CVI CONDILLAC
le langage des sons articulés; il parle avec de pareils sons avant de le faire de propos délibéré, les langues commencent avant qu'on ait le projet d'en faire; elles deviennent ensuite des méthodes analytiques qui servent, comme auparavant le langage d'action, à décomposer notre pensée. Tant qu'on parle seulement des choses relatives aux besoins de première nécessité, les langues sont des méthodes exactes : car l'expérience nous avertit de notre erreur, si nous supposons dans une analyse ce qui n'y doit pas être; nous nous corrigeons et nous parlons mieux. Mais on n'a pas cherché de nouveaux mots dans l'analogie quand on a développé les langues, et les langues ont cessé d'être des méthodes exactes. Il faut donc revenir à l'imitation de la nature. Il faut se servir des mots pour décomposer la pensée, pour étudier successivement toutes les idées qui autrement resteraient enveloppées confusément dans la perception que nous en avons ' ; il faut distribuer avec ordre, considérer séparément chacune des idées qui sont comprises sous chaque mot, ol)server dans deux mots que l'on rapproche le rapport que deux idées ont l'une avec l'autre ; puis, dans le raisonnement qui est une suite de propositions, observer avec les mots une suite d'idées et d'opérations que l'on n'aurait pas démêlées
l. On a reproché à Condillac d'avoir fait dériver la pensée du langage (Cousin, Robert. Condillac a dit souvent et expressément le contraire. « Si les idées et les opérations do notre âme n'étaient pas en nous, dit-il dans la Grammaire (p. Dl), les signes ne nous apprendraient pas à les distinguer... Ce n'est pas en parlant, dit-il encore, que je juge et que je raisonne. J'ai déjà jugé et raisonné, et ces opérations de l'esprit précèdent nécessairement le discours. » Gr., xxxix. Ce qu'il soutient, c'est que sans le langage il n'y aurait pas à' Art de penner.