‹ Traité des signes de la mort et des moyens de prévenir les enterrements prématurésChapitre 25 sur 83 · REFROIDISSEMENT DU CORPS · texte numérisé non relu

REFROIDISSEMENT DU CORPS

mine, il y a encore de la chaleur, l'éther deviendra aériforme ; il y aura donc dilatation de l'air, et puisqu'il n'y a qu'une seule ouverture, la dilatation ou la pression doit se manifester sur le mercure qui montera dans le tube • l'observateur s'en apercevra à l'échelle qui reste au dehors, et en tirera la conclusion que le corps n'est pas soumis aux lois physiques, et conséquemment que l'individu n'est pas mort.

Je ne crois pas que cette conclusion soit rigoureuse • ce que nous savons de la persistance de la chaleur après la cessation de la vie , sous Tinfluence des réactions chimiques opérées dans le corps, permet même de penser tout différemment, de sorte que l'appareil de M, Van Hengel, quoique fort ingénieux et très utile pour des recherches de température profonde, ne me paraît pas avoir une grande utilité dans le diagnostic de la mort (1).

B. De la non-coagulabililé du sang trouvé dans les vaisseaux.

Le sang que n'agite plus la force dynamique du cœur s'arrête et se coagule.

Hors des vaisseaux ou dans leur intérieur, le phénomène chimique est le même.

(1) JourKol de Bruxelles et Gazette médicale, 18A8, p. 839.

loi SIGNES ÉLOIGNÉS DE LA MORT.

Soustrait à l'influence du cœur et de la vie, ce liquide se décompose ; la fibrine se sépare et s'agglomère, laissant de côté la plupart des autres éléments du sang.

C'est ce qui arrive au liquide d'une saignée, et au sang d'un vaisseau complètement fermé par deux ligatures ou par un obstacle naturel j c'est ce qu'on observe enfin sur la petite quantité de sang que renferme le système vasculaire au moment de la mort.

Dans cette circonstance, des caillots se forment dans les artères et dans les veines- et le liquide qui peut encore y rester, dépourvu de fibrine , impossible à coaguler, ne représente plus que les autres éléments du sang.

M. Donné a cru en conséquence pouvoir utiliser ce phénomène dans le diagnostic de la mort. Il a pensé qu'il suffirait , pour arriver à ce résultat , d'ouvrir un vaisseau ; de recueillir sur un verre de montre le liquide qui voudrait bien en sortir 3 et d'attendre ses modifications ultérieures, sa coagulabilité ou sa fluidité persistantes , de part et d'autre, signes certains de la mort.

Quelque ingénieuse que soit cette idée , elle ne me paraît applicable que dans un petit nombre de circonstances. Il n'est pas aussi facile que le croit

M. Donné de faire sortir du sang des vaisseaux d'un cadavre, et il n'a certainement pas lui-même expérimenté son procédé, car il aurait pu se convaincre qu'à moins d'aller chercher du sang dans le cœur, épreuve assez grave en cas de méprise , il est souvent impossible d'en trouver dans Içs plus grosses veines des membres seulement quelques minutes après la mort.

2° Signes éloignés de la mort qui dépendent de la cessation des fonctions du cerveau.

A. Rigidité cadavérique.

Rigidité cadavériqiie. La raideur des articulations qui se manifeste à une époque plus ou moins rapprochée de la mort, chez l'homme et les mammifères , est généralement désignée sous le nom de rigidité cadavérique. Elle est quelquefois si considérable qu'elle permet de lever un cadavre en le prenant par la tête, les pieds restant appuyés sur le sol , absolument comme si on voulait soulever une planche en la prenant par l'une de ses extrémités.

L'observation de ce phénomène remonte à une époque fort éloignée, mais sa valeur n'a été mise en évidence que par le célèbre Louis. Il a été depuis lors approfondi par Nysten dans ses Recher-

ches physiologiques (1); par Béclard , Sommer, Burdach, MuUer, Fouquet, etc. Il paraît causé par une sorte de rétraction musculaire qu'on rapporte à la contractilité des muscles ou à la coagulation de la fibrine dans les petits vaisseaux. C'est un signe certain de la mort.

Joh. Christ. Formannus avait apprécié sa valeur lorsqu'il disait : Mortuus erat infans ; adeo omnis in eo calor vitalis abfuit : ici quod etiam partium rigor^ et oh hune induendi indusium difficuUas prodidit. Imiter notas autem finitœ vitœ etiam membronmi rigiditatem referri testatur Paulus Zacchias (2).

Les Éphémérides des Curieux de lanature renferment l'histoire d'un homme qu'on croyait mort, quoiqu'il eût encore les membres flexibles , ce qui engagea le médecin à lui donner des soins qui eurent le plus grand succès.

Péchlin rapporte un fait à peu près semblable, relatif à une petite fille de huit ans, qu'on aurait, d'après l'ensemble général , traitée comme une morte , si la flexibilité des membres n'eût engagé à lui donner des secours qui la rappelèrent à la

(1) Recherches de physîol. et de chimie pathologique. Paris, iSli, p. 38Zi et suivantes.

(2) Manget, Biblioth. med. -pratiçœ ; De siidore.

vie : Àrtus omnes ad hue molles (lexilesque (1).

Bruhier , qui signale aussi cette raideur des membres , semble n'y attacher qu'une médiocre importance 3 Louis, au contraire, en a compris la valeur et nous l'a fait apprécier. Le premier, il a mis quelque soin dans l'étude de ce phénomène , et lui a donné la signification séméiologique que nous lui reconnaissons.

« Des recherches faites avec toute l'attention M dont j'ai été capable, et que j'ai suivies pendant » plusieurs années sans interruption , m'ont fait )) voir sur plus de cinq cents sujets qu'à l'instant » de la mort , c'est-à-dire au moment de la ces- » sation absolue des mouvements qui animent la » machine du corps humain, les articulations com- » mencent à devenir raides , même avant la dimi- » nution de la chaleur naturelle. Il résulte de cette » remarque que la flexibilité des membres est un des «principaux signes par lesquels on peut juger qu'une » personne n'est pas morte, quoiqu'elle ne donne » d'ailleurs aucun signe de vie. » (Louis, p. 133.)

Il n'hésite pas à se prononcer 3 mais comme il redoute les objections que l'inexpérience peut lui adresser, il court au-devant d'elles. ïl sait que

(1) Manget, Biblioth. med, pract,, cap. VI, De aeris et alimenti defectu.

certains phénomènes morbides peuvent en imposer pour de la raideur cadavérique, et il craint avec raison qu'à la suite d'une erreur on n'impute à la science la faute d'un médecin mal appris. Çifop^/am notœnon honos sed imper itosmedicos decipiunt (1). Il s'exprime ainsi : a Un homme expérimenté » n'ignore pas qu'il y a des syncopes convulsives, » et qu'un violent accès de vapeurs peut suspendre » les fonctions vitales et animales, au point que la » personne paraisse morte. L'inflexibilité des » membres accompagne communément cet état , » parce que cette maladie est convulsive. Ces ap- 5) parences ne feront point illusion à un homme de )) l'art. II y a plusieurs signes caractéristiques pour » distinguer ces cas : 1° Dans une mort apparente «accompagnée d'une affection convulsive, larai- » deur des membres sera un accident primitif et » se manifestera en même temps que la mort illu- » soire ; tout au contraire, l'inflexibilité des mem- » bres, signe d'une mort réelle, sera un symptôme » consécutif de l'apparence de la mort. 2° Quand » un muscle est en convulsion, il est dur, inégal, » comme dans la contraction , parce que la con- » vulsion d'un muscle n'est elle-même qu'une » contraction contre nature , involontaire et per-

(1) Celse, liv. II, cap. 6.

)) manente. Ainsi , dans un casconvulsif , si le sujet » a 5 par exemple, les avant-bras fléchis, les mus- » clés biceps seront dans un état de dureté qu'on » n'apercevra pas aux muscles antagonistes. Dans » le cas de mort réelle , les muscles qui servent » aux actions contraires sont dans le même état, » et il n'y a aucune marque à laquelle on puisse » juger qu'un d'eux est dans une action forcée.

» Ces distinctions supposent l'examen d'une «personne éclairée. Et peut-on avoir recours à » quelqu'un de trop intelligent dans un cas aussi » critique ? Mais comme on n'est pas toujours à » portée des connaisseurs , le repos et la sûreté )) publique exigent que nous cherchions des règles » que tout le monde entende , et dont tout le » monde soit capable de faire usage. Celle que je

» vais donner est aisée à retenir Si la raideur

» et l'inflexibilité des membres vient de la convul- » sion des muscles, on aura toutes les peines ima- » ginables, et souvent il sera impossible de forcer » un membre à faire un mouvement opposé à ce- » lui oii il est fixé par l'action convulsive des mus- » des ; et si l'on en vient à bout, le membre re- » tournera avec violence vers le lieu où il était. » On observera tout le contraire dans les cadavres. » Dès qu^on aura forcé l'articulation, le membre » est indifférent à tel ou tel mouvement, et il

)) suit constamment les règles du mouvement des » corps inanimés. »

Il me paraît impossible de rien ajouter à ces pages , oii la netteté de l'exposition , empreinte d'une certaine couleur locale, fait sibien ressortir ce qu'elles renferment de judicieux et de pratique.

Les recherches de Nysten sont venues ensuite confirmer celles de Louis en les complétant, et en faisant mieux connaître le siège et les causes du phénomène en question.

D'après cet auteur, le siège de la rigidité des membres se trouve dans les muscles 5 car si on dissèque une articulation et qu'on enlève la peau, les aponévroses , les ligaments articulaires et les capsules synoviales, le membre conserve toute sa rigidité. Au contraire , si on coupe les muscles qui passent sur les articulations à l'aide de leurs tendons, et qu'on laisse intactes les parties ligamenteuses, la mobilité du membre devient complète.

Pour lui, la cause de la rigidité doit être rapportée à la contractilité musculaire qui survit à la mort du cœur et du cerveau, et qui agite les fibres des muscles en les resserrant, de manière à les consolider dans la position où ils ont été surpris par la mort. Il ne pense pas, mais c'est peut-être une erreur, que cette contractilité des muscles soit assez forte pour opérer le moindre déplacement

des parties auxquelles ils s'insèrent. Ce phénomène lui paraît devoir être considéré comme un sigue certain de la mort , et , dans la crainte d'une erreur à son égard, il en donne les caractères différentiels. Adoptant les idées de Louis que nous avons reproduites ,, il les complète en ajoutant une observation fort curieuse et très importante qui caractérise le genre de raideur qu'on observe chez des individus morts de froid. Celle-ci se distingue de la rigidité cadavérique ordinaire au bruit que les parties molles font entendre lorsqu'on essaie de fléchir les jointures. Il a comparé, avec raison, ce bruit au cri de l'étain qu'on ploie, et il est occasionné par la fracture de petits glaçons renfermés dans le tissu cellulaire.

Les idées de Nysten sur la cause de la rigidité cadavérique ont été assez généralement adoptées, et Sommer (1), auquel on doit un excellent travail sur la matière , les a très bien défendues. Elles ont été attaquées, sous certains rapports, par MM. Béclard, Orfila , Muller et Fouquet (2). Mais la critique ne saurait les atteindre; car elles sont, ainsi que nous le verrons plus loin , très bien justifiées par nos propres expériences.

(1) Diss, de signis mortem Iwmînis absolutum îndîcantibus, Copenhague, 1833.

(2) Orfila, Méd. lég. — Manuel dephysiol., par J. Muller. Paris, 1845, t. II, p. 40. — Delarigîditécadav, Fouquet, Gaz. méd., 1847,

La rigidité cadavérique commence ordinairement au cou et à la mâchoire inférieure, d'où elle gagne les extrémités supérieures, du haut en bas, puis les membres pelviens. Sur deux cents cas , Sommer n'en a rencontré qu'un seul oii elle ne commençait pas au cou. Elle rend les muscles , tant fléchisseurs qu'extenseurs, plus fermes et plus denses , et détermine la rétraction de leur tissu. Sommer a vu, dans des cas où la bouche était ouverte au moment de la mort, la mâchoire inférieure se rapprocher de la supérieure sous l'influence de la raideur cadavérique. Il a observé aussi qu'une flexion plus considérable s'opère aux extrémités^ que, par exemple, le pouce s'applique contre la paume de la main, ou que même Tavantbras se fléchit un peu. Si l'on emploie la force pour vaincre la raideur déjà entièrement développée dans une partie , elle n'y reparaît plus j mais si l'on agit ainsi avant qu'elle soit parvenue à son plus haut degré, elle se reproduit. Le relâchement commence ordinairement à la tête, d'où il s'étend aux membres thoraciques, puis aux pelviens.

La raideur ne survient jamais plus tôt que dix minutes après la mort, ni plus tard que sept heures.

Elle dure, en général, d'autant plus longtemps qu'elle s'est établie plus tard.

Si la force musculaire n'est point affaiblie avant

la mort , comme chez les asphyxiés , la raidem^ se déclare plus tard et dure davantage. Après les maladies aiguës qui ont abattu les forces , elle se manifeste plus promptement , par exemple, quelquefois au bout de quinze ou vingt minutes, comme dans le typhus. La même observation peut être faite après les maladies chroniques épuisantes. Lorsque la mort a été causée soudainement par une maladie aiguë, elle dure plus longtemps et survient plus vite.

C'est un phénomène constant, et qui existe toujours, quel que soit le genre de mort des individus 3 le moment de son apparition, son intensité et la durée sont seuls variables. Ainsi M. Orfila a observé qu'il apparaissait tardivement après l'asphyxie par le charbon : il en est peut-être de même dans l'empoisonnement par les narcotiques et les solaoées vireuses.

Il se développe chez les hémiplégiques avec la même intensité dans les muscles paralysés que dans ceux qui ne le sont pas. J'ai cependant pu constater mie chose, et Sommer avait avant moi vérifié l'exactitude de cette observation, qui a cependant besoin d'un léger correctif, c'est qu'il ne faut pas que la paralysie ait entraîné un changement considérable dans la nutrition des muscles ou leur

hydropisie, cas auquel Sommer l'a vue manquer une fois totalement dans le côté malade.

Ce fait est très remarquable et confirme certaines observations que j'ai faites , et qui m'ont démontré que dans toutes les affections accompagnées d'anasarque , la raideur cadavérique est fugace , et très peu évidente. Il y a toujours des parties du corps où on la retrouve; mais quelquefois elle manque complètement dans les membres supérieurs quand ils sont infiltrés à un degré très considérable.

Chez les tétaniques , Nysten a remarqué que le spasme cesse au moment de la mort, et que le cadavre conserve pendant quelques heures sa flexibilité, avant de devenir raide; cependant Sommer a vu une fois le spasme tétanique des mâchoires remplacé immédiatement par la raideur cadavérique.

Elle survient, en général, avec plus de rapidité chez les nouveaux-nés et chez les vieillards; mais elle n'est pas aussi forte et disparaît pliis tôt. Elle existe même chez le fœtus dans le sein de sa mère, ainsi que M. Ehrmann , professeur à Strasbourg , l'a observé dans une autopsie intéressante publiée par la Gazette médicale de cette ville.

Elle se manifeste bien avant le refroidissement complet du corps.

IHÎGIDÏTÉ CADAVEllîQUÏi!. l68

Elle a lieu aussi bien dans l'eau que dans î'air, et un cadavre plongé dans de l'eau dont la température est de zéro à quinze devient plus raide et reste dans cet état plus longtemps que s'il s'était trouvé â l'air et à la même température.

Le cerveau et la moelle épinière , ainsi que Nysten et Sommer l'ont démontré , n'ont aucune influence sur l'apparition de la raideur cadavérique : elle s'est manifestée au même degré, et sa durée a été la même après la destruction des parties centrales du système nerveux.

A ce propos, le traducteur de Muller rapporte une curieuse expérience de Valentin qui prouve que les fibres musculaires les plus simples, séparées de leurs nerfs, sont aussi le siège de cette rétraction cadavérique. On prend un bocal a, dont le fond contienne une petite couche d'eau c , et dans lequel on place un support assez large pour recevoir une portion d'intestin <:/, qui vient d'être délaclîé du corps d'un animal récemment J mis à mort. L'un des bouts de cet intestin est clos par une lisature, et l'autre joint à un long tube de \erre e, par lequel on verse de l'eau chaude jus-

qu'à ce que i'aiise intestinale soit remplie, et que le liquide s'élève dans le tube à un niveau que l'on marque. Ce tube passe à travers un double couvercle posé sur l'orifice du bocal, et l'on a soin de le tenir droit ; après quoi, on bouche complètement l'appareil au moyen d'une vessie mouillée. La couche c du liquide fait que l'intestin se trouve plongé au milieu d'une atmosphère de vapeur aqueuse , qui l'empêche de se dessécher , et qui s'oppose à l'évaporation de l'eau qu'il contient. Lorsque la raideur cadavérique s'établit, le liquide monte dans le tube e, et n'y baisse que quand la raideur cesse. Dans une expérience sur une portion d'intestin grêle de cheval , détachée entre un quart d'heure et une demi-heure après la mort de l'animal, et qui s'était fortement resserrée pendant la préparation, la colonne de liquide baissa jusqu'à la septième heure après la mort, et alors demeura fixe. Le lendemain , vingt-quatre heures environ après la mort, elle avait monté de sept millimètres et demi. Elle ne commença à redescendre qu'au bout de cinq à six heures , et cent vingt heures après la mort , elle était au-dessous du point auquel-elle s'était arrêtée à la septième heure.

Nysten , Sommer et Muller ont placé le siège de la raideur cadavérique dans les muscles, en raison de sa persistance après la section transver-

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sale des capsules et des ligaments latéraux des articulations, et à cause de sa disparition par la division des muscles. Pour Nysten, c'est un effet de leur contractilité vitale persistant après la mort , et pour Sommer c'est plutôt une contractilité physique, et non organique , des fibres musculaires, semblable à la contractilité physique des parties non musculeuses , telles que la peau , le tissu cellulaire, les membranes et les ligaments. MM. Orfila etBécîard rapportent, au contraire, la rigidité cadavérique à la coagulation du sang dans les capillaires, ce qui paraît d'abord d'autant plus vraisemblable que le moment de sa disparition coïncide avec celui de la dissolution des matériaux coagulés après la mort.

J'ai voulu m'assurer de la valeur de ces théories , en injectant, dans la moitié inférieure d'un animal récemment tué, une forte solution de bicarbonate de potasse , suffisante pour parcourir tous les vaisseaux capillaires , empêcher la coagulation de la fibrine et revenir abondamment par les veines.

H n'y a , me disais-je , que deux théories possibles pour expliquer le développement de la rigidité cadavérique, la contractilité musculaire ou la coagulation du sang dans les vaisseaux. Si, par une injection alcaline, capable d'empêcher la coagulation du sang de s'ac-

I6S sIgnës êluignés de Là Molli-

complir, on empêche la rigidité de paraître ^ c'est que cette coagulation en est véritablement la causej si, au contraire, elle apparaît malgré l'injection , c'est qu'évidemment le sang coagulé n'est pour rien dans son développement. J'ai fait cette expérience sur la moitié inférieure d'un lapin récemment tué, laissant de côté la moitié supérieure intacte, pour servir de point de comparaison au jugement des phénomènes ultérieurs. La rigidité cadavérique s'est développée avec la même rapidité et avec la même intensité dans ces deux moitiés d'animal ; en conséquence , la coagulation du sang ne me paraît pas devoir être considérée comme la cause de la rigidité cadavérique. Je me range plutôt à l'opinion de Nysten , et je considère la rigidité comme le résultat de la contractilité musculaire, qui persiste encore quelques heures après la mort.

B. De l'absence de la contraciilité musculaire sous rinfluence des stimulanls galvaniques.

L'incertitude des signes de la mort, tant de fois proclamée par de mauvais empiriques, a eu au moins l'avantage de soulever des débats contradictoires dans lesquels la science, toujours victorieuse, a pu faire de nouvelles conquêtes. Haller, Ilobert Whylt, Zinn, et d'autres physiologistes, avaient déjà lait connaître, par leurs travau?^ sur

la nature irritable et sensible , le parti qu'on pourrait tirer, pour îe diagnostic-de la mort , de Tabsence des contractions musculaires sous l'influence des agents mécaniques. ]\Iais ce résultat fut contesté. Alors d'autres médecins sont venus vérifier ces recherches, et leur ajouter celles qu'ils avaient entreprises sur l'influence des stimulants galvaniques ; ils ont pu démontrer que lorsque cette excitation, pratiquée d'une certaine manière^ ne produisait aucun résultat sur le tissu musculaire, c'est que la vie était définitivement éteinte.

Ainsi on peut dire : Uahsence de la contractilité muscidaire, sous l'influence des stimulants électriques ou galvaniques^ est un signe certain de la mort.

Les expériences avaient d'abord fourni des résultats très opposés. Quelques unes , faites par Volta,Mezzini, Vallé, Klein, Bichat, semblaient devoir limiter l'action des stimulants galvaniques aux muscles soumis à l'empire de la volonté. MaisHumboldtjFowler, Grapengiesser d'abord, Nysten et Halle, qui répétèrent les expériences, ont démontré , et le fait est aujourd'hui reconnu par les physiologistes , que tous les muscles volontaires ou involontaires sont susceptibles d'être

agités par les stimulaïUs électriques,

On doit mettre à nu le muscle à l'aide d'une incision des téguments , dans une partie oii cette plaie ne puisse avoir aucune influence fâcheuse, le muscle sera ensuite mis en communication avec un des pôles de la pile , et l'on portera le conducteur du pôle opposé sur un autre point du même muscle, ou mieux vers la moelle épinière. S'il ne se manifeste aucune contraction, c'est que la vie est éteinte. Si , au contraire , la contraction est sensible, ce n'est pas une preuve de persistance de la vie, mais il n'y a pas certitude de la mort.

11 faut dire, à ce propos, que les muscles conservent après la mort, pendant un temps variable, la propriété de se contracter spontanément. Ainsi, sur les bœufs récemment abattus et dépouillés , j'ai toujours vu dans leurs muscles un frémissement dont nulle excitation, sauf celle de l'air, ne peut rendre compte. Le phénomène est surtout apparent dans le muscle peaucier qui tremble avec la plus grande force, comme s'il éprouvait une impression de froid. Il ne serait pas impossible que ces mouvements fussent en effet causés par l'influence de Tair atmosphérique. On sait que , pour dépecer l'animal, il faut insuffler son tissu cellulaire, et frapper son corps à grands coups de bâton, pour que l'air pénètre également partout.

Une telle opération est bien de nature à faire ressortir l'irritabilité des muscles après la mort.

Lorsque ces contractions, qu'on pourrait appeler normales , disparaissent, il est encore possible de les réveiller à l'aide des excitations mécaniques. Alors elles se reproduisent presque à volonté , elles cessent , pour reparaître après un peu de repos, et au bout d'un temps très variable elles disparaissent entièrement, d'abord dans les muscles de la vie organique , et après dans les muscles de la vie animale.

La persistance de ces contractions, leur durée, variable dans les divers organes musculaires ou présumés tels, a été l'objet de nombreuses expériences de la part de Fowler, deBichat, et surtout de Nysten, qui a consacré un chapitre de son ouvrage à ce sujet. Ces expériences ont été répétées sous les yeux de Halle. En voici le résultat : La contractiîité dure peu de temps dans le ventricule gauche du cœur, quarante-cinq minutes dans l'estomac et les intestins, un peu plus longtemps dans la vessie, une heure dans le ventricule droit du cœur, une heure et demie dans l'œsophage, et une heure trois quarts dans l'iris. Viennent ensuite les muscles du tronc, puis ceux des membres abdominaux , puis ceux des membres thoraciques,

enfin l'oreillette droite du cœur. Ergo hœc auricula rectè ultimum moriens Galeno dicta est et Haroeio, (Haller, Physiologie.)

L'air humide et chaud , le gaz ammoniac , la vapeur du charbon , et l'hydrogène sulfuré surtout, abrègent singulièrement la durée de ce phénomène, qui, du reste, n'est pas iniluencé d'une manière notable par le gaz hydrogène carboné , le chlore et l'acide sulfureux, non plus que par la privation d'air au moyen de la strangulation et de l'immersion.

Enfin Nysten étudie l'influence des diverses maladies sur la contractilité musculaire, et il démontre que cette influence dépend plutôt de la marche et de la durée de ces maladies que de leur nature. Les maladies chroniques altèrçnt beaucoup plus cette propriété que les maladies aiguës; et parmi les affections chroniques, ce sont celles dans lesquelles la nutrition est le plus lésée , qui portent le plus atteinte à la contractilité musculaire. Chose extraordinaire, ditNysten, la paralysie, qui semblerait devoir, selon l'opinion des physiologistes, entraîner la perte de la contractilité, n'altère pas plus cette propriété que l'état adynamique; car nous avons vu, à la suite des apoplexies , les organes contractiles , sans en

excepter ceux qui reçoivent directement leurs nerfs du cerveau , être aussi sensibles au galvanisme du côté paralysé que du côté sain. Cela est vrai pour les paralysies récentes , et Nysten a eu raison de s'exprimer ainsi 3 mais c/est une erreur, au contraire, pour les paralysies, quelle que soit leur nature, qui existent depuis longtemps et qui ont amené l'atrophie des muscles. Ainsi j'ai vu des paralysies saturnines, des paraplégies et des hémiplégies dans lesquelles la contractilité musculaire était tellement faible qu'on aurait pu la croire anéantie. Mais ce n'était qu'un phénomène local, car les muscles en contact a^ec l'autre pôle de la pile placé vers la moelle épinière se contractaient avec énergie, de sorte que s'il existe quelquefois une diminution locale et circonscrite de l'irritabilité , ce n'est jamais une diminution générale, et encore moins une absence complète de cette propriété dans tout le système musculaire. Le curare lui-même , qui a tantd'iniluence sur cette contractilité , et qui semblerait pouvoir la détruire , tant il la modifie profondément , n'a cependant pas la puissance de l'abolir. Ainsi , le courant galvanique , qui traverse les nerfs isolés d'un animal récemment tué par ce poison, ne détermine aucune contraction musculaire ; mais

si , au lieu de faire passer le courant dans les nerfs on le dirige à travers les muscles , ceux-ci se contractent , comme ils le feraient sur un animal non soumis à l'action de cette substance. Par conséquent la modification de l'irritabilité musculaire par le curare n'est qu'apparente, les phénomènes de contraction galvanique existent toujours lorsque le courant traverse directement les muscles, et cette substance n'a d'influence que sur l'irritabilité nerveuse , qu'elle paraît détruire entièrement.

Quoi qu'il en soit, si la persistance de la contractilité musculaire n'est pas un signe de vie, l'absence de ce phénomène, sous l'influence des stimulants galvaniques , peut être considérée comme un signe certain de la mort.

3° Signes éloignés de la mort annonçant le règne des lois 'physiques cl chimiques sur La matière animale "privée de la vie.

A, AfTaissement des parties molles.

Les effets de la pesanteur sont à peine sensibles sur le corps des animaux vivants, et sont en grande partie compensés par la résistance musculaire. Cette force ne reprend son empire qu'à l'instant de la mort. Les parties sur lesquelles le corps est couché s'écrasent comme le ferait un morceau de pâte molle jetée sur un marbre. Tous

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