Sur Molyneux (et non Molioeux) voyez pages 140 et
Locke, Essai sw l'entendement humain, n,ch.ix: « Lorsque nous plaçons devant nos yeux un corps rond d'une couleur uniforme, d'or par exemple, d'albâtre ou de jayet, il est certain que l'idée qui s'imprime dans notre esprit à la vue de ce globe, représente un cercle plat, diversement ombragé, avec différents degrés de lumière dont nos yeux se trouvent frappés... Nous mettons à la place de ce qui nous paraît, la cause même de l'image que nous voyons et cela en vertu d'un jugement que la coutume nous a rendu habituel... Nous nous formons l'idée d'une figure convexe et d'une couleur uniforme. A cette occasion j'insérerai ici un problème de M. Molyneux, qui emploie si utilement son beau génie à l'avancement des sciences. Le voici tel qu'il me l'a communiqué lui-même dans une lettre qu'il m'a fait l'honneur de m'écrire depuis quelque temps. « Supposez un aveugle de naissance qui soit présentement homme fait, auquel on ait appris à distinguer par l'attouchement un cube et un globe du même métal, et à peu près de la môme grosseur, en sorte que lorsqu'il touche l'un et l'autre, il puisse dire quel est le cube et quel est le globe. Supposez que le cube et le globe étant posés sur une table, cet aveugle vienne à jouir de la vue : on demande si en les voyant sans les toucher il pourrait les discerner, et dire quel est le globe et quel est le cube. » Le pénétrant et judicieux auteur de cette question répond en même temps que non. « Car, ajoutet-il, bien que cet aveugle ait appris par expérience de quelle manière le globe et le cube affectent son attouchement, il ne sait * pourtant pas encore que ce qui affecte son attouchement de telle ou de telle manière, doive frapper ses yeux de telle ou de telle manière; ni que l'angle avancé d'un cube qui presse sa main, d'une manière inégale, doive paraître à ses yeux tel qu'il parait dans le cube. » Je suis tout à fait du sentiment de cet habile homme. Je crois que cet aveugle ne serait point capable, à la première vue, de dire avec certitude quel serait le globe et quel serait le cube s'il se contentait de les regarder, quoiqu'on les touchant il pût les nommer et les distinguer sûrement par la différence de leurs figures qu'il apercevrait par l'attouchement. » Condillac avait reproduit et combattu ce passage de Locke dans'
premier formé des conjectures sur la question que nous traitons. Il communiqua sa pensée à un philosophe; c'était le seul moyen de se faire un partisan. Locke convint avec lui qu'un aveugle-né dont les yeux' s'ouvraient à la lumière, ne distinguerait pas à la vue un globe d'un cube. Cette conjecture a depuis été confirmée par les expériences de Cheselden*, auxquelles elle a donné occasion; et il me semble qu'on peut aujourd'hui démêler à peu près ce qui appartient aux yeux et ce qu'ils doivent au tact'.
§ 2. Je crois donc être autorisé à dire que notre statue ne voit que de la lumière et des couleurs, et qu'elle ne peut pas juger qu'il y a quelque chose hors d'elle.
Cela étant, elle n'aperçoit dans l'action des rayons que
l'Esxai (I, 232). Il a expliqué plus haut (page liO) commeut il avait été amené à changer d'avis.