LA LOGIQUE CVII
sans leur secours. Les idées ainsi examinées séparément et comparées se lient avec les signes qui nous ont permis de décomposer notre pensée et d'en comparer les éléments; par l'intermédiaire de ces signes, c'est-à-dire des mots, elles se lient entre elles et en faisant la langue nous faisons la science. Tout progrès dans la langue est un progrès dans la science, et urie langue bien faite nous donnerait une science parfaite.
L'analyse est donc la seule vraie méthode, elle a pour principe la liaison des idées, et celle-ci suppose les mots ([ui nous permettent d'examiner, de comparer et de lier les idées '.
L'erreur.
Condillac croit que la principale source de nos erreurs est dans l'habitude de raisonner sur des choses dont nou n'avons point d'idées ou dont nous n'avons que des idées mal déterminées. Il montre que l'indétermination des idées a son origine dans la manière défectueuse dont nous formons notre langage avant d'avoir atteint l'âge de raison*. En perfectionnant notre langage, en nous
1. Sur les 1; ugucs cousidérées comme méthodes analytiques, voyez surtout la Grammaire, la Logique, \& Langue des calculs, etc. Duhamel (Des méthodes dans les scienres du raisonnement, I, 93); Stuart iMill [Système de logique, II, 197), out combattu la théorie de Condillac. qui revêt quelquefois une forme exagérée; muis la plupart des objectious qu'ils lui adressent ne portent pas, parce quils n'ont pas suliis'amment remarqué que la langue ne crée la science qu'en tant quVHe sert à analyser la pensée et ù lier les idées. Voyez sur ce sujet Lavoisier, op. citât.
2. Essai, II, 202 ; Art dépenser, 170, etc. Voyez La Komiguière, Leçons de philosophie, I, 26; Robert, 238, oublie, dans les objections qu'il adresse à cette théorie, que Condillac voit dans le langage l'unique moyen d'analyser et de lier nos idées.