LXXIV CONDILLAC
qui se bornent à décomposer nos sensations'. Nous n'avons aucune idée d'un nombre infini*, et les philosophes ont tort de voir l'infini partout, dans chaque portion de matière, dans chaque partie de l'espace, dans chaque instant de la durée, ce qui les fait tomber dans des contradictions incessantes. Nous n'avons pas non plus l'idée d'un infini de qualité, et la notion la plus parfaite que nous puissions avoir de la divinité n'est pjas infinie'. Ouant aux idées morales, elles viennent des sens. Nous trouvons en nous une loi naturelle, ayant son fondement dans la volonté de Dieu : elle était en Dieu avant qu'il créât l'iiomme, il l'a consultée avant de nous former, il a voulu nous y assujettir. 11 nous suffit de réfléchir sur nos besoins, sur nos plaisirs, sur nos peines '♦, pour voir combien il est nécessaire de nous donner mutuellement des secours ; de là les lois par lesquelles nous convenons de ce qui est défendu ou permis ; c'est le commencement de la moralité, qui s'achève quand nous nous élevons à la connaissance de Dieu. Nous reconnaissons en Dieu notre législateur, nous trouvons en nous toutes les facultés nécessaires pour découvrir les devoirs du citoyen, et nous concluons que Dieu, qui nous a formés et nous conserve, a voulu certainement, en nous donnant les unes, que nous remplissions les autres*.