‹ Traité des sensations, première partieChapitre 111 sur 190 · CXVI CONDILLAC · texte numérisé non relu

CXVI CONDILLAC

Nous savons bien enfin que nous avons conscience des perceptions qui se produisent en nous, mais la pensée substantielle de certains philosophes n'est qu'une abstraction réalisée ; les facultés, l'entendement et la volonté, que l'on prend pour des choses très réelles, existant en quelque sorte séparément dans l'àme et ayant chacune un caractère essentiellement différent, ne sont que des notions abstraites qui partagent en deux classes les pensées ou les opérations de l'esprit*. C'est qu'en effet l'essence et la nature de l'àme comme l'essence et la nature des autres êtres nous demeurent inconnues ; nous ne pouvons la pénétrer ni par les sens ni par l'abstraction, car il n'appartient qu'à l'Intelligence suprême de connaître les choses*.

Ainsi nous pouvons bien affirmer la spiritualité de l'âme, mais nous sommes incapables de déterminer son essence et sa nature. Nos recherches peuvent nous faire connaître son état actuel, nous montrer ce qu'est l'homme depuis son péché ; elles ne sauraient nous apprendre ce qu'il fut avant sa chute, ce qu'il sera dans une autre vie. Notre connaissance sera incomplète; elle contiendra une portion de la vérité ; elle ne sera pas la vérité tout entière. Quand nous parlerons du moi ou de la personnalité, il ne pourra être question que de la partie de nous-mêmes qui nous est connue par l'expérience. Il ne faudra donc pas croire qu'il s'agit alors de l'àme ellemême. La seule chose que nous puissions dire de l'àme

phie (traduction Compayré), c. vi et s; sur Biran, les Introductions de Cousin et de Naviile, la thèse de M. Gérard, etc.

1. Traité des anima.ux, 180 sqq. Voyez Bailey cité par Ribot; la Psychologie anfflaise, 47; Tuine, V Intelligence, etc.

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