CHAPITRE Vill D'un homme borné au sens de Touïe
1. La statue bornée au sens de l'ouïe est tout ce qu'elle entend. — 2. Deux sortes de sensations de l'ouïe. — 3. La statue ne distingue plusieurs bruits qu'autant qu'ils se succèdent. — 4. 11 en est de même des sons. — 5. Elle acquiert les mêmes facultés qu'avec l'odorat. — 6. Les plaisirs de l'oreille consistent principalement dans la mélodie*. — 7. Cette mélodie cause une émotion qui ne suppose point d'idées acquises. — 8. Ces plaisirs sont, comme ceux de l'odorat, susceptibles de difTérents degrés. — 9. Les plus vifs supposent une oreille exercée. — 19. Et tous une oreille bien organisée. — 11. La statue peut parvenir à distinguer un bruit et un chant qui se font entendre ensemble. — 12. Une suite de sons se lient mieux dans la mémoire qu'une suite de bruits.
§ 1. Bornons notre statue au sens de l'ouïe, et raisonnons comme nous avons fait quand elle n'avait que celui de l'odorat.
Lorsque son oreille sera frappée, elle deviendra la sensation qu'elle éprouvera. Elle sera comme l'écho dont Ovide dit : sonus est qui vivit in illa ; c'est le son qui vit en elle -. Ainsi nous la transformerons, à notre gré, en un bruit, un son, une symphonie : car elle ne soupçonne pas qu'il existe autre chose qu'elle. L'ouïe ne lui donne l'idée d'aucun olyet situé à une certaine distance. La pro.ximité ou l'éloignement des corps sonores ne produit à son égard qu'un son plus fort ou plus faible : elle en sent seulement plus ou moins son existence.