Voyez sur ce sujet Ribot, les Maladies de la Mémoire
Beneke admet que les représentations peuvent persister à l'état inconscient dans lûme comme des traces. Spiiren (Vovez Malebranche); Herbart, qu'elles y restent comme des représentations au-dessous de la conscience (.lohnson, page 37); Czolbe attribue aux sensations, qu'il se représente comme réunies dans l'espace, une durée éternelle; elles constituent par leur réunion l'âme du monde. Elles demeurent latentes aussi Jonplemps qu'elles ne sont pas séparées les unes des autres par des mouvements (iéteruiinés de la matière, par dos mouvements du cerveau, Elles le redeviennent si ces mouvements cessent
■2. Gondillac parle ici de la théorie des esprits aniinaux qui joue un si grand rôle dans la philosophie cartésienne. Condillac ne voit pas dans cette tliéorie une certitude suflisante : J'ignore, dit-il, s'il y a des esprits animaux; j'ignore même si les nerfs î^ont l'organe du sentiment, .le sais seulement qu'il va un mouvement qui est le principe de la végétation et de là sensibilité, que l'animal vit tant que ce mouvement subsiste; qu'il meurt dès que ce mouvement cesse. [Logique, p. 74.) Voyez Inlroduction, page LXXV.
mémoire s'enrichit '? On peut expliquer ce phénomène d'une manière hien phis simple. -
J'ai une sensation, lorsqu'il se fait dans un de mes I organes un mouvement qui se transmet jusqu'au cerveau. Si le même mouvement commence au cerveau et s'étend jusqu'à l'org-ane, je crois avoir une .sensation que je n'ai pas : c'est une illusion. Mais si ce mouvement commence et se termine au cerveau, je me souviens de la .sen.sation que j'ai eue*.
Quand une idée se retrace à la statue, ce n'est donc pas qu'elle .se soit conservée dans le corps ou dans l'âme : c'est que le mouvement, qui en est la cause physique et occasionnelle, se reproduit dans le cerveau". Mais ce n'est pas ici le lieu de hasarder des conjectures sur le mécanisme de la mémoire*. Nous conservons le souvenir de nos sensations, nous nous les rappelons, après avoir été longtemps sans y penser : il suffit pour cela
1. Lotze {Medidnische Psychologie, abs. 90) a combattu ces objeclious, sans cependant se reconnaître pour matérialiste : la grande quantité des impressions ne peut être un obstacle insurmontable à la persistance de leur coexistence dans la substance nerveuse. Sur ce sujet on peut consulter Taine, Géographie et mécanique cérébrale.t ; Ribot, Maladies de la Volonté et Maladies de la Personnalité, ch. ii.
2. Mais s'il ne reste rien ni dans le corps ni dans l'âme de la sensation passée, comment la sensation ne paraîtrait-elle pas absolument nouvelle quand elle se présente de nouveau? Il devrait y avoir une connaissance nouvelle, non un souvenir. La psychologie nouvelle fait intervenir dans ce cas les représentations inconscientes ou plutôt des états physiologiques incomplets qui redeviendront conscients quand ils seront complètement reconstitués. Voyez Ribot, Maladies de la Personnalité, Jntroduction ; Carneri, Kosmos, 1884, 1" vol., i.
3. Voyez la Logique, part. I, chap. ix. (Renvoi de la 2'= édition.)
4. Condillac ne refuse pas de s'occuper de physiologie, il croit même qu'il est nécessaire d'y faire appel pour rendre compte de la vie psychique; mais il ne trouve pas de données satisfaisantes dans la science d'alors. Elle ne lui présente que des conjectures, c'est à-dire des opinions qui n'ont que le dp<ïré le
qu'elles aient fait sur nous une vive impression, ou que nous les ayons éprouvées à plusieurs reprises. Ces faits m'autorisent à supposer que notre statue, étant organisée comme nous, est comme nous capable de mémoire.
§ 39. Concluons qu'elle a contracté plusieurs habitudes : une habitude de donner son attention, une autre de se ressouvenir, une troisième do comparer, une quatrième (le juger, une cinquième d'imaginer, et ime dernière de reconnaître'.
§ M). Les mêmes causes qui ont produit les habitudes, sont seules capables de les entretenir. Je veux dire que les habitudes se perdront, si elles ne sont pas renouvelées par des actes réitérés de temps à autre'. Alors notre statue ne se rappellera ni les comparaisons qu'elle a faites d'une manière d'être, ni les jugements qu'elle en a portés, et elle l'éprouvera pour la troisième ou quatrième fois, sans être capable de la reconnaître.
§ 41. Mais nous pouvons nous-mêmes contribuer à entretenir l'exercice de sa mémoire et de toutes ses facultés. Il suffit de l'intéresser par les dillérents degrés de plaisir ou de peine à conserver ses manières d'être, ou à s'y soustraire'. L'art avec lequel nous disposerons de ses sensations, pourra donc donner occasion de fortifier et
]ilurt bas de cerliludo. Voyez sur la certitude, l'analogie, les lOQJectures, V Introduction.
Ce qu'il n'a pas fait ici, il l'a tenté d'ailleurs dans le chapitre IX de sa Logique.