‹ Traité des signes de la mort et des moyens de prévenir les enterrements prématurésChapitre 11 sur 83 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

Des signes de la mort.

Les discussions soulevées par l'importance des signes de la mort, et leur degré de certitude, ont été bien longtemps stériles. Trop de zèle d'une \wt, et de l'outre une indifférence poussée peuU

êtrejusqu'au dédain, ont suffi pour amener ce résultat et pour laisser la question un peu en dehors du véritable domaine scientifique, aux prises avecla superstition et la terreur. Jusqu'à l'apparition des Lettres de Louis qui ont révolutionné cette partie de la science, les médecins, placés sous l'empire de la tradition , soutenaient la thèse de l'incertitude des signes de la mort, et les auteurs se bornaient à transcrire servilement ce qu'on avait dit avant eux, sans apporter de nouvelles recherches à l'appui de leurs opinions. Quelques uns cependant, plus timorés ou plus convaincus que les autres, n'ont pas craint d'altérer le sens de certaines citations, pour abriter ainsi d'un nom illustre leur ignorance et leur crédulité. C'est ainsi que certains auteurs ont été rendus responsables d'opinions toutes différentes de celles qu'ils ont défendues, et, ce qu'il faut dire, c'est que d'honnêtes écrivains ont reproduit, de nos jours , les mêmes citations sans les vérifier, de sorte qu'on pourrait, avec la meilleure foi du monde , ranger Asclépiade, Celse, Zacchias, A. Paré, Lancisi , Kirchmann, parmi les défenseurs de l'incertitude des signes de la mort, tandis qu'ils professaient précisément l'opinion contraire.

Bruhier est le principal auteur de ces fâcheuses

méprises, dans un ouvrage plein de bonnes intentions, mais rempli de citations inexactes, ou mal comprises. Ainsi, Celse rapporte un passage de Démocrite dans lequel il est dit que les marques de la mort ne sont pas suffisamment certaines; mais il se hâte d'ajouter que ce n'est pas là son opinion, et que des médecins ignorants, ou mal instruits, sont les seuls qui puissent se méprendreà ces marques. Il continue: « Asclépiade, ayant ren- » contré un convoi, reconnut que cel ui qu'on por- » tait en terre n'était point mort, et il s'écrie qu'il » est injuste d'imputer au défaut d'un art les délits » de ceux qui l'exercent. » Adversùs quos ne illud quidem dicam, quod notœpositœ non bo7ios, sed imperitos medicos decipiunt; quod AsclepiadeSjfu?ieri obvius, intellexit eum vivere qui efferebatur. ne protinits crimen artis esset , si quod professons est. (Celse, liv. Il, cap. 6).

C'est d'après ce passage si net dans sa pensée, si précis dans son expression, qu' Asclépiade et Celse sont condamnés et placés par Bruhier parmi les défenseurs de l'incertitude des signesde la mort. On ne saurait donner une preuve plus éclatante de son défaut de jugement ou de bonne foi.

Un autre fait, rapporté par le même auteur, compromet injustement la réputation d'Ambroise

Paré. Ce chirurgien fut appelé près de deux hommes réputés morts. «Parce que, outre ce qu'il n'y avait aucune apparence de poulx en eux, ils avaient une froideur de tout le corps , sans parler et sans mouvoir aucunement ayant à la face du couleur plombine , de fait que lorsque je les pinçois ou tirois le poil rudement , ils n'en sentaient rien , tellement que tous les assistants les estimoient estre morts (i). » Paré, déterminé principalement par la face teinte de couleur plombine, les jugea asphyxiés par le charbon ; il administra à ces deux hommes les remèdes convenables à leur état et il leur sauva la vie.

Évidemment Paré ne crut pas que ces hommes fussent morts, la nuance plombine de la face lui fit même penser le contraire ; la cyanose lui fit deviner l'asphyxie et il mit en usage des moyens de guérison qui eurent un plein succès. On a peine à voir dans ce fait un exemple de l'incertitude des signes de la mort ; mais ce qui étonne encore plus , c'est de voir le nom de Paré couvrir de sa gloire cette absurde doctrine.

Depuis Bruhier on a toujours répété les mêmes assertions, quoiqu'elles eussent été réduites à leur

(1) Ambrolse Paré, Traité des rapports, OEiivres complètes ç î» lïl, p. 662. -^ Bruhier, t. !L p. 317.

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