‹ Traité des tumeurs de l'oeil de l'orbite et des annexesChapitre 102 sur 128 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

TUMEURS DU SINUS MAXILLAIRE

Depuis Giraldès, on connaît bien les kystes de la muqueuse du sinus maxillaire, et ses travaux sur ce sujet ont été complétés par ceux de beaucoup d'auteurs, notamment Luscka, Virchow, Zuckerkandl, Haymann, Alexander. D'après Giraldès et Marchant, ce serait une lésion très fréquente, on en trouverait dans plus de la moitié des sinus. • Giraldès 1 en a décrit deux variétés : 1° les kystes miliaires ; 2° les gros kystes. Les kystes miliaires, qui sont quelquefois semés sur toute l'étendue de la muqueuse, sont remplis d'un liquide transparent, fdant, d'aspect variable, jaunâtre, épais, visqueux; on y trouve souvent des cristaux de cholestérine, des cellules épithéliales, des globules sanguins et même des globules purulents.

La différence de volume de ces kystes s'expliquerait bien par leur pathogénie différente ; les petits kystes se développeraient aux dépens du canal excréteur des glandes de la muqueuse, les gros aux dépens de la glande elle-même ; il est probable en effet qu'il s'agit d'un processus dans lequel les glandes tiennent la première place ; mais à la base de la pathogénie il faut placer un désordre inflammatoire chronique, capable de rétrécir les conduits excréteurs et de les obturer, il en résulte des kystes par rétention de différents volumes.

Les gros kystes sont les seuls qui intéressent les ophtalmologistes, parce que seuls, en distendant les sinus, ils peuvent retentir sur l'orbite et entraîner des désordres au niveau du contenu de cette cavité.

1 Giraldès, Recherches sur les kystes muqueux du sinus maxillaire. Th. ag. Paris, i85i. Société de chirurgie, i853.

TUMEURS DU SINUS MAXILLAIRE 819

Après les kystes muqueux il convient de signaler les kystes dentaires. Depuis les travaux de Magitot » et surtout ceux de Malassez sur les débris épithéliaux paradentaires, on connaît bien la pathogénie des kystes radiculo-dentaires ou périostiques ; lorsque ces kystes siègent au niveau de la canine ou des molaires, ils défoncent la paroi du sinus et font saillie dans sa cavité, en se dirigeant vers l'orbite. La cavité du sinus est bientôt comblée, la paroi faciale du maxillaire, distendue, donne au toucher un bruit de parchemin, et la paroi orbitaire, soulevée, entraine du côté de l'œil des désordres variables selon le volume du kyste.

Le contenu de ces kystes est tantôt clair, tantôt puriforme, leur pronostic est en général assez bénin, encore que leur origine aux dépens de l'épithélium paradentaire doive faire redouter leur transformation en épithélioma.

Après les kystes, il faut, dans le sinus maxillaire, signaler les fibromes qui peuvent se présenter sous la forme de fibromes caverneux (Volkmann) ou de fibromes calcifiés (Demarquay-Zuckerkandl). Luc a publié un cas d'angiome ossifiant ; citons encore les chondromes, ostéo-chondromes ou fibro-chondromes, qui s'observent surtout chez les sujets jeunes et peuvent présenter un développement très considérable. Gensoul a étudié une tumeur de ce genre de 20 centimètres de diamètre, et Kirmisson 2 a écrit sur ce sujet un travail très documenté.

On a également observé des ostéomes formés de tissu compact ou spongieux qui, par leur volume, sont tout particulièrement capables de retentir sur les parois et le contenu orbitaires ; mais les tumeurs de beaucoup les plus redoutables sont les tumeurs malignes, sarcomes ou épithéliomes du maxillaire.

Le sarcome du maxillaire s'affirme tout d'abord par une douleur intense, croissante, continue et résistant à toutes les médications. Cette douleur spontanée, à type névralgique simulant souvent la névralgie dentaire, s'exagère à la pression ou à la percussion de la paroi du sinus.

En même temps que les troubles subjectifs s'accusent, les parois

1 Magitot, Société de biologie, 1887.

2 Kirmisson, Société de chirurgie, i883. Rapport du professeur Berger.

TUMEURS DU SINUS MAXILLAIRE

osseuses se laissent déformer, distendre, surtout au niveau de la paroi antérieure du sinus et du rebord alvéolaire ; la joue se tuméfie, les dents tombent, l'excrétion des larmes est gênée, la narine oblitérée, le globe de l'œil repoussé en haut et en avant, et bientôt apparaissent tous les signes paralytiques, névralgiques, compressifs, que nous allons tout à l'heure passer en revue.

L'épithélioma a des signes analogues, auxquels il faut ajouter une plus grande rapidité dans la marche (épithéliome térébrant) et l'adénopathie. La figure 2 de la planche XII en montre un remarquable exemple.

Il serait facile de rapporter, ici, nombre d'observations de tumeurs malignes du sinus maxillaire ayant retenti sur l'orbite ; nous pourrions nous-même en faire connaître plusieurs observations personnelles, mais nous ne croyons pas que l'histoire de ces faits communs soit de nature à intéresser le lecteur.

LAG RANGE. — Tumeurs de l'orbite et des anneqces.

Planche XII.

Page 1