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CHAPITRE VII

Gonolnsion des chapitres précédents.

i. Avec un seul sens lame a le germe de toutes ses facultés. 2. La sensation renferme toutes les facultés de l'âme, — 3. Le plaisir et la douleur en sont le seul mobile. — 4. On peut appliquer aux autres sens tout ce qui vient d'être dit sur l'odorat.

§ 1. Ayant prouvé que notre statue est capable de donner son attention, de se ressouvenir, de comparer,

Car aimerait-on la substance de l'âme d'une personne abstraitement, et quelques qualités qui y fussent? Cela ne se peut, et serait injuste. On n'aime donc jamais (id., on n'aime donc Jamais personne, mais seulement des qualités) la personne, mais seulement les qualités (ce qui suit est une addition de Port- Royal, de sorte que Condillac combat d'abord Port-Royal et non Pascal lui-même); ou, si on aime la personne, il faut dire que c'est l'assemblage des qualités qui fait la personne. »

Ce n'est pas l'assemblage des qualités qui fait la personne ; car le même homme, jeune ou vieux, beau ou laid, sage ou iou, serait autant de personnes distinctes; et pour quelques qualités qu'on m'aime, c'est toujours moi qu'on aime; car les qualités ne sont que moi modifié différemment. Si quelqu'un, me marchant sur le pied, me disait : Vous ai-je blessé, vous? non; car vous pourriez perdre le pied, sans cesser d'être, seraisje bien convaincu de n'avoir point été blessé moi-même? Pourquoi donc penserais-je que, parce que je puis perdre la mémoire et le jugement, on ne m'aime pas, lorsqu'on m'aime pour ces qualités? Mais elles sont périssables! et qu'importe? le moi est-il donc une chose nécessaire de sa nature? Ne périt-il pas dans les bêtes? et son immortalité dans l'homme n'est-elle pas une faveur de Dieu? Dans le sens de Pascal, Dieu seul pourrait dire moi. {Note de Condillac.)

1. Non de ce qu'elle est en soi, mais de ce qu'elle est pour elle-même.

de juger, de discerner, d'imaginer ; qu'elle a des notions abstraites, des idées de nombre et de durée; qu'elle connaît des vérités générales et particulières; qu'elle forme des désirs, se fait des passions, aime, hait, veut; qu'elle est capable d'espérance, de crainte et d'étonnement; et qu'enfin elle contracte des habitudes : nous devons conclure qu'avec un seul sens l'entendement a autant de facultés qu'avec les cinq réunis. Nous verrons que celles qui paraissent nous être particulières ne sont que ces mêmes facultés qui, s'appliquant à un plus grand nombre d'objets, se développent davantage.

§ 2. Si nous considérons que se ressouvenir, comparer, juger discerner, imaginer, être étonné, avoir des idées abstraites, en avoir de nombre et de durée, connaître des vérités générales et particulières, ne sont que diffélentes manières d'être attentif; qu'avoir des passions, aimer, haïr, espérer, craindre et vouloir, ne sont que différentes manières de désirer; et qu'enfin être attentif et désirer ne sont dans l'origine que sentir : nous conclurons que la sensation enveloppe toutes les facultés de l'ume*.

§ 3. Enfin, si nous considérons qu'il n'est point de sensations absolument indifférentes, nous conclurons encore que les différents degrés de plaisir et de peine sont

l. « Le grand défaut de Condillac, dit M. Lewes, c'est sa méthode qui est une analyse verbale au lieu d'être une analyse biologique. Il se laisse duper par les mots : il croit expliquer toutes les facultés par les transformations de la sensation, sans s'apercevoir qu'il les suppose, et qu'en l'absence des facultés qui élaborent les sensations en perceptions, jugements, raisonnements, les sens n'élèveraient jamais sa statue au-dessus de la condition de l'idiot. » (Ribot, Psycholorpc anglaise, 344.)

Ce jugement est sévère, mais il nous semble incontestable. 11 faut reconnaître en même temps que Condillac a analysé avec finesse, avec précision et souvent avec exactitude les facultés qu'il n'a pu réduire à la sensation.

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'a loi, suivant laquelle le germe de tout ce que nous sommes s'est développé, pour produire toutes nos facultés.

Ce principe peut prendre les noms de besoin, d'étonnement et d'autres, que nous lui donnerons encore ; mais il est toujours le môme : car nous sommes toujours mus par le plaisir, ou par la douleur, dans tout ce que le besoin ou l'étonnement nous fait faire.

En effet, nos premières idées ne sont que peine ou plaisir. Bientôt d'autres leur succèdent, et donnent lieu à des comparaisons, d'où naissent nos premiers besoins et nos premiers désirs. Nos recherches, pour les satisfaire, font acquérir d'autres idées qui produisent encore de nouveaux désirs. L'étonnement qui contribue à nous faire sentir vivement* ce qui nous arrive d'extraordinaire, augmente de temps en temps l'activité* de nos facultés ; et il se forme une chaîne dont les anneaux sont tour à tour idées et désirs, et qu'il suffit de suivre pour découvrir le progrès de toutes les connaissances de l'homme.

§ 4. Presque tout ce que j'ai dit sur les facultés de rame, en traitant de l'odorat, j'aurais pu le dire en commençant par tout autre sens : il est aisé de leur en faire l'application'. Il ne me reste qu'à examiner ce qui est plus particulier à chacun d'eux.

i. l^e édition, « tout ce. »

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