‹ Traité des résections et des opérations conservatrices qu'on peut pratiquer sur le système osseux [electronic resource] (volume 2)Chapitre 132 sur 143 · DERNIÈRES STATISTIQUES. — CONCLUSIONS · texte numérisé non relu

DERNIÈRES STATISTIQUES. — CONCLUSIONS

veau est de 13 centimètres; celle de l'os sain du côté opposé, de 18. On ne peut pas se rendre compte de l'état du col et de la cavité glénoïde; mais l'humérus est bien fixe; le malade jouit de tous ses mouvements et soulève le bras presque jusqu'à l'horizontale. La tête humérale est maintenue entre l'apophyse coracoïde en dedans et l'acromion en haut-. Celte dernièi-e apophyse est aussi large que la normale à son extrémité libre; elle a une longueur de 5 centimètres, et se perd ensuite dans les tissus fibreux, encore mobile sur le corps de l'omoplate. La clavicule est portée en. arrière et l'épaule abaissée dans son ensemble.

Quelque récent que soit ce fait, il a un grand intérêt au point de vue de la reconstitution de l'omoplate chez l'homme, et vient confirmer pleinement ce que nous avons dit de cette opération dans le chapitre XXX*.

§ X. — Delà statistique actuelle des résections. — Suppression presque complète de la mortalité opératoire pour la plupart d'entre elles. — Conclusion.

La gravité opératoire des résections est tellement diminuée aujourd'hui que les anciennes statistiques n'ont qu'un intérêt historique et ne peuvent plus guère servir qu'indirectement à la détermination des indications de ces opérations. Avec l'antisepsie, les résections des grandes articulations des membres, faites dans les conditions que nous avons spécifiées, n'ont pour ainsi dire plus de mortalité opératoire par ellesmêmes, à l'exception de celle de la hanche, qui reste toujours plus grave d'une manière générale.

Depuis l'impression des chapitres où nous avons arrêté nos statistiques des diverses résections S nous avons pratiqué 12 résections de l'épaule, 31 du coude, 15 du poignet, 16 du genou, 5 du cou-de-pied, en tout 69 résections sans mortalité opératoire. Nos résections de la hanche, au nombre de 14, nous ont donné deux morts plus ou moins tardives et une mort rapide. Un enfant de huit ans, opéré dans un état d'affaiblis-

1. Un beau cas ile reproduclion de romoplale, que nous avons oublié de ciler dans le cliapiti-c XXX, a l'îté obtenu apros rexlirpallou loUlc pour une oslûite aiguë, par Ceci, de Gciies {Socielà chirun/ica ilaliana. lioma, 1880)..

2. Cliap. XI. Hrsi'clion tic l'cpanlc (1887). — Chap. XIH. liL'sccliou du coude (1887). — Cliap. XV. lioscclion du poigiicl (1887). — Cliap. XVllI. Ui'ScclioM de, la liauclic (1880). — Cliap. XX. HéiCclion du genou (1880). — Cliap. XII. Iléseclior. tibio-larsiennc (1800). — l,cs 95 icscclions que nous avons tailes depuis la publicalion du ces divers.ciiapilrcs jusqu'au 1" juillet 1891, portent à 5")9 le nombre total de nos résections typiques, totales ou semiarticulaires des six grandes articulations des membres. Elles se répai tissent ainsi :

Épaule 42

Couilc • 201

l'oiffuet 58

llancbc. . 02

Genou 82

Cou-de-|iicd • 94

sèment et d'amaigrissement avancés, n'a pu se relever et a succombé trois semaines après l'opération; un autre, réséqué aussi dans de mauvaises conditions, est mort trois mois et demi après, suppurant toujours; un autre enfin, opéré en pleine septicémie aiguë, a succombé deux jours après, sans que l'état infectieux ait été modifié par l'opération.

Nous avons fait souvent remarquer qu'il n'y avait rien de si trompeur que les statistiques brutes et qu'il fallait les examiner de près pour en faire sortir la vérité. Nous nous dispenserons ici de ce travail qu'il nous parait inutile de refaire, parce que nous l'avons fait longuement dans le tome I" (chapitre X) pour l'ensemble des résections, et plus tard pour les résections en particulier, dans les différents chapitres qui leur sont consacrés.

La revue de nos anciens opérés que nous venons de passer dans ce chapitre complémentaire, nous a montré d'une manière saisissante l'efficacité de la résection dans les ostéo-arthrites tuberculeuses ; et nous avons été heureux de retrouver vivants et bien portants des réséqués que nous avions opérés depuis dix ans, vingt ans et plus, et en particulier un certain nombre de sujets manifestement tuberculeux qui avaient refusé de se laisser amputer, et que nous avions réséqués, pour ainsi dire, malgré nous. Nous avons assez souvent insisté sur la gravité de certaines formes de tuberculose, sur la fatalité qui pèse sur beaucoup d'entre elles, sur la manière différente dont se comporte le germe tuberculeux chez les divers sujets, pour ne jamais oublier de nous mettre en garde contre les illusions que peut engendrer une observation rapide et superficielle. C'est avec la conviction la plus entière que nous parlons aujourd'hui de la grande quantité de vie que les résections articulaires ont apportée à l'ensemble de nos opérés. Pour partager celte conviction, il n'y a qu'à consulter et à commenter les observations que nous avons publiées. Il faut donc réagir contre ce pessimisme exagéré qu'ont montré dans ces dernières années plusieurs chirurgiens des plus éminents, à l'égard des opérations, et surtout des opérations conservatrices, chez les tuberculeux. Nous devons d'abord faire remarquer qu'il ne faut pas confondre les tuberculeux avec les phtisiques. Nous ne doutons pas que toutes les fois qu'on se mettra dans les conditions où nous nous sommes placé, on n'obtienne des résultats analogues aux nôtres. Quand on voit cependant ces résultats si différents de ceux que paraissent avoir obtenus jusqu'ici d'autres chirurgiens, on doit se demander si nous avons observé les mêmes cas, compris les indications de la même manière, ou si la tuberculose est la même partout. La lecture des observations que nous avons publiées permettra au lecteur de se prononcer sur les deux premières questions; quant à la troisième, voici ce que nous devons faire remarquer :

La tuberculose est plus grave dans certains milieux, dans la popula-

DERNIÈRES STATISTIQUES. - CONCLUSIONS. 1009 tion des villes, et surtout dans la population ouvrière qui vit dans des espaces mal aérés, encombrés, et dans les conditions hygiéniques les plus propres à favoriser l'infection générale. La tuberculose reste alors rarement localisée à un organe, à un sysième ; elle a de la tendance à infecter tout l'organisme. Pour cette catégorie de malades, les complications viscérales sont plus fréquentes, soit avant, soit après l'opération, et la phthisie pulmonaire fait de plus grands ravages. Il en est autrement à la campagne, chez les paysans qui passent toute la journée dans les champs, et surtout parmi les populations des montagnes. La moitié au moins des malades que nous avons opérés à l'IIôtel-Dieu de Lyon rentrent dans cette dernière catégorie, et nous pensons que cette circonstance a été pour une part importante dans la persistance des guérisons que nous avons constatées. Yivant au grand air, ces réséqués ont échappé à la tuberculose pulmonaire qui les attendait dans l'alelier ou la chambre étroite qui leur auraient été destinés dans une grande ville.

De notre dernière série de résections, nous tirerons seulement cette conclusion que l'absence de mortalité opératoire, chez des sujets qui se trouvent dans des conditions générales autorisant une opération sanglante, doit engager de plus en plus les chirurgiens à pratiquer des résections, dès que l'opération doit laisser un meilleur résultat orthopédique et fonctionnel que la guérison naturelle par l'expectation, et même lorsqu'elle ne doit avoir d'autre avantage que d'amener une guérison plus rapide et plus certaine. Nous ne doutons pas que, lorsqu'on sera bien convaincu de cette vérité, on ne multiplie les résections. Tout en mettant l'intérêt vital toujours au premier rang, on donnera une importance de plus en plus grande au côté orthopédique de la question, et les résections mixtes, à la fois pathologiques et orthopédiques, seront de plus en plue pratiquées; à plus forte raison, les résections purement orthopédiques, portant sur des tissus sains qu'il est plus facile d'asepsier, doivent-elles être acceptées plus généralement qu'on ne l'a fait jusqu'ici.

Dès que nous avons pu faire 79 résections de l'épaule, du coude, du poignet, du genou, du cou-de-pied, sans compter un seul mort, on doit se conduire tout autrement qu'à l'époque où l'on avait une mortalité opératoire de 14 ou 15 pour 100. Mais toute médaille a son revers, et la multiplication de ces résections ne deviendra un progrès réel que lorsqu'on se mettra en mesure d'en tirer les résultats orthopédiques et fonctionnels dont nous avons démontré la réalité. Si nous avons été si sobre de certaines de ces opérations et si réservé au sujet de leurs indications, c'est que nos expériences sur l'allongement des os nous en ont l'ait voir les dangers au point de vue do l'accroissement des membres chez les enfants, c'est-à-dire à l'âge où la tuberculose articulaire est la plus fréquente. Il ne suffit pas de mener à bien la cicatrisation de la plaie opératoire : il faut savoir, comme nous l'avons répété souvent,

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