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LA LUTTE CONTRE LE NICODÉMISME LA CORRESPONDANCE

Le retour de Calvin et son établissement définitif à Genève y amena à sa suite nombre de réfugiés, qui étaient assurés de trouver dans cette ville, non seulement la liberté de conscience, mais encore les directions du Réformateur. Ce dernier, comme on va le voir dans ce chapitre, ne se contente pas de proclamer « ex professe » et sous la forme de traités dogmatiques la nécessité de fuir la terre d'Egypte et de Babylone. Il s'attache à telle ou telle âme particidière, l'exhorte, la soutient, la relève, s'il en est besoin, semblable au pasteur dont il est parlé dans l'Evangile et qui n'hésite pas à abandonner son troupeau pour courir après la brebis égarée. (Mathieu, Marc, Luc.) Plusieurs, en effet, hésitent, avant de prendre une décision, ou, l'ayant prise, se troublent à la dernière heure. Certains cèdent aux influences, à la peur, à toutes sortes de raisons. Calvin est là — sa correspondance l'atteste — vigilant et lucide. Il intervient avec autorité. Il trace le devoir, il dissipe les scrupules. En un mot, il continue, sur un terrain plus restreint, avec une

connaissance plus approfondie du sujet, sa lutte contre le Nicodémisme.

Il faudrait, pour être complet, relever sur les registres de Genève les listes d'immigration. D'année en année, arrivent et s'installent des réformés de langue française. Ils font souche et plusieurs y sont encore aujourd'hui représentés. Quelques noms permettront de se faire une idée de ce mouvement. En 1540, c'est un M, de Tailiy (^) qui presse Calvin, alors réfugié à Strasbourg, de revenir à Genève, où lui-même s'est installé. En 1547, c'est François Beaudoin, d'Arras (^), qui fut dans la suite l'ami et le secrétaire du Réformateur et devint, sur le tard, son adversaire. Le 24 octobre 1549, c'est Théodore de Bèze (^) abandonnant en France de riches bénéfices, en particulier l'abbaye de Froidmond qu'il tenait de la munificence de son oncle. La même année, ou peut-être l'année piécédente, c'est Ch. de Jonvillers (*), qui devint le secrétaire de Calvin. En mai 1553, c'est le sieur Bouchard (^), vicomte d'Aubeterre. Calvin lui rédigea une lettre destinée à convaincre son père de la nécessité de rompre avec le catholicisme et aussi, pour justifier sa propre décision. A la date de 1558, le sieur Dommurtin (^), qui avait organisé la Réforme

(1) Lettres françaises (Ed. J. Bonnet). I, p. 24.

(2) Ibidem, I, p. 218.

(3) Ibidem, I, p. 338, et la note.

(4) Ibidem, I, p. 338.

(5) Ibidem, I, p. 348.

(6) Ibidem, II, p. 236 et seq.

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à Metz, vient s'établir à Genève, comme au centre même du mouvement.

Nous ne connaissons ici que le dénouement de ce qui souvent dût être une crise. On ne se décide pas, en effet, à s'expatrier, à quitter les siens, sa fortune, sans avoir mûrement réfléchi et sans avoir pesé les moindres raisons de sa détermination. Cette crise fut-elle violente ? Comporta-t-elle des alternatives de courage et de faiblesse ? Faute de renseignements précis, nous ne le pouvons dfre.

Toutefois, s'il faut en croire Th. de Bèze (Epîlre à M. de Wolmar) (^),il ne se détacha pas sans peine de sa patrie. Outre les liens de famille qui l'y retenaient, il avait obtenu dans le monde des succès de toute sorte et pouvait attendre de l'avenir la réalisation des plus brillantes espérances. C'était un véritable renoncement aux honneurs et à la richesse : il l'accomplit néanmoins d'un cœur probe. Il résigna les bénéfices dont on l'avait pourvu, malgré sa jeunesse. Calvin (^) écrit à ce sujet : « Notre-Seigneur a besogné en lui, en ce qu'il s'est retiré (entendez, exilé), vu les aises qu'il avait l'espérance de venir plus outre. »

On devine un véritable drame de famille dans le cas du sieur d'Aubeterre. Le père est « marri que son fds ne se confirme pas au service de Dieu tel qu'il l'estime » lui-même. Que de discussions, de

(1) On trouve cette Épître en tête des Œuvres Tliêologiques, de Th. de Bèze.

(2) Lettres françaises, I, p. 339.

APPENDibES 271

reproches, de larmes peut-êlre ou devine sous ces mots. L'Evangile a ici vraiment « levé l'enfant contre son père ». Cruel antagonisme ! Mais le fils a d'excellentes raisons. Il y a de « lourdes corruptions et abus » dans l'Eglise. En vain dira-t-on que « c'est à bonne intention qu'on y va ». « Il faut en somme que Dieu soit servi à son gré, non pas à notre appétit ». D'Aubeterre n'a point hésité. Il a entendu la parole de Dieu et il est parti là où elle régnait sans conteste, — à Genève. Puisque Dieu lui a fait la grâce « de lui déclarer (^) ce qui est bon et mauvais », il faut « qu'il se règle à cette mesure ». Qu'on n'aille pas croire là-dessus qu'il a étouffé tout sentiment. Il souffre. « De communiquer aux choses mauvaises, il ne me serait pas licite ; de ne pouvoir m eu abstenir sans vous déplaire, ce m'est une merveilleuse angoisse ». Il lui reste la ressource de prier son père de lui « pardonner s'il n'ose pas faire ce qui serait damnable (^) ». La prose de Calvin, volontairement sobre, a laissé passer quelque chose de l'émotion des confidences qu'il avait reçues. On devine qu'en ces conjonctures tragiques, quand la volonté défaillait en présence de devoirs héroïques, le Réformateur était là, qui encuurageait et consolait.

Nous pouvons suivre Calvin dans son travail de direction auprès des âmes hésitantes. Il s'y révèle,

(1) De lui faire voir clairement.

(2) Lettres françaises, l, p. 387 et seq.

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en dépil de certaines souplesses, le ihcoriclen intransigeant du schisme. Même, lucidité de vues que dans les Traités, même fermeté de décision. Il n'est point permis de tergiverser, quand il s'agit du salut.

Voici d'abord comment il procède avec M. de Falais (^). Ce personnage, élevé à la cour de Charles- Quint, fut gagné dès sa jeunesse aux idées nouvelles. Dans l'impossibilité où il était de professer ouvertement sa foi, il songea à abandonner sa patrie. La résolution était d'importance, puisqu'il s'agissait en somme de se condamner à l'exil et au dénuement. Calvin le soutint à cette heure grave. Nous possédons un grand nombre de lettres qu'il lui adressa. 11 prévoit les objections et y répond ; il prépare les voies et entre, comme on le verra, dans des détails en quelque sorte familiers. Il sait la « difficulté » où se trouve son correspondant, les « considérations » qu'il peut faire. « Les empêchements qui surviennent sont scandales de la chair ». Il lui rappelle le conseil donné par Dieu à Abraham : « Soi's du pays de ta nativité » (octobre 1543). Il lui envoie un pasteur à Cologne, où il s'est retiré, et le félicite de cette premièi'e démarche (juin 1544). Il le détourne de solliciter une audience de l'empereur à Worms, parce que cette entrevue serait pleine de dangers. Dieu est un « suffisant procureur et avocat ». Qu'il lui confie sa cause ! (mai 1545). Calvin exhorte M. de Falais à venir à Genève, où il trouvera le

(1) Lettres françaises^ I, passim.

règne de l'Evangile ; il lui cherche une maisoa (juin 1545). Il le prévient que la peste sévit dans la ville (août 1545). Il redouble ses exhortations : « Nous devons tout quitter pour Dieu ». Là-dessus, M. de Falais tombe malade. Calvin le console et l'exhorte à la patience (septembre 1545). Il lui dédie le Commentaire sur la première Epître de Saint Paul aux Corinthiens. Il accepte de composer une apologie {■^) qui sera présentée à l'empereur (avril 1546). Dans l'intervalle, ce dernier avait prononcé, contre M'' de Falais, la confiscation des biens. Calvin console son ami de la mort d'une de ses sœurs, et lui montre, dans ce deuil, un avertissement de la Providence (novembre 1546). II. insiste pour que le gentilhomme s'établisse à Genève. Mais M. de Falais s'arrête d'abord à Bâle, et, après des démêlés avec le pasteur du lieu, un nommé Poulain, il achète un domaine à Veigy. Enfin il s'installe à Genève même (juillet 1548). On sait que, dans la suite, les deux amis devaient se brouiller, lors de l'affaire Bolsec, M. de Falais ayant pris parti pour ce dernier.

Dans le temps même qu'il exhortait le mari, Calvin agissait aussi sur Madame de Falais. II la

(1) Cette apologie a été publiée, de nos jours, par les soins de M. Alfred Cartier, sous le titre suivant : Excuse de noble seigneur Jacques de Bourgogne, s[eigneur] de F allez et Bredam : pour se purger vers la M[aiesté] Impériale, des calomnies à luij imputées en matière de la foy, dont il rend confession. 1'^ édition. Paris, 1896. Lemerre. Bibliothèque d'un curieux. 2^ édition. Genève^ 1911. A. JulUen.

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félicite « de ce que Uieu l'a disposée à quiller et à renoncer [à] tout » (1543). Il lui conseille de « dresser une Eglise » dans sa maison, et d'inaugurer le culte (1544). Il la rassure touchant la peste de Genève, dont ou exagère l'importance et le danger (1545). Il l'exhorle, dans ses épreuves, à se soumettre à l)iou (154G). H lui adresse enfin ses condoléances à ])ropos de la mort de sa bellc-sœiir. Calvin, on le voit, ne néglige aucune occasion de confirmer dans leur résolution de s'exiler ceux qui sont touchés par la grâce.

A la même époijue, il est en correspondance avec la famille Budé. Guillaume Budé étant mort, sa veuve hésitait à demeurer à Paris, où l'on suspectait son orthodoxie. Sa résokition était « douteuse ». (^) En d'autres termes, si elle songeait « à se retirer par-deçà, pour servir à Uieu en repos de conscience », et si elle supportait mal « sa captivité », elle se heurtait, d'autre part, à toutes sortes d'obstacles. Calvin lui rappelle deux choses. La nécessité de tout sacrifier au salut : « Sil vous était possible de vous en acquitter [de votre devoir] où vous êtes [à Paris], je n'aurais garde [je me garderais] de vous donner conseil d'en bouger ». Quant aux obstacles, aux « sollicitudes », il faut « s'en remettre à la Providence de Dieu » (1546». L'année suivante, il renouvelle à l'un des Budé le conseil « de quitter toutes choses comme pernicieuses ». Certes, il n'a pas la prétention

(1) Tous les passages entre guillemets [« »] sont empruntés aux lettres de Calvin ou de ses correspondants.

« de condamner tous ceux qui vivent par-delà », eu France. Mais l'obligation n'en reste pas moins absolue pour ceux qui connaissent la vérité, surtout s'ils occupent un « lieu », une situation où l'exemple ait une grande efficacité. II le félicite de « gémir de la captivité malheureuse où il est, désirant d'en sortir ». Qu'il persévère dans son dessein !

La même année (1547), à l'occasion de la mort d'un des Budé, il renouvelle ses exhortations. Ce deuil est une « trompette de Dieu ». Puissent-ils l'entendre ! Certes, il y a des « dangers ». Il en a « compassion » .Mais cela « n'excusera pas une si grande timidité ». Il ne reste donc aux Budé « qu'à se développer [s'affranchir] des sollicitudes du monde ». Ils trouveront en Dieu « telle hardiesse qu'il appartient ». Enfin, le 27 juin 1549, la famille s'établit à Genève. Nous avons confirmation de cette arrivée par une lettre de Viret à Calvin : « Budœos cuin matre adveniese gaudeo » (12 juillet 1549). J'apprends avec joie l'arrivée des Budé et de leur mère (^). »

Une lettre de la même époque, adressée à un nouveau converti, alfirme de nouveau l'impossibilité de pactiser avec le catholicisme. « II n'est pas non plus permis aux fidèles de communiquer [prendre part] à une telle superstition, qu'il était anciennement de sacrifier à Baal ». La conséquence est « qu'il n'est pas licite à un homme chrétien de communi-

(1) Lettres françaises, I, passim, notamment pp. 180, 206, 239.

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qiier à la Cène de Jésus-Christ ». 11 doit demander à Dieu « de lui ouvrir les yeux » et de lui donner « vertu et constance de suivre sa volonté » (juin 1548). (1)

A la même date, Calvin félicite un seigneur français, sans doute Ch. de Jonvillers, de son intention « de servir Dieu jusqu'au bout » et « sans réserve ». Il est impossible, dit-il, à un « homme chrétien » de demeurer en France. « Aussi quiconque a le moyen de SE RETTRER, ne doit nullement le mépriser ». Il faudrait, dit-il encore, « que le partement fût comme [celui] d'Egypte, troussant vos hardes ». Dieu donnera courage et constance à qui espère en lui. Il guidera le pèlerin dans son voyage .« Viens en la terre que je te montrerai (*) ».

\ime (Je Cany s'était convertie aux idées nouvelles. Calvin la confirme dans cette voie (janvier 1549). Il l'exhorte à honorer « un si bon maître, à s'y efforcer plus que jamais, à s'armer contre toute résistance, à prendre courage contre toutes difficultés pour les surmonter ». En effet, son mari la persécute. Calvin la console, « oyant la captivité plus étroite que jamais où elle est tenue ». Il ne faut pas faiblir (juin 1553). Quand elle est résolue à partir pour Genève, il la félicite et l'encourage : « Vous avez trop délayé [différé] ». 11 espère « qu'à ce coup, Dieu l'a touchée à bon escient, pour la

(1) Lettres françaises, I, p. 252.

(2) Ibidem, l, p. 256.

faire sortir de la captivité ». Il envoie quelqu'un à sa rencontre (juillet 1554). (^)

En 1553, Calvin encourage M. de Marolles à quitter la France. Il connaît ses « perplexités ». Mais il l'assure que Dieu n'abandonne pas ses enfants « au besoing ». Qu'il « se retire par-delà » — à Genève ; il y aura « la liberté de servir [à] Dieu purement, [ce] qui est le principal ».

Nous retrouvons ici, dans la direction que Calvin donne à ses pénitents, la hardiesse de décision, qu'a signalée Bossuet. Là est le secret de la force de Calvin. Il parle comme ayant autorité. Il est, à raison de cette assurance, entendu et obéi. Il fait accepter les plus durs sacrifices. Il prend le croyant dans le pays de la corruption et l'amène par la main, non parfois sans quelque brutalité, dans la terre des Saints, — « en deçà » comme il dit, c'est-àdire, à Genève.

Cet exode n'était pas toujours possible, et les exhortations de Calvin se brisaient souvent devant des obstacles insurmontables. Le correspondant se trouvait retenu par des obligations de famille ou sa situation sociale. Renée de France {^), duchesse de Ferrare, par exemple, ne pouvait quitter, sans

(1} Lettres françaises, I, p. 391.

(2) RoDOCANAccHi. Uiic frotectrice de la Réforme en Italie et en France : Renée de France, duchesse de Ferrare. 1 vol. in-80. Paris, Ollendorfî.

TRAITÉ DES RELIQLES 18.

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risquer de graves complications diplomatiques, son mari, le catholique Hercule d'Esté. D'Andelot occupait aupiès du roi des fonctions trop importantes pour qu'il lui fût possible de les résigner. Antoine de Bourbon, roi de Navarre, ne devait pas songer à abdiquer une autorité qui, mise au service de la Réforme, eût pu être infiniment précieuse.

Calvin possède à un degré trop élevé le sens des réalités pour ne pas s'incliner devant ces nécessités impérieuses. Il tolère que ces personnages demeurent dans « la terre d'Egypte », c'est-à-dire en Italie, en France, à la cour ou à Nérac. Mais il ne le tolère qu'à la condition qu'ils y exerceront une influence salutaire. Il leur en fait un devoir de conscience. Noblesse oblige. Plus ils sont haut placés dans la hiérarchie sociale, et plus ils doivent clairement manifester leur foi. C'est le thème d'une longue épître (^) au protecteur d'Angleterre, lord Somerset. La lettre vaut moins par les détails d'ordre pratique qui y sont prodigués, comme de réprimer avec la dernière rigueur toute dissidence, que par l'esprit général qui l'a inspirée d'un bout à l'autre. Il y a ime obligation stricte, pour quiconque dispose de l'autorité en tout ou en partie, de mettre cette autorité au service de Dieu et de « la Sainte Parole ». Le pouvoir civil n'est que l'auxiliaire du pouvoir religieux ; c'est, comme on sait, le principe même du régime théocratique, tel que Calvin l'a réalisé à Genève.

(1) Lettres françaises, I, p. 267.

Faute d'être entré suffisamment dans cette conception, on s'étonne du ton avec lequel le Réformateur s'adresse, par exemple, à la duchesse de Ferrare, ou encore à Marguerite de Navarre, à Antoine de Bourbon ou à d'Andelot.

Renée s'était laissé persuader par son chapelain, un certain François Richardot, d'entendre la messe. Elle n'ignorait certes pas la doctrine selon laquelle la messe est une cérémonie, non seulement dénuée de sens, mais injurieuse à la personne et à la mission unique du Christ. Peut-être entrait-il, dans sa résolution, le désir d'éviter, entre elle et son mari, un nouveau froissement, une nouvelle discussion. Elle pensait sans doute avoir le droit de n'accorder à cette partie de la liturgie qu'une valeur strictement cérémonielle. Calvin la détrompe rudement ; la messe est un blasphème (^) ; qui y assiste se fait complice (1541).

Quelques années plus tard, la duchesse, cédant à de violentes pressions, abjura les idées nouvelles. Elle éprouva bientôt d'amers regrets et résolut de revenir ouvertement à la foi trahie. Calvin la félicite (1555), et il lui pose, à la manière d'un directeur de conscience, la condition d'un repentir sincère : « Qu'elle ordonne tellement sa maison que la bouche des médisans en soit close {^) ». Pas de tergiversalions : une attitude franche et qui ne prête pas à équivoque.

(1) Ibidem, I, p. 43.

(2) Ibidem, II, p. 10.

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Marguerite de Mavarre, malgré la protection qu'elle assurait aux réformateurs, eut à essuyer les manifestations du zèle de Calvin. Elle avait éprouvé du mécontentement à lire l'ouvrage c contre la secte fantastique et furieuse des libertins... », parce que deux de ses chapelains y étaient visés. Elle s'en plaignit à l'auteur. Celui-ci s'expliqua assez brutalement à ce sujet. Les libertins, dont il était question, constituaient un danger pour l'Eglise nouvelle. Il ne se croyait pas le droit de les tolérer. Aucune considération d'amitié ne pouvait entraver son ministère. Il avait écrit dans une occasion : « Quand j'aperçois quelqu'un, par mauvaise conscience, renverser la parole du Seigneur et éteindre la lumière de la vérité, je ne pourrais nullement pardonner,^ fût-il cent fois mon propre père (^) ». Il conjurait en conséquence la reine, si elle tenait à se montrer fidèle à la grâce, de désavouer Quintin et Pocques (^) (28 avril 1545).

Même attitude de liberté à l'égard d'Antoine de Bourbon. Ce prince tergiversait entre les deux confessions. Après avoir donné des gages d'adhésion, publique à la Réforme, il prenait parti pour un chapelain de tendances catholiques (^). Il recevait les conseils de François I^'^. Calvin l'a jugé fort sévèrement ; il lui a reproché, en termes très vifs, son manque de clairvoyance ou de fermeté.

(1) C'est moi qui souligne.

(2) Lettres françaises, I, p. 111.

(3) Ibidem, II, p. 6.

D'Andelot, jeté en prison pour la foi nouvelle, s'était laissé attendrir par les supplications de ses amis et les larmes de sa femme. Le 7 juillet 1558, il écrivit au roi une lettre de soumission. Calvin, <mis au courant du fait, lui adresse une lettre où il Je blâme avec énergie. Que d'Andelot réfléchisse ; il se rendra compte que « rien ne peut alléger [cette abjuration] devant Dieu ». Bien plus, il a causé du « scandale ». « De pauvres âmes ont été troublées (^) ». Dans la suite, d'Andelot rétracta cette abjuration.

Quant à ceux qui, n'ayant rien pour les retenir en France, refusaient de s'exiler, Calvin les considérait comme des pécheurs endurcis. Ils avaient manifestement méconnu la grâce. Ils mourraient dans leur péché, si Dieu ne consentait, un jour ou l'autre, à les en tirer. « Pour notre Flamberge, écrit-il à propos de l'un d'eux, puisqu'il m'est impossible de l'aider autrement dans son salut éternel, je prie et demande pour lui un esprit plus sage, afin qu'il né reste pas toujours plongé dans les souillures (^) ».

Voici, d'autre part, ce que Calvin écrit à un de ses amis, qui a toujours reculé devant l'adhésion publique à la Réforme : « Si vous eussiez eu un tel courage, qu'il vous était bien requis de vous acquitter de votre devoir, il y a longtemps que vous lui eussiez

(1) Lettres françaises, II, p. 221.

(2) Opéra Calvini, XI, p. 681.

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montré [à votre fils] le chemin [de Genève] {}) ». Le deuxième fds de Daniel, — c'est en effet le correspondant à qui s'adresse Calvin, — s'était enfui à Genève, auprès du Réformateur. Celui-ci intervient auprès du père irrité : « Il {^) n'a été poussé ni induit de légèreté, mais la crainte de Dieu Va contraint à se retirer des superstitions, auxquelles Dieu était offensé (^) ». Il n'y a donc pas lieu de lui tenir rigueur de cette fugue ; elle est inspirée d'en haut, et, par là même, justifiée. Que Daniel, au contraire, en prenne occasion de rentrer en soimême, de s'examiner, de se juger. Il découvrira,, sous cette apparente révolte, une leçon. Il a été « froid et tardif à sortir de l'abîme, où il a été plongé ». Du moins, que « l'exemple » de son fils « l'incite à faire tous ses efforts pour en sortir ».

Il paraît donc bien établi que Calvin n'a jamais admis ni en thèse, ni dans la réalité des faits, la possibilité de pactiser avec le catholicisme. A ses yeux, la foi doit se manifester par des actes. L'idéal eût été qu'on « dressât » en France des communautés, sur le plan du groupe évangélique. Il encourageait ceux des fidèles qui édifiaient, çà et là, les premières églises. Mais, parmi les difficultés que rencontrait une telle entreprise, devant la perspective de la prison, de la souffrance et de la mort, il offrait aux âmes faibles le sûr abri de l'Eglise de

(1) Opéra Calvini, XI, p. 585.

(2) II, votre fils.

(3) C'est moi qui souligne.

Genève. Qui avait le courage de « s'y retirer » y trouvait, sous la protection des lois, la véritable Eglise de Dieu. En tout cas, qu'on demeurât en France ou qu'on vînt s'établir à Genève, Calvin n'admettait pas qu'on s'en tînt à une adhésion purement intérieure ; il menait les âmes logiquement jusqu'au schisme.

Le Jeu de la Feuillée.

[On y voit un moine qui met les reliques en gage au cabaret].

La farce du Pardonneur.

[Deux charlatans de foire étalent aux yeux de la foule ébahie la crête du coq qui chanta chez Pilate, et la moitié d'une latte de la grande arche de Noé].

Sermons de Menot et de Maillard.

H. EsTiENNE. Apologie pour Hérodote.

J.-B. Thiers. Traité des superstitions.

1 vol. in-12. Paris, 1712.

De l'idolâtrie dans V Eglise romaine.

1 vol. in-12. Paris, 1728.

J. Fr. Bernard. Superstitions anciennes et modernes, et Préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages contraires à la religion.

2 vol. in-folio. Amsterdam, 1732-1736. CoLLiN DE Plancy. Dictionnaire critique des Reliques

et des Images.

3 vol. in-80. Paris, 1821-1822.

RoMAGNE (de). Dictionnaire historique des miracles qui prouvent la vérité de la religion chrétienne. 1 vol. in-12. Paris, 1824.

Ardant. Des ostensions. Origine de ces solennités

religieuses ; date des principales ; détails sur les cérémonies, les reliques et les reliquaires.

1 vol. in-16. Limoges, 1848.

P. L. Jacob. Curiosités de lliistoire des croyances populaires au Moyen-Age. Chap. i : Superstitions et croyances populaires.

1 vol. Paris, 1859.

A. S. MoRiN. Le prêtre et le sorcier : statistique de la superstition.

1 vol. Paris, 1872.

Lénient. La satire en France au XV I^ siècle. L. II, ch. II : la satire religieuse.

1 vol. in-12. Paris, 1886.

P. Saintyves. Les saints successeurs des dieux (essai de mythologie chrétienne).

1 vol. in-8°, Paris, Nourry.

P. Saintyves. Les reliques et les images légendaires.

1 vol. in-12. Paris, Nourry, 1912.

[Lire, en particulier, dans cet ouvrage, la partie qui porte pour titre ; Les reliques corporelles du Christ, et, comme sous-titre : ongles, barbe et cheveux, dents, larmes, sang, nombril et prépuce.

L'auteur y examine, au point de vue strictement critique, l'origine et la nature de ces reliques, dont Calvin parle précisément dans son Traité des Reliques.

Je signale, après lui, certains ouvrages :

A propos des larmes du Christ :

J.-B. Thiers. Dissertation sur la sainte Larme de Vendôme.

1 vol. in-12. Amsterdam, 1751.

Plique (Abbé). Allouagne et son Pèlerinage en Vhonneur £une sainte Larme de Notre- Seigneur. 1 vol. in-18. Béthune.

Métais (Abbé). Les Processions de la sainte Larme. 1 vol. in-80. Blois, 1887.

A propos du sang du Christ :

Saint-Martin. La divine Relique du Sang Adorable de Jésus-Christ dans la ville de Billom, en Aui^ergne, 1 vol. in-12. Lyon, 1645.

PoTTiER (A.). Histoire du Précieux Sang de Notre- Seigneur Jésus-Christ consente en Vahhaye de la Sainte-Trinité de Fécamp.

1 vol. grand in-8o. Rouen, 1838.

Carton (Abbé Ch.). Essai sur Vhistoire du Saint Sang depuis les premiers siècles du Christianisme, 1 vol. in-40. Bruges, 1850.

RoMMEL (Abbé H.). Une relique du Précieux Sang de Jésus-Christ à Weingarten.

1 vol. in-80. Bruges, 1891.

Van H^cke. Le Précieux Sang à Bruges.

1 vol. in-80. Bruges, 1900.

DucHESNE (Mgr). Les Fastes épiscopaux de Vancienne Gaule.

3 vol. in-80. 1894-1904.

[L'éminent historien a rétabli, selon les exigences de la critique moderne, la liste des premiers évêques de la Gaule. Il a détruit, du même coup, la prétention de certaines Eglises à être nées de la prédication immédiate des Apôtres ou de leurs envoyés directs. Il a atteint en même

temps nombre de reliques attribuées à ces évangélistes].

Delehaye (H.). Les légendes hagiographiques.

1 vol. in-12. 1905.

[Ouvrage excellent, qui nous fait assister au travail même de la légende, s'appliquant à la personne des Saints].

HouTiN (A.). La controverse de V apostolicité des Eglises de Frxnce, au XIX^ siècle.

1 vol. in-12. 1903 (3^ édition).

[Cet ouvrage résume avec autant d'esprit que de méthode et de sens critique cette discussion qui portait sur la prétention de plusieurs Eglises de France, à avoir été évangélisées, sinon par les apôtres eux-mêmes, du 'moins par une mission de sept évêques qu'ils avaient délégués, — et par suite sur l'authenticité des reliques qu'oa présente, en certains endroits, de ces saints apocryphes.

On lira avec intérêt ce qui concerne :

au chap. vu, les reliquaires de Charroux ;

au chap, xi, la légende de S* Amadour et de gte Véronique.

On trouvera, à l'appendice I, groupées par provinces, les indications bibliographiques les plus complètes sur les revendications de ce que l'auteur appelle « les légendaires », et les thèses qui leur étaient opposées au nom de la critique et de l'histoire.

Signalons spécialement, puisqu'il est fait men-

" lion (le ces saints, dans les Traité des Reliques, de

Calvin :

Paillon. Monuments de V Eglise de Sainte- M artîie à

Tarascon,... avec un Essai sur V apostolat de 5*®

Marthe et des autres saints tutélaires de Provence.

1 vol. in-80. Tarascon, 1835.

Paillon. Monuments inédits sur Vapostolat de S^^ Marie- Madeleine en Provence et sur les autres apôtres de cette contrée, 5' Lazare, S^ Maximin, S^^ Marthe, les saintes Maries Jacobi et Salomé.

2 vol. in-40. Paris, 1848.

Manteyer (G. de). Les légendes saintes de Provence et le martyrologe d" Arles-Toulon (vers 1120). 1 vol. in-80. Rome, 1897 [thèse historique]. Lamoureux. Les saintes» Maries de Provence : leur vie, leur culte.

1 vol. Nîmes, 1895.

Darras. S^DenysV Aréopagite. premier évêque de Paris.

1 vol. in-8°. Paris, 1863 [thèse légendaire]. Bernard (Abbé Eug.). Les origines de VEglise de Paris : Etablissement du Christianisme dans les Gaules. 5* Denys de Paris.

1 vol. in-8°. Paris, 1870 [réfute Darras]. Davin. Les Actes de S^ Denys de Paris. Etude historique et critique.

1 vol. in-80. Paris, 1897.

Il n'est que juste de signaler, en regard de la théorie qui fait des saints catholiques les succès-

seurs des divinités païennes, un article très diligent de E. Vacandard : Etudes de critique et d'histoire religieuse, III^ série : les origines du culte des Saints (les Saints sont -ils les successeurs des dieux ?) Le savant aumônier du lycée de Rouen répond à l'ouvrage, que nous citons à la Bibliographie : P. Saim- TYVES : Les Saifits successeurs des Dieux.

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