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Notre statue ne peut être en même temps attentive à l'odeur de rose et à celle d'œillet, sans apercevoir que Tune n'est pas l'autre; et elle ne peut l'être à l'odeur d'une rose qu'elle sent, et à celle d'une rose qu'elle a sentie, sans apercevoir qu'elles sont une même modification. Un jugement n'est donc que la perception d'un rapport entre deux idées que l'on compare.

§ 16. A mesure que les comparaisons et les jugements se répètent, notre statue les fait avec plus de facilité. Elle contracte donc l'habitude de comparer et de juger. Il suffira par conséquent de lui faire sentir d'autres odeurs, pour lui faire faire de nouvelles comparaisons, porter de nouveaux jugements et contracter de nouvelles habitudes.

§ 17. Elle n'est point surprise à la première sensation qu'elle éprouve ; car elle n'est encore accoutumée à aucune sorte de jugement.

Elle ne l'est pas non plus lorsque, sentant successivement plusieurs odeurs, elle ne les aperçoit chacune qu'un instant. Alors elle ne tient à aucun des jugements qu'elle porte; et plus elle change, plus elle doit se sentir naturellement portée à changer.

Elle ne le sera pas davantage, si par des nuances insensibles nous la conduisons de l'habitude de se croire une odeur à juger qu'elle en est une autre : car elle change sans pouvoir le remarquer.

Mais elle ne pourra manquer de l'être si elle passe tout à coup d'un état auquel elle était accoutumée, à un état tout différent, dont elle n'avait point encore d'idée.

§ 18. Cet étonnement lui fait mieux sentir la différence de ses manières d'être. Plus le passage des unes aux autres est brusque, plus son étonnement est grand, et plus aussi elle est frappée du contraste des plaisirs et

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des peines qui les accompagnent. Son attention, déterminée par des* peines qui se font mieux sentir, s'applique avec plus de vivacité à toutes les sensations qui se succèdent. Elle les compare donc avec plus de soin : elle juge donc mieux de leurs rapports. L'étonnement augmente, par conséquent l'activité des opérations de son âme. Mais puisqu'il ne l'augmente qu'en faisant remarquer une opposition plus sensible entre les sentiments* agréables et les sentiments désagréables, c'est toujours le plaisir et la douleur qui sont le premier mobile de ses facultés.

§ 19. Si les odeurs attirent chacune également son attention, elles se conserveront dans sa mémoire, suivant l'ordre où elles se seront succédé, et elles s'y lieront par ce moyen*.

Si la succession en renferme un grand nombre, l'impression des dernières, comme la plus nouvelle,

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