l'e édition : << compteront
blablement il n'y a pas deux hommes qui, dans un temps donné, comptent un égal nombre d'instants. Car il y a lieu de présumer qu'il n'y en a pas deux dont la méiiioire retrace toujours les idées avec la même rapidité. Par conséquent, une sensation qui se conservera uniformément pendant un an, ou mille si l'on veut, ne sera qu'un instant à l'égard de notre statue ; comme une idée que nous conservons pendant que les habitants du petit monde comptent des siècles, est un instant pour nous*. C'est donc une erreur de penser que tous les êtres' comptent le même nombre d'instants. La présence d'une idée, qui ne varie point, n'étant qu'un instant ' à mon égard, c'est une conséquence qu'un instant de ma
1. La supposition de ces mondes fait comprendre que, pour les imaginer pius anciens les uns que les autres, il n'est pas nécessaire d'une éternité successive, dans laquelle il aient été créés plus tôt ou plus tard; il suffît de varier les révolutions, et d'y propoitionuer les organes des habitants.
Celte supposition fait encore connailre qu'un instant de la durée d'un être peut coexister, et coexiste en effet à plusieurs instants de la durée d'un autre. Nous pouvons donc imaginer des intelligences qui aperçoivent tout à la fois des idées que nous n'avons que successivement, et arriver en quelque sorte jusqu'à un esprit qui embrasse dans un instant toutes les connaissauces que les créatures n'ont que dans une suite de siècles, et qui, par conséquent, n'essuie aucune succession. Il sera comme au centre de tous ces mondes, où l'on juge si différemment de la durée; et, saisissant dun coup d'œil tout ce qui leur arrive, il en verra tout à la fois le passé, le présent et l'avenir.
Par ce moyen nous nous formons, autant qu'il en est en noire pouvoir, l'idée d'un instant indivisible et permanent, auquel les instants des créatures coexistent, et dans lequel ils se succèdent. Je dis : autant quil est en notre pouvoir; car ce n'est ici qu'une idée de comparaison. Ni nous ni toute autre créature ne pourrons avoir une notion parfaite de l'éternité. Dieu seul la connaît parce que lui seul en jouit. (Note de CondiUac.)
2. !»• édition : a jugent également de la durée et comptent. »
3. l'o édition : « à notre égard, c'est une conséquence, que tous les moments de noire durée nous paraissent égaux ; mais ce n'est pas une preuve qu'ils le soient. »
durée puisse coexister à plusieurs instants de la durée
d'un autre.