‹ Traité des signes de la mort et des moyens de prévenir les enterrements prématurésChapitre 27 sur 83 · DE LA PUTRÉFACTION · texte numérisé non relu

DE LA PUTRÉFACTION

accélérer , retarder ou arrêter leur marche. C'est ce que M. Orfila a démontré dans des recherches déjà consacrées par le temps , et dont voici les principaux résultats.

a. Influence de la température. Une chaleur modérée est une des conditions les plus favorables à la putréfaction. C'est surtout de 15° à 25" que son influence s'exerce avec le plus d'avantage. La chaleur agit en diminuant la cohésion qui réunit les éléments des substances animales ; elle les livre k de nouvelles combinaisons , si la chaleur cesse de favoriser la putréfaction, parce qu'elle produit l'évaporation rapide des liquides, et qu'elle tend à dessécher la partie. Or, l'humidité est nécessaire à la fermentation putride. A une température plus élevée encore , à 50 -j- 0 et au-dessus , ce phénomène n'a plus lieu. La chaleur n'agit pas, dans ce cas, uniquement en favorisant l'évaporation ; car l'immersion des substances animales-, dans des liquides dont on a élevé la température, arrête leur putréfaction et les rend moins propres à l'éprouver de nouveau. La chaleur a sans doute, à ce degré, pour effet de coaguler l'albumine et de donner naissance à des composés moins putrescibles. Une température peu élevée, de o" à i° + 0 , par

exemple , retarde constamment Tinvasibn de la putréfaction et en ralentit la marche. Lorsque le thermomètre est au-dessous de 0 , la putréfaction est complètement arrêtée , et les substances animaies peuvent se conserver indéfiniment. Des animaux entiers placés dans ces conditions par des révolutions de la surface de notre globe, se sont conservés pendant plus de six mille ans. Du reste, il est à noter que les cadavres gelés se putréfient promptement, aussitôt que la température s'élève autour d'eux.

L'intluence de la lumière sur la décomposition putride n'est pas encore très bien appréciée , et l'expérience de Lefébure, qui prétend avoir développé de l'hydrogène, en exposant à la lumière de la matière cérébrale plongée dans l'eau, n'est susceptible d'aucune conclusion.

b. Influence de l'état hygrométrique. L'humidité exerce une puissante influence sur le développement de la putréfaction; on peut même dire que son action est indispensable , et , dans le cas où le milieu dans lequel se trouve le corps ne contiendrait pas d'eau en quantité notable, l'humidité naturelle de la partie rétablirait cette condition.

L'eau favorise la putréfaction , en ramollissant

DE LX PUTllÉb'ACTlury. 187

les tissus organiques^ elle peut d'ailleurs solliciter la décomposition par la tendance qu'elle a à s'unir avec quelques uns des produits de la fermentation putride. L'eau ne paraît pas se décomposer 5 l'espèce de deliquium dans lequel tombent les corps qui se putréfient, indique, au contraire, qu'il s'en forme une nouvelle quantité. Si l'humidité est extrême, elle cesse de hâter la putréfaction, et cela rentre dans les cas de submersion du corps, où la décomposition putride suit une marche particulière et mérite d'être étudiée à part et d'une manière toute spéciale.

c. Influence de l'électricité. L'électricité accélère le développement de la putréfaction. On sait avec quelle rapidité les substances organiques animales se décomposent dans les temps d'orage ; l'électricité atmosphérique imprime alors aux tissus une modification particulière qu'il est impossible de préciser, mais qui est certaine.

Si Ton soumet, au contraire , le corps d'un muscle à un courant électrique , on peut analyser le phénomène ; et l'on voit que , si l'action de ce fluide a été prolongée pendant un temps suffisamment long, les sels sont décomposés; les oxides se rendent au pôle négatif et les acides au pôle positif. L'expérience suivante deM.Matteucci, sur cesujet,

est fort intéressante. Des morceaux de chair ayant été placés sur des plaques de zinc, se sont conservés frais pendant longtemps, la matière organique s'était électrisée positivement et avait repoussé Toxigène , corps éminemment électro-négatif, dont l'action sur la putréfaction est si grande , tandis que la plaque de métal était chargée d'électricité négative.

d. Différences provenant de Vélat cadavérique. Les corps de plusieurs individus qui ont cessé de vivre à la même heure, transportés dans la même salle, exposés aux mêmes conditions de température et d'humidité , présentent quelquefois des différences considérables dans l'époque et la marche de leur décomposition putride. Quelques unes des circonstances auxquelles ces variétés se rattachent sont parfaitement appréciables, quelques autres ne peuvent être ni calculées , ni prévues.

Lorsque la mort a été prompte, lorsqu'elle est survenue après une maladie aiguë , le cadavre se putréfie , toutes choses égales d'ailleurs , plus promptement que si elle est survenue après une maladie chronique qui a exténué le corps. Les cadavres des jeunes enfants se putréfient plus facilement que ceux des adultes, ceux-ci plus rapidement que ceux des vieillards. 11 est facile de

DE LA PLTHÉFACTIOiN. 189

se rendre compte de ces faits par ce qui précède ; il est évident que la prédominance des humeurs sur les solides du corps, chez les hommes replets et les enfants, explique suffisamment leur décomposition putride : c'est aussi d'après ces données que l'on comprend pourquoi la putréfaction s'empare phis lentement du cadavre d'un individu mort par hémorrhagie, que de celui dont les vaisseaux sont distendus par le sang , comme on le voit, après quelques asphyxies • pourquoi les parties dans lesquelles l'irritation, l'inflammation, avaient attiré le sang se pourrissent promptement; pourquoi le même phénomène se développe avec plus de vitesse dans les organes contus, ecchymoses , engorgés. La putréfaction marche aussi plus rapidement dans les régions qui ont éprouvé des solutions de continuité , soit que les plaies aient été faites pendant la vie ou après la mort, comme on le verra par les expériences dont les résultats seront consignés plus loin.

La destruction des cadavres est encore avancée dans plusieurs cas par les larves qui proviennent des œufs déposés par quelques insectes, et notamment par la mouche carnière.

e. Influence de la nature du milieu dans lequel le corps est plongé, M. Gay-Lussac ne croit

pas que la putréfaction puisse s'opérer dans le vide, à l'encontre de Fourcroy et de Guntz qui ont défendu l'opinion contraire. La question n'a pas été résolue. Quoi qu'il en soit, la présence de l'air atmosphérique est, au contraire , une condition des plus favorables au développement de la fermentation putride ; il agit par l'oxigène qu'il renferme , et, d'après Bœckmann et Hildebrand, c'est ce gaz qui favorise le plus la putréfaction.

A l'oxigène ajoutez l'azote , la décomposition est encore plus rapide 5 de là l'influence de l'air atmosphérique j cependant l'azote est antiseptique, car des matières animales plongées dans ce gaz se conservent longtemps; il agit donc, quand il est mélangé avec l'oxigène, en dissociant les molécules de celui-ci pour favoriser son action.

Il en est de même de l'acide carbonique comme Hildebrand Ta constaté dans ses expériences.

L'hydrogène, même saturé d'humidité, augmente la cohésion de la chair et retarde la putréfaction.

Le chlore , le bi-oxide d'azote et l'acide sulfurique s'opposent puissamment à la production de ce phénomène.

Les corps plongés dans l'eau se décomposent moins rapidement que ceux qui sont exposés à

Page 1