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i^o édition, : « par des plaisirs et des peines

2. Bonnet définit le sentiment comme Condillac : le résultat de l'impression des objets sur la mactiine, et de la machine sur rame. (P. 144.)

3. Stuart Mill, la Philosophie de HamiUon, 212: «. Quand des phénomènes ont été ou expérimentés, ou conçus en contiguïté intime l'un arec l'autre, leurs idées ont de la tendance à se présenter ensemble. 11 y a deux espèces de coutigaïté, la simultanéité et, la succession immédiate. » La loi de contiguïté constitue avec la loi de ressemblance les deux lois qui régissent, selon les psychologues anglais, les associations auxquelles ils font jouer un si grand rôle dans la vie psychique. Voyez L. Ferri, lu Psychologie de Vassociation.

Beneke se rapproche de Condillac : « Les représentations ne s'unissent que si elles ont été tout à fait contemporaines, ou si elles l'ont été au moins en partie; celles qui se produisent eu des temps absolument différeuts ne s'uuissent jamais. » On peut déjà trouver la même chose dans Malebrauche qui a inspiré Condillac : « La cause de la liaisoo de plusieurs traces (et par conséquent de la liaison des idées) est l'identité du temps auquel elles ont été imprimées dans le cerveau. » [Recherche de la vente, U, !'• partie, ch. v.)

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sera la plus forte; celle des premières s'affaiblira par des degrés insensibles, s'éteindra tout à fait, et elles seront comme non avenues.

Mais s'il y en a qui n'ont eu que peu de part à l'attention, elles ne laisseront aucune impression après elles, et elles seront aussitôt oubliées qu'aperçues.

Enfin celles qui l'auront frappée davantage, se retraceront avec plus de vivacité et l'occuperont si fort qu'elles seront capables de lui faire oublier les autres.

§ 20. La mémoire est donc une suite d'idées, qui forment une espèce de chaîne. C'est cette liaison qui fournit les moyens de passer d'une idée à une autre, et de se rappeler les plus éloignées '. On ne se souvient, par conséquent, d'une idée qu'on a eue, il y a quelque temps, que parce qu'on se retrace avec plus ou moins de rapidité les idées intermédiaires.

§ 21. A la seconde sensation, la mémoire de notre statue n'a pas de choix à faire : elle ne peut rappeler que la première. Elle agira seulement avec plus de force, suivant qu'elle y sera déterminée par la vivacité du plaisir et de la peine.

Mais lorsqu'il y a eu une suite de modifications, la statue, conservant le souvenir d'un grand nombre, sera portée à se retracer préférablement celles qui peuvent davantage contribuer à son bonheur : elle passera rapidement sur les autres, ou ne s'y arrêtera que malgré elle.

Pour mettre cette vérité dans tout son jour, il faut connaître les différents degrés de plaisir et de peine dont on peut être susceptible, et les comparaisons qu'on en peut faire.

§ 22. Les plaisirs et les peines sont de deux espèces.

i. Sur le rôle de la liaison des idées, voyez Introdurtion.

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Les uns appartiennent plus particulièrement au corps, ils sont sensibles ; les autres sont dans la mémoire et dans toutes les facultés de l'âme*, ils sont intellectuels ou spirituels. Mais c'est une différence que la statue est incapable de remarquer.

Cette ignorance la garantira d'une erreur que nous avons de la peine à éviter : car ces sentiments ne ditTèl'ent pas autant que nous l'imaginons. Dans le vrai, ils sont tous intellectuels, ou spirituels, parce qu'il n'y a proprement que l'âme qui sente*. Si l'on veut, ils sont aussi tous en un sens sensibles ou corporels, parce que le corps en est la seule cause occasionnelle. Ce n'est que suivant leur rapport aux facultés du corps ou à celles de l'âme que nous les distinguons en deux espèces.

§ 23. Le plaisir peut diminuer ou augmenter par degrés; en diminuant, il tend à s'éteindre, et il s'évanouit avec la sensation. En augmentant, au contraire, il peut conduire jusqu'à la douleur, parce que l'impression devient trop forte pour l'organe ". Ainsi il y a deux termes dans le plaisir. Le plus faible est où la sensation commence avec le moins de force : c'est le premier pas du néant au sentiment; le plus fort est où la sensation ne peut augmenter, sans cesser d'être agréable : c'est l'état le plus voisin de la douleur *.

i. On trouve cette dislinclion chez Épicure qui préférait les plaisirs de lame aux plaisirs du corps (Dioifène Laerce, X, 137) et faisait consister les plaisirs de l'âme dans le souvenir des plaisirii passés ou dans l'attente des plaisirs futurs.

2. On voit ici encore que Condillac met au second rang les sens et leurs organes ; il se souvient toujours de sa théorie des causes occnsionnellex : l'Ame seule sent, les organes no lui fournissent que l'occasion de sentir. Rien de plus opposé au matérialisme que cette doctrine.

3. Sénèque, lettre XXIII : « In prœcipiti est voluptas, ad dolorera vergit nisi modura teneat. »

4. "Voyez Fr. Bouillier, du Plaisir cl de la Douleur, ch. iv ; Léon Dumont, Théorie scientifique de la sensibilité.

L'impression d'un plaisir faible parait se concentrer dans l'organe, qui le transmet à l'âme. Mais s'il est à un certain degré de vivacité, il est accompagné d'une émotion qui se répand dans tout le corps. Cette émotion est un fait que notre expérience ne permet pas de révoquer en doute '.

La douleur peut égalemeni^ augmenter ou diminuer : en augmentant, elle tend à la destruction totale de l'animal ; mais en diminuant elle ne tend pas comme le plaisir à la privation de tout sentiment; le moment qui la termine est au contraire toujours agréable*.

§ 24. Parmi ces différents degrés, il n'est pas possible de trouver un état indifférent : à la première sensation, quelque faible qu'elle soit, la statue est nécessairement bien ou mal. Mais lorsqu'elle aura ressenti successivement les plus vives douleurs et les plus grands plaisirs, elle jugera indifférentes, ou cessera de regarder comme agréables ou désagréables les sensations plus faibles, qu'elle aura comparées avec les plus fortes.

Nous pouvons donc supposer qu'il y a pour elle de? manières d'être agréables et désagréables dans différents

1. Bonnet, p. 64 : « Nous savons que toute sensation tient à un mouvement, qu'un mouvement pins ou moins fort, plus ou moins accéléré l'ait naître la douleur ou le plaisir. La plus légère sensation ne diffère du chatouillement le plus vif et celui-ci de la douleur que par le degré; et c'est au degré du mouvement que répond dans l'âme ce sentiment que nous exprimons par les termes de plaisir ou de douleur. La même fibre qui produit le plaisir lorsque ses vibrations sont accélérées dans uu certain degré, fait naître la douleur lorsque ses vibrations sont accélérées au point de séparer trop les unes des autres les molécules de la libre. La douleur est à son dernier terme, si celte séparation va jusqu'à la solution de coutinuité. »

2. Condillac n'admet pas de sensations indifférentes (page 154) Pour lui, comme a\itrefois pour Épicure, l'absence de douleur est un plaisir.

degrés, et des manières d'être qu'elle regarde comme indilTérentes * .

§ 25. Toutes les fois qu'elle est mal ou moins bien, elle se rappelle ses sensations passées, elle les compare avec ce qu'elle est, et elle sent qu'il lui est important de redevenir ce qu'elle a été. De là naît le besoin, ou la connaissance qu'elle a d'un bien dont elle juge que la jouissance lui est nécessaire.

Elle ne se connaît donc des besoins que parce qu'elle compare la peine qu'elle souffre avec les plaisirs dont elle a joui. Enlevez-lui le souvenir de ces plaisirs, elle sera mal, sans soupçonner qu'elle ait aucun besoin : car pour sentir le besoin d'une cliose, il faut en avoir quelque connaissance. Or, dans la supposition que nous venons de faire, elle ne connaît d'autre état que celui où elle se trouve. Mais lorsqu'elle s'en rappelle un plus beureux, sa situation présente lui en fait aussitôt sentir le besoin. C'est ainsi que le plaisir et la douleur détermineront toujours l'action de ses facultés.

§ 26. Son besoin peut être occasionné par une véritable douleur, par une sensation désagréable, par une sensation moins agréable que quelques-unes de celles qui ont précédé; enfin par un état languissant, où elle est réduite à une de ces manières d'être qu'elle s'est accoutumée à trouver indifférentes.

Si son besoin est causé par une odeur qui lui fasse une douleur vive, il entraîne à lui presque toute la capacité de sentir, et il ne laisse de force à la mémoire que pour rappeler à la slatue qu'elle n'a pas toujours été aussi mal. Alors elle est incapable de comparer les différentes manières d'être par où elle a passé; elle est incapable de juger quelle est la plus agréable. Tout ce

1. L'indifférence des sensations n'est donc que relative. Voyez Bouiliier, ch. xi.

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qui l'intùresso, c'est de sortir de cet état, pour jouir d'un autre, quel qu'il soit; et si elle connaissait un moyen qui pût la dérober à sa souffrance, elle appliquerait toutes ses facultés à lo mettre en usa{je C'est ainsi que dans les grandes maladies nous cessons de désirer les plaisirs que nous recherchions avec ardeur, et nous ne songeons plus qu'à recouvrer la santé.

Si c'est une sensation moins agréable qui produise le besoin, il faut distinguer deux cas : ou les plaisirs auxquels la statue la compare ont été vifs, et accompagnés des plus grandes émotions, ou ils ont été moins vifs et ne l'ont presque pas émue.

Dans le premier cas, le bonheur passé se réveille avec d'autant plus de force qu'il diffère davantage de la sensation actuelle. L'émotion qui * l'accompagne se reproduit en partie ', et, déterminant vers lui presque toute la capacité de sentir, elle ne permet pas de remarquer les sentiments agréables qui l'ont suivi ou précédé. La statue n'étant donc point distraite, compare mieux ce bonheur avec l'état où elle est ; elle juge mieux combien il en est différent ; et, s'appliquant à se le peindre de la manière la plus vive, sa privation cause un besoin plus grand, et sa possession devient un bien plus nécessaire.

Dans le second cas, au contraire, il se retrace avec

i. l''e é.iilioii : X (pli l'a accompagué. «

2. Y a-t-il reproduction de la douleur ou du plaisir comme il y a reproduction de la sensation considtTÔe au point de vue représentatif? Brown a soutenu qu'il y a une sensibilité rétrospective qui s'o pose à la sensibilité directe, Bain a parlé d'une douleur idéale, d'un plaisir '/défit/; Spencer do sentimenls représentali/'s. Il est incontestable que la mémoire garde et reproduit nos peines et nos plaisirs passés. Mais on peut soutenir qu'elle ne les conserve qu'autant qu'ils sont liés avec des idées et par l'intermédiaire des idées. Voyez Bouillier, ch. ix. Condillac soutient, comme on le voit, que nous ne nous reprêsentofis pas l'émotion, mais que nous l'éprouvons de nouveau.

moins de vivacité ; d'autres plaisirs partagent l'attention ; l'avantage qu'il offre est moins senti : il ne reproduit point ou que peu d'émotion. La statue n'est donc pas autant intéressée à son retour, et elle n'y applique pas autant ses facultés.

Enfin, si le besoin a pour cause une de ces sensations qu'elle s'est accoutumée à juger indifférentes, elle vit d'abord sans ressentir ni peine ni plaisir. Mais cet état, comparé aux situations heureuses où elle s'est trouvée, lui devient bientôt désagréable, et la peine qu'elle souffre, est ce que nous appelons ennui. Cependant l'ennui dure, il augmente, il est insupportable, et il détermine avec force toutes les facultés vers le bonheur dont elle sent la perte*.

Cet ennui peut être aussi accablant que la douleur : auquel cas, elle n'a d'aulre intérêt que de s'y soustraire, et elle se porte sans choix à toutes les manières d'être qui sont propres à le dissiper. Mais si nous diminuons le poids de l'ennui, son état sera moins malheureux, il lui importera moins d'en sortir, elle pourra porter son attention à tous les sentiments agréables, dont elle conserve quelque souvenir ; et c'est le plaisir dont elle se retracera l'idée la plus vive, qui entraînera à lui toutes les facultés.

§27. Il y a donc deux principes qui déterminent le degré d'action de ses facultés : d'un côté, c'est la vivacité d'un bien qu'elle n'a plus ; de Tautre, c'est le peu de plaisir de la sensation actuelle, ou la peine qui l'accompagne.

Lorsque ces deux principes se réunii^sent, elle fait

1. IlelviHius a exagéré celte idée, (|iii est ju^le (Bouiller, c. vi rious la forme qut; lui a donnée Condiilac, 11 en fait, avec les passions, l'unique ressort qui produit la perfectibilité de l'efprit humaiu, qui lui fait iuTeuter, perfectionner les arts et les sciences {De l'esprit, III, o). Ou retrouve des traces de cette doctrine chez A. CoiuU', Cours de philosophie positive, III, 52G, 548:1V, 449.

plus d'elFort pour se rappeler ce qu'elle a cessé d'être, et elle en sent moins ce qu'elle est. Car sa capacité de sentir ayant nécessairement des bornes, la mémoire n'en peut attirer une partie qu'il n'en reste moins à l'odorat. Si même l'action de cette faculté est assez forte pour s'emparer de toute la capacité de sentir, la statue ne remarquera plus l'impression qui se fait sur son organe, et elle se représentera si vivement ce qu'elle a été qu'il lui semblera qu'elle l'est encore *.

§ 28. Mais si son état présent est le plus heureux qu'elle connaisse, alors le plaisir l'intéresse à en jouir par préférence. Il n'y a plus de cause qui puisse déterminer la mémoire à agir avec assez de vivacité, pour usurper sur l'odorat jusqu'à en éteindre le sentiment. Le plaisir, au contraire, fixe au moins la plus grande partie de l'attention ou de la capacité de sentir à la sensation actuelle ; et si la statue se rappelle encore ce qu'elle a été, c'est que la comparaison qu'elle en fait avec ce qu'elle est, lui fait mieux goûter son bonheur.

§ 29. Voilà donc deux effets de la mémoire : l'un est une sensation qui se retrace aussi vivement que si elle se faisait sur Torgane même ; l'autre est une sensation dont il ne reste qu'un souvenir léger.

Ainsi il y a dans l'action de cette faculté deux degrés que nous pouvons fixer : le plus faible est celui où elle fait à peine jouir du passé; le plus vif est celui où elle en fait jouir comme s'il était présent.

Or, elle conserve le nom de mémoire, lorsqu'elle ne rappelle les choses que comme passées ; et elle prend le

l. Notre expérience en est la preuve; car il n'y a peut-être personne qui ne se soit quelquefois rappelé des plaisirs dont il a joui, avec la môme vivacité que s'il en jouissait encore : ou du moins avec assez de vivacité pour ne donner aucune atteU' tion à l'état quelquefois affligeant où il se trouve. CSote de Coti' dillac).

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nom d'imagination, lorsqu'elle les retrace avec tant de force qu'elles paraissent présentes. L'imagination a donc lieu dans notre statue, aussi bien que la mémoire; et ces deux facultés ne diffèrent que du plus au moins. La mémoire est le commencement d'une imagination qui n'a encore que peu de force; l'imagination est la mémoire même, parvenue à toute la vivacité dont elle est susceptible».

Gomme nous avons distingué deux attentions, qui se font dans la statue, l'une par l'odorat, l'autre par la mémoire, nous en pouvons actuellement remarquer une troisième, qu'elle donne par l'imagination, et dont le caractère est d'arrêter les impressions des sens, pour y substituer un sentiment indépendant de l'aetion des objets extérieurs*.

§ 30. Cependant, lorsque la statue imagine une sensation qu'elle n'a plus, et qu'elle se la représente aussi vivement que si elle l'avait encore, elle ne sait pas qu'il y a en elle une cause qui produit le même ell'et qu'un corps odoriférant qui agirait sur son organe. Elle ne peut donc pas mettre, comme nous, de la différence entre imaginer et avoir une sensation.

§ 3L Mais on a lieu de présumer que son imagination aura plus d'activité que la nôtre. Sa capacité de sentir est

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