‹ Traité des tumeurs de l'orbiteChapitre 2 sur 58 · CONSIDERATIONS SU · texte numérisé non relu

CONSIDERATIONS SU

L'orbite est une cavité osseuse creusée dans les parties latérales de la face et à laquelle concourt la base du crâne ; elle est destinée à protéger l'appareil visuel.

L'orbite est proportionnellement plus grand chez l'enfant que chez l'adulte ; il a une étendue transversale plus considérable chez les personnes dont la figure est large ; sa forme est irrégulièrement conique, ayant son sommet en arrière et sa base en avant. Cette base est ordinairement plus

'a^L. M. Vésigné 1 a démontré que le rv ir^M-ersal remporte sur le vertical dcj^Hgnes.

le l'orbite sont au nombre de quatre.

La paroi supérieure est formée par le frontal en avant et par la face inférieure de la petite aile du sphénoïde en arrière ; celle-ci est percée par le trou optique que traverse le nerf du même nom,

û prendre, ainsi que le fait obfe professeur Malgaigne, qu'un coup

le bord orbitaire supérieur, œmflrffnTJHW une forte commotion à toute cette paroi, le nerf optique en reçoive sa part, et ee trouve par suite plus ou moins paralysé. Elle est légèrement concave et présente à sa partie externe une petite dépression, où vient se loger la glande lacrymale. Cette paroi est mince; cette particularité est importante à noter au point de vue de la médecine opératoire et des tumeurs de l'orbite, qui, en raison de cette minceur, peuvent pénétrer dans la cavité crânienne et réciproquement. Chez les vieillards, comme j'ai pu le constater sur les pièces que l'on trouve au musée anatomique de l'École, les sinus frontaux, en se développant, dédoublent en quelque sorte la paroi supérieure

' Essai sur la fistule lacrymale , thèse; Paris, 1824, n° 202.

ANATOMIE. ô

de l'orbite et constituent à ses dépens une nouvelle cavité.

Formée par le maxillaire supérieur et l'os palatin, la paroi inférieure est plane, légèrement oblique en dedans et en baut, et présente une gouttière pour le passage du nerf maxillaire supérieur ; elle est séparée du sinus maxillaire par une lame tellement mince que, dans quelques circonstances, elle a pu être perforée involontairement par le chirurgien dans certaines opérations *.

La paroi externe, la plus courte et la plus résistante, est formée par l'os malaire et la grande aile du sphénoïde ; elle sépare l'orbite de la région temporale. Elle est plane, très-oblique de dehors en dedans et d'avant en arriére ; le bistouri introduit dans la cavité orbitaire, en suivant cette paroi, arrive sûrement sur les éléments anatomiques qu'il importe de couper dans l'ablation de l'œil.

Composée de l'os planum et de l'unguis, la paroi interne, la plus longue de toutes, mince et peu résistante, sépare l'orbite de la partie supérieure des fosses nasales ; de plus, elle est dirigée presque directement d'ayant en arrière. Un bié-

1 Yelpeau, AnaLomie chirunjicalc, l. I11, p. 517.

touri conduit suivant celle paroi peut facilement pénétrer dans la cavité crânienne, en passant par la fente sphénoïdale.

Ces parois sont réunies les unes aux autres et forment ainsi des angles plus ou moins ouverts. A la réunion de la voûte orbilaire avec la paroi externe, on trouve la fente sphénoïdale , large ouverture par laquelle les éléments vasculaires et nerveux pénètrent dans l'orbite ; tels sont la branche ophthalmique de Willis, le moteur commun, le pathétique elle moteur oculaire externe; des branches artérielles pénètrent également à travers cette fente ) la veine ophlhalmique, après avoir parcouru l'orbite, vient se jeter dans le sinus caverneux.

La paroi supérieure, en se réunissant à la paroi interne, forme un angle dans lequel on voit pénétrer,, par deux conduits spéciaux, les nerfs et les vaisseaux ethmoïdaux; inférieurement le plancher de l'orbite, par sa réunion avec la paroi externe, forme la fente sphéno- maxillaire par laquelle des vaisseaux arrivent à l'orbite. Par celle fente, d'ailleurs, la cavité orbitaire est en communication avec les fosses temporale et plérygo-maxiUaire. La réunion du plancher de l'orbite avec la paroi interne ne présente rien de particulier à noter1.

1 Ces rapports de voisinage et de continuité nous donnent la

L'axe de l'orbite est obliquement dirigé de dedans en dehors et d'arrière en avant, de sorte que la base ou mieux le pourtour de cette cavité est taillé obliquement de dedans en dehors. La paroi interne s'avance plus que la paroi externe. Il en résulte que l'œil, dans sa partie externe, n'est plus complètement protégé par l'orbite. Au sommet du cône formé par cette cavité, on trouve dans la paroi supérieure le trou optique, par lequel passent l'artère ophthalmique et le nerf optique, dont le névrilème se confond avec la duremère, laquelle traverse la fente sphénoïdale pour former le périoste orbitaire. Cette membrane, de nature libro-séreuse, comme la dure-mère dont elle n'est qu'un prolongement, tapisse tout l'orbite et va se perdre au pourtour de cette cavité, d'une part dans le périoste frontal, et d'autre part dans l'aponévrose orbito-palpébrale.

Le périoste est peu adhérent à la paroi supérieure. Cette disposition est importante à noter; car, dans certains cas, on a vu des abcès siéger entre cette membrane et la partie horizontale du frontal; sur les parois interne, inférieure et externe, l'adhérence est infiniment plus marquée.

raison des influences morbides qui peuvent s'exercer sur les organes contenus dans la cavité orbitaire.

b ANATOMIE.

L'œil se trouve contenu dans la cavité orbitaire, plus rapproché de la paroi inférieure. Ce fait anatomique permet au chirurgien, à l'aide de certaines incisions, d'arriver à pratiquer des opérations graves dans la cavité orbitaire, sans intéresser l'œil.

La disposition anatomique à l'aide de laquelle l'œil se trouve maintenu dans la cavité orbitaire a été bien étudiée par Tenon, MM. Hélie, Bonnet, Guérin et surtout par M. Lenoir, dans sa thèse sur le strabisme. Je veux parler de l'aponévrose oculaire, membrane mince, délicate en arrière du bulbe oculaire, plus forte à mesure qu'elle se porte en avant, et dont il est facile de se faire une juste idée par les pièces que nous avons faites, MM. Richet, Jarjavay et moi, en 1843, pour le concours du prosectorat. Cette membrane, comme toutes celles de nature fibro-séreuse, est susceptible d'hydropisie *. On doit à M. Carron du Villards la connaissance de cette affection, laquelle permet de constater parfaitement la disposition de l'aponévrose oculaire à la partie postérieure du globe de l'œil.

Il est toujours facile d'en démontrer l'existence ; pour cela, il sulïit d'enlever le globe oculaire,

1 Voir le chapitre Tumeurs enkystées.

après avoir fait la section des muscles à leur insertion*. Une dissection délicate permet d'en observer Je prolongement sur le nerf optique. Si, après avoir constaté son existence sur ce nerf et à la partie postérieure de l'organe de la vision, on la suit en avant, on observe qu'elle est traversée par les muscles droits de l'œil, et que, dans le point où ces muscles la traversent, elle se confond avec leur gaine aponévrotique. Après avoir reçu le renforcement des gaines musculaires, elle arrive à la conjonctive, et là, se divisant en deux parties, se comporte de la manière suivante : l'une passe sous la conjonctive oculaire et arrive au pourtour de la cornée; l'autre passe au-dessus du repli conjonctival et va se perdre en haut et en bas dans les paupières, tandis que, transversalement, elle va s'insérer en dedans et en dehors de 1 orbite , dans le ligament palpébral lui-même. Cette aponévrose ne contient pas seulement le globe oculaire ; elle limite complètement la cavité orbitaire en avant; aussi peut-on enlever l'œil sans intéresser les éléments musculaires qui traversent l'orbite, si ce n'est dans le point où ils adhérent à l'œil. La cavité orbitaire ainsi limitée en avant par l'aponévrose oculaire elle-même, tel est le champ dans lequel nous aurons à étudier les maladies de l'orbite.

L'aponévrose oculaire va donc nous servir, en quelque sorte, de barrière : tout ce qui se trouvera en avant d'elle sera éliminé de notre sujet.

Quand on compare cette cavité sur le squelette au volume du globe oculaire, on est, au premier abord, frappé de la disproportion qui existe entre ces deux parties ; mais on en saisit facilement la raison, si l'on songe qu'un organe aussi délicat et aussi important que celui de la vue devait être protégé efficacement contre les chocs extérieurs ; ce que font d'ailleurs les parois et le pourtour de la base de cette cavité.

D'un autre coté, un appareil musculaire et nerveux très-riche est destiné à la sensibilité et aux mouvements de l'organe visuel, en même temps que des éléments vasculaires non moins riches concourent à sa nutrition. Les parties importantes sont à la fois réunies et isolées par une couebe cellulo-adipeuse, dans laquelle se trouvent contenus des nerfs nombreux et délicats ; tantôt destinés à l'œil et aux parties contenues dans l'orbite seulement, comme le pathétique, le moteur externe, le moteur commun et les nerfs ciliaires ; d'autres fois ayant une double destination, comme la branche ophtbalmiquc de Willis. Cette richesse nerveuse, jointe à la résistance des

ANA.TOMIE. y

parois, explique la douleur causée par les phlegmons orbitaircs et par les opérations pratiquées sur cette région. L'artère ophthalmique, jointe à quelques artères nées de la maxillaire interne, nourrit l'œil et les éléments contenus dans la cavité orbitaire, et en partie les lalamina oculi de Haller.

Celle artère avec ses divisions infinies, dont un certain nombre, les artères ciliaires, se trouvent groupées autour du globe oculaire, d'après la disposition indiquée par M. le professeur Denonvilliers, explique jusqu'à un certain point l'origine des tumeurs dites fongueuses sanguines, que l'on rencontre dans cette région ; elle donne la raison des hémorrhagies abondantes que le chirurgien doit redouter dans les opérations pratiquées en ce point. Une particularité a frappé les pathologis tes, c'est l'isolement, en quelque sorte, de l'appareil circulatoire artériel de l'orbite, particularité qui rend compte, jusqu'à un certain point , des succès obtenus par la ligature de la carotide primitive dans le traitement des tumeurs anévrysmales de cette région.

I ne veine volumineuse ramène au sinus ca- \( Tiieux le sang des parties contenues dans l'intérieur de l'orbite. Il ressort des observations faites par Blandin, et répétées par M. Thibault,

ancien interne des hôpitaux, que cette veine peut être le siège d'une inflammation.

On a décrit, dans la cavité or bi taire, des synoviales destinées à favoriser les mouvements de l'œil : nous avons vainement cherché des synoviales autour du globe oculaire , dans le point où cet organe est en contact avec les quatre muscles droits.

Est-ce à dire pour cela qu'il n'en existe aucune ? Je ne le pense pas : préoccupé du siège de prédilection des kystes orbitaires, j'ai cherché à en trouver la raison anatomique dans la disposition des parties, et j'ai pu me convaincre que, sur certains sujets, on trouve entre la paupière supérieure et l'élévateur de ce voile d'une part, ce muscle et le droit supérieur de l'autre, de petites bourses synoviales destinées à favoriser les glissements. J'ai refait les mêmes recherches devant M. le docteur Séc, prosecteur à l'Ecole de médecine, et j'ai constaté le même fait anatomique. Je ne doute pas que le tissu cellulaire lâche que l'on rencontre dans cette région, et surtout les synoviales que j'y ai vues, ne soient le point de départ des kystes qui se rencontrent souvent dans ce point: bien que Alascagni ait parlé de lymphatiques de la cavité orbitahe, je dois ajouter que M. Sappey, dont l'habileté dans ce genre de re-

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cherches est bien connue , n'a pu en trouver aucun.

La glande lacrymale , divisée en deux parties , l'une supérieure et orbitairc, l'autre inférieure et palpébrale, est placée à la partie externe de l'orbite, enveloppée d'une gaine propre cjui l'isole des parties voisines. Les canaux excréteurs en ont été bien étudiés par M. le professeur Gosselin , qui a démontré que le nombre de ces canaux , admis par les anatomistes qui l'ont précédé, devait être notablement diminué.

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