Logique, ch. ii
Enfin les fenêtres se rouvrent pour ne plus se refermer, tant que le soleil sera sur l'horizon, et nous revoyons lonpf- Lomps tout ce que nous avons d'abord vu. Mais si, semblables ù des hommes en extase, nous continuons, comme au premier instant, de voir à la fois cette multitude d'objets diiférents, nous n'en saurons pas plus lorsque la nuit surviendra, que nous n'en savions lorsque les fenêtres qui venaient de s'ouvrir se sont tout à coup refermées.
Pour avoir une connaissance de cette campagne, il ne suffit donc pas de la voir toute à la fois ; il en faut voir chaque partie Pune après l'autre ; et, au lieu de tout embrasser d'un coup d'œil, il faut arrêter ses regards successivement d'un objet sur un objet. Voilà ce que la nature nous apprend à tous. Si elle nous a donné la faculté de voir une multitude de choses à la fois, elle nous a donné aussi la faculté de n'en regarder qu'une, c'est-à-dire de diriger nos yeux sur une seule ; et c'est à cette faculté, qui est une suite de notre organisation, que nous devons toutes les connaissances que nous acquérons par la vue.
Cette faculté nous est commune à tous. Cependant, si dans la suite nous voulons parler de cette campagne, on remarquera que nous ne la connaissons pas tous également bien. Quelques-uns feront des tableaux plus ou moins vrais, où l'on retrouvera beaucoup de choses comme elles sont en effet ; tandis que d'autres, brouillant tout, feront des tableaux où il ne sera pas possible de rien reconnaître. Chacun de nous néanmoins a vu les mêmes objets ; mais les regards des uns étaient conduits comme au hasard, et ceux des autres se dirigeaient avec un certain ordre.
Or quel est cet ordre? La nature l'indique elle-même ; c'est celui dans lequel elle offre les objets. Il y en a qui appellent plus particulièrement les '^regards, ils sont plus frappants, ils dominent, et tous les autres semblent s'arranger autour d'eux pour eux. Voilà ceux qu'on observe d'abord; et, quand on a remarqué leur situation respective, les autres se mettent dans les intervalles, chacun à leur place.
On commence donc par les objets principaux : on les observe
successivement, et on les compare pour juger des rapports où ils sont. Quand, par ce moyen, on a leur situation respective, on observe successivement tous ceux qui remplissent les intervalles, on les compare chacun avec l'objet principal le plus prochain, et on en détermine la position.
Alors on démêle tous les objets dont on a saisi la forme et la situation, et on les embrasse d'un seul regard. L'ordre qui est entre eux dans notre esprit n'est donc plus successif ; il est simultané. C'est celui-là même dans lequel ils existent, et nous les voyons tous à la fois d'une manière distincte.
Ce sont là des connaissances que nous devons uniquement à l'art avec lequel nous avons dirigé nos regards. Nous ne les avons acquises que l'une après l'autre ; mais, une fois acquises, elles sont toutes en même temps présentes à l'esprit, comme les objets qu'elles nous retracent sont tous présents à l'œil qui les voit.
Pages.
I>TRODlCTION I
CONDILLAC. I. Sa vie et ses ouvrages v
Le Traité des Sensations xiv
Le Traité des A nimaux xxvi
H. Coudillac pn'*cei»teur du priuce de Parme xxxi
III. Retour en Franco. — Réception à l'Académie française. — Le Cours d'Etudes. — Le Commerce et le (Jouvernement. — La Logique.— Mort de Condillac.
— La Langue des Calculs xxxix