‹ Traité des tumeurs de l'oeil de l'orbite et des annexesChapitre 5 sur 128 · I.AGKANGE · texte numérisé non relu

I.AGKANGE

Nous reviendrons sur ce sujet dans le chapitre d'ensemble que nous consacrons plus loin au traitement des tumeurs de l'orbite, le lecteur y trouvera la description complète de notre procédé et les figures qui en font bien comprendre la technique. Nous résumerons ici les différents temps de cette opération dans les paragraphes suivants :

1° Section de l'angle externe des paupières. Passage d'un fil dans chaque paupière, afin de pouvoir facilement les écarter;

2° Dissection de la conjonctive bulbaire dans le tiers externe. Section du droit externe à son insertion. Un fil passé dans le tendon du muscle sert à ne pas le perdre de vue ;

3° Avec l'extrémité de l'index et une sonde cannelée, isolement de la tumeur, qu'on sent immédiatement sous le doigt; avec un écarteur approprié l'œil est récliné en dedans de façon à bien dégager la partie- externe de l'orbite ;

/l° Après avoir isolé la tumeur des muscles voisins, prendre une aiguille de Cooper armée d'un long et gros fil de soie et la passer sous la tumeur, comme sous une carotide, pour la lier. On enserre ainsi le néoplasme avec une anse de fil qu'on peut nouer pour avoir une prise directe sur lui;

5° Avec de forts ciseaux courbes, guidés par l'index, on cherche l'entrée du nerf optique dans l'orbite et on le sectionne. Il nous a été possible de faire cette section sans intéresser l'artère ophtalmique. Par précaution, une pince à forcipressure devra être placée sur le paquet vasculaire ;

6° Après cette section, il suffit de tirer sur l'anse de fil pour faire basculer l'œil, la tumeur et le nerf. La cornée se porte successivement en dedans et en arrière, et l'extrémité du nerf optique sectionné vient en avant; on peut alors, d'un coup de ciseaux, détacher le nerf optique au ras de l'œil et bien apprécier l'état de la partie postérieure de l'organe ;

7° Après avoir fait l'hémostase, bien lavé antiseptiquement la cavité orbitaire, l'œil est replacé dans sa position ordinaire, et le muscle droit externe attaché à son point d'insertion. La conjonctive sera suturée ainsi que la peau de l'angle externe. Un petit drain suffira, pendant les premiers jours, à évacuer l'afflux inévitable des liquides.

Il est évident que l'œil, adhérant encore par toute sa partie supérieure interne et inférieure, est très bien placé pour vivre. Il est dans des conditions autrement avantageuses que l'œil d'un animal greffé dans la cavité orbitaire, rattaché seulement à l'organisme par des sutures.

L'œil, conservé après notre opération, doit vivre si les précautions antiseptiques ont été suffisantes, c'est-à-dire complètes.

Sans doute un pareil œil devient petit, hypotone, la pupille est immobile, et quelques-uns m'ont fait cette objection qu'un œil artificiel fait meilleur effet qu'un globe oculaire vivant, mais toujours un peu flétri ; à ceux-là je répondrai qu'ils font un raisonnement vicieux. Lorsque l'orbite est évidé, il n'est pas possible d'y placer l'œil artificiel qui, d'habitude, tient si bien sa place dans la capsule de Ténon.

Le malade doit forcément choisir entre ces deux situations : ou un œil sans aucune vision, un peu diminué de volume, hypotone, mais en somme un œil, ou une cavité béante dont les paupières abaissées atténuent mal l'aspect repoussant.

Le résultat obtenu sera, à moins de frais, égal et même supérieur à celui que donne l'opération de Krônlein qui, outre la cicatrice dont elle laisse la trace sur la région temporale, s'accompagne toujours de la perte des mouvements du muscle droit externe et, par conséquent, d'un trouble grave dans la mobilité de l'œil conservé.

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