CHAPITRE V Da sommeil et des songes d*an homme borné à l'odorat
1. Comment l'action de3 facultés se ralentit. — 2. État de sommeil. — 3. État de songe. — 4. En quoi il diffère de la veille. — 5. La statue n'en saurait faire la différence.
§ 1 . Notre statue peut être réduite à n'être que le souvenir d'une odeur; alors le sentiment de son existence paraît lui échapper. Elle sent moins qu'elle existe qu'elle ne sent qu'elle a existé ; et à proportion que sa mémoire lui retrace les idées avec moins de vivacité, ce reste de sentiment s'affaiblit encore. Semblable à une lumière qui s'éteint par degrés, il cesse tout à fait lorsque cette faculté tombe dans une entière inaction.
§ 2. Or, notre expérience ne nous permet pas de douter que l'exercice ne doive enfin fatiguer la mémoire et l'imagination de notre statue. Considérons donc ces facultés en repos, et ne les excitons par aucune sensation : cet état sera celui du sommeil.
§ 3. Si leur repos est tel qu'elles soient absolument sans action, on ne peut remarquer autre chose, sinon que le sommeil est le plus profond qu'il soit possible*.
1. Il est rare que le sommeil se produise dans de telles conditions, au moins chez ceux qui sont habitués à un travail intellectuel. Sur ce sujet, outre les travaux de MM. A. Lemoine, Maury et Delbœuf, on peut consulter un article intéressant de Cameri dans le Kosmos (1884, l. 1). L'auteur, tout en se plaçant au point de vue de la théorie de l'évolution, arrive à des coa-
Si au contraire elles continuent encore d'agir, ce ne sera que sur une partie des idées acquises. Plusieurs anneaux de la chaîne seront donc interceptés, et l'ordre des idées, dans le sommeil, ne pourra pas être le même que dans la veille. Le plaisir ne sera plus l'unique cause qui déterminera l'imagination. Cette faculté ne réveillera que les idées sur lesquelles elle conserve quelque pouvoir, et elle contribuera aussi souvent au malheur de notre statue qu'à son bonheur.
§ 4, Voilà l'état de songe : il ne diffère de celui de la veille que parce que les idées n'y conservent pas le même ordre, et que le plaisir n'est pas toujours la loi qui règle l'imagination. Tout songe suppose donc quelques idées interceptées, sur lesquelles les facultés de l'âme ne peuvent plus agir.
§ 5. Puisque notre statue ne connaît point de différence entre imaginer vivement et avoir des sensations, elle n'en saurait faire entre songer et veiller. Tout ce qu'elle éprouve étant endormie est donc aussi réel à son égard que ce qu'elle a éprouvé avant le sommeil.
cl usions qui nous paraissent positives, et qui ressemblent beaucoup aux suppositions de Condillac. Nous avons analysé cet aiticie dans la Revue philosophique, 1883, IV, p. 475.
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