FACE CADAVÉRIQUE
la puissance de suspendre les mouvements an cœur. Leur interruption est impossible , et au delà d'une ou deux minutes elle doit être considérée comme le signe de leur cessation définitive. L'absence des battements du cœur à l'auscultation devient de cette manière un signe immédiat et certain de la mort. C'est même, on peut le dire, un de ceux qui méritent le plus de confiance.
B, Face cadavérique.
Au moment de la contraction générale de la peau et des muscles, qui a lieu vers la fin de Fagonie, à l'instant même de la mort, la face change rapidement de caractère. Son immobilité et sa pâleur subites lui donnent un aspect grave et terrible, qui échappe peut-être au médecin, mais qui émeut profondément un ami.
J'ai assisté quelquefois à ce triste spectacle, et, les yeux attachés sur le visage des malades, j'ai en quelque sorte vu arriver la mort et commencer le deuil des familles. Sur le visage tourmenté , livide et empourpré d'une maladie aiguë, j'ai vu descendre la pâleur, le teint prendre tout à coup cet aspect mat et blême de la cire longtemps exposée à l'air, les paupières s'abaisser sur les yeux dans des orbites presque subitement excavés, les
narines se r(^trécir, les joues s'alTaisser, les lèvres tomber et blanchir, et enfin les traits immobiles conserver cette expression de calme qu'on ne retrouve nulle part ailleurs que dans la mort.
Dans les maladies chroniques, et dans les fièvres graves, la face devient hippocratique : «Front ridé » et aride , yeux caves, nez pointu bordé d'une » couleur noirâtre , tempes affaissées, creuses et » ridées , oreilles retirées en haut , lèvres pen- » dantes , pommettes enfoncées , menton ridé et » raccourci, peau sèche, livide ou plombée, poils » des narines ou des cils parsemés d'une sorte de » poussière d'un blanc terne , visage quelquefois » d'ailleurs contourné et méconnaissable. »
Dans les maladies accompagnées de cyanose de la face , comme dans quelques affections du cœur, et dans quelques asphyxies, les changements survenus dans le volume du visage, dans la régularité de ses traits et dans la coloration, sont les mêmes ; seulement la congestion des vaisseaux capillaires, qui diminue de beaucoup, ne disparaît pas entièrement. C'est à ces différences de coloration qu'il faut attribuer les dissemblances offertes par le visage des personnes inanimées. Aussi, la face cadavérique n'a-t-elle pu devenir pour fout le monde un signe certain de la mort,
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H me semble que je ne m'y tromperais pas, et même , abstraction faite de la couleur des téguments, d'après la déformation du visage, je voudrais reconnaître la mort. En effet, la distance qui sépare la nature morte de la nature vivante est si grande que la moindre attention suffit pour les faire distinguer l'une de l'autre. Tous les jours des personnes étrangères à la médecine , des artistes et des amateurs reconnaissent dans leurs ateliers, rien que par la forme, les plâtres moulés sur le vivant ou pris sur des sujets inanimés. On peut donc croire, sans trop de hardiesse, que les médecins arriveraient au même résultat s'ils voulaient s'en donner la peine.
Il y a quelques années , je pris, à l'Ecole pratique, l'avant-bras et la main d'une jeune fille de quinze à seize ans, dont le corps, bien développé, était destiné aux études anatomiques. Le fragment était magnifique dans ses attaches et dans ses contours. La main était grasse, agréablement potelée, et les doigts finement arrondis n'étaient pas déformés par le travail. La peau conservait un éclat qui rappelait la transparence de la vie. L'ensemble de ce bras était merveilleux. Je voulus conserver cette main et la fis reproduire en plâtre dans la position du repos, négligemment appuyée
sur une table, les doigts demi-fléchis et très gracieusement disposés. On n'a pas l'idée de la différence qui existait entre cette main inanimée et toute autre également belle qu'on pourrait citer, appartenant à une personne vivante chargée de la maintenir coquette pendant tout le temps du moulage. Ainsi, même jusque dans la main , la pensée se manifeste , et la forme qu'elle prend pour se révéler appartient à la vie et disparaît au moment de la mort.
C, Décoloration de la peau.
Je viens déjà d'indiquer cette décoloration , si évidente sur la peau du visage , et l'on a pu voir que ce phénomène était un des caractères les plus remarquables de la face cadavérique. Au moment où le cœur cesse de battre et lorsque la dernière ondée sanguine parcourant les artères passe des capillaires dans les veines, la peau privée de sang perd tout à coup sa transparence et sa couleur. Si, pendant la vie , elle était peu colorée , elle devient après la mort, opaque et jaunâtre, comme delà cire. Elle reste , au contraire, d'un rouge violet assez pâle si elle était foncée en couleur, ou livide comme dans certaines asphyxies. C'est là ce qui rend le phénomène de la décoloration eu-