édition : « harniouie
2. La l'c édition ne contient pas la phrase : « Elle sera comme l'écho... qui vit en elle. »Le vers d'Ovide est tiré des Métamorphoses, III, 401.
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§ 2. Les corps font sur l'oreille deux sortes de sensations * : l'une est le son proprement dit, l'autre est le bruit*.
L'oreille est organisée pour saisir un rapport déterminé entre un son et un son; mais elle ne peut saisir entre un bruit et un bruit qu'un rapport vague. Le bruit est à peu près au sens de l'ouïe ce qu'est une multitude d'odeurs à celui de l'odorat.
§ 3. Si au premier instant plusieurs bruits se font
1. On a remarqué que, dans la résoanance des corps sonores, le son dominant est accompagné de deux autres, qui ont avec lui un rapport déterminé et soumis au calcul. On les appelle les harmoniques du son dominant. Ils se font entendre à la douzième et à la dix-septième, et l'on en fait la tierce et la quinte. Une oreille bien organisée est capable de saisir ces rapports, et c'est pour cela que l'on dit qu'elle apprécie les sons. On peut donc définir le sou proprement dit : un son appréciable.
Le bruit au contraire résulte de plusieurs sous qui n'ont point d'harmoniques communes; c'est une multitude de sons dominants et d'harmoniques qui se confondent : on peut donc le définir un son inappréciable.
Imaginons une dizaine de violons à l'unisson. S'ils font tous résonner en même temps la même corde, ils rendent ensemble un son proprement dit, un son appréciable; parce qu'on en peut déterminer la tierce et la quinte. Mais si nous les supposons tous discordants, ils ne feront que du bruit, parce que le son total qu'ils fout entendre n'a point d'harmonique. Le même mi et le même sol, qui sont les harmoniques de l'ut de l'un de ces violons, ne sont (l'» édition, ne seront) pas les harmoniques des ut que les autres rendent. C'est donc la confusion de plusieurs sons qui fait le bruit. (Note de Condillac.)
2. Le bruit est ou un son isolé trop bref pour que l'oreille puisse y reconnaître une valeur musicale, comme le claquement d'un fouet, l'explosion d'une arme à feu ; ou bien c'est un mélange confus de plusieurs sons discordants comme le roulement du tonnerre, le mugissement des vagues. Le son proprement dit résulte d'une suite de vibrations continues et isochrones. Sur les harmoniques, dans lesquels Helmholtz a montré la cause du timbre, voyez Bernstein, les Sens, ch. vn.
"Voyez aussi sur l'ouïe les Sens et l'Intelligence d^Q Bain, I, ch. i; l'Intelligence de Taine.
entendre ensemble à notre statue, le plus fort enveloppera le plus faible; et ils se mêleront si bien qu'il n'en résultera pour elle qu'une simple manière d'être où ils se confondront.
S'ils se succèdent, elle conserve le souvenir de ce qu'elle a été. Elle distingue ses différentes manières d'être, elle les compare, elle en juge, et elle en forme une suite, que sa mémoire retient dans l'ordre où elles ont été comparées, supposé que cette suite l'ait frappée à plusieurs reprises. Elle reconnaîtra donc ces bruits, lorsqu'ils se succéderont encore; mais elle ne les reconnaîtra plus, lorsqu'ils se feront entendre en même temps. Il faut raisonner à ce sujet comme nous avons fait sur les odeurs.
§ 4. Quant aux sons proprement dits, l'oreille étant organisée pour en sentir exactement les rapports, elle y apporte un discernement plus fin et plus étendu. Ses fibres semblent se partager les vibrations des corps sonores, et elle peut entendre distinctement plusieurs sons à la fois. Cependant il suffit de considérer qu'elle n'a pas tout ce discernement dans les hommes qui ne sont point exercés à la musique, pour être au moins convaincu que notre statue ne distinguera pas au premier instant deux sons qu'elle entendra ensemble.
Mais les démêlera- t-elle si elle les a étudiés séparément? C'est ce qui ne me paraît pas vraisemblable : quoique son oreille soit par son mécanisme capable d'en faire la différence, les sons ont tant d'analogie entre eux, qu'il y a lieu de présumer que, n'étant pas aidée par les jugements, qui accoutument à les rapporter à des corps différents, elle continuera encore à les confondre.
§ 5. Quoi qu'il en soit, les degrés de plaisir et de peine lui feront acquérir les mêmes facultés qu'elle a acquises avec l'odorat ; mais il y a sur ce point quelques remarques particulières à faire.
§ 6. Premièrement, les plaisirs de l'oreille consistent * principalement dans la mélodie, c'est-à-dire, dans une succession de sons harmonieux auxquels la mesure donne différents caractères. Les désirs de notre statue ne se borneront donc pas à avoir un son pour ol)jet, et elle souhaitera de redevenir un air entier,
§ 7. En second lieu, ils ont un caractère bien différent de ceux de l'odorat. Plus propres à émouvoir que les odeurs, les sons donneront, par exemple, à notre statue cette tristesse ou cette joie qui ne dépendent point des idées acquises, et qui tiennent uniquement à certains changements qui arrivent au corps *.
§ 8. En troisième lieu, ils commencent, ainsi que ceux de l'odorat, à la plus légère sensation. Le premier bruit, quelque faible qu'il puisse être, est donc un plaisir pour notre statue ^. Que le bruit augmente, le plaisir augmentera, et ne cessera que quand les vibrations offenseront le tympan.
1.1" édition : « cousistent plus particulièrement dans la succession des sons conformément aux règles de l'harmonie. >■
2. Il y a dans la musique les plaisirs d'imitation, lorsqu'elle imite le chant des oiseaux, le tonnerre, les tempêtes, nos soupirs, nos plaintes, nos cris de joie; et que, par sa mesure, elle invite notre corps à prendre les attitudes et les mouvements des différentes passions. Notre statue n'est pas faite pour ces sortes de plaisirs, parce qu'ils supposent des jugements et des habitudes dont elle n'est point capable. Mais indépendamment de cette imitation, la musique transmet au cerveau des impressions qui passent dans tout le corps, et qui y produisent des émotions où notre statue ne peut manquer de trouver du plaisir ou de la peine. {Noie de Coadillac) Condillac avait consacré à la musique tout un chapitre de VEssni sur l'Origine des connaissances humaines (II, V).
3. Il est accompagné d'une émotion, mais rien ne prouve que cette émotion soit aQréablc. Schojienhauer soutient le contraire. On peut voir à ce sujet des détails intéressants sur l'effet que produisent sur les sauvages les sons musicaux différents, dans l'article de G. Simmel. (Voyez note 1, p. 241.)
§ 9. Quant à la musique, elle lui plaira davantag-e, suivant qu'elle sera en proportion avec le peu d'exercice de son oreille. D'abord des chants simples et grossiers seront capables de la ravir *. Si nous l'accoutumons ensuite peu à peu à de plus composés, l'oreille se fera une habitude de l'exercice, qu'ils demandent : elle connaîtra de nouveaux plaisirs.
§ 10. Au reste, ce progrès n'est que pour les oreilles bien organisées. Si les fibres ne sont point entre elles dans de certains rapports, l'oreille sera fausse, comme un instrument mal monté. Plus ce vice sera considérable, moins elle sera sensible à la musique : elle pourra môme ne l'être pas plus qu'au bruit.
§ 11. En quatrième lieu, le plaisir d'une succession de sons étant si supérieur à celui d'un bruit continu, il y a lieu de conjecturer que, si la statue entend en même temps un bruit et un air, dont l'un ne domine point sur l'autre, et qu'elle a appris à connaître séparément, elle ne les confondra pas.
Si, au premier moment de son existence, elle les avait entendus ensemble, elle n'en eût pas fait la différence. Car nous savons par nous-mêmes que nous ne démêlons dans les impressions des sens que ce que nous y avons pu remarquer, et que nous n'y remarquons que les idées
1. Pendant rexpédition d'Egypte, Monge lit jouer au Caire, par un orchestre nombreux et bien composé, de la musique savante, des mélodies cliarmantes, des marches militaires, d'éclatantes fanfares. Les Musulmans n'éprouvaient aucune émotion : •< Jouez-leur Marlbrough, dit Monge à ses musiciens, ils ue méritent pas la peine que vuus vous donnez pour eux. » Aux premiers sons de Marllii-outjh, les Musulmans dressèrent la tôte et ne tardèrent pas à donner les marques de l'admiration la plus vive.
Voyez sur ce sujet un article intéressant de G. Simmel, Psij- 'hohfjische iind clhnologische Sludien ùber Musilc. [Zdlschrifl f'iir Vœlkerpsycholofjie undSf)rachwissenschaft, 1881, vol. XUl, p. ^.)
auxquelles nous avons successivement donné noire attention. Mais si notre statue, ayant été tour à tour un chant et le bruit d'un ruisseau, s'est fait une habitude de distinguer ces deux manières d'être, et de partager entre elles son attention , elles sont, ce me semble, trop différentes pour se confondre encore, toutes les fois qu'elle les éprouve ensemble; surtout si, comme je le suppose, aucune ne domine. Elle ne peut donc s'empêcher de remarquer qu'elle est tout à la fois ce bruit et ce chant, dont elle se souvient, comme de deux modifications qui se sont auparavant succédé.
Le principe sur lequel je fonde ce que je présume ici, recevra un nouveau jour dans la suite de cet ouvrage; parce que j'aurai occasion de l'appliquer à des exemples encore plus sensibles. Nous verrons comment, par la manière dont nous jugeons de nos sensations, nous n'y savons distinguer que ce que les circonstances nous ont appris à y remarquer; que tout le reste est confus à notre égard, et que nous n'en conservons non plus d'idées, que si nous n'en avions eu aucun sentiment. C'est une des causes qui fait qu'avec les mêmes sensations, les hommes ont des connaissances si différentes. Ce germe est partout le même : mais il reste informe chez les uns; il se développe, se nourrit et s'accroît chez les autres.
§ 12. Enfin, puisque les bruits sont à l'oreille, ce que les odeurs sont au nez, la liaison en sera dans la mémoire la même que celle des odeurs. Mais les sons ayant, par leur nature et par celle de l'organe, un lien beaucoup plus fort, la mémoire en conservera plus facilement la succession.