I. Rcf^énèratiou du nerf médian
Le malade sur lequel j'avais pratiqué la section du médian (Obs. I) est celui qui aujourd'hui a son nerf régénéré. Pendant les premiers temps et jusqu'au neuvième mois, mon opéré ne présentait que les phénomènes de la motilitè et delà sensibilité suppléées. Au dix-neuvième mois, il offrait
les preuves les plus visibles, les plus palpables de la régénération.
J'ai fait constater ce résultat publiquement par la Société des sciences médicales de Lyon. On a pu apprécier nonseulement le jeu parfait de la main et des doigts, mais surtout l'action réelle des muscles jadis paralysés. Ces caractères, des plus accentués, démontrent une différence radicale entre cet état et celui qui a précédé la régénération. Je vais les exposer en peu de mots.
Observation XXVI (Suite de l'Obs. I). — État de lamotilité dix-neuf mois après la section du médian. — Les agents moteurs ont repris leur activité, leur vie nutritive, leurs caractères, leurs fonctions.
Le grand et le petit palmaires ne se contractaient plus. Aujourd'hui on voit leurs tendons se dessiner sous la peau, dans la flexion de la main, et leur portion charnue se durcir. Ils ont repris leur volume, leur forme. L'aplatissement ou méplat correspondant, au neuvième mois, à leur masse musculaire, a disparu presque entièrement. Ils contribuent tous deux à rendre plus parfait et plus puissant le mouvement de flexion du poignet sur l'avant-bras, que le cubital antérieur était seul à produire avant cette régénération.
Ce qui existe pour les deux palmaires se constate aussi sur les fléchisseurs des doigts. Pendant leur contraction, leur portion musculaire se durcit et leurs tendons soulèvent les doigts de l'explorateur. Ils ont augmenté de volume ; et, si l'on mesure la circonférence de la région supérieure de l'avant-bras qu'ils contribuent à former, on constate qu'elle a un centimètre de moins seulement que du côté opposé.
La flexion des phalangines et des phalangettes n'a plus, vers l'index et le pouce, ce caractère passif observé autrefois : elle n'exige plus, pour se produire, le rejet en arriére du métacarpien et de la première phalange ; c'est activement et sans renversement de la base du doigt qu'elle s'accomplit.
Dans tous les doigts, d'ailleurs, la fonction motrice a repris son ancienne force.
Il n'y a guère que l'opposition et l'abduction du pouce qui restent imparfaites. L'abduction ne peut se maintenir complète
âO PHYSIOLOGIE PATHOLOGIQUE
et l'opposition garde toujours un peu les caractères de la flexion et de l'adduction combinées.
Au reste, c'est vers le quatorzième ou quinzième mois seulement (avril 1869) que paraît s'être rétablie cette motilité plus parfaite, si l'on en croit les renseignements du malade : à cette époque, il a commencé à éprouver une amélioration très-grande dans le jeu de la main et des doigts. Le pouce seul est resté en retard ; mais le malade déclare constater chaque jour, dans ses mouvements, une amélioration nouvelle.
Pour que les muscles précités aient récupéré leur action précise, leur nutrition, leur vie complète, leur forme, etc., il faut nécessairement que leurs nerfs aient recouvré leur relation avec les centres nerveux. Gela n'a pu s'établir que par une régénération du médian : l'activité du muscle est une conséquence de la régénération de son nerf.
L'exploration de la sensibilité n'est pas moins concluante.
État de la sensibilité dix-neuf mois après la section du médian. — Sur la plaque anciennement anesthésiée de ce malade, je retrouve une sensibilité véritablement parfaite.
La moindre piqûre d'épingle est douloureuse. La moindre nuance de température est appréciée : une lentille de verre pi"ise sur mon bureau et déposée sur cette plaque détermine une sensation de froid (20 juillet 1869). Les deux pointes du compas sont simultanément perçues à un écart de quelques millimètres.
* En un mot, la sensibilité, jadis si altérée, est aiijourd'hui revenue à l'état à peu près normal sur cette région.
C'est encore vers le quatorzième ou quinzième mois après l'opération que cette faculté s'est considérablement développée.
Etat de la vitalité organique à cette époque. — L'état de la vitalité organique est aussi parfait sur la main jadis malade que sur la main saine.
La congestion sanguine ne s'y produit plus, ni par un exercice léger, ni même par les mouvements les plus actifs et les plus pénibles.
La sensibilité si grande au froid n'existe plus.
La sécrétion de la sueur a reparu et s'accomplit dans la paume de cet organe comme du côté opposé.
Frémissement vibratoire dix-neuf mois apirès la section du médian. — A cette perfection des actes nutritifs et de la sensibilité, à ce retour de la contraction des muscles, je joins un dernier caractère moins important, mais contribuant à fortifier la démonstration :
Lorsque, il y a dix mois, j'excitai par la pression ce nerf dans sa partie la plus élevée, je n'obtenais aucun effet.
Aujourd'hui, cette pratique, dans le même point, détermine un retentissement douloureux sous forme de picotements vers le département cutané du médian. Ceci semble établir l'existence d'une continuité absolue entre les tubes ébranlés du bout supérieur et ceux du bout inférieur.
En résumé, vibrations transmissibles tout le long du nerf; retour à l'état normal delà vie végétative , de la sensibilité ; retour non-seulement de la motilité, mais encore de la' conlractilité de chaque muscle observé isolément : ces caractères ne sauraient laisser du doute sur le rétablissement de la continuité du nerf, c'est-à-dire sa régénération.
Le malade dont il s'agit a, donc passé depuis son opération par les diverses étapes suivantes :
Sectionné du médian pour tétanos, le 22 décembre 1867, il conservait encore, au 25 octobre 1868, la motilité et la sensibilité suppléées, les mieux caractérisées et les mieux démontrées dans la main et dans les doigts. Au quatorzième mois, le retour à l'état normal prenait une marche rapide, et, enfin, au dix-neuvième mois (20 juillet 1869), le retour des fonctions est à peu près complet.