‹ Traité des tumeurs de l'orbiteChapitre 27 sur 58 · SUITE DE CONTUSION · texte numérisé non relu

SUITE DE CONTUSION

de diplopie verticale, c'est-à-dire que chaque objet qu'il regardait lui paraissait double, Tune des images étant située au-dessus de l'autre. On sentait à une assez grande profondeur dans l'orbite un gonflement dur, situé au-dessous du globe de l'œil, constitué par du sang extravasé et refoulant un peu l'œil en haut. Lorsqu'on mettait le doigt audessous de l'autre œil, et qu'on exerçait une compression vers le fond de l'orbite, la diplopie cessait immédiatement, parce que l'on faisait alors correspondre l'axe optique de l'œil sain avec celui de l'œil malade. Ce symptôme reparaissait dès qu'on enlevait le doigt. Le sang extravasé fut graduellement absorbé, et au bout de quelques semaines la vision était redevenue normale.

Nous rattacherons aux épanchements sanguins par contusion l'observation suivante, dans laquelle l'auteur attribue la diffusion sanguine au chevauchement trop prononcé des os du crâne dans le travail de l'accouchement.

Observation '. — Exophthalmie produite par un épanchement sanguin deux heures après la naissance, par suite de l'application du forceps. — Une femme de vingt-sept ans avait déjà eu cinq couches antérieures, toutes terminées par le forceps, toutes ayant amené des enfants morts. Il y avait chez elle un rétrécissement notable du détroit antéro-postérieur. M. Redemans, appelé pour un sixième accouchement, jugea que les premiers enfants avaient succombé parce qu'on les avait laissés trop longtemps au passage, et se proposa d'agir aussitôt que la dilatation du col le lui permettrait ; il appliqua donc le forceps de bonne heure, et eut la joie d'extraire un enfant vivant, bien constitué, et dans un état satisfaisant.

1 Docteur Redemans, Annales d'oculistique, t. XXVII, p. 89.

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Mais, deux heures après l'accouchement, on le rappela en toute hâte : l'œil droit de l'enfant était sorti de l'orbite ; cet œil conservait ses mouvements, les muscles étaient fortement tendus, et les paupières paraissaient s'enloncer dans la cavité orbitaire, pour se prêter à la tension de la conjonctive qui était largement mise à découvert, et offrait des traces très-prononcées d'infiltration sanguine. Il y avait également infiltration de l'œil et de la paupière du côté opposé, mais à un degré beaucoup moindre.

J'essayai, dit l'auteur, par la pression au moyen des doigts, de faire rentrer le globe oculaire, mais il me fut impossible d'y parvenir. Espérant alors rencontrer une poche sanguine qui, vidée, me permettrait de faire rentrer l'organe dans sa cavité, je fis une petite ponction exploratrice au moyen de la lancette à travers la conjonctive, à côté du globe oculaire, entre les muscles droit externe et oblique de l'œil; mais je n'obtins pour résultat qu'un léger suintement de sang insuffisant pour permettre la rentrée du globe. Me proposant de revoir l'enfant un peu plus tard, j'établis une légère compression sur l'œil, et je demandai à mes confrères Pigeolet et Theys d'assister à une seconde visite, afin d'avoir leur opinion sur cette affection; d'accord sur !a cause et le diagnostic, reconnaissant un épanchement par diffusion, nous essayâmes, au* moyen d'une bandelette mouillée, la compression du globe oculaire et de la muqueuse tuméfiée; mais malgré la diminution de volume produite de cette manière, l'infiltration des parties sous-jacentes ne permit pas la rentrée de l'œil; alors nous fûmes d'avis de placer quelques compresses graduées, humectées d'eau de puits, sur l'œil et de les y maintenir par un bandage circulaire du crâne; ces dispositions ne furent suivies d'aucun résultat satisfaisant. Le gonflement se maintint malgré la compression; bientôt la cornée perdit sa transparence, la muqueuse de l'œil s'enflamma, fournit une certaine quantité de sup-

puration ; la cornée s'ulcéra et livra passage aux divers liquides contenus dans l'organe visuel. Alors seulement la masse s'affaissa et les paupières reprirent leur position normale pour recouvrir le moignon. Nous jugeâmes également à propos, le premier jour, de comprendre, mais plus légèrement, l'œil gauche dans le bandage, craignant l'augmentation de l'infiltration et un résultat semblable de ce côté. A la levée du premier appareil, cet œil se trouvait dans le même état, qui se maintint quelques jours et se modifia peu à peu, de manière à ramener, au bout d'un certain temps, des dispositions complètement normales.

A quelle cause devrait être rapportée cette double infiltration ? M. Redemans l'attribue à un chevauchement trop prononcé des os du crâne dans son passage à travers le détroit rétréci. 11 en tire la conclusion suivante : Lorsqu'à la suite d'un accouchement laborieux, la tête de l'enfant aura eu à supporter quelque compression un peu forte, il conviendra d'examiner les yeux, et, si l'on y remarque quelque commencement d'infiltration sanguine, on parviendra probablement, par une compression préventive, à éviter la réalisation d'un semblable accident.

D. — Ëpanchements sanguins spontanés.

Les ëpanchements sanguins dans l'orbite peuvent-ils se former en dehors de causes traumatiques? M. Carron du Villards dit que son père en a noté quelques cas dans un rapport sur le typhus de 1827; lui-même n'en a observé qu'un seul chez un marin atteint de scorbut dont l'œil fit saillie tout à coup, sans cause connue et sans

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douleur. Quarante-huit heures après, l'organe avait repris sa place, mais la conjonctive oculopalpébrale et les téguments externes des paupières étaient bleu noir, ecchymoses, comme si l'individu avait reçu un violent coup de poing.

Les Archives d ' ophthalmologie allemandes de Von Graefe (1855) contiennent l'observation d'un ouvrier de dix-neuf ans chez lequel était survenue subitement une diplopie de l'œil gauche; les mouvements de la pupille étaient normaux; mais la vision était fortement altérée. A cause de l'absence de symptômes cérébraux, le siège du mal devait être placé dans la cavité orbitaire. Il était donc trés-rationnel, cette affection étant survenue subitement et peu de temps après un travail pénible, sous l'action du feu, et ensuite à cause de l'absence de symptômes inflammatoires, de croire à la présence d'un épanchement sanguin placé en arrière du globe. La guérison se fit peu à peu spontanément.

Observation i. — Epanchement sanguin dans C orbite. — Un ouvrier âgé de dix-neuf ans vint consulter l'auteur pour une diplopie qui était survenue subitement quatre jours auparavant. Même en l'examinant superficiellement, on était frappé de l'expression étrange de l'œil gauche, qui ne sui-

1 Von Graefe, Archives d' ophthalmologie, reproduite dans les Annales d'oculistique, 1855, t. XXXIII, p. 184.

vait qu'imparfaitement la direction du regard dans les mouvements latéraux, de sorte que son axe visuel se trouvait tantôt dans un état de convergence anormale, tantôt dans un état de divergence avec l'œil droit.

La diplopie uni-oculaire, dépendant de cette disposition irrégulière de l'axe visuel gauche, offrait une manière d'êfre très-différente, selon la position des objets. Quand l'objet était placé à droite, il y avait diplopie croisée ; à mesure qu'il se rapprochait de la ligne médiane, les images paraissaient converger davantage, et il y avait un certain espace correspondant à la position de l'objet en ligne droite, où la vision redevenait simple, si ce n'est que l'image de l'œil gauche élait en même temps située un peu au-dessous de l'image de l'œil droit. L'auteur crut devoir rattacher les différents phénomènes que présentait cette aberration de la vue à une paralysie presque complète des muscles droits interne et externe.

Les mouvements de la pupille étaient normaux, mais la vision était fortement altérée, de sorte que le malade ne pouvait de l'œil gauche distinguer qu'un très-gros caractère; cependant l'examen ophthalmoscopique ne fit rien reconnaître d'anormal dans les milieux réfringents ou dans les membranes internes, et les lunettes ne purent faire découvrir aucun dérangement dans les phénomènes de l'accommodation. En conséquence, on pouvait rattacher cette amblyopie à une paralysie complète du nerf optique, et considérer l'affection dans son ensemble comme une paralysie complète du muscle droit inférieur, du droit supérieur et de l'oblique supérieur, et comme une paralysie incomplète des droits interne et externe et du nerf optique; l'altération fonctionnelle s'étendait aussi aux quatre nerfs, oculo-moteur, pathétique, moteur externe et optique.

A cause de l'absence de symptômes cérébraux auxquels on pût rapporter cette affection, on devait en placer le siège

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