PLUSIEURS OPÉRATIONS SUCCESSIVES
L'ablation totale du maxillaire inférieur a été déjà faite souvent pour
des ostéites suppurées ou pour des néoplasmes. Dans les cas de nécrose totale, l'opération est, à un moment donné, d'une grande facilité et peut se faire sans incision par la section du séquestre à son milieu ou par la dilatation buccale. Si l'os est encore adhérent, une incision courbe suivant son bord inférieur, et augmentée à chaque extrémité d'une incision verticale pour dénuder la branche montante, suffit pour faire une ablation totale. La section symphysaire facilite l'extraction de chaque moitié.
Il en est de même pour les néoplasmes, mais ici les difficultés sont beaucoup plus grandes quand l'os est transformé en une masse molle, sans consistance. Il faut alors plus que jamais procéder par l'extraction successive des deux moitiés.
Beaucoup de ces opérations ont été faites en plusieurs séances et à des distances de temps plus ou moins grandes. Ce sont les cas les plus
Fig. 478. — Aspect de la face après l'ablation totale du maxillaire inférieur faite en trois opérations successives pour une tumeur qui avait présenté 27 ans auparavant les caractères d'un chondrome bénin. — Les appareils prothétiques ne purent jamais être tolérés, soit immédiatement après l'opération, soit plus tard. — Les tissus ont dû être complètement abandonnés à leur rétraction naturelle.
favorables : ils ne sont applicables qu'aux néoplasmes à marche lente.
Le résultat orthopédique et fonctionnel de ce*s opérations est bon dans les nécroses ou ostéites suivies de régénération plus ou moins complète ; mais dans les cas de néoplasme, il faut soutenir la lèvre par un appareil prothétique; autrement la face prend l'aspect qu'indique la figure 478.
Ce malade avait été opéré, en 1855, par Barrier qui avait fait une résection partielle de la partie latérale droite du maxillaire, sans inter-
rompre sa continuité. La tumeur enlevée avait été regardée comme formée par du tissu cartilagineux. Elle récidiva en 1880, et nous fîmes une ablation de presque toute la moitié latérale droite en désarticulant l'os: un an plus tard nous enlevâmes la symphyse et enfin, en 1882, nous complétâmes l'ablation de l'os. Le malade, qui avait soixante-huit ans au moment de cette dernière opération, vécut encore un an au moins ; nous avons alors perdu sa trace, mais il n'a pas pu vivre, longtemps, croyons-nous, à cause de la récidive. Dans la dernière opération, nous avions enlevé quelques ganglions envahis par le néoplasme ainsi que la glande sous-maxillaire. Ce fait, intéressant au point de vue de la marche des tumeurs du maxillaire et de la dégénérescence des néoplasmes réputés bénins, l'est aussi au point de vue opératoire. Grâce aux cicatrices qui avaient suivi les diverses opérations les muscles du plancher de la bouche et de la langue se sont toujours trouvés fixés et n'ont pas éprouvé de rétraction brusque, ni amené la chute de la langue.
On peut avoir à enlever dans des cas graves d'ostéite phosphorée, tout le maxillaire inférieur avec une partie des maxillaires supérieurs et des petits os contigus ; mais ces formes diffuses se terminent généralement par la mort. Dans ces derniers temps, Pean1 a fait une résection presque totale des os de la face pour une néoplasie fibreuse qui avait eu pour origine des hétérotopies dentaires. Les maxillaires supérieurs et inférieurs et les portions envahies des petits os voisins furent enlevés en plusieurs séances. Un appareil prothétique parvint à atténuer considérablement, au point de vue de la forme et de la fonction, lc« conséquences de cette grave mutilation.
E. — DES OSTÉOTOMIES ET RÉSECTIONS PRÉLIMINAIRES DO MAXILLAIRE INTÉRIEUR. — RÉ- SECTIONS ORTHOPÉDIQUES POUR LA CURE DES ANKYLOSES. — RÉSECTIONS OSTÉOPLASTIQU£S.
]. Ostéotomies préliminaires et résections temporaires.
La section de la symphyse par un trait de scie vertical a été depuis longtemps proposée par Sédillot. C'est la première ostéotomie portant sur le maxillaire inférieur. Ayant eu des difficultés à obtenir la soudure de l'os, Sédillot eut l'idée de remplacer la section verticale par une section en -^ latéral, afin que les fragments aient moins de tendance à s'abandonner.
Nous avons pratiqué le premier procédé de Sédillot qui permet d'enlever des tumeurs de la langue et de la région sus-hyoïdienne qu'il eût été plus laborieux d'extirper sans cette ostéotomie préalable ; mais nous