‹ Traité des sensations, première partieChapitre 92 sur 190 · XCVIII CONDILLAC · texte numérisé non relu

XCVIII CONDILLAC

toute composition ou toute décomposition. En quoi donc diffèrent ces deux méthodes ? En ce que l'analyse commence toujours bien et que la synthèse commence toujours mal. » Nous croyons, eneff'et, que la véritable différence qui sépare la méthode analytique de la méthode synthétique ne consiste pas en ce que l'une se borne à décomposer et l'autre à composer. 11 est impossible d'arriver à une connaissance exacte des éléments constitutifs d'un tout si l'on ne remarque pas les rapports qui les unissent, si l'on n'essaye même de recomposer le tout pour s'assurer qu'on a bien saisi ces rapports. De même on ne peut connaître la manière dont les choses s'assemblent, la forme des matériaux, si l'on n'a pas examiné la nature de ces matériaux et la manière dont ils sont unis. On décomposera et on composera donc dans l'un et dans l'autre cas ; mais dans l'analyse on cherchera surtout à déterminer les éléments ; dans la synthèse, la forme du tout qu'ils constituent. Gondillac a donc pu tout à la fois condamner la synthèse et faire appel à la composition, comme d'autres ont pu condamner l'analyse tout en se servant de la décomposition '.

L'analyse ainsi entendue " est la seule méthode selon Gondillac; c'est l'analyse qu'il faut employer dans toutes les sciences particulières, dans les mathématiques comme dans la métaphysique, dans la morale et dans la

1. Voyez Rapport sur la philosophie en Fraiice au xix» siècle, Conclusion. Voyez également sur cette question Papillon, Histoire de la philosophie moderne, II, 39. Quant à ces deux méthodes, il nous semble que chacune d'elles a sa valeur propre dans les sciences : la chimie eût perdu si elle n'avait pas eu Lavoisier ou M. Berthelot.

2. Nous avons indiqué les rapports de la méthode de Gondillac à la méthode cartésienne.

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