‹ Traité des signes de la mort et des moyens de prévenir les enterrements prématurésChapitre 57 sur 83 · XLVIII. Mort apparente; la victime est sauvée par son amant · texte numérisé non relu

XLVIII. Mort apparente; la victime est sauvée par son amant

Le même recueil des Causes célèbres renferme un autre fait qui offre, avec le précédent, de nombreux points de ressemblance :

«Deux marchands de Paris, amis intimes, avaient deux enfants qui, dès leur bas âge , avaient été destinés l'un à l'autre. Ces jeunes gens, élevés ensemble, avaient senti

(1) Voyez Causes célèbres^ et L, Lenormand, Des inhumation:; précipitées, p. ofu

32 i OBSERVATIONS DE MORT APPARENTE.

peu à peu leur amitié réciproque se changer en amour, et bientôt ils allaient être unis , lorsque l'intérêt vint en un instant renverser tous leurs plans de bonheur. Un riche financier devint épris de la jeune fille, qui fut sacrifiée à l'avarice de son père. La nouvelle épouse, malheureuse malgré sa richesse , tomba dans une maladie de langueur qui la conduisit au tombeau en quelques mois. Son ancien fiancé, qui l'aimait toujours et qui n'avait point quitté Paris , s'abandonna d'abord au désespoir en apprenant celte triste nouvelle ; puis se rappelant que celle qu'il aimait était sujette à de longs et profonds évanouissements, il se laissa aller à des espérances chimériques en apparence. Apres avoir séduit le fossoyeur, il exhuma la jeunefemme, l'emporta chez lui, et eut le bonheur de la rappeler à la vie. Celle-ci, cédant à un amour doublé encore parla reconnaissance, consentit à suivre son sauveur, et tous deux se retirèrent en Angleterre, où ils restèrent dix années. Après cet intervalle , ils revinrent en France , persuadés que personne n'avait de soupçon ; mais ils furent bientôt reconnus. Le financier réclama sa femme devant les tribunaux , et comme il ne ménageait point l'argent, et que sa cause, d'ailleurs, était fort souienable , les deux amants jugèrent utile de ne point attendre le jugement à intervenir, et s'enfuirent de nouveau à l'étranger après avoir dit adieu à Paris pour toujours (1). »

(i) L.Lenormdiï\i\i Des inlmmalîons précipitées, p. 50.

XLIX. Mort apparente ; inhumation; perplexités de la victime, qui conserva toute sa connaissance jusqu'au moment de son exhumation.

Voici un autre fuit pris dans une Revue scien*tifique publiée à Londres, et où se trouvent les diHails donnés par un jeune Anglais sur une attaque de catalepsie qu'il éprouva, et pendant laquelle il fut enterré, exhumé et presque disséqué. C'est le patient qui parle :

« A Ui suite de fatigues longtemps soutenues , je fus atteint d'une fièvre nerveuse qui épuisa rapidement le reste de mes forces. Chose étrange ! il me semblait que la vie, qui abandonnait peu à peu mon corps , se réfugiait tout entière dans mes facultés morales. Réduit au dernier degré de l'atonie physique , jamais je n'avais éprouvé plus de force , ou même plus d'exaltation morale. Le moment de la crise définitive arriva : je me sentis comme emporté dans un tourbillon lumineux, au milieu duquel flottaient les figures les plus fantastiques; et tandis que mon corps était agité de frissonnements convulsifs, à mes oreilles retentissaient les éclats et les sifflements d'une afi'rGuse tempête. Je me cramponnais de toutes mes forces à la vie qui paraissait vouloir m'échapper, lorsque enfin mes sensations devinrent si confuses, que je m'abandonnai malgré moi à cet état , qui n'était pas sans quelque douceur, et je perdis bientôt tout sentiment de l'existence. Je ne sais combien de temps j'étais demeuré ainsi , quand tout à coup je me réveillai dans un calme presque extasique ; mon corps était parcouru

par une foule de sensaiions voluptueuses , et mes sens , ainsi que mon intelligence, m'étaient complètement rendus. En ce moment , le médecin , s'étant appioché de mon lit, laissa échapper ces mots : Tout est fini ! puis il recouvrit ma figure d'un drap , et mes oreilles furent frappées par les sanglots de ma famille éplorée. A lors je voulus parler, faire un mouvement ; je sentis avec hoi-reur que ma langue était fixée à mon palais , et que mes membres qui percevaient parfaitement le contact des couvertures qui m'enveloppaient, enlacés par d'invisibles liens, se refusaient à exécuter le moindre mouvement.

» Le lendemain , on ensevelit mon corps , et durant trois jours entiers je restai exposé, pendant que les amis de ma famille venaient faire leurs visites de condoléance. J'entendais et je comprenais tout ce qui se passait autour de moi , et de minute en minute j'espérais vainement que le charme fatal qui pesait sur moi allait être brisé. Le matin du quatrième jour, je fus remis aux mains des ensevelisseurs, qui me traitèrent avec la plus révoltante brutalité; et lorsque l'un d'eux, pour me faire entrer' dans une bière trop étroite , pressa de son genoux ma poitrine , j'éprouvai une si cruelle torture que j'eus l'espoir un instant que la possibilité d'exprimer ma souffrance m'allait être rendue. Il me fallut encore y renoncer. La bière fut recouverte, et j'entendis bientôt le grincement des clous qui s'enfonçaient lentement dans le bois. Il me serait impossible de trouver des termes pour exprimer ce que mon âme contenait alors de terreur et de désespoir. Chaque coup do marteau vibrait douloureusement dans ma tête , comme un glas funèbre m'annonçant le

destin qui m'était réservé. Encore si j'avais pu crier , si, même sans espoir d'être entendu , j'avais pu pousser quelques gémissements ! Mais non ; tandis que ma poitrine et mes épaules étaient écrasées dans un étroit espace, tandis que je sentais ma tête et mes membres meurtris et déchirés par le dur contact et par les aspérités de la bière , il me fallait rester immobile et sans voix. Je n'aurais jamais cru que , sans se briser , un cœur pût être labouré par d'aussi épouvantables angoisses. Bientôt on me souleva , on me déposa sur le char funèbre qui se mit en marche , et on arriva au cimetière. En ce moment , je voulus tenter un dernier effort ; mais ce fut toujours en vain. Je me sentis balancer au-dessus de la tombe qui allait m'engloutir, et tandis qu'on me descendait lentement, je distinguais le bruit que faisait le cercueil en froissant les quatre murailles de terre.

» Quand je fus parvenu au fond de la fosse, j'entendis la voix grave et solennelle d'un ami : il m'adressait un ,tendre adieu , qui parvint jusqu'à moi, comme un dernier écho des bruits de la terre , et bientôt un fracas épouvantable, qui s'éteignit peu à peu, comme les roulements lointains du tonnerre , m'annonça que ma tombe venait d'être comblée. Tout était donc fini ! j'étais pour jamais séparé des vivants. Comment ne suis-je pas mort en cet instant terrible!

» Je ne sais combien de longues heures je restai ainsi. J'avais espéré que mes angoisses ne seraient pas de longue durée, et qu'une prompte asphyxie éteindrait et mes sensations et mon existence. Je m'étais encore trompé. Je ne pouvais faire aucun mouvement, mon

cœur ne battait pas, ma poitrine n'était soulevée par aucune inspiration , et pourtant je vivais, car je souffrais ; je vivais, car mou intelligence , ainsi que ma mémoire^ n'avaient rien perdu de leur énergie. Cependant, mes tristes pensées furent interrompues i)ar un bruit lointain, qui d'al^ord me plongea dans une anxiété dont je ne pouvais me rendre compte. Le bruit se rapprocha insensiblement, et je sentis mon cercueil arraché des entrailles de la terre. On l'ouvrit, et je perçus l'impression d'un froid pénétrant; impression qui me parut pourtant délicieuse, illuminée qu'elle était par un rayon d'espérance. On me transporta pendant longtemps, puis on me laissa lourdement tomber sur un marbre humide et glacé. Alors j'entendis autour de moi une multitude de voix. Des mains me palpaient en tous sens, et un de mes yeux ayant été ouvert par hasard , je me \is au milieu d'un amphithéâtre de dissection, et entouré d'un grand nombre de jeunes gens, parmi lesquels je reconnus deux de mes anciens compagnons de plaisirs. Je ne saurais dire si, en cet instant, la terreur l'emportait en moi sur la joie. Certes, ma situation était devenue moins cruelle; car il pouvait se faire que les expériences auxquelles on allait me soumettre me rendissent à la vie, ou, au moins, elles devaient me donner promptement la mort.

» On résolut d'abord de me galvaniser. L'appareil fut préparé, et à la première décharge du fluide, mille éclairs jaillirent devant mes yeux , et une commotion terrible ébranla tout mon être. La seconde décharge fut plus énergique encoie : je sentis tous mes nerfs vibrer comme les cordes d'une harpe , et mon corps se dressa sur son

séant , les muscles contractés , les yeux ouverts et fixes. J'aperçus, en face de moi, mes deux amis, dont les traits exprimaient l'émotion et la douleur , et ils demandèrent avec instance que l'on mît fin à ces hideuses expériences. On m'étendit sur une table de marbre , le professeur s'approcha de moi, le couteau à la main, et me pratiqua une légère incision sur les téguments de la poitrine. Au même instant, une révolution épouvantable s'opéra dans tout mon corps ; je poussai un cri terrible , en même temps que les assistants laissaient échapper des exclamations d'horreur. Les liens de la mort étaient brisés : j'étais enfin rendu à la vie ! (1) »

L, Mort apparente.

« Une famille du département du Calvados , jouissant d'une honnête aisance, se trouva, par un revers inattendu de fortune , réduite à un état presque voisin de la misère. Lorsque cet événement arriva, le fils, depuis plus d'une année, habitait à Paris, où il étudiait la médecine. Sans vouloir prétendre qu'il fût entraîné vers l'art de guérir par une de ces vocations pour ainsi dire providentielles , qui lancent fatalement quelques hommes exceptionnels dans une voie où doit se manifester leur génie, on pouvait dire cependant qu'il se sentait poussé vers cette profession par un goût décidé. A la nouvelle du désastre qui atteignait ses parents, loin de courber humblement la tête et de se déterminer à suivre une carrière d'un accès plus facile, et qui pût lui offrir plus promptement les moyens de se tirer d'affaire, il prit la résolu-

(1) L. Lenormand, Des inhumations ■précipitées, Mâcon, 18/i/i, p. 52.

tion de lutter contre la destinée et de ne renoncer au culte d'Esculape qu'à la dernière extrémité, quoiqu'il n'ignorât pas que désormais sa famille serait dans l'impossibilité de venir à son secours.

» Alors il redoubla d'énergie , et se mit à consacrer la plus grande partie de ses nuits à des études aussi pénibles que longues , car ses journées étaient presque exclusivement employées à donner des répétitions, à faire des copies, et à mille autres travaux ingrats et fastidieux, qui lui procuraient à peine les moyens de vivre et de payer le prix de ses inscriptions et de ses examens. Pourtant son courage ne se démentit point, et enfin, au bout de cinq années, il put retourner sous le toit modeste de son père avec le diplôme de docteur , mais vieilli et exténué par les veilles et les privations qu'il avait endurées.

«Dès lors commença pour lui une nouvelle existence, plus pénible et plus douloureuse que la première ; celle d'un jeune homme abandonné à ses propres forces , et qui cherche à s'ouvrir une route que lui ferment lâchement de misérables et honteuses jalousies; celle où un mérite modeste et encore ignoré se trouve en lutte avec des médiocrités gonflées d'orgueil et d'envie; celle enfin où la franchise et la droiture succombent si souvent sous les coups perfides de la bassesse et de la duplicité. Cependant il finit par triompher, et, à trente ans, il avait su conquérir une nombreuse clientèle, attachée à lui autant par son caractère honorable que pour l'incontestable supériorité de son talent. Alors il se maria; il épousa une jeune fille dans le choix de laquelle il avait consulté

plutôt ses sympathies que les avantages d'une fortune dont il pouvait désormais ee passer. A ce moment s'ouvrit pour lui un nouvel avenir, qui, selon toutes les apparences, devait lui faire oublier les mauvais jours écoulés. Possesseur d'une femme à laquelle il était uni par une affection aussi vive que réciproque , parvenu à une honorable prospérité qu'il ne devait qu'à lui-même , il avait droit d'espérer une vie heureuse , et cependant il n'en fut rien. Dans la lutte, il avait été soutenu par une énergie factice^ qu'il n'avait puisée que dans son courage; mais quand pour lui l'heure du repos eut sonné, quand il semblait n'avoir plus qu'à se laisser vivre doucement, ses forces se trouvèrent épuisées; ses fatigues passées avaient déjà profondément miné sa constitution, et une terrible réaction s'opéra en lui. Pendant deux années, il ne sembla plus animé que d'une existence végétative : son âme , comme enveloppée de voiles, parut en proie à une sorte d'extase continuelle; et , sans que sa bouche eut accusé aucune souffrance, sa femme désolée le trouva, un matin, sans mouvement sur sa couche refroidie. Dans cet homme malheureux , il y avait si peu de différence entre la mort et son existence passée , que , pendant de longues heures, sa femme refusa de croire au coup qui la frappait. Enfin , quand elle fut obligée de se rendre à l'évidence, il lui sembla qu'alors que sa raison lui ordonnait d'ajouter foi à son malheur , il s'élevait en elle une voix inconnue qui lui défendait de désespérer encore. En vain ses proches tentèrent tous les moyens de l'arracher à ce spectacle déchirant : elle déclara avec fermeté que, dût son cœur se briser, elle veillerait elle-

33^2 OBSEUVATIO^■S DE MOUT APPAllENTE.

mcnie près de celui qu'elle avait perdu , jusqu'à ce que le doute ne lui fût plus possible.

» Alors , le désespoir dans l'âme , mais le calme sur le front , elle s'installa près du lit mortuaire, passa dans la prière et dans les larmes quatre longues journées et quatre nuits plus longues encore, et sut défendre, avec toute l'énergie du désespoir, le corps de son mari que Ton voulait rendre à la terre. Tant de dévouement devait avoir sa récompense , et ce fut sans effroi et presque sans surprise qu'au milieu du cinquième jour, elle entendit une voix bien chère l'appeler doucement par son nom. Le héros de cette histoire vécut encore assez longtemps après son aventure , et parut ^toujours jouir d'une santé parfaite (1). »

LL Mort apparente ; inhumation prématurée.

« C'était par une sombre et froide nuit d'hiver, huit heures venaient de sonner à l'horloge de Saint-Nizier de Marcigny, l'église du couvent des Récollets n'était éclairée que par la flamme vacillante d'une seule lampe, et le silence n'était interrompu que par les sifflements d'un vent impétueux, qui chassait contre les vitraux quelques rares flocons de neige. Cependant , malgré la rigueur de la saison et l'heure déjà avancée , une femme d'un certain âge était pieusement agenouillée sur la pierre , non loin du maître-autel. Elle avait à tiaverser toute la longueur de l'église assez vaste , dans laquelle venaient s'ouvrir plusieurs chapelles latérales. Cette femme était parvenue à peu près au milieu de la nef, lorsqu'il lui sembla en-

(1) L. Lenorraand , loc. cit,, p. 65.

tendre de lointains gémissemcnls , mêlés au tumulte de la icmpetc. D'abord elle s'arrêta effrayée, et bientôt les mômes plaintes se répétèrent encore sans qu'il lui fût possible dé savoir d'où elles partaient. Malgré le tremblement dont elle était saisie , elle osa faire quelques pas encore , et distingua une voix caverneuse , qui s'écriait par intervalle, avec un effort convulsif : Frères Récollets, venez à mon secours! ô mon Dieu, ayez piiié de moi!

» En proifi à une inexprimable terreur, la malheureuse femme s'élança hors de l'église, et arriva à la porte du couvent , demandant instamment à voir le prieur, cjui était le directeur de sa conscience. Dès qu'elle fut en sa présence, elle lui raconta, toute palpitante encore, ce qu'elle venait d'entendre. Le prieur , qui connaissait l'austère piété de sa pénitente , et qui savait que , non contente de consacrer la plus grande partie de sa vie à la prière et à la méditation , elle se livrait habituellement à des macérations et à des jeûnes souvent exagérés, crut qu'elle avait été le jouet d'une aberration des sens , et n'attacha aucune importance à ce fait, auquel il ne pouvait trouver d'explication plausible. En conséquence, il la rassura de son mieux , et la congédia dès qu'il la vit plus calme.

» Un mois après , un des pères Récollels venait de mourir; son corps , accompagné de tous les religieux et d'une nombreuse foule de laïques, avait été porté à l'église. Dès que le service fut terminé, le cortège s'achemina vers le caveau de sépulture du couvent. Le caveau était creusé sous l'église ; on y communiquait au moyen d'un escalier qui s'ouvrait dans une des cha-

pelles latérales , et qui était fermé par une lourde pierre. Dès que l'on fut entré dans cette chapelle , plusieurs des assistants réunirent leurs forces pour soulever la pierre; et quand un rayon de lumière eut éclairé l'entrée du caveau , on vit alors un spectacle qui arracha des cris d'horreur. Un cadavre, vêtu d'une robe de moine, était assis sur les premiers degrés, à genoux et tombé sur la face. Ses traits avaient conservé l'expression de la plus terrible douleur. Ses poignets e( ses avant-bras, déchirés de profondes morsures, assuraient que l'infortuné avait lutté, pendant de longues heures, contre les tortures de la faim. Sa robe , aux épaules , et la peau du sommet de son crâne , s'étaient usées contre la pierre inflexible qu'il avait en vain tenté de soulever ; et ses muscles contractés, qui se dessinaient encore en relief à travers la peau, témoignaient que la mort seule avait pu mettre un terme à ses efforts désespérés.

» C'était le corps d'un jeune frère que l'on avait descendu dans la tombe un mois auparavant; c'étaient ses plaintes déchirantes qui avaient frappé l'oreille de la pénitente du prieur des Récollets. Ce fait s'est passé à Marcigny (Saône-et-Loire) , quelques années avant la révolution. H existe encore dans cette ville un petit nombre de vieillards qui en ont conservé le souvenir (1). »

LII, Mort apparente ; résurrection au bout de sept jours.

« Une dame d'une petite ville du département de Saône-et-Loire a joué , dans un événement du même

(1) L. Lenormand, lue. cîL, p. 68.

genre , un rôle aussi important qu'heureux pour celle qui a failli en être la victime. Il y a environ quinze ans , se rendant à Châlons-sur-Saône pour visiter une personne de sa famille, elle arriva au moment où on allait enterrer la domestique, morte depuis deux jours. Elle-même avait vu souvent celte fille , qui était sa compatriote , et elle se rappela avoir entendu dire que, plusieurs fois déjà, elle était tombée dans une sorte de léthargie cataleptique, qui avait duré quelques jours, en simulant parfaitement la mort. Cette maladie avait succédé chez elle à la guérison, obtenue par des moyens empiriques, d'une épilepsie accidentelle. Cédant alors à son pressentiment, ou plutôt à une pensée d'humanité , elle insista avec énergie près de ses parents pour qu'on ne négligeât aucun moyen de s'assurer de la réalité de la mort.

» Ceux-ci déférèrent facilement à ces observations, et le corps, tiré de la bière , fut mis dans un lit, près duquel on plaça une garde vigilante. Pendant six jours encore aucun changement ne se manifesta ; le corps offrait tous les signes de la mort , excepté qu'aucun symptôme de décomposition ne se montrait. Le septième jour, enfin, la chaleur se rétablit; les organes de la circulation et de la respiration reprirent leurs fonctions , et la morte revint à la vie. Elle vivait encore il y a peu d'années, et était retournée à Louhens , sa ville natale , où les plaisants lui avaient donné le surnom de Marie Trompe-la-Mort (1). »

fl) L. Lenormand , lue. cit., p. 72.

LUI. Mort apparente.

« Un de mes parents a failli être victime de l'erreur de sa garde-malade ; c'est de lui-même que je tiens les détails qui vont suivre. Il était âgé d'environ sept ans. On sait qu'à cet âge les enfants entrent dans la seconde période de la dentition, qui, quelquefois, met en danger leur vie, ou du moins les rend sérieusement malades , quand elle s'opère avec une trop grande rapidité. C'est ce qui était arrivé. Cette dentition avait été accompagnée d'un état inflammatoire des entrailles, qui s'était montré rebelle aux efforts de la médecine; et pour surcroît de mal, en peu de jours, la taille de l'enfant s'était développée dans une proportion extraordinaire. Toutes ces circonstances réunies influèrent d'une manière fâcheuse sur la santé de l'enfant, qui, fatigué par un abondant flux de sang, se vit bientôt réduit à un état d'éthisie fort alarmant. Enfin , une nuit la garde s'étant approchée du petit malade , le trouva sans mouvement , sans respiration , et déjà presque glacé. Le lendemain , le médecin , en venant faire sa visite , examina rapidement l'enfant , et déclara , comme la garde , qu'il était mort. On entraîna la mère désolée loin du corps, dont l'inhumation fut fixée au soir même. Mais le pauvre petit avait une nourrice qui lui portait une affection de mère. Aussitôt qu'elle eut appris cette mort , elle accourut éplorée, et voulut le revoir et l'embrasser une dernière fois. Elle s'approcha donc du lit où le corps reposait, et après avoir écarlé les plis du linceul qui l'enveloppait déjà, elle le saisit entre ses bras, et déposa

plusieurs baisers sur ses joues pâles et froides; enfin elle se disposa à l'ensevelir de nouveau. Elle venait de le placer sur le drap, quand elle crut remarquer un faible mouvement du petit doigt de la main gaucbe. A cette vue elle poussa des cris de joie , en disant que son cber petit n'était pas mort; et elle s'installa près du corps qu'elle avait mis dans le lit et recouvert de chaudes couvertures. Bien que les personnes de la maison fussent convaincues que la bonne nourrice était dans Terreur , on la laissa faire toutefois , puisque la chose était sans inconvénients. Ce fut heureux; bientôt les signes de vie devinrent plus évidents; vers la fin de la soirée , l'enfant reprit connaissance , et en quelques mois recouvra la santé (1). »

Page 1