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3. Quelque surprenants que soient les effets de l'imugiuatiou, il suffit, pour n'eu point douter, de réfléchir sur ce qui nous arrive en songe. Alors nous voyons, nous entendons, nous touchons des corps qui n'agissent point sur nos sens; et il y a tout lieu de ci'oire que l'iniaginaliou n'a tant de force, que parce que nous ne souuues point distraits par la multitude des idées et des sensations qui nous occupent dans la veille. {Note de Condillac.)
Voyez sur ce sujet Malebranche, Recherche de la Vérité: de Imagination, 111" partie, dernier chapitre.
est foule passive'. Le plaisir est pour elle une espèce d'ivresse, où elle en jouit à peine ; et la douleur un accablement, où elle ne souflre presque pas.
>; 33. Mais que la sensation perde quelques degrés de vivacité, aussitôt les facultés de lame rentrent en action, et le besoin redevient la cause qui les détermine.
v? 34. Les modiûcations qui doivent plaire davantage à la statue, ne sont pas toujours les dernières qu'elle a reçues. Elles peuvent se trouver au commencement ou au milieu de la chaîne de .ses connaissances comme à la fin. L'imagination est donc souvent obligée de pas.ser rapidement par-dessus les idées intermédiaires. Elle rapproche les plus éloignées, change l'ordre qu'elles avaient dans la mémoire, et en forme une chaîne toute nouvelle.
La liaison des idées ne suit donc pas le même ordre dans ces facultés. Plus celui qu'elle tient de l'imagination deviendra familier, moins elle conservera celui que la mémoire lui a donné. Par là les idées se lient de mille manières différentes, et souvent la statue se souviendra moins de l'ordre dans lequel elle a éprouvé ses sensations, que de celui dans lequel elle les a imaginées *.
§ 35. Mais toutes ces chaînes ne se forment que par des comparaisons qui ont été faites de chaque anneau avec celui qui le précède et avec celui qui le suit, et par les jugements qui ont été portés de leurs rapports. Ce lien devient plus fort à proportion que l'exercice des facultés fortifie les habitudes de se souvenir et d'imaginer; et c'est de là qu'on tire l'avantage surprenant de leconnaître les sensations qu'on a déjà eues.
§ 36. En effet, si nous faisons sentir à notre statue
1. Dauâ tous les autres cas. elle osl donc active, et la passivité (tout parle quelquelois Condillac n'est que relative.
2. Voyez, sur la mémoire et rimagiuatioQ dans leurs rapports' avec la liaison des idées, Y Introduction.
une odeur qui lui e^t familière, voilà une manière d'être qu'elle a comparée, dont elle a juyé, et qu'elle a liée a quelques-unes des parties de la chaîne que sa mémoire est dans l'habitude de parcourir. C'est pourquoi elle juge que l'état où elle se trouve est le même que celui où elle s'est déjà trouvée. Mais une odeur qu'elle n'a point encore sentie, n'est pas dans le même cas ; elle doit donc lui paraître toute nouvelle.
§ 37. Il est inutile de remarquer que, lorsqu'elle reconnaît une manière d'être, c'est sans être capable de s'en rendre raison. La cause d'un pareil phénomène est si difficile à démêler, qu'elle échappe à tous les hommes qui ne savent pas observer et analyser ce qui se passe en eux-mêmes.
§ 38. Mais lorsque la statue est longtemps sans penser à une manière d'être, que devient pendant tout cet intervalle l'idée qu'elle en a acquise'? D'où sori cette idée.
1. Logigue, cU. ix. J'ai souvent ouï demander : « Que deviennent les idées dont on cesse de s'occuper? Où se conserventelles? D'où reviennent-elles lorsqu'elles se représentent à nous? Est-ce dans l'àme qu'elles existent pendant ces longs intervalles où nous n'y pensons point? Est-ce dans le corps? w
A ces questions et aux réponses que font les métaphysiciens, on croirait que les idées sont comme toutes les choses dont nous faisons des provisions, et que la mémoire n'est qu'un vaste magasin. 11 serait tout aussi raisonnable de donner de l'existence aux différentes figures qu'un corps a eues successivement, et de demander : « Que devient la rondeur de ce corps lorsqu'il prend une autre figure? Où se conserve-t-elle? Et lorsque ce corps redevient rond, d'où lui vient la rondeur? »
Les idées sont, comme les sensations, des manières d'être de l'âme. Elles existent tant qu'elles la modifient; elles n'existent plus dès qu'elles cessent de la modifier. Chercher dans l'âme celles auxquelles je ne pense point du tout, c'est les chercher où. elles ne sont plus : les chercher dans le corps, c'est les chercher où elles n'ont jamais été. Où sont-elles donc? >'ulle part.
Ne serait-il pas absurde de demander où sont les sons d'uni clavecin, lorsque cet instrument cesse de résonner? Et ucl répondrait-on pas ; « Ils ne sont nulle part: mais si les doigtai
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lorsqu'ensuite elle se retrace à la mémoire? S'esl-elle conservée dans l'âme ou dans le corps? Ni dans l'un, ni dans l'autre.
Ce n'est pas dans l'âme, puisqu'il suffit d'un dérangement dans le cerveau pour ôter le pouvoir de la rappeler'.
Ce n'est pas dans le corps. Il n'y a que la cause physique qui pourrait s'y conserver; et pour cela, il faudrait supposer que le cerveau restât absolument dans l'état où il a été mis par la sensation que la statue se rappelle. Mais comment accorder cette supposition avec le mouvement continuel des esprits*? Comment l'accorder, surtout quand on considère la multitude d'idées dont la
frappent le clavier i;t Sf; meuvent comme ils» se sont nuis, ils reproduiront les mêmes sons. »
.Je répondrai donc que mes idées ne sont nulle part, lorsque mon âme cesse d'y penser; mais qu'elles se retraceront à moi aussitôt que les mouvements propres à les reproduire se renouvelleront.