LA MÉTAPHYSIQUE CXXIII
arguments, qui portent sur des hypothèses toutes gratuites, pourraient, en faisant croire à l'incrédule qu'il a l'avantage siir la vérité même, le retenir dans l'erreur. Condillac croit donc, comme Descartes, que l'existence de Dieu est une de ces vérités importantes contre laquelle s'émoussent tous les traits des athées; comme lui, il estime qu'en raison même de son importance, il faut avoir soin de ne l'appuyer que sur de solides raisons. Mais Descartes pose en principe que tout ce qui est intelligible est réel; Condillac croit, au contraire, que nous ne connaissons des êtres que les rapports qu'ils ont avec nous. C'est pourquoi il renonce aux preuves cartésiennes fondées sur l'idée de parfait ou d'infini, pour s'attacher de préférence aux preuves par les causes efficientes et finales auxquelles Descartes n'avait pas cru devoir faire appeP.
L'idée de la divinité est une idée complexe ; elle renferme donc un certain nombre d'idées partielles. En cherchant par quels progrès et par quelle suite de réflexions l'esprit peut acquérir les idées qui la composent et sur quels fondements il peut les réunir, nous démontrerons l'existence de Dieu sans que les athées puissent nous objecter que nous raisonnons d'après des idées imaginaires.
L'homme ne saurait pas plus douter de sa dépendance ' à l'égard des causes qui agissent immédiatement