édition : « rf'en avoir été
2. Condillac oublie que les sensations et les sentiments n'ont pas plus de valeur .-subjective qu'objective. La statue n'a pas eu l'occasion de les rapporter à des objets : elle ne peut donc, en opposition avec ces objets, percevoir une existence subjective. (Johnson.) On a soutenu en effet que la connaissance du moi et celle du non-moi sont contemporaines (Fichte, J. Simon, Ecole d'Alexandrie, préface, 34.) Sur la personnalité, voyez Jouffroy, Premiers Mélanges, 314 et 319; Janet, Traité élémentaire, p. 285; Ribot, les Maladies de la personnalité, conclusion. Il faut remarquer que Condillac n'entend, par la personne ou le moi, que ce qui en nous peut être connu par la conscience : on a trop souvent oublié qu'il admet l'existence d'une àme dont il ne croit pas pouvoir connaître la nature. Voyez notre Introduction (l'Ame). Il ne pense pas, comme Hume, que ce que nous appelons esprit n'est pas autre chose qu'un monceau ou une collection de diverses perceptions unies les unes aux auîres par certains rapports, et que l'on considère à tort comme parfaitement simple et identique; il ne tombe pas dans l'erreur fondamentale et perpétuelle des philosophes spéculatifs, celle qui consiste à dogmatiser sur des preuves négatives. (Huxley, Hume, p. 84.)
§ 2. A la vérité, elle ne le dirait pas à la première odeur. Ce qu'on entend par ce mot, ne me paraît convenir qu'à un être qui remarque que, dans le moment présent, il n'est plus ce qu'il a été. Tant qu'il ne change point, il existe sans aucun retour sur lui-même ; mais aussitôt qu'il change, il juge qu'il est le même qui a été auparavant de telle manière, et il dit moi.
Cette observation confirme qu'au premier instant de son existence la statue ne peut former des désirs : car avant de pouvoir dire, je désire, il faut avoir dit, moi ou je.
§ 3. Les odeurs dont la statue ne se souvient pas, n'entrent donc point dans l'idée qu'elle a de sa personne. Aussi étrangères à son moi que les couleurs et les sons, dont elle n'a encore aucune connaissance, elles sont à son égard comme si elle ne les avait jamais senties. Son moi^ n'est que la collection des sensations qu'elle éprouve, et de celles que la mémoire lui rappelle*. En
i. Il importe de remarquer ce mot. Il ne s'agit pas de l'âme tout entière; il s'agit de ce qui est connu par la conscience. (Voyez page 232, note 2.) On a soutenu qu'il n'y avait pas lieu de distinguer entre l'âme et le moi, que l'âme nous est connue par la conscience comme substance et comme cause, qu'il faut dès lors ajouter à la collection des sensations la notion de la cause et de la substance connue en même temps qu'elles. (Maine de Biran, Jouffroy, Ravaisson, Rapport sur la philosophie en France ait six^ siècle.) C'est ce que Gondillac n'admet pas. Mais il ne supprime pas, comme M. Taine par exemple, la substance pensante. {De l'Intelligence, I, p. 378.)
2. « Celui qui aime une personne, dit Pascal (c. xxiv, n. 14.), à cause de sa beauté, l'aime-t-il? non; car la petite vérole qui ôlera la beauté, sans tuer la personne, fera qu'il ne l'aimera plus. Et si on m'aime pour mon jugement ou pour ma mémoire, m'aime-t-on, moi? non; car je puis perdre ces qualités sans cesser d'être (édition Havet, sans me perdre, moi). Où est donc le moi, s'il n'est ni dans le corps ni dans l'âme? Et comment aimer le corps (id., ou) et l'âme, sinon pour des qualités qui en sont point ce qui fait le moi, puisqu'elles sont périssables?
un mot, c'est tout à la fois et la conscience de ce qu'elle est*, et le souvenir de ce qu'elle a été.