‹ Traité des résections et des opérations conservatrices (volume 2)Chapitre 153 sur 166 · PSEUD ARTHROSES DES OS DE LA JAMBE · texte numérisé non relu

PSEUD ARTHROSES DES OS DE LA JAMBE

g VII. — Des résections de la diaphyse des os de la jambe. — Opérations pour les pseudarthroses; greffes osseuses.

Au moment où nous composions le chapitre relatif aux résections des os de la jambe, nous avions entrepris une série d'opérations pour faire souder des pseudarthroses congénitales chez les jeunes enfants, et parallèlement des expériences sur les animaux pour nous rendre compte des ressources que nous offrirait la greffe osseuse dans les cas de ce genre.

Nous espérions arriver avant peu à obtenir au moins un succès sur un des malades dont nous avions entrepris le traitement. Nous ne pouvons pas malheureusement l'annoncer encore; il n'y avait que de fausses apparences de consolidation; une ossification stable n'a pu jusqu'ici s'établir. Voici du reste quelques détails sur ces faits.

A. — OPERATIONS DESTINEES A OBTENIR LA CONSOLIDATION OSSEUSE DANS LES CAS DE FRACTURE CONGÉNITALE CHEZ LES JEUNES ENFANTS. — DIFFICULTÉS DE STIMULER l'aC- TIVITÉ DES TISSUS NORMALEMENT OSSIFIAI3LES, MAIS DÉVIES DE LEUR DESTINATION PRIMITIVE. INSTABILITÉ DES OSSIFICATIONS PROVOQUÉES PAR LES DIVERS STIMULANTS.

Rien n'est si difficile que de ramener à l'ossification un tissu qui lui était primitivement voué et que des circonstances accidentelles ont fait depuis longtemps dévier de sa destinée physiologique. Les tissus fibreux ou fibro-cartilagineux des pseudarthroses anciennes le démontrent; et la difficulté de faire former des ostéoplastes au milieu d'un tissu fibreux développé dans une gaine périostique, et depuis longtemps fixé dans cette forme anatomique, en donne de nouvelles preuves après les résections non suivies de reproduction osseuse.

Ce tissu est rebelle à tous les excitants; il durcit par moments, se sclérose, s'infiltre même en quelques points des sels calcaires ; on croit que le processus va changer de direction; mais c'est une illusion. Au bout de quelque temps, sans qu'on sache pourquoi, il s'assouplit et revient à sa structure première. Des études histologiques, attentivement poursuivies, pourraient peut-être nous en donner la raison; elles n'ont pas été faites et nous ne pouvons pas chercher dans cet ordre d'idées l'explication qui nous fait défaut. Mais le fait e>t là, et si nous avons espéré un instant être plus heureux que les chirurgiens qui nous ont précédé, nous devons dire aujourd'hui que nous n'avons pas encore complètement réussi, malgré la multitude des moyens auxquels nous avons eu recours. Nous avons obtenu seulement des pseudarthroses plus formes, mais pas de cal osseux. Nos malades ont retiré un bénéfice réel de ces opérations, puisqu'ils marchent plus solidement, mais ils ne peuvent pas encore se passer d'appareils.

L'enfant dont il a été question (p. 455) et chez lequel nous signalions un cal volumineux, qui avait doublé l'épaisseur du tibia et amené une augmentation nolable de la solidité de l'os, n'est pas encore guéri aujourd'hui. Nous l'avions envoyé à la campagne, chez ses parents, avec un bandage silicate remontant jusqu'au haut de la cuisse et embrassant la jambe et le pied. Pour éviter une plus grande atrophie du membre, nous lui avions permis de marcher un peu chaque jour avec son appareil. Nous pensions, du reste, que la pression directe, supéro-inférieure, des deux fragments, sans déplacement latéral possible à cause de la contention exacte exercée par le bandage, ne pouvait pas être nuisible à l'organisation définitive du cal. Est-ce parce que l'enfant a abusé de la permission en courant et sautant toute la journée? est-ce pour toute autre cause? Le fait est qu'au commencement de décembre 1890, quand l'enfant est rentré à la clinique, nous avons constaté que la consolidation, loin de faire des progrès, était plutôt moindre qu'au mois de juillet précédent, au moment où nous lui avions fait appliquer le bandage.

Nous avons essayé alors d'autres moyens d'immobilisation directe. Nous avons, le 27 décembre, réuni les deux bouts du tibia par une armature latérale en platine, fixée par quatre vis, deux sur chaque fragment. Comme cet appareil ne maintenait pas assez les fragments, nous avons, avant de fixer définitivement les vis, introduit dans le canal médullaire une tige d'hippopotame (substance plus dure et probablement plus résistante à la résorption que l'ivoire), qui s'enfonçait de 55 millimètres dans le fragment supérieur et de 18 millimètres dans l'inférieur. Le canal était déjà oblitéré vers les extrémités des fragments par une couche très friable de tissu spongieux. Nous avons ensuite suturé la peau par-dessus, fait un pansement à la gaze iodoformée et immobilisé le membre dans un appareil plâtré. L'enfant ne s'est pas aperçu de cette opération; il n'a pas souffert un instant, n'a pas eu le moindre mouvement de fièvre; mais quand nous avons vérifié l'état des parties le 22 février, nous avons malheureusement constaté l'absence de tout progrès dans la consolidation osseuse. Le membre était tenu par la cheville interne et l'armature extérieure, mais pas assez pour nous empêcher de constater la flexibilité du cal.

Une autre malade, fillette de six ans, représentée à la page 457 (fig. 595), a subi des opérations analogues (résection des extrémités cartilagineuses des fragments ; implantation des clous organiques, de platine; suture osseuse, etc.) et nous a présenté la même résistance à la formation d'un cal osseux. En juillet 1800, après avoir laissé, pendant quatre mois, deux vis de platine perforant les deux fragments, nous avions une consolidation qui paraissait osseuse. Nous pensâmes devoir retirer les vis, parce que la tête de l'une d'elles était saillante sous la peau, et que l'autre vacillait légèrement dans

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