nous, d'autant que nul n'y aura voulu mettre seulement le petit doigt (d) pour y aider, comme nous y étions tous tenus, et que cette crainte sera procédée de défiance, en tant que (e) nous aurons mesuré la vertu du Seigneur infinie, selon notre appréhension (f). Ainsi que chacun se fortifie en la fiance de Dieu (e), pour avoir meilleur courage à mettre la main à la pâte ('1) comme on dit, c'est-à-dire mettre peine à exalter ( ) le règne de notre Seigneur Jésus, bataillant contre toutes les résistances de Satan. Que les prêcheurs n'aient point tant d'égard à se contregarder Q) qu'à faire

(a) L'imaginer.

(b) Image empruntée à l'idée de fleuve.

(c) Attribuer. Le mot imputer a subsisté dans la langue théologique.

(d) Expression populaire,

(e) Attendu que.

{i) Le tour, imité du latin, est assez embarrassé. Il faut entendre : parce que nous aurons mesuré selon notre intelligence (appréhension) la force du Seigneur qui, étant infime, sans limites, échappe précisément à nos mesures.

(g) Confiance que Dieu mérite.

(h) Autre expression famihère.

(i) A établir. Le traducteur écrit resiituere.

(j) A se surveiller.

ce que leur vocation porte et ce qu'ils promettent en montant en la chaire de vérité, faisant profession de parler au nom de notre Seigneur Jésus- Christ. Que le peuple fasse valoir la doctrine qu'il aura reçue, et que tous la fassent fructifier, en la publiant (") de main en main. Au reste, puisque David, voulant faire une protestation commune à tous les fidèles, dit qu'il ne participera point aux sacrifices des idoles, et ne prendra point leur nom {^) en sa bouche (^) (Ps. i6, 4), c'est bien pour le moins (c) que ceux qui déclinent {'^) de cette pureté reconnaissent leur faute et prient Dieu incessamment tant de leur pardonner que de les réduire (e) au droit chemin. Et que nul ne fuie, de peur d'ouïr sa condamnation, ou bouche les oreilles, ou ferme les yeux ; comme (^ plusieurs pensent avoir beaucoup gagné, en s 'abstenant de lire bonne doctrine afin de n'entrer point en compte avec Dieu. Car je dénonce («) à tous ceux qui ne voudront écouter sa parole, pour {^) être repris et menacés d'icelle, qu'ils sentiront sa main, laquelle leur sera beau-

fa) En la répandant dans le public.

(b) Il s'agit du nom des idoles.

(c) C'est bien le moins que...

(d) Ceux qui s'écartent.

(e) De les ramener.

(f) Ainsi font plusieurs qui s'imaginent...

(g) J'annonce à tous ceux, (h) De peur d'être blâmés.

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coup plus rude et les fera crier beaucoup plus amèrement : hélas ! hélas !, voire (*) en leur confusion, au lieu que la parole leur doit être en (b) remède pour leur salut.

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