INFLUENCE DES PROGRÈS RÉCENTS DE LA CHIRURGIE
laquelle il y a le moins à ajouter. Les principes fondamentaux restent ; la manière de les appliquer peut seule varier. Au moment où ce volume a paru (juillet 1885), nous étions, depuis longtemps déjà, partisan convaincu des idées nouvelles sur l'antisepsie, et c'est sous l'influence de ces idées que nous l'avons rédigé. Depuis lors, les procédés pour obtenir l'asepsie ont changé, les pansements se sont simplifiés, mais l'idée fondamentale est restée, et nous n'aurions à apporter que des modifications de détail qui ont été déjà indiquées, chemin faisant, quand nous avons traité des résections en particulier. Dans ces derniers temps cependant, la technique de certaines résections a fait de nouveaux progrès, et le traitement consécutif s'est simplifié par l'application mieux entendue des principes que nous avions déjà posés. L'unicité du pansement après la résection du genou a permis, par exemple, de se passer de la suture et de renoncer à tout moyen de contention directe dans un certain nombre de cas. Nous verrons plus loin pour quelles articulations, et dans quelles limites, des modifications peuvent être apportées à la technique que nous avons décrite. Si les mêmes règles générales doivent toujours nous guider, elles sont susceptibles d'être modifiées dans leurs applications aux cas particuliers.
Quant à la partie fondamentale de notre œuvre, la partie expérimentale, elle a toujours la même assise que de nouveaux faits pourront consolider encore, mais que rien jusqu'ici n'est venu ébranler, tant nous avons mis de prudence et de réserve dans l'application à la chirurgie humaine des faits que nous avait fait connaître l'expérimentation sur les animaux.
Dans notre deuxième volume (chap. xvu), nous avons apporté à notre théorie de l'accroissement des os après les résections un complément dont nous devons ici rappeler l'importance, parce qu'il nous permet aujourd'hui d'interpréter un certain nombre de faits que nous n'avions pu encore suffisamment expliquer. La suractivité végétative du cartilage restant, dans un os réséqué à une de ses extrémités, joue un rôle compensateur des plus importants, et diminue la gravité du pronostic de certames résections pratiquées dans l'enfance. L'expérimentation a pu seule nous conduire à la connaissance de celle hyperplasie compensatrice et faire cesser, par cela même, les contradictions qui existaient entre certains faits cliniques, et sur lesquelles on s'appuyait quelquefois pour mettre en doute la loi d'accroissement des os des membres. Autrefois nous n'admettions cette compensation que dans les cas où uno^ épine irritative persistait dans l'os (Inlrod., p. 116, et chap. x p. 593); aujourd'hui nous disons que le traumatisme opératoire suffit seul à la produire, dans cerlaines conditions, et peut par cela même diminuer d'une manière notable le déficit en longueur qui devrait résulter de l'absence du cartilage enlevé par la résection.
Les indications générales des résections n'ont pu guère varier; elles se sont étendues seulement dans le sens où nous avons constamment progressé à mesure que le traumatisme opératoire devenait moins dangereux par lui-même, grâce aux perfectionnements de l'antisepsie.
De plus en plus partisan des résections auxquelles nous avons donné le nom d'orthopédiques (nom qui a été depuis lors usité partout), nous avons vu un vaste champ s'ouvrir devant elles, malgré l'abus qu'en ont fait certains opérateurs dépourvus de tout esprit critique. En les appliquant à la première enfance, c'est-à-dire à un âge où elles ne sont pas encore nécessaires et où elles peuvent gravement compromettre l'accroissement ultérieur des os, ils ont pratiqué des opérations inutiles que le succès immédiat a pu justifier à leurs yeux, mais dont les résultats éloignés ont montré de plus en plus les graves inconvénients. Les ostéotomies préliminaires, simples ou combinées, et les vraies résections préliminaires ont donné lieu à des applications de plus en plus nombreuses, à mesure que les interventions sur les organes internes se sont multipliées. Dès qu'on a vu qu'il n'était guère plus dangereux de sectionner un os que d'inciser des parties molles, on a ouvert des portes d'accès à travers toutes les parties du squelette et on tend même, à l'heure qu'il est, à multiplier peut-être un peu trojp ce genre d'opérations.
D'autre part, nous avons montré partout les inconvénients des résections trop tardives et nous nous sommes élevé, tout le long de cet ouvrage, contre les tendances abstentionnistes qui paralysent encore un trop grand nombre de chirurgiens, et auxquelles nous avions payé nousmême un très large tribut au début de notre pratique. Mais nous avons répété plusieurs fois, et sous diverses formes, que la prudence d'hier n'était plus de la sagesse aujourd'hui, et qu'il fallait profiler des nouvelles conditions où nous nous trouvions pour pratiquer les résections de meilleure heure, avant la destruction des tissus propres à faire reconstituer les os et les articulations.
C'était évidemment le seul moyen de renouveler sur l'homme les résultats orthopédiques et fonctionnels que nous obtenions sur les animaux, et d'arriver à ce qui avait été notre but pour la plupart des articulations : la reconstitution d'une diarthrose nouvelle sur le type de l'articulation enlevée. Nous avons montré, d'autre part, les avantages des résections hâtives dans certaines régions où nous ne pouvions pas faire reconstituer des articulations mobiles, pour le genou, par exemple, puisque c'était le seul moyen de supprimer des foyers tuberculeux dont la présence était une menace perpétuelle pour l'organisme, malgré la possibilité de les éteindre à la longue. Mais il vaudra mieux revenir sur ces questions à propos des articulations en particulier, car la conduite du chirurgien doit tant varier, suivant les régions, que nous nous exposerions à des redites inutiles. Contentons-nous seulement de rap-