‹ Traité des signes de la mort et des moyens de prévenir les enterrements prématurésChapitre 35 sur 83 · VI. Observations de mort apparente rapportées par Pline · texte numérisé non relu

VI. Observations de mort apparente rapportées par Pline

Pline , au chapitre LU du VIP livre de son Histoire naturelle intitulé : De ceux qui sont revenus à la vie dans le temps qu'on leur rendait les derniers devoirs , dit qu'Acilius Aviola, homme de distinction , puisqu'il avait été consul, revint à lui étant sur le bûcher, mais que n'ayant pu être secouru à cause des progrès que la flamme avait faits , il fut brûlé vif. Le même accident arriva aussi à Lucius Lamia , qui avait été prêteur. Ces deux événements cruels sont aussi rapportés par Valère- Maxime.

Gélius Tuberon fut plus heureux, au rapport du naturaliste que nous venons de citer. Il donna assez à temps des signes de vie pour n'avoir pas le funeste sort de ses concitoyens. Mais il n'y avait plus un moment à perdre, il était déjà sur lebîicher. Pline ajoute sur le témoignage de Varron , que , dans le temps qu'on faisait à Capoue une distribution de terres, un homme qu'on portait en terre revint à pied chez lui , et que pareille chose est arrivée à Aquin. Le dernier trait que l'historien rapporte est arrivé à Pvome, et il devait être bien instruit , puisqu'il intéressait le nommé Cerfidius , mari de sa

(1) Bruhier, AdditionSf 1. 1, p. 93, 9k*

tante maternelle , qui revint à lui après qu'on fut convenu avec l'entrepreneur des funérailles, dont il se vengea en assistant en bonne santé à ses obsèques (1). »

VII. Mort apparente , inhumation précipitée ; le patient est réduit à se ronger les mains et à se casser la tête dans son tombeau.

Voici ce qu'on trouve dans le voyage d'Italie de Maximilien Misson , tome I«% Lettre V.

« Le nombre des personnes qui ont été enterrées » comme mortes sans l'être , est grand en comparaison » de celles qui ont été heureusement tirées de leurs tom- » beaux. Mais sans sortir de Cologne, je vous ferai sou- » venir de l'archevêque Geron , qui , au rapport d'Aï- » berl Krantzius, fut enterré non mort , et ne put être » assez tôt secouru ; et vous savez sans doute que le » même accident arriva dans la même ville au docteur » Subtil Scot, qui se rongea les mains et se cassa la tête » dans son tombeau. Il est vrai qu'un certain Georges » Herwart , qui avait beaucoup de vénération pour lui , » trouvant quelque chose de trop sinistre et de trop dé- » sagréable dans cette histoire , l'a niée positivement à » Bzovius, l'un des plus considérables qui l'ont avancée; » ni Bzovius , ni Paul Jove , ni Latome , ni Majoli , ni » Vitalis, ni Garzoni, ni les autres qui tiennent le même » langage, ne peuvent point être suspects d'avoir voulu » mentir, et il n'y a nulle raison de ne vouloir point en- » tendre leur témoignage (2). »

(1) Bruhier, Additions, 1. 1, p. 95, 96.

(2) Bruhier, Additions^ l, I, p, 97, 98.

VIII. Morl apparente; inkumalion; la personne est sauvée par un voleur.

Misson ajoute tout de suite l'histoire suivante :

« Il y a quelques années que la femme d'un orfèvre » de Poitiers, nommé Mervache, ayant été enterrée avec » quelques bagues d'or , selon qu'elle l'avait désiré en » mourant, un pauvre homme du voisinage ayant appris » la chose, déterra le corps la nuit suivante pour déro- » ber les bagues. Ces bagues ne pouvant être ôtées qu'a- » vec effort , le voleur réveilla la femme en les voulant » arracher. Elle parla, et se plaignit qu'on lui faisait du » mal. L'homme effrayé s'enfuit, et la femme , revenue » de son accès d'apoplexie , sortit de son cercueil heu- » reusement ouvert, et s'en revint chez elle. En peu de » jours elle fut tout à fait guérie. Elle a vécu plusieurs » années depuis ce temps-là , et a encore eu plusieurs » enfants qui vivent encore aujourd'hui , et qui exer- » cent à Poitiers la profession de leur père (1). »

IX. Mort apparente ; inhumation ; la personne sauvée par un voleur.

« La femme d'un consul de Cologne , ayant été en- » terrée l'an 1571 avec une bague de prix , le fossoyeur » ouvrit le tombeau la nuit suivante pour voler la bague. » Je laisse à penser s'il fut bien étonné quand il se sen- » tit serrer la main , et quand la bonne dame l'empoi- » gna pour se tirer du cercueil. Il s'en dépêtra pourtant, » et s'enfuit sans autre conversation. La ressuscitée se » développa aussi du mieux qu'elle put, et s'en alla frap-

(1) Bruhier, Additions^ t. I, p. 99, 100,

» per à la porte de sa maison. Elle appela un valet par ') son nom , et lui dit en trois mots le principal de son » aventure, afin qu'on ne la laissât pas languir; mais le » valet la traita de fantôme, et courut pourtant tout » effrayé conter la chose à son maître. Le maître , aussi » incrédule que le valet , le traita de fou... . Cependant n la défunte , qui n'était pas morte , grelottait dans son » drap en attendant qu'elle pût entrer. Il arriva pour- » tant enfin que la porte lui fut ouverte, on la réchauffa » et on la traita si bien qu'elle recommença à vivre » comme si de rien n'eût été. (Misson). »

X. Mort apparente ; la personne sauvée par un voleur. — Une victime substituée à une autre.

« Voici une tragédie semblable, dont la scène est à Toulouse. Une dame ayant été enterrée dans l'église des Jacobins avec un diamant au doigt , un de ses domestiques se laissa enfermer dans l'église , et, la nuit étant venue, descendit dans le caveau où l'on avait déposé le cercueil. L'ayant ouvert, et le gonflement du doigt empêchant la bague de couler , il se mit en devoir de le couper. La douleur ayant fait faire un cri à la prétendue morte, le domestique, saisi de frayeur, tomba sans connaissance. Cependant la dame continuait de se plaindre. Le temps de matines arrivant heureusement , les plaintes se firent entendre à quelques religieux , qui , guidés par le bruit , descendirent dans le caveau , où ils virent la dame sur son séant , et le domestique à demi mort. On courut éveiller le mari , qui fit reporter sa

(1) Bruliier, Additions, t. I, p. 101, 102.

femme chez lui. Elle guérit de celle maladie ; mais le saisissement du domestique fut si violent , qu'on ne put le rappeler à la vie. Il mourut dans les vingt-quatre heures, et dédommagea la mort de la victime qu'il lui avait enlevée (1). »

XI, Mort apparente ; inhumation ; la personne sauvée par un voleur.

* Le révérend père Lecler raconte que la sœur de la première femme de son père ayant été enterrée dans le cimetière public à! Orléans , avec une bague au doigt , un domestique , attiré par l'appât du gain , découvrit le cercueil la nuit suivante , et ne pouvant parvenir à ôter la bague , il se disposa à couper le doigt. La douleur fit jeter un grand cri à cette femme , ce qui effraya et mit en fuite le voleur; elle se débarrassa des linges qui l'enveloppaient , et revint à la maison. Elle n'est morte que dix ans après, ayant survécu à son mari, dont elle eut un enfant depuis cet accident (2). »

XII. Le même individu trois fois mort , trois fois enterré et trois

fois ressuscité par la grâce de Dieu.

« François deCiville, gentilhomme normand, était capitaine d'une compagnie de cent hommes dans la ville de Rouen , lorsqu'elle fut assiégée par Charles IX , et avait alors vingt-six ans. Il fut blessé à mort à la fin d'un assaut , et étant tombé du rempart dans le fossé , quelques pionniers le mirent dans une fosse avec un autre corps , après l'avoir dépouillé de ses habits , et le couvrirent d'un peu de terre. Il y resta depuis onze heures du

(1) Bruhier, Additions, t. I, p. 141, ik'2,

(2) Thèse de Winslow, $1.

matin jusqu'à six heures et demie du soir , que son valet l'alla déterrer. Ce fidèle domestique, en l'embrassant, sentit encore quelques signes de vie, et l'emporta dans sa maison où il avait coutume de loger; il y fut cinq jours et cinq nuits sans parler, ni remuer, ni donner aucun signe de sentiment , mais aussi ardent de fièvre , qu'il avait été froid dans la fosse. La ville ayant été prise d'assaut, les valets d'un officier de l'armée victorieuse, qui devait loger dans la maison où était Civille , le jetèrent sur une paillasse dans une chambre de derrière , d'où les ennemis de sou frère le jetèrent par la fenêtre. Il tomba heureusement sur un tas de fumier, où il demeura plus de trois fois vingt -quatre heures en chemise. Au bout de ce terme, un de ses parents, surpris de le trouver vivant , l'envoya à une lieue de Rouen , où il fut traité et pansé , et enfin parfaitement guéri.

» La mère de Civille étant morte enceinte pendant l'absence de son mari , fut enterrée sans qu'on songeât à sauver l'enfant par l'opération césarienne. Le lendemain de l'enterrement le mari arrive et apprend avec surprise la mort de sa femme, et le peu d'attention qu'on avait eu pour son fruit. Il la fait exhumer, lui fait ouvrir le bas-ventre, d'où l'on tira encore vivant celui dont on vient de faire l'histoire. Je conviens que cette circonstance est étrangère à notre sujet comme elle l'était au plan de Goulart ; je suis cependant persuadé que le lecteur ne me saura pas mauvais gré de ne l'avoir pas omise, et qu'elle aurait été lue avec plaisir à la tête de l'histoire de la blessure de Civille (1). »

(1) Bruhier, Additions^ t. I, p. 107, 108.

XIII. Mort apparente reconnue par des personnes étrangères à la médecine.

« Un jeune homme de vingt-deux ans, du village de Menière, au canton de Fribourg , qui, l'an 1566, fut attaqué d'une perte qui emporta presque toute sa famille. Lui-même, réputé mort le quatrième jour, fut enseveli. Huit jours après on vint prendre le corps pour l'enterrer. Comme on le voulait poser dans la bierre , on trouva qu'il n'était ni froid, ni roide; ce qui donna lieu d'examiner l'état du corps , auquel on trouva encore un peu de respiration. On le remit dans un lit bien chaud avec des tuiles chaudes aux pieds , on lui fit avaler quelques gouttes de malvoisie. Non seulement il revint à lui, mais il était à son labour un mois après, et il jouissait d'une bonne santé dans la soixante-quatrième année, étant père de sept enfants (1). »

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