PERTE DE LA TRANSPARENCE DES MAINS
tanée peu important, et ce qui Ta fait ranger parmi les signes incertains de la mort.
D. Perte de transparence de ia main et des doigts.
Lorsqu'une personne en bonne santé place ses doigts entre l'œil et la lumière du feu, elle aperçoit une couleur rouge très éclatante due à la transparence de la peau et occasionnée par la pré-sence du sang dans les capillaires. L'intensité de cette coloration est en rapport avec l'éclat de la lumière placée derrière la main, et avec l'activité de la nutrition des individus. On peut à volonté, par un régime convenable, augmenter cette transparence et la rendre complète, résultat fort ambitionné par les boxeurs anglais, lorsqu'ils se ïont entraîner avant de combattre. Ils mesurent comme on sait, d'après ce caractère, l'aptitude de leur tissu cellulaire h recevoir des contusions , sans qu'il en résulte d'ecchymose.
Cette transparence de la main et des doigts disparaît à l'instant de la mort, lorsqu'elle a persisté jusqu'à cette époque, mais il n'est pas rare de la voir disparaître beaucoup plus tôt, il y a même une maladie, la fièvre intermittente , dans laquelle elle est momentanément détruite : c'est mi début des accès^ peedant lefrisson^ quand les
ongles sont bleus , les doigts secs et pâles, et que la main est entièrement froide. La perte de la transparence est complète, et s'il fallait juger de la mort ou de la vie de l'homme par ce caractère, on risquerait beaucoup de commettre une erreur. Ce caractère a donc été justement placé parmi les signes incertains de la mort.
E. Absence d'auréole et de phlyctènes dans les brûlures.
La différence des brûlures faites sur le vivant ou sur le cadavre est en général très grande , et l'on a inévitablement dû croire h la possibilité d'appliquer ces caractères au diagnostic de la vie et de la mort. Ainsi, dans les circonstances ordinaires, la brûlure au second degré détermine l'apparition de rougeurs , de vésicules séreuses et d'auréole inflammatoire sur le vivant, tandis qu'elle ne produit rien de semblable sur le cadavre. Malheureusement, il y a des circonstances extraordinaires où les choses ne se passent plus de la même manière. Dansl'agonie des vieillards ou des adultes, emportés par une affection chronique, la brûlure au même degré ne produit quelquefois aucun résultat. D'une autre part, il y a des cadavres sur lesquels la brûlure occasionne la levée d'ampoules séreuses 5 toutes semblables ù celles qu'on aurait
pu obtenir durant la vie. Il devient en conséquence impossible d'utiliser la présence ou l'absence d'auréole et de phlyctène , après les brûlures, dans le diagnostic de la mort.
Cette question est encore intéressante à d'autres titres; elle a une très grande importance au point de vue judiciaire , et nous nous reprocherions de ne pas la traiter avec plus de détails et avec l'autorité d'expériences nouvelles.
Souvent , dans le but de faire disparaître la preuve d'un crime , des assassins ont ajouté l'incendie au meurtre, et dans cette situation perplexe, vis-à-vis d'un cadavre à demi consumé , la justice a quelquefois interrogé la science pour savoir si les brûlures constatées devant elle avaient été faites pendant la vie ou après la mort. C'est même à l'occasion de deux procès de ce genre que les docteurs Duncan.et Ghristison d'Edimbourg (1), consultés par les magistrats , firent leurs curieuses recherches et répondirent par ces conclusions, dont la première est une erreur : 1° la brûlure superficielle détermine une ampoule sur le vivant , et ne produit jamais rien de semblable sur le cadavre ; T les brûlures faites pendant la vie sont entourées
{'i)Annal6scl'hygUhie et de médecine leuale, 1832, t. VU, p. ià'à.
d'un cercle rouge, dit auréole inflammatoire, qui ne se produit jamais sur les cadavres.
Ces résultats, que Ton peut considérer comme exacts, eu égard aux circonstances dans lesquelles les expérimentateurs se sont placés , ne sont pas à l'abri de toute critique. Leur exactitude est fort contestable , ainsi que nous le verrons plus loin , et ceux de nos médecins légistes qui les ont acceptés ont , je crois , bien fait de ne les reproduire qu'avec une sorte de restriction. En effet, M. Leuret a vu sur un cadavre infiltré des ampoules séreuses produites par la chaleur. M. Magendie en a obtenu en faisant des expériences sur l'endosmose et l'exosmose cutanées. Enfin , ce qui est plus important, ce sont les résultais publiés par M. Champouiilon(l).Dans un grand nombre d'expériences sur le cadavre, non seulement ce méûeciù a produit des vésicules , mais encore il a vu à leur circonférence une auréole rouge, à contour régulièrement denté , très différente et très facile à distinguer de l'auréole inflammatoire ordinaire. J'ai réussi bien des fois, comme M.Champouillon, à produire des vésicules , mais je n'ai jamais vu l'auréole dont il parle, et qu'il décrit très minutieusement dans son Mémoire, en opposant ses
^1) Àunak$ ufi^giènCi Paî'iSj, 1846, U XXXV» |H 412*
EFFETS DE LA BRULURE. i05
caractères anatomiques à ceux de l'auréoie inflammatoire. Il y a sans doute là quelque méprise que feraient disparaître de nouvelles observations.
Pour étudier avec avantage les analogies et les différences de la brûlure sur le vivant et sur le cadavre, il faut avoir soin d'observer dans des conditions analogues, et tenir compte de la constitution des sujets, de l'état des cadavres, de l'intensité de la chaleur et de son action immédiate ou éloignée. Des conditions d'expérimentation différente nuiraient à la comparaison, introduiraient de l'incertitude dans les résultats, et, comme nous le verrons plus loin , c'est sans doute à cette absence de méthode et à ce conflit d'expériences mal dirigées, que nous devons les résultats contradictoires publiés par les observateurs.
Les phénomènes de la brûlure, au premier et au deuxième degré, sont plus variés et plus importants au point de vue séméiologique, que les phénomènes de la brûlure à un degré plus avancé. Immédiats ou éloignés dans leur apparition , leur valeur est, à peu de chose près , la même.
Sur un sujet malade ou. en bonne santé, mais doué d'une assez grande force de réaction, la brûlure au premier ou au deuxième degré , à l'aide du marteau échauffé à l'eau bouillante, détermine
à l'instant la décoloration plus ou moins complète du derme et le soulèvement de l'épiderme. Une auréole rouge, très large, se dessine d'autant plus vapidement que les sujets sont plus jeunes, et ont la peau plus fine et plus délicate , puis elle se dissipe , et au bout de quelques heures, il ne reste plus qu'une mince auréole inflammatoire. La partie du derme subitement décoloré dans l'opération a pris une nuance rougeâtre , quelquefois livide , et de la sérosité s'est accumulée sous l'épiderme.
Sur des sujets très âgés ou profondément affaiblis vers la fin d'une maladie chronique, et surtout dans le cours d'une lente agonie, la brûlure ne détermine souvent que le décollement de l'épiderme et la décoloration du derme, phénomènes cadavériques 5 comme nous le verrons plus loin. Nulle rougeur n'apparaît autour de la surface cautérisée, et du sérum ne s'amasse sous l'épiderme que si l'opératiou a été faite sur un sujet infiltré.
Un phthisique, âgé de quarante-deux ans, paraissait près de succomber. Il était sans connaissance. Les membres soulevés retombaient sur le lit, la tête reposait immobile sur l'épaule, les paupières étaient appesanties, à demi closes et les pupilles fort contractées. De temps à autre on apercevait un léger mouvement des muscles du visage.
Respiration haute, pénible, accompagnée d'un gargouillement très prononcé, 24 par minute.
Les battements du cœur étaient appréciables à la main • le pouls petit, filiforme, battait 92 fois par minute.
Dans l'espoir de ranimer ce malade, je lui appliquai trois vésicatoires de chaque côté de la poitrine, sous la clavicule à l'aide du marteau échauffé.
Nul mouvement ne trahit la moindre douleur. Cependant l'épiderme fut immédiatement décollé et le derme devint aussitôt blanc comme du linge. La surface cautérisée se dessinait très nettement sur le fond de la peau cjanosée.
Nulle rougeur , nul érythème , n'apparut autour de ces brûlures pendant une demi-heure que je restai près du malade , et quand je revins au bout de cinq heures, elles étaient encore dans le même état.
Deux heures plus tard, à l'instant de la mort, même pâleur des surfaces cautérisées, même absence d'auréole inflammatoire , pas une goutte de sérum sous l'épiderme décollé. Ces brûlures faites pendant la vie n'avaient déterminé aucune espèce de réaction locale.
Sur le cadavre les effets de la brûlure, aupre^
mier ou au deuxième degré, sont modifiés par l'ilige des individus, par la maladie qui a causé la mort, et par le siég« élevé ou déclive de la cautérisation.
Sur un sujet sain en apparence, la brûlure dans un lieu élevé du corps détermine le décollement de répiderme, et la décoloration du derme qui se dessine par sa pâleur sur la teinte plus foncée des parties voisines. L'épiderme reste plissé à la surface de la peau et s'y dessèche. Le derme durcit au bout de quelques heures, devient jaunâtre, rougeâtre quelquefois, demi-transparent et laisse voir dans sa trame des capillaires remplis de sang coagulé.
Jamais, dans les circonstances ordinaires, la brûlure ne détermine d'autres phénomènes que ceux que nous venons d'indiquer, mais, sur des sujets infiltrés, et sur le corps en putréfaction, dont les tissus sont gorgés de liquide, elle détermine des ampoules semblables à celles qui se forment pendant la vie. Chaque brûlure est l'occasion d'une phlyctène 5 car, une fois le décollement de l'épiderme accompli, rien n'empêche plus la sérosité de couler à travers les ouvertures de la peau pour se jeter au dehors.
Première expérience. Sur une femme morte de cancer du foie, des brûlures fautes 22 heures
EFFETS DE LA ËîlULUUË. fO§
après ie décès , amènent la production de bulles parfaites remplies de sérosité jaunâtre, et sans qu'il y ait coloration du tissu même de la peau.
Deuxième expérience. Sur un homme atteint d'emphysème et mort de bronchite capillaire aiguë, des brûlures en grand nombre, faites au bout de 12 heures, présentèrent le lendemain, sur quelques unes d'entre elles , principalement sur celles qui sont situées dans les parties déclives, des bulles remplies de sérosité jaunâtre.
Troisième expérience. Femme morte de pur* pura hémorrhagica. Une seule brûlure faite 12 heures après le décès, sur une partie infiltrée de sang à la face interne et postérieure de la cuisse gauche, donna lieu à une ampoule remplie de sérosité sanguinolente»
Quatrième expérience. Homme mort de néphrite albumineuse chronique, et dont le corps est généralement infiltré de liquide. 18 heures après, je fis 20 brûlures et le lendemain 15 d'entre ces brûlures , situées à la face interne des cuisses et sur les parties déclives , étaient recouvertes de bulles remplies par de la sérosité incolore et transparente.
On peut donc produire sur le cadavre des ampoules semblables à celles que l'on observe durant
410 SIGNES iMMÉDIATS DE LA MORT.
la lie. — Quant à l'auréole rouge iuiliquée par M. Champouillon, elle m'a constamment fait défaut dans mes expériences, et je crois, au contraire, que son développement est impossible après la mort, la brûlure ayant pour effet la constriction du derme, et sa décoloration par le reflux du sang. Les résultais de l'accumulation très considérable de calorique dans une partie de la peau sont différents de ceux que nous venons d'indiquer. Au troisième et quatrième degré , la brûlure détermine à l'instant le décollement de l'épiderme et sa dessiccation , le reflux du sang contenu dans le derme, et la mortification immédiate de ce tissu. Ces désordres sont les mêmes sur le vivant que sur le cadavre. Une fois l'escarre établie, le tissu mortifié passe de part et d'autre par les mêmes modifications sous l'influence de la chaleur. Ce n'est bientôt plus qu'un lambeau de substance animale qui se transforme en charbon par le feu, et où il est impossible de rien découvrir qui indique l'instant de la combustion pendant la vie ou après la mort. Ce caractère ne peut donc exister dans l'escarre ; il faut le chercher ailleurs, dans les parties vivantes où le sang s'accumule et où commence le travail inflammatoire de Féliminalion, Alor§ un
liseré rouge révèle la puissance de la vie persistant encore après la brûlure ; mais, malheureusement, comme nous l'avons déjà dit, ce liseré peut manquer et Ton ne peut plus rigoureusement savoir si la combustion a précédé ou suivi la mort.
En résumé :
Les effets de la brûlure ne fournissent aucun phénomène qui puisse être considéré comme un signe certain de la mort.
La brûlure au premier et au second degré donne lieu à des phénomènes plus importants que ceux qui résultent d'une application de calorique plus considérable.
On peut , en général , savoir si une brûlure a été faite pendant la vie ou après la mort.
Au premier etau deuxième degré, les premières présentent presque toujours une phlyctène entourée d'une auréole inflammatoire , ou seulement cette auréole- tandis que celles qui ont été faites après la mort ne présentent rien de semblable.
Il y a de ces brûlures, faites pendant la vie , qui n'ont cependant ni auréole ni ampoule, qui ont pour caractère le décollement de l'épiderme et la décoloration du derme et que rien ne peut faire distinguer des brûlures faites après la mort. Telles sont quelquefois celles que l'on opère chez les
\\î SIGNES niMÉDIATS DE LA. MORT.
vieillards ou chez des sujets très faibles et très épuisés dans le cours de l'agonie.
Sur le cadavre , la brûlure au premier et au deuxième degré détermine toujours le décollement de répiderme et la décoloration du derme. Elle ne produit cV ampoules que dans les cas d'infiltration du tissu cellulaire par la sérosité ou par l'épanchement des liquides qui résulte d'un commencement de putréfaction.
Au troisième degré , la brûlure détermine sur le vivant comme sur le cadavre, l'escarrification ou plutôt une sorte de carbonisation de la peau. Les désordres sont les mômes de part et d'autre, et la présence d'une auréole peut seule faire reconnaître que la brûlure a été faite pendant la vie. Si cette auréole manque, ce qui peut arriver, chez une personne affaissée, à la fin d'une lente et pénible agonie, il n'y a nul moyen de déterminer avec certitude l'époque de la brûlure.
2° Cessation des fonctions 'pulmonaires.
On n'a pas encore découvert de signe certain de la cessation des fonctions du poumon , et les épreuves conseillées dans le but d'apprécier la suspension définitive des mouvements respiratoires n'ont aboutià aucun résultat satisfaisant,Winslow,